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ÉCRITURE DIRECTE
DES ESPRITS.
A cette même heure sortirent de la muraille des doigts
d'une main d'homme, qui écrivaient à l'endroit du chan-
delier, sur l'endroit de la muraille du palais royal, et le
roi voyait celte partie de main qui écrivait.
(Daniel, V, 5.)
L'auteur et sa sœur se réservent le droit de tra-
duire ce volume dans toutes les langues modernes :
en allemand, en anglais, en italien, etc.
Paris. — Imp. Balitout, Questroy et C«, 7, roa Baillif.
HOMMAGE
ET
DERNIER ADIEU A MES AMIS
Le désir plus ou moins vif est le chemin de fer des
Esprits qui les emporte par la pensée chez des êtres ché-
ris, car la pensée d'un Esprit, c'est lui-même.
{Pensées d' outre-tombe, CXVII.)
PNEUMATOLOGIE POSITIVE
LA
RÉALITÉ DES ESPRITS
ET LE
PHÉNOMÈNE MERVEILLEUX/
DE LEUR ÉCRITGRE DIRECTE
DÉMONTRÉES PAR
LE BARON L. DE GULDENSTUBBE.
Alors Moïse se tourna, et descendit do la montagne,
ayant en sa main les deux tables du témoignage; et les
tables étaient écrites de leurs deux côtés, écrites deçà et
delà. Et les tables étaient l'ouvrage de Dieu et l'écriture
était l'écriture de Dieu, gravée sur les tables.
(Exode, XXXII, 15 et 16.)
r«P-4-
PARIS,
CHEZ L'AUTEUR, RUE DE TRÉVISE, 29.
1873.
i673a
^u
DÉDICACE.
Veuillez agréer, Messieurs, la dédi-
cace de la seconde édition française
d'un livre consacré à la défense de la
plus sublime de toutes les vérités que
la Miséricorde divine ait daigné révé-
ler à l'humanité de nos jours.
Je compte sur votre indulgence d'au-
tant plus que ledit ouvrage ne con-
tient que les résultats merveilleux de
nos recherches et de nos expériences
communes ; car ce n'est que grâce à
votre concours bienveillant et zélé que
le beau phénomène de l'écriture direc-
tement surnaturelle et d'outre-tombe,
constaté pour la première fois le 4 3 août
1856, a pu être démontré par des ex-
périences répétées et par des faits
VIII
irréfragables et plus brutalement con-
cluants que tous les raisonnements.
Vous savez , Messieurs, que ma vie
tout entière a été vouée à l'étude du
monde surnaturel et de ses rapports
avec la nature visible et matérielle;
j'ai regardé comme le but de ma vie
la démonstration irrécusable de l'im-
mortalité de l'âme, de l'intervention
directe du monde surnaturel, de la
révélation et du miracle par la voie
expérimentale.
Les phénomènes de l'inspiration, de
l'extase, du médium ou de l'attraction
invisible, les coups mystérieux et le
mouvement des objets inertes et ina-
nimés sans attouchement, ont soutenu
mes expériences, en m'encourageant à
persévérer dans mes recherches péni-
bles et arides, mais tous ces faits sont
loin d'être concluants ; ces phénomènes
peuvent tout au plus révéler des forces
et des lois inconnues. Il n'y a que l'é-
criture directe d'outre-tombe qui nous
révèle la réalité d'un monde invisible,
d'où émanent les révélations religieu-
ses et les miracles.
Désormais l'espérance peut renaître
IX
dans l'humanité, ses besoins religieux
au sujet de riuimortalité de rânie^ la
base de toutes les vérités, étant plei-
nement satisfaits. Désormais le prin-
cipe de la révélation et des miracles,
c'est-à-dire des phénomènes surnatu-
rels, est assis sur la base inébranlable
des faits. Certes, le nombre des Spiri-
tualistes n'est pas encore considéra-
ble, mais que ce fâcheux contre-temps
ne vous décourage pas trop, Messieurs,
le Christ, notre divin maître à nous
tous, n'a-t-il pas dit ces paroles éter-
nellement consolatrices : a Si deux ou
trois ise réuuîssetit eu uion uoui^ je se-
rai au milieu d^eux. »
En effet, ce n'est pas au moyen de
la quantité que l'homme parvient à
opérer de grandes choses; il n'y a que
le dévouement, la patience, la persévé-
rance, l'ardeur et le zèle de la foi et les
lumières qui puissent triompher des
préjugés du monde. Rappelons-nous
que toutes les grandes vérités, plus
elles sont sublimes et profondes, plus
elles rencontrent une foule d'obstacles,
plus elles sontrepoussées par le grand
nombre. Ce n'est qu'à la suite du choc
de la discussion, engagée par des es-
prits sérieux qui ont pu constater le
phénomène merveilleux de la corres-
pondance directe des Esprits, que Tin-
telligence humaine, étant d'une nature
progressive, finit par Tadmettre.
Rassurons-nous donc, Messieurs, l'a-
venir est à nous, obscurs novateurs
qui usent leur vie à la lutte; déjà nous
apercevons Taurore d'une nouvelle ère,
les signes précurseurs de cette époque
bienheureuse que les traditions de
tous les peuples ont appelée le retour
de l'âge d'or, le Millenium des chré-
tiens ou le règne de la charité univer-
selle. Oui, Messieurs, continuons à
enseigner et à propager les saintes
vérités du spiritualisme qui doivent
modifier les destinées de l'humanité,
en jetant un pont entre notre terre et
le monde invisible. Notre petit nombre
représente une force réelle, car il n'y
a de puissance que dans la vérité et il
n'est de plus forte passion que celle
qui a la vérité pour auxiliaire. Avan-
çons donc hardiment sur cette route.
Sans doute, nous ne verrons guère le
beau jour dont l'aube nous apparaît
XI
de loin à l'horizon, et que d'illustres
génies, tels que Swedenborg, Bengel,
Jung-Stilling et le comte Joseph de
Maistre, le défenseur zélé du catholi-
cisme, ont pressenti et salué du nom
de troisième révélation, selon le pro-
phète tfoël, chapo II9 t9§ 3 a £t il arri-
vera aprè^ces cliose^^ que je répaiitlrai
iiftoii esprit sur toute cliair s et vos fils et
vos filles prophétiseront^ vos vieillards
songeront des songes ^ et vos jeunes
gens verront des visions* »
Nos noms obscurs seront engloutis sous
les décombres et les ruines, qu'amassent
sans cesse les siècles, mais nous allons
emporter dans une autre et meilleure
phase de notre existence cette douce con-
solation d'avoir choisi la route qui mène
à Dieu, car ce que nous représentons est
d'essence éternelle.
N'oublions donc pas, Messieurs, que
nous devons cette haute vérité à la bonté
ineffable de notre Père éternel, qui a dai-
gné nous mettre à même de pouvoir ad-
mirer le sens profond des paroles de
saint Paul dans le verset 55 du 15© cha-
pitre de la première épitre aux Corin-
thiens : a Où est ^ ô mort ^ ton aî«
XII
Ion? Où est^ o liâdès^ ta victoire? » —
Or, ce fameux verset fut écrit directement
en grec et signé par un Esprit inconnu,
le 4 octobre 1856, en présence de feu
M. le comte d'Ourches et de M. le docteur
Georgii, disciple de l'illustre Ling, qui a
eu Textrême obligeance de m'en remettre
l'original, afin que je puisse en publier
un fae-simile dans ce volume.
Veuillez agréer. Messieurs, mes hom-
mages les plus distingués.
Paris, ce 7 mai 1873.
L. DE GULDENSTUBBÉ.
PREMIÈRE PARTIE
INTRODUCTION
Voici un livre qui contient les premiers élé-
ments positifs de la grande science de la manifes-
tation directe du monde surnaturel, base unique
de toutes les religions historiques, depuis la loi
majestueuse de Jéhovah, gravée du doigt de Dieu
ou par ses anges dans les deux tables en présence
de Moïse, jusqu'à la parole divine et pleine d'onc-
tion du saint Martyr du Calvaire, depuis le Véda
des Indiens jusqu'à la Zend-Avesta de Zoroastre,
depuis les cérémonies mystérieuses de l'Egypte
jusqu'aux oracles de la Grèce et de Rome.
C'était le 13 août 1856 que l'auteur de ce livre a
pu pour la première fois démontrer à des témoins
intelligents et dignes de foi, sa découverte mer-
veilleuse de récriture directe des Esprits, sans au-
cun intermédiaire quelconque.
Ce phénomène merveilleux confirme ce que
Moïse dit (Exode XXXI, 18; XXXII, 15 et 16.
XIV PREMIÈRE PARTIE
XXXIV, 28. XXIV, 12 ; Deutéronome IV, 13. V, 22.
IX, 10. X, 1-5) concernant la révélation directe du
Décalogue et ce que Daniel (V, 5) raconte au su-
jet de récriture merveilleuse qui eut lieu durant
la fête du roi Belsatzar.
La découverte de l'écriture directe était d'au-
tant plus précieuse, qu'elle pouvait être constatée
par des expériences répétées par l'auteur en pré-
sence des incrédules qui devaient fournir eux-
mêmes le papier^ pour éviter l'objection absurde
de papiers chimiques que l'incrédulité et le ma-
térialisme n'ont pas manqué de mettre en avant.
C'est précisément dans l'application de la mé-
thode expérimentale aux phénomènes merveilleux
que réside l'originalité et la valeur de cette décou-
verte, qui n'a de précédents dans les annales de
de l'humanité, car jusqu'ici les miracles n'ont
pu être réitérés; il a fallu se contenter, pour prou-
ver leur réalité, du témoignage de ceux qui les
ont vus.
De nos jours, où toutes les sciences progres-
sent par la voie expérimentale, l'observation et le
témoignage traditionnel le mieux établi ne suffi-
sent plus, quand il s'agit d'un phénomène extraor-
dinaire qu'on ne peut pas expliquer par les lois de
la physique. L'homme, gâté par les expériences
palpables des physiciens, n'ajoute plus foi au té-
moignage historique, surtout quand il s'agit des
phénomènes mystérieux qui révèlent l'existence
des puissances invisibles et supérieures aux forces
et aux lois de la matière inerte. Aujourd'hui, en
INTRODUCTION XV
matière morale, comme dans les sciences exactes,
notre siècle demande des faits et des observations;
nous en apportons. Plus de deua^ mille expériences
ont été faites depuis la journée mémorable du 13
août 1856 par Fauteur et ses amis. Plus de cinq
cents personnes ont pu constater le phénomène
étonnant de récriture directe des génies invisi-
bles, fournissant elles-mêmes leur papier.
Voici les noms de quelques témoins oculaires,
dont la plupart ont assisté à plusieurs expérien-
ces :
M. Delamarre père, rédacteur du journal la
Patrie, à Paris, mort en 1870.
M. i)enne^ appartenant au même journal et alter
ego de M. Delamarre, mort en 1871.
M. Matter, membre de l'Académie de Paris,
professeur et auteur d'une Histoire de la philoso-
phie d'Alexandrie, du Gnosticisme, d'une Biogra-
phie de Swedenborg et de plusieurs autres ouvra-
ges, mort à Strasbourg.
M. Lacordaire, frère du célèbre dominicain et
autrefois à la tête de la fabrique des Gobelins, à
Paris, et demeurant encore dans la rue des Mis-
sions, à Paris.
M. Emile de Bonnechose, auteur de différents
ouvrages historiques, traduits même dans d'autres
langues, et frère du cardinal-archevêque de Bon-
nechose, vivant encore à Paris, dans la rue Casi-
mir-Périer.
M. Delaage, connu par différents ouvrages sur
les sciences occultes, demeurant toujours à Paris.
XVI PREMIÈRE PARTIE.
Le comte de La Boulaye, de Dijon, poète et ami
intime du patriarche des belles-lettres en France,
M. Emile Deschamps.
M. Choisselaty rédacteur du journal V Univers,
mort à Paris il y a déjà quelques années.
M. Dale Owen, ancien ambassadeur des États-
Unis à Naples et fils du grand philanthrope Owen;
M. Dale Owen est Fauteur du grand ouvrage sur le
spiritualisme : Foot falls on the bondary of ano-
ther ivorld, qui a été répandu en Amérique à plus
de 20,000 exemplaires. L'auteur lui a fourni l'his-
toire remarquable d'une apparition qu'il a eue dans
l'année 1854,1e 16 mars, dans son ancien apparte-
ment, 23, rue Saint-Lazare, et que M. Dale Owen
a publiée dans son livre, p. 387-392, sous le nom
Apparition of a stranger. La traduction française
de ce récit sera ajoutée à la présente édition.
M. Mountford, auteur de plusieurs ouvrages sur
la philosophie, demeurant encore à Boston en
Amérique.
M. Kydy fils du général Kyd, autrefois à Paris,
maintenant fixé aux eaux de Bade.
M. Kiorhoë, peintre suédois fort distingué, de-
meurant à Montretout, près Paris.
M. le professeur Georgii, élève de l'illustre Ling,
auteur de la gymnastique suédoise, si excellente
pour les malades et les personnes faibles. M. le
professeur Georgii, demeure encore à Londres et
continue sa carrière avec succès.
M. le docteur Bowron, à Bayswater, à Londres.
M. le docteur Clever de Maldigny, à Versailles.
INTRODUCTION. XVII
M. de Rancé, ancien député d'Alger, demeurant
à Compiègne, près Paris.
M. Boëdt, député de la Flandre occidentale,
avocat à Ypres, en Belgique.
M. de Frémery (N.-D.-W.-P.), savant Hollandais,
à l'Université de Grôningen, mort à Liège en
1870.
M. Baitgniet, dessinateur du roi des Belges,
Léopold T", actuellement à Paris.
M. Ravené, sén., propriétaire d'une belle ga-
lerie de tableaux à Berlin, mort récemment.
Le baron de Rosenberg, ambassadeur de l'Alle-
magne près la Cour de Wurtemberg.
M. de VoigtS'RhetZy frère du général allemand
de ce nom, et longtemps correspondant du prési-
dent de la Société spiritualiste de Berlin, M. Hor-
nung.
Le prince Léonide Galitzin, connu sous le nom
du philanthrope de Moscou.
Le prince Metschersky.
Le prince Shakostvkoy (Diimitri), maréchal de
!a noblesse de Moscou.
Le colonel Toutcheff, dont la nièce occupe la
place de dame d'honneur près Sa Majesté l'Impé-
ratrice de Russie.
M. le baron Boris d'Uexkiill, de l'Esthonie, ami
intime du philosophe Baader de Munich.
Nous n'avons nommé que les personnes illustres
de toutes les nations, car les noms des autres per-
sonnes distinguées qui ont assisté souvent à nos
expériences continueraient à l'infini cette liste.
2
XVIII PREMIERE PARTIE.
Nous avons eu aussi pour témoins oculaires un
grand nombre de femmes distinguées par leurs
talents, comme la comtesse Dash^ et la marquise
de Boissy, toutes les deux mortes si récemment.
Nous faisons encore mention de nos amis, le
comte d'Ourches, mort le 1" mai 1867, et le général
Ferdinand de Brewern, de Moscou, demeurant
actuellement près de Wiesbaden, à Hoechst, à qui
la première édition du présent livre en 1857 était
dédiée.
M. de Saulcy, de l'Académie française, le mar-
quis de Mirville et le chevalier Gougenot des Mous-
seaiiXj sont si convaincus eux-mêmes du phéno-
mène de récriture directe^ qu'ils en étaient à
réclamer la priorité de la découverte, malgré que
leurs livres volumineux n'en parlent que sept ans
plus tard, en 1864 ! — Il est cependant très impor-
tant pour la science de constater que des hommes
aussi savants ont obtenu, parleurs expériences, les
mêmes résultats.
La plupart de nos expériences ont eu lieu dans
la salle des Antiques au Louvre, dans le musée de
Versailles, dans la cathédrale de Saint-Denis, dans
le musée britannique de Londres, dans le château
de Hamptoncourt et dans les parcs du petit et du
grand Trianon, dans les châteaux de Rambouillet,
de Compiègneet de Fontainebleau, à Dreux, dans la
ruine du château d'Arqués et aux églisesde Dieppe;
aux églises de Saint-Germain-l'Auxerrois et de
Saint-Germahi-des-Près à Paris; dans les cime-
tières Montparnasse, Montmartre et Père-la-ChaisC;
INTRODUCTION. XIX
ainsi que dans les fossés de Vincennes, au bois de
Boulogne, près d'Auteuil, où autrefois les savants
du dix-liuitième siècle demeuraient, etc., enfin,
dans notre dernier voyage en Allemagne et en Au-
triche, les expériences les plus remarquables
avaient lieu à la Glyptothèque de Munich, à la
Frauen-Kirche et à la Pinacothèque; à Vienne, au
Belvédère et au musée de l'ancien château d'Am-
bras. L'abbaye de Westminster à Londres était
aussi un lieu favorable à ces expériences, pendant
notre dernier voyage en Angleterre. A Môdling,
près Vienne, dans l'ancienne église des Templiers,
nouri avons obtenu aussi plusieurs fois des écri-
tures directes, ainsi que dans les belles ruines des
Babelsberger, près Môdling, et au château de
Laxenbourg. MM. Stratil et de Schikh y assis-
taient comme témoins, ainsi que leurs familles.
Le public lettré sait que les sciences naturelles
n'ont commencé à faire de véritables progrès que
dès qu'on a su adresser des questions à la nature,
grâce à la méthode expérimentale. Or, il en est de
même du Spiritualisme ; cette science des causes
invisibles ne deviendra une science positive que
par la voie expérimentale. Il faut donc avoir re-
cours à cette méthode pour abattre et réduire au
silence l'orgueil et l'arrogance des physiciens qui
ont osé, de nos jours, empiéter même sur le do-
maine des sciences morales et de la haute philoso-
phie. Certes, il n'y a rien de plus drôle et de plus
absurde que de voir des physiciens s'ériger en
juges compétents dans une question de métaphy^
XX PREMIÈRE PARTIE.
sique et de psychologie. Des physiologistes et des
chimistes, ne sachant pas ce que c'est que la vie,
des mathématiciens et des physiciens ne pouvant
pas expliquer l'indépendance relative et restreinte
du mouvement des corps organiques, tels que les
animaux, du joug des lois d'attraction, ont envahi
la sphère élevée de la philosophie et de la théoso-
phie, pour enrayer la réalité du monde des causes
invisibles et des purs esprits. Que penser âfun siè-
cle où des hommes tels que A. de Humhold attri-
buent au hasard la coïncidence de la révolution des
astres et celle des grandes époques de Vhistoire de
V humanité y telle que la conjonction de Saturne
pour Vannée il 89, bien que plus de vingt astrolo-
gues allemands, français ou italiens du quinzième
et du seizième siècle aient annoncé une grande
révolution en France pour cette année mémorable.
En vérité, on ne saurait trop rappeler à M. de
Humbold cette maxime sage et pleine de réserve
de son illustre ami, M. Arago, savoir : <r Celui qui,
en dehors des mathématiques pures, prononce le
mo^ IMPOSSIBLE, manque de prudence, {Annuaire
1853.)
Que penser des naturalistes, tels que feu M. Ba-
binet, le fameux prophète du rien visible de 1857,
qui soutiennent que la volonté ne franchit pas Vé-
piderme, erreur absurde et ridicule, réfutée il y a
longtemps par le Mesmérisme ou le Magnétisme
biologique. Cette reine des sciences naturelles, qui
sert de lien entre celles-ci et le domaine moral et
surnaturel, est malheureusement encore mécon-
INTRODUCTION. XXI
nue et reniée par la majorité de nos académies. Il
faut néanmoins convenir, pour être juste envers
tout le monde, que la faute n'en est pas aux aca-
démies seules; mais elle tient encore à l'inconsé-
quence des disciples de Mesmer. Ces derniers, tout
en s'occupant de la force vitale, de l'agent de la vie
elle-même, n'osent pas remonter des effets aux
causes, de la force vitale à l'âme; ils s'arrêtent à
moitié chemin, n'ayant pas le courage logique de
franchir le seuil du monde des Esprits et de regar-
der en face les merveilles de la sphère surnaturelle.
Du reste, la souveraineté absolue des physiciens
et des philosophes sceptiques, matérialistes, ra-
tionalistes et panthéistes, tient avant tout à la
décadence de la religion, grâce à l'incapacité
radicale des représentants du christianisme de
prouver par des faits irréfragables la réalité d'un
monde surnaturel des causes invisibles. Le clergé
a laissé tomber de ses mains débiles le sceptre de
la science, que les naturalistes et les sophistes
sceptiques ont ramassé pour bafouer la plus
sublime et la plus sainte des religions. L'absurde
crainte de démons a rendu les prêtres et les théo-
logiens orthodoxes inaptes à combattre par la voie
expérimentale les matérialistes et les incrédules.
Cette démonophobie est devenue malheureusement
de nos jours une véritable démonolâtrie. Les prê-
tres, ayant peur des démons et ne voulant par
conséquent pas s'occuper des phénomènes surna-
turels ont, à leur insu, contracté avec le diable
un pacte, en vertu duquel le règne de l'incrédulité
XXII PREMIÈRE PARTIE.
et du matérialisme des physiciens et le scepti-
cisme des sophistes modernes, ce règne du Démon
par excellence^ continue à subsister dans tout son
éclat, et tend plutôt vers l'apogée que vers la dé-
cadence. Certes, la plaie la plus hideuse de nos
jours, est sans contredit le matérialisme et l'in-
crédulité. De là, un sensualisme plus grossier que
celui des épicuriens, une vie toute pour les sens
et pour la terre; de là, cet égoïsme hideux, source
de V anarchie morale et sociale, et de cette disso-
lution de tout ce qui relie les enfants du même
Dieu; de là cette hostilité "permanente entre la
foi et la raison, la philosophie et la religion, ces
deux sœurs qui n auraient jamais dû se brouiller
et se séparer. Certes, on n'est pas pessimiste en
soutenant qu'il n'y a aujourd'hui non-seulement
plus de religion sur la terre, mais encore que le
Spiritualisme, cette base unique de la religion, que
le doigt de Dieu a gravée dans le cœur de tout
homme venant au monde, a cessé d'être une in-
tuition intime de l'âme humaine. Cette lumière
interne et inhérente à la nature de l'homme est
éteinte. L'humanité a renié de nos jours la foi en
l'immortalité de l'âme et la croyance en la réalité
d'un monde surnaturel des causes invisibles,
unique source des révélations religieuses. En
effet, les idées innées du Spiritualisme sont inti-
mement liées au sentiment religieux proprement
dit ou à l'idée de la dépendance de l'absolu. Les
deux idées fondamentales du Spiritualisme, sa-
voir: l'immortalité individuelle de l'âme et la réa-
INTRODUCTION. XXIII
lité d'un monde invisible qui se révèle et se ma-
nifeste de différentes manières dans notre monde
terrestre, ne sont que le corollaire nécessaire de
l'idée de Dieu, ou de Tabsolu, et vice versa. On
peut môme prétendre que l'idée de l'immortalité
de l'âme et la conviction de ses rapports avec le
monde surnaturel est plus intime et plus primi-
tive que celle de Dieu, créateur et auteur suprême
de l'univers. Toutes les religions positives recon-
naissent cette haute vérité, en n'enseignant pas
aux hommes la doctrine de l'immortalité de l'âme,
mais en la supposant partout. L'essence du Spiri-
tualisme consiste en effet dans la conviction in-
time que le monde surnaturel des causes invisi-
bles, dont Fâme de l'homme fait partie, a des rap-
ports intimes et continuels avec le monde maté-
riel des effets visibles, grâce au gouvernement
universel de la Providence. De là, les manifesta-
tions continuelles et permanentes du monde invi-
sible dans l'histoire de l'humanité; de là, les mi^
racles qui, loin de déroger aux lois de la nature,
ne sont qu'une condition nécessaire de Vorganisa-
tion de Vunivers, de ce livre immense dans lequel
les Séraphins les plus élevés n/ont pas encore lu.
Les miracles ne manifestent que la puissance de
l'Esprit sur la matière, en suspendant jusqu'à une
certaine limite les effets de ses forces inertes.
La Bible, ce livre écrit par la disposition des
Anges, n'enseigne nulle part formellement l'idée
de l'immortalité de l'âme, gravée par l'Eternel lui-
même dans le cœur de l'homme, mais elle la sup-
XXIV PREMIÈRE PARTIE.
pose partout. C'est le cri intime de la conscience
de Job, lorsqu'il dit (chap. XIX, 26 et 27) : <i Et
i> loTsqu' après ma peau ceci aura été rongé Jever--
7> rai Dieu dans ma chair ; je le verrai moi-même,
)) et mes yeux le verront, et non un autre. » La
conviction profonde de cette vérité, base unique
de toutes les autres, a poussé également le pro-
phète Balaam à s'écrier (23, 10) : ce Que je
y> meure de la mort des justes, et que ma fm soit
» semblable à la leur! » Il en est de même d'isaïe
qui dit (XXVI, 19) : « Tes morts vivront, même
y> mon corps mort vivra; ils se relèveront. Réveil-
» lez-vous et vous réjouissez avec chant detriom-
» phe, vous, habitants de la poussière; car ta rosée
)) est comme la rosée des herbes, et la terre jettera
» dehors les trépassés. »
La pratique de la Nécromancie selon Samuel
(I, Samuel, chap. XXVIII, 3-25) et suivant le Deu-
téronome (XIII et XVIII) suppose nécessaire-
ment la doctrine de l'immortalité de l'âme ; il en
est de même des visions et des apparitions dont la
Bible est remplie; nous rappellerons également
ici dans la mémoire du lecteur, l'ascension d'Hé-
noc (Genèse, V, 24. Hébreux, XI, 5. Sapience, IV,
10-14) et d'Elie (II, Rois, II, 11). Ces ascensions
démontrent aussi une vie à venir et les rapports
intimes qui existent entre le monde des causes et
celui des effets.
Dieu ayant créé l'homme juste selon l'Ecclé-
siaste (VII, 29), l'humanité n'avait pas encore
atteint du temps de la révélation biblique ce degré
INTRODUCTION. XXV
de dégradation jusqu'à renier par de vains dis-
cours les vérités inhérentes à la nature de Tâme,
Les matérialistes passèrent alors pour des fous
(Proverbes I, 7. Sapience, III, 2), Il y avait en effet
du temps de V ancienne loi et des prophètes beau-
coup de Polythéistes et une foule d'hommes irréli-
gieux, mais même parmi les contemporains du
Christ, la secte des Saducéens seule professait des
idées matérialistes. Au surplus, l'influence des Sa-
ducéens fut très minime, si on la compare à celle
des Pharisiens.
Les traditions sacrées des autres peuples de
l'antiquité, tels que les Indiens, les Egyptiens, les
Perses et les Grecs, tirent également l'origine de
leurs vérités religieuses (suivant leurs livres
saints), de la révélation et des manifestations des
Génies du monde surnaturel et des Esprits des
Aïeux pieux (Mounis, Pitris, Mânes et Héros, etc.).
Les penseurs les plus profonds de ces peuples
admettent non-seulement l'immortalité, mais
encore l'éternité et la préexistence des âmes indi-
viduelles. C'est pourquoi, il y a parmi eux des
philosophes qui croient que les vérités innées ou
inhérentes à l'âme humaine, ne sont que l'écho de
sa préexistence et le ressouvenir de ce qu'elle a
appris dans une autre phase de son existence.
Parmi les écoles de la philosophie indienne il n'y
avait que lesTshawakas qui fussent matérialistes;
en Grèce et à Rome, nous ne pouvons guère ranger
dans cette classe que l'école de Cyrène et bon nom-
bre de disciples d'Epicure. Quant à Thaïes et à '
XXVI PREMIÈRE PARTIE.
l'école Ionique, malgré leurs tendances natura-
listes, ils admirent la réalité des Génies et des
Démons du monde invisible ; il en fut de même
'de Démocrite.
Il n'en est plus de même de nos jours, où le ma-
térialisme règne en souverain absolu sur la terre.
On se fait un devoir de douter de ce qui n'est
point matériel ni susceptible d'être analysé par la
chimie. Jamais Tesprit n'a répudié avec plus
d'orgueil la vérité des miracles. Qui est-ce qui
croit aujourd'hui à ces sortes de superstitions?
Depuis tantôt trois siècles, les écrivains ne croient
plus à rien. Le mérite de nos esprits forts con-
siste à ne rien savoir, et à douter de tout, de Dieu,
du bonheur présent et de la vie future. Ils ne
s'aperçoivent pas que l'esprit vraiment fort ne
reste pas dans la petite sphère des choses sen-
sibles, mais qu'il se porte dans la région des êtres
immatériels pour étudier dans cette région nulle-
ment imaginaire et très subsistante la nature et le
pouvoir de ceux qui l'habitent. Si quelques hommes
sortent de l'ornière commune, on les traite d'i-
gnorants et d'imbéciles; on jette à la face du petit
troupeau de spiritualistes modernes, l'épithète
de fou et de charlatan. L'incrédulité a donc de
nos jours jeté des racines beaucoup plus pro-
fondes que dans l'antiquité. Rome, même, ne per-
dit jamais sa foi religieuse à ce degré; il est vrai
que les anciens matérialistes n'avaient pas l'appui
des physiciens, les sciences naturelles n'étant pas
cultivées comme aujourd'hui.
INTRODUCTION, XXVII
La religion étant basée sur le spiritualisme,
nous voyons dans tous les temps et chez tous les
peuples la décadence de la foi vivante et de la
charité divine, s'ensuivre surtout de Fextinction
des idées spiritualistes. Or la religion est l'àme de
la vie sociale, c'est elle seule qui pénètre et vivi-
fie l'activité morale et sociale deFhumanité; aussi
la société manque d'âme, seule puissance qui rat-
tache la terre au ciel et périt par le ver rongeur
de l'anarchie et du despotisme, quand la religion
est tombée en décadence. Le même fait se repro-
duit à toutes les époques critiques de l'histoire;
en Grèce et à Rom_e plus les dieux s'en allèrent,
plus la gloire et la liberté furent remplacées par
Fochlocratie et par la tyrannie.
De notre temps, depuis la grande révolution
française, la foi religieuse étant tombée, la foi po-
litique ne vécut que quelques années et tomba
aussi. La défiance entra dans tous les cœurs ; le
dévouement ne fut plus qu'un mot. L'intérêt et
Fégoïsme devinrent des vertus. L'affreuse maxime :
Chacun pour so?' est adoptée partout le monde.
De vils fabricants deviennent des millionnaires,
en exploitant la majorité de la nation qui se
compose toujours de consommateurs, à l'aide
du système protecteur, système prétendu natio-
nal, mais en vérité aussi antinational qu'antihu-
main. Notre siècle, en suivant la voie fatale du
matérialisme et du scepticisme est arrivé au pan-
théisme grossier et aux jouissances matérielles et
purement terrestres; l'espérance ayant disparu
XXVIII PREMIERE PARTIE.
pour ne plus renaître, on est parvenu au règne
honteux des banquiers et des juifs qui, grâce à
Tagiotage et aux tripotages de la Bourse, extor-
quent les petits rentiers pour amasser des trésors
que les vers et la rouille consument. (Mathieu
VI, 19.)
L'auteur de ce volume s'est occupé de philoso-
phie, de théosophie, de sciences occultes, d'histoire
et de critique. Il voit avec peine que le scepticisme
a remplacé la foi, que la véritable métaphysique a
été absorbée dans la logique par les sophistes
modernes, qu'il n'y a pas aujourd'hui plus de phi-
losophie que de religion, malgré les tentatives
qu'on ait laites, surtout en Allemagne, de conci-
lier ces deux sphères de l'intelligence humaine.
Tous ces efforts ont dû échouer, n'étant pas assis
sur la base solide d'un spiritualisme positif. Toutes
les tentatives, en effet, sont stériles, si elles man-
quent de la base solide des faits irréfragables
qu'aucun rciisonnement ne saurait renverser, car
un fait est toujours un fait, et c'est pour cette rai-
son, que rien ne peut faire, qu'il n'ait pas existé.
On a créé une foule de théories plus ou moins
ingénieuses, ignorant les faits qui manifestent la
réalité du principe de la révélation directe d'un
monde surnaturel que l'on ne saurait confondre
avec la révélation indirecte, modifiée grâce au
génie spécial de l'homme inspiré par Tesprit ou
par les anges de Dieu. Les philosophes, dans leurs
tentatives de concilier la philosophie avec la reli-
gion, la foi avec la raison, ont absorbé la religion
INTRODUCTION. XXIX
comme une sphère inférieure dans la philosophie ;
les théologiens orthodoxes, de leur côté, ont sacri-
fié la philosophie à la religion, c'est-à-dire les exi-
gences légitimes de la raison à une foi aveugle,
à l'autorité infaillible des traditions religieuses,
émanées d'une source divine et basées sur le
témoignage historique du passé. Certes, loin de
nous de nier la haute importance du témoignage
des siècles passés, mais il faut bien convenir que
ce témoignage historique ne suffit plus de nos
jours; notre siècle exige plus de preuves et de
démonstrations palpables de la réalité du monde
surnaturel. Ceux même qui ont gardé une foi res-
pectueuse à l'Eglise ne se contentent plus de ses
preuves incomplètes, concernant l'origine céleste *
des révélations contenues dans la Bible, ce beau
recueil qui contient la haute sagesse de Dieu,
enseignée aux hommes par la disposition des
Anges. Quant aux preuves tirées de l'excellence de
la doctrine morale du christianisme, elles sont
loin d'être suffisantes; ces preuves ne sauraient
avoir qu'une valeur secondaire, de même que les
démonstrations morales de l'immortalité de l'âme.
Le Christ et les Apôtres ont surtout insisté sur leurs
œuvres et sur leurs miracles^ pour confirmer leur
mission céleste.
Il en est de même de la démonstration qui ré-
sulte de l'expérience interne de l'homme, preuve
qui ne saurait avoir qu'une valeur subjective et
personnelle, tout homme n'ayant pas ici-bas la
chance d'acquérir cette expérience, ce développe-
XXX PREMIERE PARTIE.
ment de la vie religieuse interne, qui n'est qu'une
insigne faveur du ciel, grâce au souffle de l'esprit
de Dieu. On sait d'ailleurs que le Christ et les apô-
tres ont regardé leurs œuvres, et principalement
leurs miracles comme l'unique critérium de leur
foi. Il faut, en effet, reconnaître l'arbre aux fiuits.
Or, le Christ et les apôtres n'admettent que la foi
qui opère des prodiges.
Nous engageons donc tous ceux qui ont consa-
cré leur vie au service religieux, à bien examiner
les maux particuliers et spéciaux, dont notre siè-
cle est atteint, pour pouvoir y remédier, en ra-
menant la foi et l'espérance parmi les peuples.
Or y c'est un fait constaté par V histoire de Vhu-
mahitéj que la grande plaie de V antiquité con-
sistait dans la tendance au polythéisme, au culte
des Esprits, des génies et des aïeux en parti-
culier, tandis que de nos jours Vhumanité est
tombée dans Vexcès du matérialisme. Il faut donc
avant tout réhabiliter les idées du Spiritua-
lisme ; il faut démontrer par la voie expérimen-
tale que l'âme est immortelle, que la mort n'est
qu'un voyage ou passage d'une sphère infé-
rieure et matérielle dans une sphère supérieure
et spirituelle; il faut prouver qu'il n'y a point d'in-
terruption dans l'existence de ceux qui ont quitté
la terre, que nos amis et nos parents morts se
rencontrent, se reconnaissent et s'aiment non-seu-
lement dans la sphère spirituelle, mais qu'ils con-
tinuent encore à avoir des rapports avec nous,
grâce à la providence universelle de Dieu qui a
INTRODUCTION. XXXI
établi des relations réciproques entre tous les êtres
de l'univers. Il faut démontrer que ces esprits
sympathiques sentent surtout un attrait invinci-
ble pour nous, que la mort même est impuissante
à effacer; que ces esprits yious consolent^ nous gui-
dent, nous avertissent et nous inspirent souvent à
notre insu.
Certes, ces pensées sont bien douces et bien con-
solantes!
En effet, il n'y a pas un seul chrétien qui refu-
serait de recevoir une preuve matérielle et morale
à la fois de l'existence de l'âme dans un monde
meilleur, telle que le phénomène de récriture
directe des Esprits.
Lorsque nous perdons ceux qui nous sont chers,
nous nous jetons dans les bras de la religion; mais
malgré l'espérance que nous puisons à cette
source, tous les hommes désirent intérieurement
avoir une preuve matérielle de l'immortalité de
l'âme. Il faut donc démontrer par des faits palpa-
pies et sensibles la réalité substantielle du monde
des Esprits; il faut montrer des miracles, et le
monde finira par y croire, aucun raisonnement ne
pouvant jamais parvenir à faire qu^un fait bien
constaté n^aitpas existé. Eh bien, c'est ce que nous
ferons dans ce volume, étant intimement convain-
cus, qu'une démonstration aussi palpable, aussi
sensible et évidente que celle de notre phénomène
donnera un zèle enthousiaste à la pensée conso-
lante de la vie future et la rendra absolue en pré-
parant la conversion de tous les hommes aux
XXXII PREMIÈRE PARTIE.
bénédictions de la véritable foi. Il faut donc déplo-
rer l'aveuglement et l'inconséquence delà plupart
des chrétiens prétendus orthodoxes. Ces grands
professeurs de croyance dans le monde spirituel,
ces partisans des miracles bibliques, ne croient
qu'aux miracles basés sur les traditions du passé
et refusent obstinément de croire aux phénomènes
merveilleux de nos jours, bien que le gouverne-
ment universel de la Providence soit resté le
même, bien que les lois qui gouvernent le monde
n'aient pas varié, bien que saint Luc lui-même ait
dit (chap. I, 70) que les saints prophètes ont été de
tout temps. En effet, la révélation divine est uni-
verselle; nous ne pouvons pas supposer que la
Divinité juste et impartiale, fasse pour un peuple
ce qu'elle refuserait absolument de faire pour une
autre nation. Saint Jean dit(Ev. Jean I, 9) que la,
lumière divine éclaire tout homme venant au
monde. L'Ancien-Testament admet également l'u-
niversalité de la révélation divine, bien qu'il y ait
des degrés différents de cette révélation et que les
Israélites soient sous ce rapport particulièrement
privilégiés, car suivant les Nombres (XXIII, 9), le
prophète Balaam dit : « Ce peuple habitera à part,
et il ne sera point mis entre les nations. » Au sur-
plus, l'exemple de Balaam prouve que, tout étran-
ger qu'il fût, il avait des communications célestes,
étant inspiré par les Anges de l'Eternel. Il résulte
de même de la Genèse que la ^révélation fut sur-
tout universelle dans les temps primitifs, appelés
avec raison Vâge d^or de l'humanité, suivant les
INTRODUCTION. XXXIII
traditions unanimes de tous les peuples de l'an-
tiquité.
Le petit nombre des chrétiens orthodoxes qui
sont obligés d'admettre la réalité des phénomènes
merveilleux de nos jours, ne pouvant faire que des
faits palpables et faciles à prouver par des expé-
riences répétées, n'aient pas existé, les croient
émanés du pouvoir diabolique ; ils attribuent aux
démons tous les phénomènes mystérieux et mer-
veilleux qui ont eu lieu dans les derniers siècles.
Selon ces docteurs orthodoxes^ le diable est le
souverain maître de l'univers, tandis que le bon
Dieu est relégué comme un vieux saint suranné et
impotent dans une niche de l'univers. On vient
même d'imprimer de nos jours de petits traités
religieux à Genève, suivant lesquels l'Eternel, en
sa qualité de Juge Suprême de l'univers, est com-
paré au vieux Isaac affaibli. De même que ce pa-
triarche ne pouvait plus distinguer ses fils, de
même on espère tremper Dieu lors du dernier ju-
gement, en se revêtant de la robe sans tache du
Christ, sans que la foi se soil manifestée par les
œuvres. Attribuer tout au diable, c'est un contre-
sens inexplicable, et qui a, en outre, le tort de
n'être nullement conforme à la lettre ni à l'esprit
de la parole de Dieu, le Christ lui-même ayant
dit qiCon ne reconnaîtra l'arbre qu'aux fruits. Il
est triste de voir FEglise chrétienne tout entière
atteinte de cette folie absurde, grâce à l'astuce
rusée de Satan, qui est parvenu à faire des repré-
sentants du christianisme tes défenseurs prin-
3
XXXIV PREMIERE PARTIE.
cipaux de son empire de ténèbres, c'est-à-dire
du matérialisme. En vérité, les théologiens de
notre temps prendraient plus encore que les an-
ciens pharisiens, le Christ, s'il revenait dans le
monde, pour un démoniaque ou pour un fou. Selon
saint Jean (X, 19-21) : « Il y eut encore de la di-
» vision parmi les Juifs à cause de ces discours,
i> car plusieurs disaient \ Il a un démon et il est
)) hors du sens; pourquoi l'écoutez-vous? Et les
y> autres disaient : Ses paroles ne sont point d'un
)) démoniaque; le démon peut- il ouvrir les yeux
D d'un aveugle? » — Hélas I de nos jours la dé-
monophobie a fait encore plus de progrès, puisque
nos théologiens croient même aux guérisons dé-
moniaques. Des pasteurs protestants, tels que feu
M. Adolphe Monod, n'ont pas osé recourir au
magnétisme, ne voulant pas être guéri par un
remède démoniaque. Son ami, M. le pasteur
Meyer, croit encore que le somnambulisme est un
moyen démoniaque, un produit infernal de Fes-
prit de Python et que le chrétien ne doit par con-
séquent jamais faire usage de ce remède, dût-il
même lui être salutaire! — Aussi, M. Adolphe
Monod, aveuglé par ces préjugés démoniaques, a
préféré les soins que lui prodiguait son frère, mé-
decin habile, à qui il est arrivé un jour de con-
fondre la petite vérole avec la fièvre typhoïde.
Quant à nous, spiritualistes, nous nous rangeons
de l'avis de ces Juifs qui ne croyaient pas aux gué-
risons démoniaques; nous acceptons à la lettre la
parole du Christ : <r Reconnaissez V arbre à ses
INTRODUCTION. XXXV
y> fruits, » Nous nous servons de la marque de
saint Jean y qui dit dans sa première épître
(I Jean, chap. IV, 2) : « Tout Esprit qui con-
fesse que Jésus-Christ est venu en chair ^ est de
Dieu : d pour reconnaître un bon Esprit, les pas-
teurs voudraient ajouter quelque chose à la parole
de Dieu, pour la réduire à la portée de leur intel-
ligence bornée; mais nous, spiritualistes, nous
acceptons la haute sagesse de Dieu révélée aux
hommes par la disposition des Anges, pleinement,
sans y modifier une phrase ou une virgule.
C'est au milieu de telles idées que Fauteur de ce
volume a pris la défense du monde surnaturel, en
prouvant sa réalité par un grand nombre de faits
irréfragables et par des expériences qu'il a pu,
jusqu'ici, répéter en présence des incrédules, grâce
à la miséricorde infinie de Dieu.
Il faudrait avoir vraiment du courage et de l'au-
dace pour oser faire paraître en plein dix-neu-
vième siècle un livre aussi mystérieux et étrange,
si l'auteur ne savait pas que les faits merveilleux
que ce volume contient ont de l'analogie avec les
phénomènes sur lesquels toutes les religions posi-
tives, toutes les traditions sacrées et les mytholo-
gies de tous les peuples sont basées. Quant aux
idées et aux opinions qu'il avance, elles sont d'ac-
cord avec les croyances de soixante siècles. Il n'y
a que le dix-huitième siècle et les soixante-dix ans
du dix-neuvième (exclusivement adonnés à l'étude
des sciences prétendues exactes, à une critique
sceptique et négative, et surtout au culte du veau
XXXVI PREMIERE PARTIE.
d'or, inauguré par rindustrie et le commerce), qui
aient professé des idées diamétralement opposées
au spiritualisme, en reniant les anciens systèmes
religieux.
Nous savons donc bien que le spiritualisme est
incompréhensible aux esprits, tels que la philoso-
phie sceptique, l'étude exclusive des sciences
exactes etlacritique historique les ont faits. Mais au
milieu de ces sociétés sceptiques, il reste toujours
des hommes qui ont pour mission de faire revivre
les anciennes croyances, afin de ramener la foi et
l'espoir parmi les peuples. Or, si l'auteur réussit
à faire examiner et peser les faits que contient ce
volume par ces esprits sérieux, il croit avoir atteint
son but, étant convaincu que ces phénomènes
merveilleux vont porter un coup mortel au maté-
rialisme, au scepticisme, au rationalisme et au
panthéisme logique. L'auteur croit avoir jeté les
premiers fondements d'une science positive du
spiritualisme, en établissant la croyance aux Es-
jjrits du monde invisible sur une base inébran-
lable. Ce volume est avant tout, un livre rempli de
faits et d'expériences. L'auteur y traitera du spi-
tualisme en général et des obstacles que cette
doctrine a rencontrés dans le courant des siècles,
à mesure que l'humanité s^éloignait des sources
primitives de la révélation. Nous relevons surtout
les deux obstacles principaux qui ont arrêté et en-
travent encore le progrès du spiritualisme depuis
le moyen-âge, c'est-à-dire le scepticisme matéria-
liste et la démonophohie.
INTRODUCTION. XXXYII
Le public lettré sait que la démonophoUe mo-
derne a pris un grand essor surtout au 'moyen-
âge, étant le produit des superstitions absurdes
de cette période de ténèbres, qui n'a été qu'un
long sommeil de la pensée durant dix siècles
consécutifs. L'autre obstacle, qui consiste dans
le matérialisme, a pris naissance au prétendu
siècle des lumières, et règne encore de nos jours
en maître absolu dans nos écoles, grâce à l'étude
exclusive des sciences dites exactes, grâce à la
critique négative et absurde de nos historiens,
de nos philologues et archéologues, grâce aux
tendances sceptiques et panthéistes de la philo-
sophie moderne, dans laquelle la véritable méta-
physique ou la haute philosophie des causes invi-
sibles, étant absorbée dans la logique, ne tient
plus aucune place.
Après avoir esquissé les traits généraux de la
décadence graduelle du spiritualisme et des
religions positives et révélées, depuis que l'hu-
manité s'est écartée de la direction primitive
des dieux et des génies ou de l'âge d'or de l'in-
nocence, l'auteur rapporte les phénomènes des
traditions religieuses qui offrent une analogie
plus ou moins frappante avec l'écriture directe
des Esprits, tels que la révélation directe du Déca-
logue, l'écriture directe durant le grand festin du
roi Belsatzar, la statue parlante de Memnon et les
manifestations directes des Esprits dans les lieux
fatidiques ou hantés qui sont d'une haute impor-
tance pour l'écriture directe des Esprits"
XXXVIII PREMIERE PARTIE,
Puis rautcur fait mention en peu de mots de ses
recherches et de ses expériences dans le domaine
du spiritualisme, qui ont abouti au résultat mer-
veilleux de l'écriture directe des Esprits; il insiste
surtout sur les moyens et sur les conditions in-
dispensables, pour obtenir le phénomène de l'é-
criture directe; il indique les différents degrés
d'initiation dans les mystères de la Magie et de la
Théurgie.
L'auteur est possesseur de plus de deux mille
écritures directes en vingt langues diverses; il en a
fait un petit choix des plus mémorables, pour ne
pas rendre ce volume trop volumineux. C'est aussi
pour cette raison que l'auteur ne publie que quel-
ques extraits des écrits des Esprits sympathiquesy
c'est-à-dire des esprits des parents et des amis
défunts de l'auteur; il est vrai que la plupart de ces
épîtres ou lettres d'outre -tombe, contenues sou-
vent dans plusieurs pages, ne renferment que des
conseils et des détails trop intimes pour que l'on
puisse les livrer au public; néanmoins, l'auteur
qui possède plus de deux cents écrits de ces Esprits
sympathiques, en donne quelques extraits, parce
que ces lettres ont une certaine importance, l'iden-
tité de la main et de la signature pouvant être
constatées surtout par ceux qui ont également
connu ces individus durant leur vie terrestre.
Les écrits grecs et latins contiennent des
maximes de philosophie et de morale, ayant prin-
cipalement rapport à la vie future des hommes, ou
des versets du Nouveau-Testament ayant également
INTRODUCTION. XXXIX
trait à limmortalité et à l'avenir glorieux des en-
fants de Dieu.
Les rois et les reines de France, depuis Dagobert
jusqu'à Louis XVIII, depuis la reine Blanche jus-
qu'à Marie-Antoinette, ont tracé quelques figures
magiques et les initiales de leurs noms sur leurs
monuments à Saint-Denis ou à Versailles et à
Fontainebleau; nous en publions quelques-unes,
telles que celles de saint Louis, de François 1"' et
de Marie- Antoinette, de Marie-Stuart, etc.
Ces figures magiques, tracées directement par
les Esprits, ont opéré quelquefois des guérisons
instantanées, si on les applique aux malades, con-
formément aux ordonnances du médium ou de la
somnambule de l'auteur, endormie par lesdites
figures.
Les Fac-similé de toutes les écritures directes
des Esprits ont été exactement calqués sur l'ori -
ginal.
La seconde partie de ce volume contient les
preuves historiques du spiritualisme. Nous re-
montons aux sources spiritualistes des livres sa-
crés et des traditions religieuses des Indiens, des
Chinois, des Perses, des Egyptiens, des Grecs, et
ries Romains, en y intercalant les idées des philo-
sophes indiens et grecs et des rahhins. VInde, ce
berceau de la race aryemie, forme le centre au-
tour duquel nous groupons les idées des autres
peuples de l'antiquité, en les illuminant quelque-
fois par la clarté resplendissante de la Bible et
surtout de cette loi majestueuse que Jéhovah lui-
XL PREMIÈRE PARTIE.
même a gravée dans les deux tables qu'il remit à
Moïse sur le Sinaï. Nous résumons les idées de
l'antiquité sur la hiérarchie céleste, sur les génies
et les démons, sur l'immortalité, l'éternité et la
préexistence de l'âme, sur le corps éthéré et maté-
riel, enfin sur les diverses phases de l'expiation
de l'âme jusqu'à sa délivrance finale; puis nous
traitons des rapports des Esprits avec les hom-
mes, des manifestations directes des génies et de
Finspiration, ou des révélations indirectes des Es-
prit-s par l'intermédiaire des voyants, des pro-
phètes, des extatiques, des oracles, des pythies et
des sybilles.
CHAPITRE I.
Spiritualisme de l'antiquité,
Le spiritualisme n'est pas \ine doctrme nouvelle. Les
éléments de cette philosophie, basée sur les idées innées
et inhérentes à la nature humaine, sont presque aussi
anciens que le monde. On en rencontre des traces chez
tous les peuples, en remontant aux temps les plus recu-
lés de leurs traditions historiques. Le spiritualisme, c'est
un fait primitif, constaté par les annales de l'humanité
et par l'analyse des facultés de l'homme individuel, par
la psychologie. Le spiritualisme, c'est cette lumière sur-
naturelle, cette étincelle céleste de l'esprit de Dieu, qui
éclaire tout homme venant au monde. Quant au sentiment
moral, il est Yesse?ice de cette lumière qui éclaire tout
homme venant au monde, au point de vue pratique.
Dans l'origine, on ne saurait séparer l'inspiration interne
de la révélation externe ; la lumière interne^ qui éclaire
tout homme, venant au monde, n'est que le reflet de la
révélation universelle de la Providence. En eff'et, l'homme
n'étant qu'un Micro-cosme, dépend toujours de la vie
universelle de l'univers ou du Macro-cosme. Or, toute
tendance des penseurs de vouloir rompre le lien intime
qui subsiste entre le subjectif et l'objectif, est d'autant
plus irrationnelle et absurde, qu'elle détruit le principe
de la solidarité qui fait de l'Univers im grand tout y or-
ganisé selon les lois éternelles et les rapports nécessaires
qui résultent de la nature des choses.
Z CHAPITRE I.
Le Spiritualisme, c'est Fintuition première de l'àme à
son réveil. L'idée du spiritualisme est par cette raison
intimement liée au sentiment religieux et moral ou à
l'idée de la dépendance de V absolu etdeVinfini. On pour-
rait presque soutenir que ces deux sentiments ou plutôt
germes d'idées à l'état d'instincts, ces deux idées en
herbe, si Ton veut, se confondent l'une avec l'autre en
formant ce qu'on appelle le sens interne ou spirituel de
l'homme. En effet, les deux idées fondamentales du spi-
ritualisme, savoir celle de l'immortalité de l'âme et celle
de la révélation du monde invisible des purs Esprits, ne
sont que le corollaire de l'idée de Dieu ou de \ absolu et
vice vei'sâ. L'idée de l'immortalité de l'âme et celle de
Texistenco réelle et substantielle des êtres spirituels, est
même plus primitive, plus intime encore que celle de la
Divinité, cause suprême de l'univers ; car il n'y a que
l'esprit de l'homme seul qui puisse témoigner de la réa-
lité de cet Etre invisible et incompréhensible, que per-
sonne n'a vu, et dont on ne pourra sonder la profondeur,
les séraphins les plus élevés ne pouvant pas même le
pénétrer. C'est précisément pour cette raison, que la
conviction de l'immortalité de l'âme est plus intimement
gravée dans le cœur de l'homme que celle de Dieu lui-
même, ainsi qu'il résulte des annales de tous les peu-
ples et des récits des voyageurs qui ont fréquenté les
contrées habitées par les j)euples les plus sauvages. Le
spiritualisme est donc non-seulement la véritable base
subjective du sentiment religieux inhérent à la nature de
l'âme, mais encore la base objective, l'unique source de
toutes les religions historiques. C'est un fait bien cons-
taté, par tous les érudits impartiaux, que les traditions
sacrées de tous les peuples tirent leur origine d'une ré-
vélation plus ou moins directe, ou d'une communication
SPIRITUALISME DE l' ANTIQUITÉ. 3
céleste quelcon(|uo. Or, le principe do la révélation sup-
pose la réalité d'un monde supérieur des causeSy qui se
manifeste plus ou moins directement dans le monde
inférieur des effets. Aussi les légendes religieuses et les
livres saints do tous les peuples, parlent de l'intervention
des dieux, des demi-dieux, des Anges; des Esprits, etc.,
pour enseigner aux hommes les vérités religieuses et
morales; les traditions religieuses de tous les peuples
sont remplies de visions et d'apparitions, à l'aide des-
quelles les êtres supérieurs et immatériels, entrent en
rapport avec les hommes, pour les instruire et les pré-
server des dangers et des accidents majeurs, etc., etc..
Les apparitions ont lieu, tant à l'état de veille qu'à l'état
de sommeil. Les prophètes, les voyants, les sybilles et
les pythies, les oracles, en un mot, ont des communi-
cations avec des génies supérieurs, qui les inspirent et
les mettent à même de prédire l'avenir, de lire dans les
destinées des individus et des peuples. Les voyants, les
hommes inspirés, les prophètes et les oracles ont été les
fondateurs des croyances religieuses et morales et les
organisateurs de la mythologie et des traditions sacrées.
Les oracles et les prophètes étaient les chefs des na-
tions de l'antiquité sous le rapport intellectuel et moral ;
ils précédèrent l'établissement des institutions politiques
de l'antiquité. Il n'y a du reste que les dieux qui inspi-
rent les oracles, afin que ceux-ci puissent annoncer aux
peuples les décrets émanés de l'Olympe et dévoiler les
secrets de l'avenir. Aux yeux des anciens, l'homme seul,
entre tous les êtres vivants, jouit du privilège d'être en
relation avec les dieux. La nuit dans ses songes, le jour
par le vol des oiseaux, par les entrailles des victimes,
par des exhalaisons souterraines, enfin par mille présages
divers, les dieux parlent à ses sens pour manifester à
4 CHAPITRE I.
son intelligence, soit le présent, soit l'avenir. Ainsi donc,
il n'y avait dans les énigmes des prêtres de l'antiquité,
ni raisonnements, ni démonstrations théologiques, mais
seulement une révélation, une manifestation surnatu-
relle. Cet enseignement, parla révélation, ne ressemblait
en aucune manière aux enseignements jwétendus reli-
gieux, ou plutôt à cette exposition dogmatique qu'on fit
plus tard aux époques sceptiques. On écoutait religieu-
sement les prophètes des premiers temps; on raillait ceux
qui leur succédaient. C'est que les premiers ne parlaient
que par inspiration et avec conscience, tandis que les
seconds, hommes de métier (caste de prêtres, clergé lévi-
tique), ne croyaient souvent plus aux doctrines qu'ils prê-
chaient dans les temples et aux oracles qu'ils firent ren-
dre dans leurs antres et sur leurs trépieds.
Il n'y a donc jamais eu de religion positive sans la
théophanie. Certes, il en est des degrés infinis, si l'on
compare les difî"érentes révélations. Loin de nous la
pensée de vouloir confondre la révélation directe du
Décalogue, cette loi sublime que le Christ seul a pu
accomplir ici-bas , avec les traditions sacrées des autres
peuples, telles que le Véda, leZend, les livres Sybil-
lins, etc., etc. Nous ne mettrons donc pas au môme
niveau la loi la plus parfaite, venant directement de
l'Eternel lui-même^ avec les révélations religieuses des
autres peuples, mais nous croyons aussi que leurs tradi-
tions sacrées renferment des communications célestes.
Il y eut même, chez ces peuples de l'antiquité, plus tard,
lorsque l'ancienne ère théogonique et révélatrice fut close,
et que la religion fut en pleine décadence, des hommes
revêtus d'une mission divine, des réformateurs tels que
Laot-seu, Cont-seu, Pythagore, Zoroastre, etc., de même
que les Juifs avaient leurs prophètes. Nous ne pouvons
SPIRITUALISME DE L' ANTIQUITE. 5
pas supposer que la Divinité juste et impartiale fasse
pour un peuple ce qu'elle refuserait absolument à une
autre nation. Il faut donc admettre la révélation univer-
selle de JDieUy dont il y a des traces dans toutes les reli-
gions historiques. La Bible même, tout en prétendant
que les Israélites sont, sous ce rapport, particulière-
ment privilégiés, reconnaît pourtant l'universalité de la
révélation divine, qui offre une analogie frappante avec
la Providence universelle de Dieu. Ce caractère uni-
versel de la révélation primitive résulte surtout de la
lettre et de l'esprit de la Genèse. Saint Luc même dit
(chap. I, 70) que les saints jjrophètes 07it été de tout
temps. Balaam fut également inspiré par l'Ange de
l'Eternel (Nombres XXII et XIII), bien qu'il ne fût pas
Israélite. Saint Jean (I. 9) dit que la lumière divine
éclaire tout homme venant au monde.
Le comte de Maistre dit : ce Tout s'explique dans ce
monde que nous voyons, par un autre inonde que nous
ne voyons pas. »
Lamartine (YIIP Entretien) dit: cdl y a dans le monde
deux mondes, le monde qu'on voit et le monde invi-
sible ; l'un est aussi certain que l'autre, quoiqu'il ne
tombe pas sous le sens, parce qu'il tombe sous le sens
des sens qui est l'intelligence. Je plains, sans les con-
damner, ceux qui ne croient pas au monde invisible.
Quant à moi, j'y crois mille fois plus fermement c[u'à ce
monde visible; car je crois à l'œuvre de l'intelligence
mille fois plus fermement qu'à ce monde visible; car je
crois à l'œuvre de lintelligence mille fois plus qu'aux
phénomènes de la nature. »
D'après les autorités du christianisme même. Dieu est
invariable et ne change jamais ; voilà pourquoi nous
nous basons sur ses lois immuables (jui sont les vrais
6 CHAPITRE I.
éléments de sa volonté, pour y asseoir la conviction que
le monde surnaturel des causes agit et exerce une in-
fluence permanente sur le monde matériel des effets. Ce
qu'on appelle miracle ou manifestation surnaturelle,
n'existe que si l'on se place au point de vue restreint de
la nature matérielle, mais au point de vue absolu et
général, il n'y a plus de miracle, la révélation de la
nature supérieure des causes faisant partie de l'éco-
nomie et de l'organisation de l'Univers. L'intervention
des Esprits du monde surnaturel ne modifie que jusqu'à
un certain degré les effets des lois physiques ; ce qui a
surtout lieu dans certains cas ayant trait au moral et à
la destinée de l'homme en général. Les Esprits s'appro-
chent de nous pour enlever de nos yeux le bandeau de
la superstition et de l'erreur, afin de diriger nos pensées
vers l'Eternel qui entend le soupir plein d'harmonie,
éclatant en louanges et montant vers le royaume céleste.
On trouve dans les temps primitifs de tous les peuples
de l'antiquité, certaines traces des idées de la préexis-
tence del'àmeetde ses incarnations successives, de ses
migrations terrestres (de la métempsycose), à la suite
de la chute des Anges, de cette révolte d'une partie du
Ciel dans le Ciel même, épopée immense dont nous ne
savons que le nom (Epitre de Jude, 6). Ces germes d'i-
dées prouvent également l'ancienneté des croyances
spiritualistes. Il en est de même de la nécromancie et
de la magie en général, qui sont les plus anciennes
sciences de l'homme. On connaît la fameuse coupe de
divination de Joseph (Genèse XLIV). Le Deutéronome
(XIII et XVIII) et le premier livre de Samuel (I Samuel,
chap.XXYIII) parlent de la magie et de la nécromancie.
Il en est de môme de la fameuse verge d'Aaron et des
magiciens d'Egypte. (Exode YII.)
SPIRITUALISME DE L ANTIQUITE. 7
II y a un fait, surtout, dont on ne saurait trop tenir
compte puisqu'il s'agit d'une croyance populaire qui s'est
conservée chez la classe la plus nombreuse de tous les
peuples jusqu'à nos jours ; nous voulons parler de la
peur clés spectres et des fantômes. Cette frayeur étrange,
ne pouvant être que le résultat de la réalité objective
des apparitions, prouve non-seulement la croyance uni-
verselle et générale de Flmmanité en l'immortalité de
l'âme, mais encore en l'influence réelle et substantielle
des purs Esprits sur notre monde matériel, c'est-à-dire à
leurs manifestations visibles et palpables. L'étude appro-
fondie des traditions sacrées de l'antiquité, nous démon-
tre que les apparitions des Esprits étaient plus fréquentes
dans les temps primitifs, vu la nature plus portée vers
la contemplation des hommes lors de cette époque
mythologique et héroïque. Le génie de l'antiquité avait
en général une disposition très remarquable pour la
contemplation mystique et pour l'extase religieuse. Dans
l'Orient, surtout, la vie contemplative l'a toujours em-
porté sur la vie active. Un autre fait d'une haute im-
portance pour le spiritualisme, et aussi ancien, aussi
populaire que la frayeur des spectres, c'est le respect des
morts. L'antique culte des aïeux défunts, des pitris et
des mânes, a donné lieu au respect des morts.
Le culte des aïeux défunts était intimement lié à la
conviction de l'immortalité de l'âme. La mythologie
abondante et variée de l'Egypte est fondée néanmoins
sur la notion sublime d'un seul Dieu, créateur. Les rites
funéraires sont un immense tableau des destinées futures
de l'homme qui reconnaît pour bases l'immortalité de
l'âme et la métempsycose ou les réincarnations succes-
sives de l'âme humaine, ses transformations et ses dé-
veloppements à l'infini, au-dessous de Dieu, qu'elle ne
8 CHAPITRE I.
pourra jamais atteindre. Dans le livre le plus ancien du
monde, en Egypte, sous le pharaon Osortasen I (XP dy-
nastie), composé par Sirieh, il y a un récit touchant d'une
mission confiée à Fauteur. (Ce papyrus hiératique a été
rapporté par le docteur Lepsius à Berlin.)
Sineh en racontant son histoire, dit : « Je suis né à
la cour du roi Amenembo V qui est allé au ciel sans
qu'on sache ce qui s'est passé à ce sujet. Son tils Osor-
tasen nous a sauvés, en prenant possession de l'héri-
tage de son divin père. Le bonheur de la terre est son
ouvrage. Il me dit un jour en face : a Guide l'Egypte,
» pour développer tout ce qu'il y a de bien en elle! Sois
» avec moi ! Mon œil est bon pour toi. » Il me nomma
gouverneur de ses jeunes guerriers et me maria à sa fille
aînée ; il me fit choisir un gouvernement sur la frontière
d'une autre contrée, puis il finit par revenir près de
son souverain. » De retour, il dit : « Je vécus dans la
paix du roi d'Egypte Osortasen. Aujourd'hui la vieillesse
est tombée sur moi; mes yeux s'appesantissent; mes
bras sont débiles, mes pieds fléchissent; la défaillance
de mon cœur m'approche du départ. Bientôt on me
conduira aux villes éternelles; j'y servirai le Seigneur
universel. Alors les enfants royaux qui soiit passés à Té-
ternité diront de moi : « Le voici! )>
Est-il rien de plus touchant que ces paroles du vieil-
lard qui, plein de foi en l'immortalité de l'âme, tourne
ses regards vers la vie éternelle ; de même que les pa-
triarches de la Genèse aspiraient à se rejoindre, à être
réunis à leurs aïeux dans la vie d'outre-tombe, de même
ce vieillard se réjouit d'y voir les enfants trépassés, d'O-
sortasen F^, surnommé le Juste.
Yii\ efî'et, rien de plus naturel que ce culte que les an-
ciens, plus versés tjue nous dans les mystères do la
SPIRITUALISME DE l' ANTIQUITE. 9
pneumatologie ont voué à leurs ancêtres. Les nombreu-
ses écritures directes des Esprits des parents et des amis
de l'auteur, prouvent que les Esprits des aïeux conti-
nuent à veiller en qualité de génies familiers et d'Anges
gardiens sur la destinée de leurs descendants, et à pro-
diguer à ces derniers de tendres soins, des avis, des
avertissements et des conseils amicaux. Aussi la posté-
rité reconnaissante a institué des cérémonies religieuses
et des fêtes, des tombeaux et des mausolées magnifiques
en leur honneur. Il semble même que les premières cé-
rémonies religieuses, que les hommes aient rendues aux
êtres invisibles et surnaturels fussent les funérailles, et
que les premiers édifices consacrés à l'exercice public de
la religion aient été les tombeaux et les mausolées.
Quant à Dieu, la haute antiquité ne l'a pas adoré dans
des temples construits de mains d'homme. Dieu voulant
être adoré en esprit et en vérité, on n'a d'abord non
plus institué un culte en son honneur (Genèse IV, 26).
Personne n'osa, en effet, bâtir une maison à l'Eternel,
que les Cieux des Cieux ne peuvent contenir, selon II,
Chroniques (chap. I, verset 6). Il n'y avait que les dieux
seuls, c'est-à-dire les Esprits (Jean X, 34, 35), auxquels
on rendît un culte public dans des édifices consacrés à
leur mémoire, parce qu'ils hantèrent certains lieux de
préférence. Il n'en fut pas de même de l'Eternel, qui ne
fut pas comme les autres dieux, un Dieu des montagnes
ou des plaines^ mais donc le souffle puissant pénètre et
embrasse l'Univers tout entier. C'est pour cette raison
que même de nos jours les Bédouins n'aiment pas fré-
quenter les mosquées, parce qu'ils prétendent qyi Allah
est trop grand pour demeurer dans un lieu de culte , Vuni"
vers tout entier étant so^i temple.
Le culte des aïeux a malheureusement dégénéré peu à
4
10 CHAPITRE I.
pou en polythéisme; l'homme pouvant abuser des choses
les plus sacrées, a commencé par confondre l'adoratioa
qu'il doit à l'Être suprême seul (à l'intelligence créatrice,
la source universelle de tout ce qui existe) et le respect
dû par lui aux Esprits de ses ancêtres illustres et aux
génies supérieurs qui composent la hiérarchie céleste,
et dont Dieu se sert pour révéler à l'humanité les vérités
religieuses et morales. L'erreur des hommes est facile à
concevoir, si l'on se dépouille des préjugés modernes, en
consultant les légendes et les traditions sacrées de tous
les peuples qui sont remplies de phénomènes surnatu-
rels. Le public lettré sait que nos savants prennent tous
ces phénomènes merveilleux pour des fictions, des fables,
des mythes, tant individuels que collectifs, et même pour
des personnifications absurdes, des phénomènes de la
Nature et des idées abstraites. D'après ces traditions an-
ciennes, les génies supérieurs et les purs Esprits ont dû
se manifester souvent d'une manière palpable et visible,
aux hommes des âges héroïques. En Grèce même, sui-
vant les traditions, une foule de génies et de héros ou
Esprits des ancêtres illustres, se montrèrent immortels ;
on voyait surtout les Dioscures, montés sur leurs cour-
siers, conduire même des armées (Pindare Pyth. I, 1,
127). L'homme des âges mythologiques ayant donc des
rapports continuels avec les Esprits, grâce à sa nature
contemplative, et ne pouvant jamais apercevoir une ma-
nifestation directe de l'Éternel qu'aucun œil mortel n'a
vu depuis la chute, commença peu à peu à adorer Var-
mée des deux, et oublia l'Auteur tout-puissant de l'uni-
vers. De là le Polythéisme, cette grande phase de la déca-
dence religieuse. De là cette multitude de dieux qui a
remplacé le monothéisme primitif, et qui est devenu une
des sources principales de la décadence de l'humanité et
SPIRITUALISME DE L ANTIQUITÉ. H
de sa division en tribus différentes. Du reste, le poly-
théisme n'a jamais exclu absolument un monothéisme
supérieur, ce qui résulte, non-seulement de l'idée d'un
Dieu suprême et des DU Deœque omnes des Gréco-Ro-
mains, mais encore surtout des formes les plus anciennes
du polythéisme, telles que le ^rtômmt^. Selon le sabéisme,
dont le nom semble venir de Saba (armée du Ciel),
l'homme fut encore bien persuadé de l'existence d'un
seul Dieu, créateur de l'univers, mais il adora surtout les
Anges et les intelligences qu'on croyait résider dans les
astres, pour gouverner le monde sous la suprême direc-
tion de la Divinité. Les sabéens honoraient les Esprits
célestes, dont ils faisaient des images, comme des divi-
nités inférieures ; ils les regardèrent comme leurs média-
teurs auprès de Dieu. Ces intelligences célestes (allah)
devaient intercéder pour eux, en implorant la miséri-
corde de Dieu, [Allah Tàala, le Dieu très haut.)
Le polythéisme revêtit peu à peu un caractère histo-
rique et successif, grâce aux Esprits des aïeux et au
culte superstitieux qu'on leur rendait. Les miracles que
ces Esprits opéraient, la protection et le patronage qu'ils
accordaient, donnèrent lieu à leur divination pure et
simple, à des apothéoses condamnables, en vertu des-
quelles le culte d'un dieu fut remplacé par un autre; un
dieu adopté plus tard comme tel, renversa l'autel d'un
autre. En Grèce, à une époque postérieure, l'oracle de
Delphes prononça sur la canonisation des héros ou Es-
prits qui s'étaient illustrés par leurs vertus et leurs hauts
faits durant leur vie terrestre. Surtout lorsqu'une cir-
constance extraordinaire, un prodige s'était attaché au
nom ou à l'image d'un personnage mort, la pythie con-
sultée, décidait qu'on devait lui sacrifier comme à un
dieu. (Pausanias VI, 2.)
12 CHAPITRE I.
De là, en Grèce, la confusion des héros avec les dé-
mons et les dieux. De là, dans l'antiquité tout entière
le caractère historique et j^rogressif du polythéisme, qui
contribua surtout à diviser r humanité en peuples, animés
d'un esprit hostile, les uns envers les autres, selon les
différents cultes que chacun rendait à ses dieux.
L'homme, ayant détourné ses regards de Dieu, centre
unique du monde immatériel, devait de jour en jour plus
se matérialiser ; son sens interne s'obscurcit peu à peu.
On voit (chose triste à dire) la conscience se troubler
d'âge en âge, le sublime don de la contemplation s'effa-
cer de plus en plus, l'extase devenir rare, et la lumière
divine qui éclaire tout homme venant au monde, perdre
son éclat primitif. Le cerveau, cet organe matériel des fa-
cultés intellectuelles de l'âme et le crâne, son enveloppe
osseuse, dont la conformation dépend du développement
du cerveau, paraît s'aplatir. Un phrénologiste surtout
pourra s'en rendre compte, en comparant les bas-reliefs
des Assyriens avec les statues de la Grèce et de Rome.
L'homme, devenant tout à fait terrestre et commen-
çant à se préoccuper avant tout de l'organisation poli-
tique de la société, de l'agriculture, du commerce, etc..
n'a plus la même élévation de l'âme à Dieu, et n'aspire
plus aux rapports avec le monde surnaturel. Les besoins
de l'homme, changeant de nature, les manifestations du
monde surnaturel ont dû cesser d'exercer la même
iijfluence sur l'humanité. L'échelle de Jacob, attachant
jadis la terre au ciel, rompit. Désormais, le sublime don
de l'inspiration et des miracles ne fut que l'attribut de
quelques âmes d'élite, les amis des dieux {ôiof îlot) , selon
l'Iliade (XXIV, 553), par la bouche desquels les *^ieux
parlaient et qui entretenaient avec la Divinité un com-
merce de tous les instants.
SPIRITUALISME DE l' ANTIQUITE. 13
Cette grande révolution eut lieu bientôt après l'éta-
blissement du polythéisme et de cette grande confusion
des langues et des idées. D'abord les hommes vérita-
blement inspirés, les voyants, furent les seuls inter-
prètes des révélation s du monde surnaturel ; mais bientôt
les rapports avec ce monde des causes invisibles, deve-
nant de jour en jour moins intimes, une caste héréditaire
se forma pour satisfaire aux besoins religieux gravés en
caractères ineffaçables dans le cœur de l homme, même le
plus grossier. Le sacerdoce ne devint donc qu'un métier,
la propriété d'une classe d'hommes dépourvus de toute
véritable vocation céleste. La lettre-morte des traditions
remplaça l'esprit vivifiant de la révélation et de l' inspira-
tion, l'impuissance et la fraude, le don des miracles, pour
continuer à exercer un prestige quelconque sur le vul-
gaire. Les prêtres n'étudiaient que la lettre-morte des
traditions révélées, sans en pénétrer l'esprit vivifiant,
accordé seul aux hommes inspirés, aux voyants et aux
prophètes, qui communiquaient sous l'égide du Saint-
Esprit avec le monde surnaturel , étant eux-mêmes des
révélateurs des vérités religieuses et morales, tels que
Moïse, les voyants, les prophètes et les sages de V antiquité.
Malheureusement, le ministère prophétique est devenu
de plus en plus, faute d'hommes inspirés, un simple
secours extraordinaire, que Dieu n'a employé que quand
les brebis et les gardiens, peu différents des loups, fra-
ternisent avec eux dans le même esprit. De là l'opposi-
tion que le clergé lévitique a toujours fait aux prophètes;
les prêtres ont persécuté les prophètes dans tous les
temps, ou les ont dédaignés presque toujours, quand ils
ne les ont pas persécutés. L'Eglise chrétienne même
(chose triste à dire) n'a presque jamais prêté attention
aux prophètes véritables, ne considérant pas que le pro-
14 CHAPITRE I.
phète n'étant qu'un voyant en Dieu, l'ascétisme, la con-
templation et l'extase sont les ouvertures de ce monde
lumineux où il plonge.
Nous regardons donc comme la seconde phase de la dé-
cadencCy non-seulement des croijances religieuses en gêné-
ralj mais encore de toutes les religions positives y y comjwis
le polythéisme, l'époque de rétablissement du sacerdoce.
En effet, depuis que les hommes véritablement inspirés,
les voyants et les prophètes, ont cessé d'être les seuls
interprètes des révélations du monde des causes invisi-
bles, le sacerdoce sublime de Melchisédec n'est devenu
qu'un métier, l'inspiration étant remplacée par les fonc-
tions cléricales. Quant au peuple, il confondit la tradi-
tion sacrée avec la révélation, les prophètes avec les
prêtres ; il adora les livres Sibyllins comme les oracles
qui les avaient écrits, les chênes prophétiques comme
ceux qui les avaient consacrés et rendus divins, tels
qu'Orphée eiMélampe en Grèce et Hermès ou Anonbis en
Egypte. Tout devient peu à peu le symbole ou la repré-
sentation sacrée d'une des divinités païennes. C'est
ainsi que nous arrivons à la troisième phase de la déca-
dence des croyances religieuses^ durant laquelle le poly-
théisme spiritualiste tend à l'idolâtrie, au fétichisme, au
culte de la nature, etc., etc. Les forces naturelles, ainsi
que les principes abstraits, remplacent peu à peu les êtres
immatériels.
La doctrine des druides mérite surtout l'étude. (Ga-
tien Arnoult, Histoire de la philosojMe en France ;iomQ I,
1859. Durand, Paris.) «La vie est universelle et essentiel-
» lement une avec divers degrés, dont les trois princi-
» paux, qui se subdivisent, sont : L'inférieur à l'homme,
» l'homme et le supérieur; tout être est le même, et non
y> pas un autre ; il est individu, il passe de l'un à l'autre
SPIRITUALISME DE l' ANTIQUITE. 15
» degré dans l'identité de son essence, indestructible,
» immortel, capable d'un progrès à l'infini, au-dessous
» de Dieu, qu'il ne peut atteindre, et d'une marclie ré-
» trograde à l'infini, au-dessus du néatity où il ne peut
)) revenir. L'homme a pour caractère propre la liberté,
» et par suite le choix entre le bien et le mal ; il peut
» avancer, rétrograder ou rester stationnaire, avec la
» nécessité de recommencer à vivre au même point.
» Tous les Êtres arriveront finalement à la perfection et
» monteront dans le stipérieur; mais ils en parcourent
» encore des degrés nombreux dans ime vie toujours mo-
)) bile; au-dessus de laquelle plane rimmobile vie de
» rinfini, »
Si nous jetons un coup d'œil sur les différents pays,
nous voyons que le mélange des races joue ici un grand
rôle. La i^ace blanche ou Aryenne et la race jaune de
Y Asie centrale et du nord de V Europe, conservent plus
ou moins des idées spiritualistes.
Il n'en est pas de même des peuples tels que les As-
syriens et les Egyptiens, grâce à l'influence de la race
noire, dont l'imagination ardente et le sens plastique
transforment bientôt le spiritualisme dans un fétichisme
et dans le culte des objets vivants de la nature, tels que
l'adoration d'Apis en Egypte, et dans l'idolâtrie des
choses mortes et inertes, telles que le veau d'or et le
Bel. Certes, il fallait aux sens grossiers des Noirs des
objets visibles en qualité de symboles des êtres invisi-
bles. Au reste, si nous attribuons à l'influence des Noirs,
l'idolâtrie et le fétichisme, il faut bien reconnaître, pour
être juste envers tout le monde, que le culte grossier de
ces sauvages renferme plus d'éléments sp.ritualistes que
le scepticisme et le matérialisme de la philosophie ratio-
naliste et panthéiste de l'Europe moderne depuis une
16 CHAPITRE 1.
centaine d'années. De nos jours, M. Gobineau, dans son
ouvrage sur l'inégalité des races, voulant à tout prix
bannir l'influence de la révélation du monde surnaturel
et le développement des idées de l'histoire, a réduit les
annales de l'humanité à une simple science naturelle ; il
traite l'homme en vil bétail, dont les espèces et les races
se détériorent et dégénèrent par des mélanges. Cet écri-
vain a émis les théories les plus absurdes sur la déca-
dence des différentes phases delà civilisation. Il n'existe
point d'erreur plus grossière que de vouloir tout réduire
à des mélanges ethniques.
Le spiritualisme n'a pas été seulement le culte pri-
mitif de la race blanche, mais encore celui de la race
jaune. Les Finnois et les anciens indigènes de U Amérique
n'ont été sous ce rapport nullement inférieurs à la race
blanche. De nos jours ces peuples arriérés sont même
beaucoup /)te spiritualistes que les Européens civilisés
de la race Arijenne. Il n'y a que les Noirs seuls, dont le
penchant à l'idolâtrie et au fétichisme est connu de
toute ancienneté, qui soient inférieurs sous ce rapport
aux autres races.
Au reste, le fétichisme n'est nullement une doctrine
matérialiste, mais seulement un spiritualisme plus
grossier, plus idolâtre que le spiritualisme des autres
religions; on sait quel rôle la magie, les enchantements,
les images fatidiques, les lieux hantés, etc., etc. jouent
dans le fétichisme. Néanmoins, c'est un fait que l'in-
fluence des Noirs a altéré le spiritualisme primitif des
Assyriens et des Egyptiens. En Egypte (d'après Jules
Africain) le culte d'Apis fut établi sous le règne de
Kaïechos, second roi de la seconde dynastie (dynastie
thinite), lorsque l'influence des vaincus de race noire,
se faisait déjà sentir dans les mœurs, les coutumes et
SPIRITUALISME DE l' ANTIQUITE. 17
dans les institutions religieuses et politiques if ov ol pôzq
ôïjo-av eî'uateéot. (Bunseii, l'Egypte, tome II, p. 103.)
L'Egypte ne fut admirable que dans la plus haute an-
tiquité; alors c'est vraiment le sol des miracles; sa dé-
cadence commence de bonne heure. De là la prohibition
jetée sur Vimitatlon des formes humaines, par la Bible
chez les Hébreux, et par le Coran chez les Arabes, voi-
sins des Chamites mulâtres, peuples si enclins à outre-
passer les bornes d'une légitime admiration. Tout pen-
seur doit reconnaître avec la Bible et le Coran, l'utilité
spiritualiste de cette défense. Peut-être l'influence de la
race noire a eu sa part à l'abus, qu'on a fait aux Indes
de la doctrine de la métempsycose, en croyant que
l'âme humaine, l'esprit intelligent puisse s'incarner dans
les corps des différents animaux, pour expier ses péchés
et ses fautes commises dans sa vie antérieure; de là aussi
le culte de la vache et une foule d'autres pratiques reli-
gieuses absurdes , depuis l'introduction du culte de
Schiwa.
Le paganisme et le polythéisme, dégénérant peu à
peu en idolâtrie ont dû aboutir au scepticisme et à l'in-
crédulité, durant les dix derniers siècles de l'antiquité
jusqu'à la réhabilitation finale des anciennes traditions
religieuses par l'éclectisme de l'école d'Alexandrie, pour
mieux tenir tête au christianisme. L'époque critique et
sceptique de la philosoiMe ancienne fut la quatrième phase
de la décadence des croijances religieuses de l'antiquité.
Cette décadence générale des croyances religieuses
devait, selon les vues miséricordieuses de la Providence,
qui n'abandonne jamais l'humanité, susciter des réfor-
mateurs et des prophètes. Les quatre plus illustres de
ces réformateurs, qui aient établi un théisme moral su-
18 CHAPITRE I.
blime, unique base de toute véritable religion, furent
Zoroastre, en Perse, Laot-seu et Cont-seu, en Chine, et
Pythagore, en Grèce. Nous ne parlons pas des Israélites,
de ce peuple élu et privilégié par excellence (Nombres
XXIII, 9), et chez lequel les prophètes n'ont pas cessé
d'annoncer la nouvelle phase de la révélation dans la
personne du Messie.
Zoroastre (Zerduscht) fut un réformateur des croyances
brahmaniques, dont on trouve des traces dans le Zend-
Avesta (Burnouf, Commentaires sur le Gacna (tome I,
p. 342). Il s'est révolté contre l'usurpation des brahmanes
qui non-seulement avaient confisqué les anciennes fonc-
tions sacerdotales de tout père de famille libre, mais qui
s'étaient arrogé peu à peu à l'aide de la consécration
royale, la conduite suprême du gouvernement. Tout
porte dans le magisme un caractère protestant, et c'est
là que se voit la colère contre le brahmanisme (Lassen,
Indische Alterth., tome I, pag. S 16, 525). Les DevaSy les
bons Esprits^ selon les Indiens, devinrent dans le langage
sacré des zoroastriens, les Dlivs, c'est-à-dire les mauvais
Esprits ou démons (terme absurde, adopté de nos jours
pour désigner les mauvais Esprits, bien que le mot
(î'atpwv chez les Grecs ne désignât aucune qualité, ni
bonne, ni mauvaise d'un Esprit). Le nom à' Indra même,
est donné à un mauvais génie, par les zoroastriens. On
connaît la haute portée morale du dualisme zoroastrien,
si supérieur sous ce rapport au polythéisme cjréco -ro-
main. Du reste, on en rencontre des traces dans la doc-
trine égyptienne, ^Isis, cVOsiris et de Tyj)hon. Il en est
de même de la mythologie grecque et des philosophes
les plus illustres de cette nation, tels que Pythagore,
Heraclite, Empédocle et Platon. (Plutarque de Iside et
Osiride, 45-55.)
SPIRITUALISME DE l' ANTIQUITÉ. 19
Le bon principe est bien supérieur au mauvais, qui ne
se manifeste que dans la région siiblunaire.
On conçoit que, dans une esquisse aussi rapide de la
décadence des anciennes croyances religieuses, nous ne
pouvons que citer les noms de ces quatre immortels ré-
formateurs, sans même effleurer leurs doctrines sublimes;
plus tard, dans les chapitres qui traitent des Esprits et
de leurs rapports à l'âme humaine, nous parlerons de
leurs idées remarquables concernant ces sujets intéres-
sants de la science surnaturelle.
Du reste, en Grèce, Pythagore ne fut pas le seul réfor-
mateur spiritualiste parmi les philosophes ; en général,
tous les penseurs les plus profonds de cette nation ten-
dirent vers la sphère élevée da spiritualisme. C'est au
spiritualisme que nous devons encore la philosophie
profonde de Heraclite, la morale céleste de Socrate, ins-
piré par le fameux génie familier [démon) de ce grand
homme, et l'idéalisme sublime de Platon, l'une des plus
belles conceptions que l'esprit humain ait jamais enfan-
tées. Une foule d'autres penseurs suivirent les traces de
Pythagore, de ce précurseur du Christ parmi les Grecs ,
qui le premier, dans sa fameuse Confédération, a réalisé
le principe de la Charité. Cicéron (de Off., lib. I) et Aldus
Gellius (lib, ï, cap. 9) disent: « Pijthagoras ultimiim
)) in amicitia initavit, ut unus fiât ex pliiribiis , » Ces pa-
roles de Pythagore offrent une analogie frappante avec
celles du Christ (Jean, XYIÎ, 21) : « Afin que tons soient
)) un, ainsi que toi, Père, es en moi, et moi en toi; afin
)) qu'eux aussi soient un en nous, et que le monde croie
)) que c'est toi qui m'as envoyé. » Saint Paul dit de même
(Romains, XII, S): a Ainsi, 7îous qui sommes plusieurs,
» sommes un seul corps en Christ, et chacun réciproque-
)) ment, les membres l'un de l'autre. »
20 CHAPITRE I.
Au reste, malgré les progrès du scepticisme, non-seu-
lement les philosophes spiritualistes, qui examinaient au
flambeau de la raison, la haute sagesse de l'antiquité, se
prononcèrent en faveur des anciennes croyances reli-
gieuses, mais encore les oracles continuèrent à exercer
un prestige immense sur la majorité du peuple, du bas
peuple surtout, en Grèce et à Rome. Certes, la plupart
des oracles ont été établis dans des siècles d'ignorance?
— selon nos jjrétendus savants et sophistes, mais on peut
leur répondre que c'est un fait constaté par l'histoire,
que les oracles ont subsisté durant les siècles les plus
éclairés selon nos savants modernes eux-mêmes : tel fut
le prestige des oracles, même dans ces siècles de lu-
mières, qu'ils tinrent encore le premier rang, en prési-
dant aux destinées des nations ; on les consultait quand
l'Etat était en danger, ou lorsqu'on voulait connaître
l'avenir. Certes, la haute considération dont jouissaient
les oracles devait peu à peu tomber en discrédit, surtout
aux yeux des philosophes sceptiques, depuis que les
hommes et les femmes inspirés par les Dieux, furent
remplacés par la caste sacerdotale, qui ne faisait qu'un
métier en exerçant les nobles fonctions du sacerdoce et
de la prophétie. L'amour de l'or et de l'argent entraîna
même quelquefois les pythies, choisies parmi les
femmes inspirées et visionnaires, à la fraude et à uq
ignoble trafic des vérités surnaturelles. On connaît la
fameuse corruption de la supérieure des prêtresses de
Delphes par Cléomène V\ roi de Sparte, qui voulait
priver Démarate de la coroyauté, en attaquant la légi-
mité de la naissance de ce dernier. Cette fourberie fut
découverte quelque temps après, et la prêtresse privée
de sa dignité pour venger l'honneur de l'oracle (Héro-
dote YI, 66). Que certains oracles se soient laissé cor-
SPIRITUALISME DE l'ANTIQUITÉ. 21
rompre, cela n'explique rien, la fourberie et la fraude
n'étant que Fimitation de la vérité et de la réalité. Com-
ment ces fourbes et ces imposteurs ont-ils pu sans dis-
continuation, se succéder perpétuellement les uns aux
autres, et si bien cacher leur jeu pendant trente siècles,
que personne ne s'en soit aperçu? Comment s'est-il pu
faire que tant de nations n'aient jamais reconnu qu'ils
étaient les dupes de quelques fourbes? Par quel artifice
ces derniers avaient-ils pu faire en sorte, qu'il n'y eût
de l'esprit que parmi eux, et que tous les autres hommes
en fussent absolument dépourvus? Un homme qui passe
pour avoir eu beaucoup d'esprit aux yeux de l'Académie
française, dont il fut jadis un membre immortel, Fonte-
nelle a voulu résoudre ce problème, pour combattre l'au-
torité des oracles ; en disant, que si on lui donnait une
demi-douzaine de personnes à qui il puisse persuader
que ce n'est pas le soleil qui fait le jour, il ne désespé-
rerait pas de faire embrasser cette opinion à des nations
entières? (Eugène Bareste, Nostradamus,^. 69 et 165.)
En vérité, le spirituel académicien comptait beaucoup
sur la stupidité des hommes, sans connaître sa stupidité
personnelle, malgré son souverain mépris du genre
humain !
L'autorité des oracles ne fut en effet jamais renversée ;
même du temps de César et d'Auguste, et au commence-
ment de l'ère chrétienne, époque où la décadence du
polythéisme avait atteint son apogée, grâce aux critiques
ào,^ jjérijHdéticiens, des cyniques vX des éjncuriens .I^qsm-
coup d'historiens illustres de cette époque, tels que Dio-
dore de Sicile, Denys cVEcdicar nasse, Dio Cassius, Flo-
rus, etc., etc., furent très portés aux oracles et aux phé-
nomènes surnaturels. Il en est de même de l'illustre
Plutarque qui, dans son intéressant ouvrage ; De la
22 CHAPITRE I.
Cessation des oracles^ se prononce ouvertement en faveur
des oracles ; il dit : « La imine de plusieurs villes de la
» Grèce, détruites ou dépeuplées, les irruptions subites
» des barbares et la chute de plusieurs empires attes-
» tent la vérité des oracles. Les malheurs que vient
» d'éprouver Cumes, n'étaient-ils pas une dette que le
» temps a acquittée envers les sibylles, qui les avaient an-
» ciennement prédits. » Plutarque ajoute plus loin : « S'il
)) est difficile de croire que la Divinité n'ait point eu de
)) part à ces événements, à plus forte raison n'a-t-on pu
» les prédire sans son inspiration. » [OEuvres morales
de Plutarque, traduites par Ricard, tome II, p. 261, etc.
Édition de 1844.)
Quand l'oracle, non content d'annoncer l'événement,
spécifie souvent la manière, le temps, l'occasion et les
personnages, alors ce n'est plus une conjecture incer-
taine, c'est une prédiction réelle de ce qui doit arriver.
Tel est le fameux oracle, qui prédit qiiAgésilas reste-
rait boiteux d'une blessure, et les désastres de Lacédé-
mone vers la fin de son règne»
« Tremble Lacédémone, au faîte de la gloire,
» Crains que ton roi boiteux, nuisant à tes succès,
» Par des maux imprévus n'arrête tes progrès
» Et de longs flots de sang ne souille ta victoire. »
(Plutarque, Irad. de Ricard, tome II, p. 262.)
A Rome, cette image affaiblie de la Grèce, au point de
vue religieux et spiritualiste, on consulta même encore
l'oracle de Delphes avant la fameuse bataille de Pharsale,
qui devait décider des destinées delà République. Tous
les lettrés connaissent la description des fureurs surna-
turelles de la pythie, par Lucain. (Pharsale, versets
71-223.)
SPIRITUALISME DE l' ANTIQUITÉ. 23
Pourtant , en général , on n'osa plus consulter les ora-
cles au sujet des affaires publiques depuis la chute des
républiques en Grèce et à Rome. Lucain dit que l'oracle
de Delphes est muet, depuis que les rois craignent l'ave-
nir, et ne veulent plus laisser parler les dieux. Il en a été
de même chez tous les peuples. Suivant la Bible, les
rois d'Israël et de Judée persécutèrent les prophètes.
Saiïl extermina déjà les devins et ceux qui avaient l'es-
prit de Python, bien qu'il eût lui-même recours à eux,
dans des cas de nécessité extrême (I, Samuel, XXVlïi,
3-25). Lucain déplore cet aveuglement des princes, en
disant que c'est le plus grand malheur do notre siècle
d'avoir perdu cet admirable présent du ciel. Saint Paul dit
également (I Thess., V. 20) : Ne méprisez point les pro-
phéties. Le même apôtre y ajoute, dans la première
épitre aux Corinthiens (chap. XIV. 1.39), ce qui suit :
Désirez avec ardeur les dons spirituels, mais surtout
celui de prophétiser .
C'est donc un fait constaté par l'histoire, que même
dans les plus mauvais jours du polythéisme, les prêtres
et les pythies ont continué d'opérer des miracles et de
prédire l'avenir des nations et des individus ; jamais les
oracles ne se sont tout à fait tù; Rome même n'a jamais
perdu sa foi religieuse à ce degré, comme l'Europe mo-
derne, malgré les lumières supérieures du christia-
nisme.
La décadence du polythéisme fît des progrès rapides
depuis Aristote. Certes, loin de nous de nier le spiritua-
lisme de ce grand homme, qui ne méconnaît pas la va-
leur des recherches, concernant les êtres et les essences
invisibles (de Cœlo, II, 12), mais il faut bien convenir,
qu' Aristote le premier, a détourné les regards de l'hu-
manité de cette sphère, pour les diriger principalement
24 CHAPITRE I.
vers les régions inférieures de la logique abstraite, de la
politique, de la morale et des sciences exactes et physi-
ques.
C'est à l'école d'Epicure que l'on doit l'absurde idée
que les dieux du paganisme ne furent que des personni-
fications des formes physiques, des symboles des vérités
cosmogoniques. Cette opinion erronée est devenue un
Credo de nos savants matérialistes, dont la plupart sou-
tiennent que la religion des races primitives do l'huma-
nité fut un naturalisme grossier; leurs préjugés maté-
rialistes les aveuglent à un tel degré qu'ils confondent
entièrement le spiritualisme le plus absolu de l'humanité
primitive, qui ne voyait que des Esprits partout, même
en qualité de directeurs, qui gouvernaient les forces
physiques et ordonnaient les éléments cosmiques, qui
spiritualisaient même les forces inertes de la nature ma-
térielle, tandis que les modernes matérialisent tout;
aussi sont-ils arrivés à la conclusion inepte de ne voir
dans les mystères d'Eleusis de l'antiquité, que la célé-
bration d'une fête champêtre de l'agriculture.
La décadence du spiritualisme entraîna avec elle celle
de la liberté, de la gloire et de l'indépendance de la
Grèce. Le scepticisme et la frivolité frayèrent le chemin
à la tyrannie et au joug de l'étranger. Ce fut en vain que
quelques stoïciens croyaient pouvoir remplacer la reli-
gion par la philosophie; certes, la morale de cette école
fut sublime et austère, mais cette doctrine, purement
rationaliste et humaine, n'eut aucune base religieuse.
Aussi cette philosophie, ne pouvant pas même tenir lieu
du polythéisme, nous démontre l'impuissance de l'intel-
ligence humaine et la nécessité indispensable de la révé-
lation surnaturelle pour satisfaire aux besoins religieux
et moraux de l'homme.
SPIRITUALISME DE l'aNTIQUITÉ. 25
Ce fut au milieu de cette décrépitude de toutes les
croyances religieuses et de toutes les idées, que la se-
conde grande phase de la révélation^ que l'on ne saurait
comparer qu'à la révélation primitive, fut annoncée aux
hommes par le Christ, pour délivrer l'humanité du
joug des ténèbres. Chose étrange, à peine le christia-
nisme, dont l'histoire primitive ne fut qu'un continuel
prodige, eut-il entamé le domaine du paganisme, que
le polythéisme commence à se rajeunir pour pouvoir
mieux se défendre contre son nouvel adversaire. L'école
de Pythagore, du plus illustre réformateur de la Grèce
renaît. L'illustre adepte de Pythagore, Apollonius de
Tyane, parcourt le monde en Messie du paganisme, et
opère une foule de miracles. La renommée de sa haute
sagesse et de sa sainteté retentit d'un bout à l'autre du
vaste empire romain. Les mystères d'Isis et d'Osiris,
les restes de l'aucien culte des Egyptiens furent exhu-
més ; il en fut de même de la sagesse des Mages et
des Indiens. C'est alors qu'on vit renaître une foule de
pratiques superstitieuses et de cérémonies, dont on
avait oublié le sens profond ; les oracles redoublèrent
d'activité et de zèle ; Apollonius de Tyane lui-même,
au dire de Philostrate, son biographe, visita tous les
oracles de la Grèce. On remua ciel et terre, pour écraser
la nouvelle religion du Nazaréen ; la terre fut de nou-
veau rattachée au ciel et la philosophie à la révélation.
Les néo-pythagoriciens et les néo-platoniciens abou-
tirent à la fameuse école d'Alexandrie, le plus vaste
éclecticisme de toutes les philosophies et de toutes les
traditions religieuses, qui ait jamais existé. Le poly-
théisme se régénéra donc, en remontant aux révélations
primitives, et en puisant aux sources plus profondes des
anciens penseurs. Ce recours au spiritualisme primitif de
26 CHAPITRE 1.
toutes les traditions sacrées, alors connues dans le
Monde gréco-romain, grâce à la réconciliation de la foi,
de la raison, de la religion et de la philosophie opérée
par l'école d'Alexandrie, amis le polythéisme à même
de tenir tête durant plusieurs siècles aux assauts conti-
nuels et violents d'une religion évidemment bien supé-
rieure et dont les adeptes furent réchauffés et éclairés
par les rayons du soleil levant. La lutte fut rude ; il fal-
lait combattre le paganisme par le talent et avec Tarme
intelligente de la persuasion ; néanmoins, malgré l'ex-
cellence de la doctrine morale du christianisme, et bien
que le sang des martyrs coulât à flots, les apôtres et leurs
successeurs n'auraient jamais triomphé, s'ils n'eussent
pas opéré des miracles, pour contre-balancer les oracles.
Les miracles et les prodiges seuls ^ confirmèrent la parole
du Seigneur. (Marc, XYI, 20).
Cette dernière phase du polythéisme, sa renaissance
finale à la vie, dans ses derniers jours, pour combattre
le Christianisme qui aspira à l'empire du monde, est
certes un des tableaux les plus intéressants que les an-
nales de l'humanité offrent à l'observation d'un historien
philosophe.
Cette ébauche de la décadence graduelle du spiritua-
lisme et des religions positives, est basée sur la tradition
des âges y dont on trouve des traces chez tous les peuples
de l'antiquité. L'idée principale sur laquelle repose cette
tradition des âges, c'est la décadence morale dont est
frappée l'humanité depuis qu'elle s'est écartée de la direc-
tion primitive des dieux et des génies, du sentier de la
vertu et de l'innocence primordiale; l'humanité a été
toujours alors, s'avançant dans la voie du mal. Le public
lettré connaît la doctrine des Yoiigas développée par les
Hindous ; les quatre périodes des Perses, qui fixaient la
SPIRITUALISME DE l'ANTIQUITÉ. 27
durée du monde à douze mille ans, répartis en quatre
périodes. Il en est de même des quatre âges, selon les
traditions des Grecs et des Romains, aux yeux desquels
la dégénérescence graduelle a trouvé dans la série des
métaux une image naturelle : F 07% l'argent, Vairaifi et le
fer sont devenus pour ces peuples le type de ces quatre
stations de Fliumanité, par lesquelles l'homme est des-
cendu de la félicité divine à la misère.
Selon Porphyre, cet adversaire acharné de l'Eglise
chrétienne [Traité de T Abstinence, livre IV, chapitre 2),
Dicé arque, le péripatéticien, assure dans son excellent
Abrégé des mœurs des Grecs, que les Aticiens qui étaient
plus près des Dieux c[uq nous, étaient aussi meilleurs que
nous, qu'ils travaillaient à se rendre parfaits, de sorte
qu'on les regarde comme faisant l'âge d'or, comparés
aux hommes d'à-présent, qui sont formés d'une matière
corrompue. Ils ne tuaient rien d'animé. Ils se portaient
bien, ils vivaient en paix et s'aimaient, voilà le siècle
d'or.
Porphyre {Traité de l'A hstinence, livre IV, chapitre 9),
dit que ceux qui ont excellé par leur sagesse, ont eu le
plus de communication avec la Divinité.
On saisit dans cette tradition des âges, des traits d'une
analogie assez remarquable avec les premiers chapitres
de la Genèse.
28 CHAPITRE II.
CHAPITRE II
Le spiritualisme depuis l'avènement du Christ.
Le christianisme, cette nouvelle révélation , a par-
couru les mêmes phases que l'ancienne révélation pri-
mitive. Ce n'est pas ici le lieu de donner une esquisse
de la décadence de cette nouvelle religion; nous vou-
lons seulement faire en peu de mots le parallèle des
anciennes religions et de la révélation nouvelle.
Lt'âge d'or du christianisme fut sans contredit contenu
dans les premiers siècles après l'avènement du Christ.
C'est dans ces siècles des martyrs que la foi, qui opère
les miracles, se manifeste de la manière la plus écla-
tante. Aussi le chiisiianisme parvint, au hout de plusieurs
siècles, grâce à cette Ardeur de la foi, à U empire du
monde Romain. Néanmoins, on aperçoit déjà dans le
troisième et le quatrième siècle de notre ère, les signes
précurseurs de la décadence de la nouvelle religion.
Le nomhre de ses adeptes ayant crû, et les hesoins
religieux ayant augmenté, les hommes inspirés par l'Es-
prit Saint ont cessé d'être les seuls interprètes du chris-
tianisme. Une classe d'hommes de métier, le sacerdoce,
les remplace ; hélas ! les prêtres étaient souvent dépour-
vus de toute véritable vocation céleste. Ils étudiaient la
lettre-morte du Code sacré, sans en pénétrer l'esprit vi-
vifiant, accordé à ceux qui par une foi fervente parvien-
nent à une communication plus ou moins directe avec
le monde surnaturel, comme beaucoup de saints et de
saintes, que l'Église romaine elle-même a canonisés.
SPIRITUALISME DEPUIS l' AVENEMENT DU CHRIST. 29
L'établissement du sacerdoce fut donc dans l'histoire du
christianisme, comme celle des anciennes religions, Vune
des principales phases de la décadence. Le sacordoce, en-
traînant avec lui une hiérarchie mondaine , une Église
trop visihle et trop matérielle, un pouvoir social et sou-
vent une alliance monstrueuse de l'Église et de l'État [la
Césaréopapiè)^ devait altérer le caractère simple et cé-
leste du Christianisme positif.
Quant aux doctrines, l'influence du polythéisme se fit
bientôt sentir; le monothéisme sublime fut peu à peu
absorbé dans la théorie de la Trinité, l'invocation des
saints dégénéra en une véritable adoration; enfin, (jràce
à la Marialàtrie, Dieu a changé même presque de sexe
au moyen-âge. Toutes ces erreurs devaient aboutir à l'i-
dolâtrie dans les siècles d'ignorance durant le moyen-âge.
Nous devons malheureusement à cette ère, où la pensée
a sommeillé, un autre héritage plus funeste encore que
ces velléités de polythéisme et d^idolàtrie, savoir : la
Bémono phobie. Ce chef-d'œuvre du Satan est le grand
cheval de bataille de Béelzébub, à l'aide duquel il a
voulu même battre en brèche les miracles du Christ,
en faisant passer Notre -Seigneur lui-même pour un dé-
moniaque ou pour un fou. (Jean X, 19-21.)
M. de Mirville (Pneumatologie, tome IV, page 155),
nous adresse le reproche injuste de croire que la démo-
nophobie est le produit du moyen-âge; si M. de Mir-
ville nous avait bien lu, il aurait vu que nous faisons
remonter (chap. I, page 17 de notre édition de./« Réalité
des Esprits, de 1857) l'origine de cette erreur mons-
trueuse au zoroastrisme. La haine nationale, la préten-
tion exclusive à une révélation divine par excellence,
ont enfanté cette funeste doctrine chez les Perses et chez
les Juifs, surtout depuis la captivité de Babylone ; car,
30 CHAPITRE II.
avant cette ère, Satan ne fut nullement un Ahriman dé-
chu, mais un justicier de Jehovah, un fils, un enfant de
Dieu. (Job I, 6-i2 et Chronique des rois, livre I, cha-
pitre 22, vision de Michée.)
L'orthodoxie catholique a confondu le serpent de la
Genèse, ce symbole du principe de Tintelligence, de la
clairvoyance et de l'initiation dans l'étude dos sciences
occultes avec le diable manichéen, F Ahriman des Perses,
mais d'après le véritable sens de la Genèse, il n'est nul-
lement question là de Lucifer. Le serpent fut l'emblème
de l'éternité, le symbole de la Divinité, mais il ne fut
nullement le Satan, antagoniste de Dieu. Le fameux ser-
pent d'airain de Moïse guérissait les malades. Le Dieu
spéciales l'intelligence [Thoth Hermès, Mercure) et celui
de l'intelligence qui guérit (Esculape) ont le serpent
pour attribut. Nous défions à notre tour M. le marquis
de Mi r ville, de nous montrer Satan, adversaire révolté
de Dieu et des Anges dans la Genèse, dans Job ou dans
les Paralipomènes. Satan est un fils obéissant de Dieu,
comme les autres Aleims ou enfants de Dieu qui entou-
rent son trône. De même qu'il n'y a aucune trace de la
Trinité dans les livres sacrés de l'Ancien Testament,
excepté dans les interprétations arbitraires du prétendu
savant Drach, ancien rabbin renégat, converti au catho-
licisme romain, de même la Genèse, Job et tous les
livres rédigés avant la captivité de Babylone ne connais-
sent pas le Satan, cet aversaire acharné qui a osé se ré-
volter contre l'Absolu lui-même. Ce n'est que dans le
Zoroastrisme, dans le Masdéisme, qu'on voit l'origine
de cette doctrine monstrueuse, source primitive de la
démonophobie des Juifs après la captivité de Babylone
et des chrétiens, leurs successeurs et leurs héritiers dans
le domaine de la croyance religieuse. De plus, M. de Mir-
SPIRITUALISME DEPUIS l'aVÈNEMENT DU CHRIST. 31
ville commet une erreur très grave en soutenant que les
premiers siècles du christianisme [Pneumatologie, t. V,
p. 461, etc.) étaient plus démonophobes que le catho-
licisme du moyen-âge. Nous défions notre adversaire de
nous démontrer l'existence des bûchers de l'Eglise ca-
tholique dans les siècles d'or du christianisme ; nous le
prions également de nous montrer pièces en mains que
la réforme était encore plus démonophobe que l'Eglise
catholique. Michelet, dans sa Bible de r humanité (p. 96,
le Combat du bien et du mal) a raison de dire que dans
le paresseux moyen-àge, Satan grandit toujours. Nain
d'abord, si petit qu'au temps de TEvangile il se cachait
dans les pourceaux, il grandit en l'an 1000, et grandit
tellement qu'en 1300, 1400, il a enténébré le monde. Ni
le feu, ni l'épée, n'en peut venir à bout. Pour les zoroas-
triens, c'est exactement le contraire. À travers tant de
maux, les Perses ont cru de plus en plus quAhriman,
pâlissant, sous peu, va défaillir et fondre, absorbé dans
Ormuzd. La doctrine de Zoroastre a été tme heureuse re-
licjion de l'espoir . Chaque jour diminue Ahriman et
grandit Ormuzd. Quel étrange progrès en sens inverse de
la Perse au catholicisme du moyen-âge ! Cette religion
du désespoir. Satan, souverain-maître du monde relègue
lo bon Dieu durant des siècles dans une petite niche obs-
cure, appelée la Palestine ; toute la terre est livrée aux
mauvais démons. Plus tard, il est vrai, la parole onc-
tueuse de Jésus, de ses apôtres et le martyrologe de ses
disciples, étendent les limites duroyaume de Dieu, mais
hélas ! dans le moyen-âge, Satan grandit de nouveau et
pervertit même les élus. La menace terrible d'un enfer
éternel, d'un Dieu dont la vengeance y<7;??r/z*9 ne s'assou-
vit, sont l'avènement du règne de l'ante-Christ. — Quant
à nous, spiritual istes, nous espérons qu'un jour, l'huma-
32 CHAPITRE II.
nité tout entière, finira par se rallier à la doctrine con-
solatrice de la délivrance finale et de la conversion défi-
nitive d'Ahriman.
Nos adversaires catholiques, incapables de réfuter
tous les faits bien constatés par les historiens et par les
critiques de tous les temps, ont recours à des assertions
paradoxes. C'est ainsi que M. le chevalier Gougenot des
Mousseaux [Magie, pag. 129 et 130, etc.) croit nous réfu-
ter, en soutenant que le sacerdoce était institué par Jésus,
dans la personne des apôtres. Or, c'est un fait constaté
par l'Evangile, que Jésus fut l'adversaire le plus acharné
de tous les sacerdoces ; tous ceux qui ont lu les Evangiles
connaissent sa critique ardente du haut sacerdoce des
Pharisiens et des Saducéens. Jésus voulait une réforme
purement morale du judaïsme et des autres religions; il
n^ a aucune trace d'une théologie nouvelle dans ses
aphorismes sublimes, empruntés d'un caractère moral
très élevé. Nous défions M. des Mousseaux de nous prou-
ver, le texte original de l'Evangile en main, l'établisse-
ment du sacerdoce par Jésus. Il en est de même de la
doctrine de la trinité, de la divinité de Jésus, et de la
marialâtrie, etc., etc. Notre adversaire ne pourra pas
citer une seule parole de Jésus, en faveur de ces doc-
trines que les conciles seuls ont établies. Les interpré-
tations arbitraires du savant Drach ne peuvent pas avoir
l'autorité du texte original. — 11 est également absurde
de voir dans le symbole delà croix, beaucoup plus ancien
que le christianisme, des traces du dogme de la trinité.
Quant à la divinité de Jésus, cette doctrine repose sur la
confusion du divin et du merveilleux. Certes Jésus, se-
lon ses propres paroles (saint Jean, chap. X) fut un des
prophètes réformateurs les plus sublimes, qui aient
jamais existé, nul ne fut plus thaumaturge, plus pro-
SPIRITUALISME DEPUIS L^AVENEMENT DU CHRIST. 33
phète ou Mage à un degré aussi éminent ; nul ne fut plus
le Messie par excellence, c'est-à-dire le saint envoyé de
Dieu, pour opérer une grande réforme morale et sociale
dans le vaste empire romain ; nul na vécu ni ne vivra
dans un rapport plus intime avec le monde des purs Es-
prits; car, selon les légendes sublimes et touchantes
contenues dans les Evangiles, non-seulement les grandes
âmes des plus grands prophètes et thaumaturges d'Israël,
tels que Moïse et Elle se manifestèrent à lui, pour l'ins-
pirer dans sa mission sainte, mais encore les génies
supérieurs qui ont dédaigné l'incarnation terrestre, en-
tretenaient des rapports intimes avec lui, pour l'encou-
rager à persévérer dans son œuvre sublime de la régé-
nération morale de ses contemporains. Tous ceux qui
ont réfuté Renan et Strauss et la philosophie moderne,
ont confondu la Divinité et le merveilleux, la Divinité
avec la thaumaturgie. Si, au lieu de cela, ils se fussent
bornés à constater la réalité du merveilleux dans la vie
de Jésus, de Zoroastre, de Sakya-Mouni (du Bouddha),
comme dans celle de Moïse, d'Elie, d'Orphée, de Pytha-
gore, d'Apollonius de Tyane,ils eussent rendu un grand
service à la grande cause de la vérité religieuse, basée
partout sur l'ordre de choses merveilleux, dont les ma-
nifestations abondent même dans les temps historiques
les mieux constatées par les historiens contemporains
les plus graves ; or, il n'y a rien de plus concluant qu'un
fait bien constaté : le fait brutal défie les théories imagi-
naires et exclusives de nos critiques modernes, qui ont
effacé arbitrairement le merveilleux, croyant cet ordre
de choses incompatibles avec les lois de la nature qu'ils
réduisent à une matière inerte. Nos adversaires catho-
liques, incapables de réfuter les faits, ont recours à des
assertions paradoxes, qui contredisent tous les faits bien
34 CHAPITRE II.
constatés par les historiens et par les critiques de tous
les temps ; ils ont voulu démontrer une chose impossihle
et absurde, c'est-à-dire la divinité de Jésus. Aussi leur
œuvre a été stérile; le monde savant, ne tenant pas
compte de leurs réfutations, continue à suivre les traces
de Niebuhr, de Ilégel, de Strauss et de Renan, qui ont
effacé arbitrairement le merveilleux dans les annales
de l'histoire, bien que cet ordre de choses ait laissé des
traces ineffaçables dans l'humanité.
Tant que le parti religieux conservera ce point de vue
exclusif, ne voyant la divine révélation que dans le
merveilleux orthodoxe chez les juifs et chez les chrétiens,
il sera incapable de terrasser l'hydre du panthéisme
matérialiste et naturaliste de la science moderne.
Or, ridolâtrie et la démonophohie devaient avoir pour
conséquence nécesmire le scepticisme; la démonophohie
déracine dans le cœur de l'homme la sympathie pour le
monde surnaturel, en brisant l'échelle de Jacob que Dieu a
étahlie pour rattacher la terre au ciel.
C'est en vain que la réforme essaya de rétablir l'âge
d'or du christianisme primitif; certes^ le génie et le cou-
rage ne manquèrent pas au géant de Wittenberg, mais il
fut trop peu secondé par la race bien affaiblie de ses
successeur?. La réforme pouvait ébranler l'autorité
infaillible de la papauté, et conquérir pour le genre
humain le bien précieux du libre examen et de la liberté
de conscience ; mais la foi qui opère les miracles n'em-
brasa pas le cœur de la plupart des réformateurs.
Leurs tentatives de restaurer l'âge d'or devaient
donc échouer ; la Théologie étroite et bornée de Calvin
effaça le domaine merveilleux et Vinfluence du monde
surnaturel. Le scepticisme et le rationalisme arrêtèrent
bientôt le mouvement de la réforme. Le Criticisme et
SPIRITUALISME DEPUIS l'aVENEMENT DU CHRIST. 35
le Panthéisme des abstractions logiques et l'étude des
sciences naturelles ont fini par étouffer tous les germes
de la foi et de la tliéosophie. IJétat actuel de la relicjion
est malheureusement ce qu'il y a de plus triste au monde,
La foi de la plupart des prêtres et des pasteurs n'est
qu'une foi historique et morte, incapable d'opérer der
miracles ; ils ne guérissent plus les malades et ne vien-
nent que pour administrer la dernière onction au ma-
lade, condamné par la médecine à une mort inévitable;
nos pasteurs ne tiennent plus compte des passages à ja-
mais mémorables de l'épître de saint Jacques (cbap. V,
14, 15). Pour éviter au lecteur la peine de les chercher
dans la Bible, nous citons ces deux versets remarqua-
bles : « Y a-t-il parmi vous quelqu'un qui soit malade?
)) qu'il appelle les anciens de VÈqlise, et quHls prient pour
)) lui, et qu'ils F oignent d'huile au nom du Seigneur.
« Et la prière faite avec foi sauvera le mcdade, et le
» Seigneur le relèvera; et s'il a commis des péchés, ils lui
» seront pardonnes, y)
L'exemple du Christ et des apôtres n'a plus aucune
importance pour les pasteurs et les prêtres.
C'est en vain que Gassner et le prince de Hohenlohe ont
suivi les traces des apôtres ; le diacre Paris a, comme ja-
dis le prophète £'/wee (II, Rois, chap. XIII, 21), ojjéré
des miracles, même après sa mort. Tous ces faits sont
bien constatés, même par les sceptiques ; mais, chose
étrange ! les orthodoxes ont peur du diable et des dé-
mons, comme jadis les pharisiens du temps du Christ.
La démonophobie aveugle, qui croit même aux guérisons
démoniaciues , détruit les relations avec le monde surna-
turel et raffermit do plus en plus le pouvoir du matéria-
lisme et du scepticisme, ce règne de Satan par excel-
lence. M. de Mirville, le champion le plus érudit de la
36 CHAPITRE II.
démonophobie regrette même la défaite prochaine du
matérialisme, qu'il prévoit [Des Esprits et de leurs ma-
nifesiations fluidiques^ pag. 447, etc., etc). L'aveugle-
ment du parti orthodoxe, en effet, tient à la folie et ne
saurait être attribué qu'à l'influence occulte et morale du
prince des ténèbres lui-même.
Les prêtres et les pasteurs affectent une croyance
aveugle et ne savent plus qu'ils prêchent ce qu'ils ne
pratiquent pas; ils s'arrogent encore le droit de par-
donner les péchés, sans tenir compte des paroles du
Christ (saint Marc, II, 9) : « Car lequel est le plus aisé,
» ou de dire au paralytique: Tes péchés te sont pardonnes;
» ou de lui dire : Lève- toi, et charge ton petit lit, et mar^
» che ; » le Christ confirma ^«r le miracle de la guérison
son pouvoir de pardonner les péchés ; mais nos prêtres
et pasteurs faisant un triage arbitraire de la parole de
Dieu, croient que la foi qui transporte les montagnes et
opère les miracles n'a été accordée qu'aux apôtres, mais
que le droit de pardonner les péchés, de prêcher, d'in-
struire et d'enseigner leur est dévolu. Or, selon la
parole de Dieu, celui qui n'est pas inspiré de Dieu ne
doit ni prêcher ni guéi^ir, ni opérer des miracles, ni par-
donner les péchés. Selon le I, Corinthe (XII, 4) : il y a
diversité des dons, mais il n'y a qu'un même esprit et
le don de guérison est donné par ce même esprit
(I, Corinthe, XII, 9). Il ne faut donc pas dédaigner ni la
prophétie, ni la gnérison, si l'on ne fait que prêcher.
La décadence de la religion aboutit toujours à celle de
la haute science, c'est-à-dire, de la philosophie et de
toutes les sciences morales, politiques et historiques;
il n'y a que les sciences prétendues exactes, telles que
les Mathématiques et la Physique, qui puissent faire des
progrès dans un tel état des choses, on peut même dire
SPIRITUALISME DEPUIS l' AVENEMENT DU CHRIST. 37
que l'abaissement de la haute science des causes, grâce
au scepticisme et au matérialisme, est surtout favorable
à la culture de ces sciences inférieures, inanimées et
matérielles, n'ayant pas d'autre but que de développer
l'industrie et le commerce, et le bien-être matériel de
l'homme. Aussi de nos jours, l'inclination de l'homme
le porte à ne rechercher que les choses matérielles ; voilà
pourquoi : il devient de plus en plus sceptique à l'égard
des choses invisibles, et plus il a de moyens de satis-
faire son matérialisme, plus il a de peine à s'élever aux
recherches de la vérité dans une sphère tout à fait intel-
lectuelle et spirituelle. Aussi nos académies des sciences
ne s'occupent qu(3 des vers à soie, des crustacés^ etc.,
sans songer au domaine moral. M^ Biot, dans son dis-
cours de réception à l'Académie française (le 5 février
1857), dit : « Celui qui a constaté dans le moindre animal
» microscojnquey dans la plus faible pousse d'un végétal
» vivant autant de m^erveilles que tout le ciel même nous
)) offre, se trouve aussi complètement dispensé de prendre
» part aux affaires publiques, que s'il vivait dans Sa-
ï) turne ou dans Jupiter. )) Paroles absurdes et impies qui
démontrent le dédain que les physiciens professent
pour les sciences morales et pour leur application aux
sociétés humaines ! Certes, un jour viendra, où l'hu-
manité se moquera de ces physiciens matérialistes, qui
croient être les seuls dépositaires des lois de la nature,
dont ils ne connaissent que les apparences matérielles.
En effet, la science moderne est bien déchue depuis le
dix-huitième siècle surtout, si on la compare à cette
haute philosophie des anciens, qui donnait la connais-
sance des causes. La science des anciens était une œuvre
complète ; elle embrassait aussi bien les causes que les
effets : la Psychologie, la Pneumatologie, la métaphy-
38 CHAPITRE II.
sique, que la logique et la physique; elle était, pour nous
résumer en un mot, la science des rapports du monde des
Esprits et du monde des corps, tandis que nos académi-
ciens Vont réduite à une partie mescjuine et étroite, à la
matière seule. Les savants modernes ont rejeté du sanc-
tuaire des sciences le plus beau fleuron, l'étude de lame
et du monde des causes surnaturelles et invisibles, ils ne
tiennent plus compte des types et des prototypes de
Platon, de ces formes immatérielles, qu'Aristote même,
malgré son penchant au réalisme, a admises, et que
Zenon, malgré son empirisme, a respectées.
En Allemagne, qui passe pour la patrie ou le foyer
de la philosophie moderne, il n'y a pas eu de théosophe
ou philosophe véritable depuis le fameux cordonnnier
Jacques Bœhme^ que l'on a appelé avec raison le philo-
sophus teutonicus. De nos jours, -c'est-à-dire, depuis une
centaine d'années, l'Allemagne îi'a produit qu'une foule
de philosophes sceptiques et critiques et des logiciens
plus ou moins abstraits. On ne peut en excepter que
Hamann, Novalis^ Eschen-Mayer et Baader, ainsi que
les théologiens OEttinger et Rothe, il en est de même de
l'illustre /. Kerner, l'auteur de la Voyante de P?'évorst.
Malheureusement des pseudo-philosophes et des pseudo-
critiques, tels que Weber, Strauss (l'auteur phantasti-
que de la Vie de Jésus), etc., etc., ont osé tourner en
ridicule les recherches approfondies de cet homme re-
marquable dans le domaine de la psychologie.
En Suède, le dix huitième siècle, cet âge qui a inau-
guré le règne du matérialisme, a vu naître le célèbre
Swedenborg, le précurseur du spiritualisme moderne. En
France, pays que jadis au moyen-âge, saint Bernard, les
deux Victorins (Hugo et Richard) et Jean Charlier de
Gerson ont illu.stré, nous ne pouvons guère compter que
SPIRITUALISME DEPUIS l' AVENEMENT DU CHRIST. 39
saint Martin et peut-être le comte Joseph de Maistre et
Ballanche, dont les idées renferment, du reste, une
dose très faible de mysticisme.
Quant à Y éclectisme de Cousin, ce chaos ne mérite pas
le nom d'une philosophie quelconque ; aussi l'auteur a
eu le bon esprit de renoncer aux études philosophiques,
pour consacrer ses veilles à la biographie des dames
galantes et des cotillons du dix-septième siècle.
Si nous passons de la philosophie à la théologie, nous
rencontrons en iVllemagne, où cette science^ est encore
cultivée, des discussions stériles au sujet de l'interven-
tion directe de la Divinité et du monde surnaturel, de la
révélation et des miracles. Tous les lettrés connaissent
les concessions absurdes que des théologiens, prétendus
orthodoxes, tels que Néander, Tholuck, Nitzsch, J. Mill-
ier, etc., etc., ont faites, en matière de miracles, aux
rationalistes et à l'école spéculative et critique. La ten-
dance de naturaliser et de sacrifier les miracles objectifs
de la Bible aux prétendus miracles moraux et subjectifs
de la régénération de l'humanité selon les idées de J.-^H.
Fichte jeune, a envahi malheureusement même les esprits
de la plupart des professeurs de théologie orthodoxe et
l'école de Schleiermacher, laquelle flotte sans bous-
sole quelconque entre les orthodoxes et les rationalistes,
les critiques négatifs et l'école spéculative. On ressent,
dans la sphère de la théologie protestante, deux genres
d'influences funestes, savoir : l'influence du scepticisme
et du criticisme de Kant et de la logique abstraite,
inanimée et formaliste de Hegel d'un côté, et de l'autre
l'influence^ non moins pernicieuse, de la critique histo -
rique et négative, inaugurée par Niebuhr, Hegel, ayant
absorbé la véritable métaphysique, c'est-à-dire la haute
science des causes invisibles et des rapports du monde
40 CHAPITRE II.
surnaturel au monde matériel et visible, dans une logi-
que fade et bornée, devait creuser la fosse de la philoso-
phie véritable et de toutes les sciences morales. Niebuhr,
de son côté, a effacé toutes les traces merveilleuses, en
un mot, la Théophanie dans l histoire primitive, en rem-
plaçant les faits si simples et si vrais de la Mythologie
par des hypothèses, tristes produits du dévergondage de
son imagination féconde. C'est un fait bien constaté par
le public lettré que Strauss, Bauer, Feuerhach et le ma-
térialisme grossier des incrédules procèdent aussi bien de
Niebuhr que de Hegel.
Quant aux simples pasteurs orthodoxes, voyant les
miracles niés et la base surnaturelle et spiritualiste de la
religion minée et sapée, ils réclament à haute voix le ré-
tablissement des symboles du seizième siècle ; ils croient
arrêter par des digues aussi faibles que surannées, le tor-
rent dévastateur de rinci'édulité.
L'Eglise catholique, en matière de miracles, se trouve
placée sur. un terrain beaucoup plus favorable ; il faut
rendre cette justice au rocher de saint Pierre, d'avoir
toujours cru à la continuation des miracles et des révélé-
lations surnaturelles jusqu'à nos jours ; l'Eglise catholi-
que reconnaît même que la doctrine de l'Eglise se déve-
loppe dans les temps.
Saint Augustin dit à ce sujet que le genre humain reçoit,
comme un seul homme des instimctions du ciel, propor-
tionnées à ces divers âges. Saint Thomas dit que la révé-
lation se développe non quant à la substance de la foi,
mais quant au nombre des articles de foi. L'Eglise, dit
l'ablié Gaume, dans son Catéchisme de p)C7'sévérance,
cette divine épouse de l'IIomme-Dieu (selon l'illustre
Moëbler dans sa Symbolique) est comme Jésus-Christ :
« A mesure qu'il avançait en âge, nous dit l'Écriture,
SPIRITUALISME DEPUIS L AVENEMENT UU CHRIST. 41
» Jésus avançait en sagesse et en grâce devant Dieu et
» devant les hommes. La plénitude de l'Esprit Saint ré-
)) side et a résidé, dès le commencement, dans la révé-
» lation divine; mais elle ne montre la sagesse éternelle
» que par des degrés proportionnés aux âges divers de
)) l'humanité. »
Les idées progressives de ces savants docteurs ne
peuvent malheureusement se faire jour dans la vie pra-
tique de l'Église, le libre examen étant opprimé par la
hiérarchie cléricale, et la démonophobie arrêtant tout
progrès du spiritualisme. La Démonophobie a jeté des
racines si profondes, qu'on pourrait l'appeler presque
la maladie ïiéréditaire de rEylise. Les prêtres ne tiennent
plus compte des idées sages émises pjar Villustre Pape
Benoit XI Vy dans son ouvrage de la Canonisation des
Saints. Ce grand pontife et théologien établit nettement :
<i Qu'une révélation jorivée ne doit pas être jugée une ruse
infernale, par la raison qu'on y révèle quelque mystère
non expressément déclaré par l'Écriture et la tradition ;
il ajoute qu'on ne saurait borner la jjuissance de Dieu, en
soutenant qu'il ne puisse pas révéler à quelqu'un des
vérités quelconques ; que cette nouveauté est seule à
craindre et à rejeter, qui consiste à émettre un enseigne-
ment entièrement nouveau, opposé à la loi ancienne.
Il restera donc toujours démontré pour tout esprit droit,
)) qu'on ne saurait borner la puissance de Dieu : Que
» nous ignorons beaucoup de choses et que le Créateur
» peut nous révéler bien des choses qui nous sont in-
)) connues. »
Dans le troisième livre de la Canonisation des Saints
(chap. XLIII), Benoit XIV trace les traits caractéristi(|ues
qui constituent une véritable révélation ou communi-
cation céleste :
6
42 CHAPITRE II.
1° C'est par les mœurs etia vie de celui qui a la science
surnaturelle qu'on peut discerner de quel esprit elle
vient.
2° Par la qualité de cette science ; car si elle n'est
point dirigée à Fhonneur de Dieu, à l'amplification de la
foi chrétienne, ou à l'utilité du prochain, on pourra sus-
pecter qu'elle vient du démon.
3° Par son usage, car si elle tend à acquérir des avan-
tages temporels, à capter la faveur des princes, etc., etc.,
il faudra en conclure qu'elle se rapporte au diable.
4'' S'il n'y a rien dans ces révélations et ces visions qui
éloignent de Dieu ; si tout se rapporte à lui seul, on ne
doit plus douter que ces révélations ne soient surnatu-
relles et divines.
Sainte Brigitte, au tome 11 de ses Révélations, dit que
le signe distinctif des révélations, c'est le fruit, ce sont les
effets qu elles produisent selon la règle tracée par l'Evan-
gile: Vous les connaîtrez à leurs fruits. C'est pourquoi,
quand nous voyons que, par ces visions ou révélations,
l'esprit est éclairé, les hommes vicieux et incrédules ra-
menés à la religion, c'est un signe certain que de telles
choses, qui ont produit d'aussi beaux résultats, viennent
de l'Esprit Saint, le démon ne pouvant faire ou obtenir
rien de semblable.
Sainte Thérèse, dans son livre de là Perfection, réfute
ceux qui ont toujours peur des démons, quand il s'agit
des visions ou des apparitions ; elle dit : « Admirez l'a-
veuglement de ceux qui ne sachant pas même ce que
c'est que de prier, remplissent de crainte l'esprit des
autres, touchant les apparitions et les révélations surna-
turelles. En vérité, c'est une belle imagination à ceux
quise laissent ainsi abuser, de croire que, pour se garan-
)) tir du mal, il faut éviter de faire le bien; je ne crois pas
SPIRITUALISME DEPUIS L AVÈNEMENT DU CHRIST. 43
» que jamais le diable se soit avisé d! un meilleur moyen
» pour nuire aux hommes. Ah î mon Dieu, vous voyez
» comme on explique vos paroles à contre-sens ; défen-
)) dez votre propre cause, et ne souffrez pas de telles fai-
)) blesses en des personnes consacrées à votre service. »
Or, Moïse établit, dans le Deutéronome (cliap. XIII,
V. 1-3), nettement le trait caractéristique d'un faux pro-
phète. Celui qui, au lieu d'adorer l'Eternel, va d'après
d'autres dieux, est an faux prophète. Voici les trois pre-
miers versets de ce chapitre remarquable :
(( 1 . S'il s'élève au milieu de toi un prophète ou un
)) songeur de songes, qui fasse devant toi quelque signe ou
» miracle;
)) 2. Et que ce signe ou ce miracle, dont il t'aura parlé ^
» arrive ; s il te dit : Allons après d'autres dieux cpie tu
)) n'as point connus^ et les servons ;
)) 3. Tu 71 écouteras imint les paroles de ce prophète, ni
)) de ce songeur de songes; car rEternel, notre Dieu,
)) vous éprouve, pour savoir, si vous aimez l'Eternel,
» votre Dieu, de tout votre cœur et de toute votre âme. ))
Eh bien! chose étrange, malgré ces hautes et saintes
'Ô^? 1X1W1J3
autorités de l'Église et de la Bible, que nous venons de
citer, l'immense majorité des prêtres, continue à croupir
sous le joug honteux de la démonophobie. On n'ose pas
avoir recours à la démonstration expérimentale de la
réalité du monde surnaturel. Les physiciens et les maté-
rialistes seuls tirent parti de cet état triste de la ïhéo-
sophie et de la Théologie, en s'arrogeant le droit de ré-
soudre même les questions de Métaphysique.
Ce résumé bien incomplet de l'état actuel du christia-
nisme suffit à nous démontrer que cette religion, la plus
parfaite qui ait jamais été révélée à l'humanité, a dégé-
néré encore plus de nos jours que le polythéisme du
44 CHAPITRE II.
temps dos épicuriens, des péripaléticieiis et des stoïciens
sous le règne des premiers Césars de Rome.
Néanmoins, chose étrange, aucun homme doué de
l)ons sens n'ose révoquer en doute le caractère éminem-
ment sj)iritualiste de la religion chrétienne ; mallieu-
reusenient, la démonophobie des prêtres et des pasteurs
(l'une part, et le Matérialisme, le Scepticisme, le Ratio-
nalisme, la critique négative, l'étude exclusive des
sciences prétendues exactes, de l' autre, ont presque
déraciné le germe du sens religieux dans le cœur de
l'homme.
L'enseignement, de l'Eglise, tout en étant vrai, ren-
ferme certaines lacunes. Au inoyen-àge, le fidèle n'é-
prouvait pas le besoin irrésistible de s'expliquer les
vérités fondamentales de la révélation; il acceptait le
dogme posé. Aujourd'hui, son esprit demande que jour
se fasse sur ces vérités, tout en les croyant sur l'infailli-
bilité de la révélation biblique.
La solution, trouvée par l'Eglise catholique romaine,
à la suite d'élucubrations en commun, appelées Conciles,
ne saurait guère suffire qu'aux quiétistes indolents et
bornés, qui se soumettent aveuglément aux décisions de
ces assemblées du clergé, présidées par des Papes, aux-
([uels on ose ^q^zom^^yV infaillibilité, qui n'est qu'un attri-
but de la Majesté Divine seule, car les séraphins eux-
mêmes, s'ils s'arrogeaient cette infaillibilité, seraient
des blasphémateurs. La vérité absolue ne réside que
dans la Divinité. L'humanité ne peut saisir qu'une face
de la vérité, la vérité relative et inliniment progres-
sive. Aussi le catholicisme romain et les autres sectes
de l'église Chrétienne, ne sont qu'une des phases
relatives de la religion absolue et de la révélation
universelle et éternellement progressive. Les Insti-
SPIRITUALISME PEPUIS l/ AVENEMENT DU CHRIST. 45
tutions des différentes églises chrétiennes choquent,,
sur beaucoup de points non- seulement la raison, mah
le cœur et la conscience des hommes. Pour ne citer
que quelques articles de foi de toutes les églises chré-
tiennes, nous demanderons si l'Esprit de Dieu est en
elles, lorsqu'elles commandent à ses adeptes de croire à
l'existence du diable et aux peines éternelles de l'enfer.
Cette croyance à la nécessité d'un rival et d'un ennemi
de Dieu, éternellement mauvais et roi absolu d'un in-
commensurable abhiie, où toutes les âmes coupables de
l'univers doivent subir éternellement des supplices sans
que Dieu veuille ou puisse faire grâce. Nous ne parlons
pas de la Trinité, composée de trois dieux, égaux, de
trois personnes ouhypostases absolus. Que dire enfin de
la jMarialâtrie, de la prétendue mère de Dieu??? Enfin,
la croyance à ce paradis, où les morts bienheureux ne
ronflent que du matin au soir, en véritables fainéants,
sans donner aucun signe de vie, aucune marque d'inté-
rêt cordial à leurs amis terrestres, car l'Église défend les
évocations, pour ne pas troubler leur repos; il en est de
même du ciel des catholiques, où les bienheureux ne
font que chanter des louanges éternelles et où ils ne sont
que plongés dans la contemplation de la Divinité, etc..
Certes, le Catéchisme du spiritisme d'Allan-Kardec, cette
parodie vulgaire du spiritualisme expérimental, vaut
encore mieux que les élucubrations absurdes des con-
ciles de l'Église catholique.
Le Credo du Spiritisme établit au moins nettement
l'unité de la Divinité, les manifestations et les révéhi-
tions des âmes des morts, qui progressent à l'infini au
point de vue intellectuel et moral, sans jamais atteindre
h la perfection absolue de la Majesté Divine, sans s'ab-
sorber ou se perdre (bans le sein de l'Être absolu, source
46 CHAPITRE II.
et base éternelles de la vie de l'Univers, et centre de la
lumière intellectuelle et morale. De là, les progrès ra-
pides des Spirites, bien qu'ils ne fournissent aucune
preuve palpable du discernement et de l'identité des
Esprits dos morts, grâce à leur ignorance des véritables
conditions des expériences spiritualistes de la Magie,
de la Théurgie et de la Nécromancie, grâce à leurs évo-
cations des morts, prostituées à toute heure et à tout
venant, grâce enfin à leur manque de critique, grâce à
leur légèreté de bâcler desCrédos sur des dictées média-
nimiques incohérentes, qu'ils croient émanées des Es-
prits supérieurs, sans pouvoir démontrer leur présence
ou leur influence d'une manière quelconque.
Il y a, en outre, une autre cause de la nécessité d'une
démonstration palpable de la réalité du monde surnatu-
rel et d'une explication rationnelle et nette du principe
de la révélation. Qui ne voit l'immense travail qui se
passe dans les esprits? Que de discussions sur les droits
et sur les devoirs, sur les principes sociaux? Ce travail
7ie fait qiCacjrandir h chaos de la société actuelle parce
qiiil se fait sans Dieu. Quel autre remède à tant de
besoins, qu'un recours intelligent au spiritualisme pri-
mitif, l'unique base de toutes les religions révélées, en
y joignant des expériences, pour établir, par des faits
irréfragables, la réalité de la révélation surnaturelle du
Monde des Esprits.
La bonté infinie de l'Eternel veut toujours satisfaire
aux besoins qu'il a créés, nous sommes intimement con-
vaincu qne cette loi invariable constitue le véritable pro-
grès des lumières. Dès que l'honmie abesoinde miracles,
les miracles se feront comme jadis, bien que l'humanité
fut plus spiritualiste et eût une foi religieuse plus fer-
vente. Certes, dès que les hommes désireront sincèrement
SPIRITUALISME DEPUIS l'avÈNEMENT DU CHRIST. 47
les choses spirituelles et y croiront, ils les auront. Les
résultats étonnants que nous venons d'obtenir semblent
indiquer que l'époque à laquelle l'humanité accomplira
son rapprochement d'amitié avec le monde surnaturel,
n'est pas très éloignée. D'illustres génies, tels que Swe-
denborg, Bengel, lung-Stilling et le comte Joseph de
Maistro, etc., ont pressenti nos manifestations merveil-
leuses.
Le comte Joseph de Maistre, qui a consacré ses veil-
les et ses méditations à la défense de la révélation chré-
tienne en général et du catholicisme en particulier, a
salué cette époque de la réconciliation universelle, sans
offenser l'Eglise, du nom de troisième révélation. Le temps
d'expansion de lumières est le signe précurseur du mil-
lénium selon l'Apocalypse (XX, 1-7) et du règne du
Saint-Esprit suivant Joël (chap. II, v. 28). Nous savons
bien que beaucoup de théologiens bornés ont voulu res-
treindre l'application du verset remarquable de Joël au
premier joiir de Pentecôte seul, après la résurrection du
Christ ; d'autres n'admettent pas le millénium, en res-
treignant l'établissement du règne do Dieu, à la seule
éternité, bien que, selon la volonté expresse du Christ
lui-même, nous demandions le règue de Dieu. Qu'on
nous démontre que nos espérances sont chimériques, en
donnant le démenti à tant de textes de la Bible qui nous
assurent tout le contraire ; comme si Dieu voulait laisser
la terre se consumer dans l'injustice, comme si la so-
c'été, à l'exemple de Lazare, ne devait pas sortir du
tombeau, comme si l'état de crise du Christianisme, cette
mort mystique du Christ dans ce monde, telle que l'ont
faite les doctrines matérialistes, rationalistes et scepti-
ques de notre époque, ne devait pas être suivie de sa
triomDhante résurrection .
48 CHAPITRE III.
En effet, si le Polythéisme Gréco-Romain a pu se ré-
générer pendant la lutte contre la révélation bien supé-
rieure du Christianisme, à plus forte raison cette der-
nière religion qui représente un principe infini Qi éternel,
renaîtra à une vie nouvelle, et saura terrasser un adver-
saire purement terrestre, tel que le Matérialisme,
CHAPITRE HT.
Écriture directe du Décalogue par l'Éternel, ou
la révélation directe de la loi la plus sainte et
la plus sublime sur le Sinaï, que le Christ lui-
même n'est pas venu abolir, mais accomplir.
Les traditions religieuses de tous les peuples de l'An-
tiquité, attribuent leurs saintes écritures, ou au moins
ce qu'il y a de plus sacré dans ces livres depuis le Déca-
logue piscju'au Koran, non à F inspiration (ou à une révé-
lation indirecte par l'intermédiaire des hommes inspirés
par l'Esprit de l'Éternel et vivifiés par la disposition des
Anges et des représentants invisibles du Dieu des dieux);
mais à une révélation directe du monde surnaturel ou à
une écriture directe, tracée par F Eternel lui-même, ou par
ses messagers célestes.
Nous citons les passages de l'Exode ayant trait à Vé-
criture directe du Décalogue.
Suivant l'Exode (chap. XXIV, v. 12), « L'Eternel dit
» à Moïse : monte vers moi sur la montagne, et de-
)) meure là; et je te donnerai des tables de piéride, et la
ÉCRITURE DIRECTE DU DKCALOGUE PAR l'ÉTERNEL. 49
)) loi ot les commandements que j'ai écrits^ pour les en-
)) seigner. »
L'Exode (XXXI, 18) : « Et Dieu donna à Moïse, après
» qu'il eut achevé de parler avec lui sur la montagne de
» Sinaï, les deux tables du témoignage, tables de inerre
» écrites du doigt de Dieu, »
L'Exode (XXXII, 15 et 16) : « Alors Moïse se tourna,
)) et descendit de la montagne, ayant en sa main les
)) deux tables du témoignage ; et les tables étaient écrites
» de leurs deux côtés , écrites deçà et de là. Et les tables
» étaient récriture de Dieu, gravée sur les tables. »
L'Exode (XXXIY, 28) : « Et Moïse demeura là avec
)) l'Eternel quarante jours et quarante nuits, sans man-
)) ger de pain et sans boire d'eau, et VEternel écrivit sur
» les tables les paroles de l'alliance, cest-à~dire les dix
)) paroles. »
Le Deutéronome, qui résume la loi et les cérémonies
du culte , contenues dans l'Exode, le Lévitiquc et les
Nombres, renferme également des passages ayant rap-
port à l'écriture directe du Décalogue.
Voici ces versets du Deutéronome :
Deutéronome (IV, 13) : « Il (l'Eternel) vous fit enten-
>> dre son alliance, laquelle il vous commanda d'obser-
» ver, savoir, les dix paroles qu'il écrivit dans deux tables
» de pierre. ))
Deutéronome (V, 22.) : « U Éternel prononça ces pa-
» rôles à toute votre assemblée sur la montagne, du
» milieu du feu, de la nuée et de l'obscurité, avec une
)) voix forte, et il ne prononça rien davantage ; piiis il
)) les écinvit dans deux tables de pierre qu'il me donna. »
Deutéronome (IX, 10) : a Et l'Eternel me donna deux
» tables de pierre.^ écrites du doigt de Dieu, et ce qui y
» était écrit, c'étaient les paroles que F Eternel avait toutes
50 CHAPITRE m.
» proférées, lorsqu'il parlait avec vous sur la montagne,
)) du milieu du feu^ au jour de Rassemblée, »
Deutéronome (X, 1-5) : « En ce temps-là, TEternel
)) me dit : Taille-toi deux tables de pierre, comme les
)) premières, et monte vers moi en la montagne, et puis
)) tu te feras une arche de bois.
)) Et j'écrirai sur ces tables les paroles qui étaient sur
» les premières tables que tu as rompues, et tu les remet-
» tras dans F Arche. Ainsi je fis une Arche de bois de
)-) Settim, et je taillai deux tables de pierre comme les
)) premières, et je montai en la montagne, ayant les deux
» tables en ma main. Et il écrivit dcms ces tables, comme
» il avait écrit la jwemière pm, les dix paroles que YE-
» ternel vous avait prononcées sur la montagne, du mi-
)) lieu du feu, au jour de l'assemblée, puis l'Eternel me
)) les donna.
» Et je m'en retournai; et je descendis de la mon-
)) tagne ; et je mis les tables dans l'Arche que j'avais
» faite, et elles y sont demeurées, comme l'Eternel me
» l'avait commandé. »
Ces passages des livres de Moïse suffisent pour prouver
Y écriture directe du Décalofjue par r Eternel.
Le Nouveau-Testament fait aussi allusion à cette révé-
lation directe du Décalogue. Suivant les Actes des Apô-
tres (YIÎ, 53), saint Etienne dit au souverain sacrifi-
cateur et au tribunal :
f( Vous qni avez recula loi par la disposition des Anges
» {ïoç, Sivr.a.y^j.ç ayyé^wv) et qui uo l'avcz poiut gardée. »
Uépître aux Hébreux dit de même (Hébreux, II, 2) :
« Car si la parole prononcée par les Anges a été ferme,
y> et si toute transgression et désobéissance a reçu une
» juste rétribution, etc., etc.. »
Le célèbre philosophe Philo (de Mose, lib. III, G81,
ECRITURE DIRECTE DU DECALOGUE PAR L ETERNEL. 51
éd. Mang. II, 163) dit également que le Pentateuque a
été révélé de t7ms manières différentes :
{"" La révélation directe et personnelle, Dieu pronon-
çant les dix paroles et les écrivant ensuite lui-même dans
les deux tables (s/, irpôtromov zov oiov),
2° Le Dialogue entre Moïse et Dieu.
3° La parole on l'écriture inspirée par Dieu et par ses
représentants^ Moïse écrivant, inspiré par Dieu, rempli et
saisi de FEsprit-Saint de l'Éternel.
En effet, il y a différents modes de révélations ; il ne
faut pas confondre la révélation directement surnaturelle
avec la révélation indirecte qui est l'œuvre des hommes
inspirés par le Saint-Esprit et par les Anges.
On pourrait, il nous semble, appliquer le système de
la révélation directe et indirecte, aussi aux autres miracles
contenus dans la Bible ; nous ne parlons que des miracles
objectifs, en laissant de côté le miracle purement sub-
jectif, et personnel delà conversion ou de la régénération
morale, opérée par la grâce de Dieu et par la vertu de
son saintEsprit; car ce miracle subjectif, malgré sa haute
importance morale, n'a qu'une valeur personnelle et
individuelle, et ne saurait jamais être démontré nette-
ment et d'une façon palpable. C'est pourquoi le Christ
lui-même a toujours confirmé se ^ paroles par des miracles
objectifs et matériels. Il dit (saint Matthieu XI, 4 et 5) aux
disciples de saint Jean-Baptiste qui lui demandèrent :
(( Es-tu celui qui devait venir, ou devons-nous en atten-
)) dre un autre? — Allez, et rapportez à Jean les choses
)) que vous entendez et que vous voyez. Les Aveugles recou-
)) vrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont net-
)) toyés, les sourds entendent, les morts sont ressuscites, et
» l'Évangile est annoncé aux pauvres. »
Dieu n'a pas permis à saint Jean-Baptiste de faire des
52 CHAPITRE III.
miracles, pour qu'on no le prît pas pour le Messie, car si
saint Jean avait opéré les miracles d'Elic et d'Elisée,
on n'aurait pas pu reconnaître le véritable Messie.
De nos jours, où l'on préfère les miracles subjectifs et
moraux aux miracles objectifs et véritables, on ne tient
plus compte de ces paroles mémorables du Clirist.
Aussi saint Jean-Baptiste, qui n'opérait que des conver-
sions, eût passé aux yeux de nos tbéologions protestants
pour un plus grand prophète que le Messie lui-même, si
Jésus et Jean eussent vécu de notre temps.
Le Christ et les apôtres insistent surtout sur la valew'
immense des mirocles, comme preuves de leur mission
céleste ; suivant saint Jean (X, 37 et 38), Jésus dit : « Si
)) je ne fais pas les œuvres de mon père, ne me croyez
» jjoint. Mais si je les fais, et que vous ne vouliez pas
)) me croire, croyez à ces œuvres , afin que vous connais-
» siez et que vous croyiez que le Père est en moi, et
» moi en Lui. »
Les miracles sont, comme toutes les bonnes œuvres
en général, en outre encore nu critérium de la foi, car
le Christ et les apôtres ne reconnaissent cjiœ la foi cfii
les opère.
Quant à ces miracles objectifs, on pourrait à nos yeux
en établir deux classes ou catégories, c'est-à-dire, les mi^
racles directs ou indirects.
Les miracles directs supposent une intervention directe
du monde surnaturel, sans l'intermédiaire de l'homme ;
les miracles indirects n'ont pas lieu sans le concours de
l'homme qui en est l'intermédiaire nécessaire et indis-
pensable, comme dans le ])hénomène de l'inspiration.
Il faut ranger parmi les miracles directs de la Bible :
la manne céleste dcms le désert [VjXoAq, XVI), le miracle de
Gabaon et de la vallée d'Ajalon (Josué, X, ]2-14) et
ÉCRITURE DIRECTE DU DÉCALOGUE PAR L'ÉTERNEL. 53
toutes les apparitions objectives des Anges et des Esprits
des morts, bien qu'elles ne fussent aperçues générale-
ment que par des hommes inspirés et extatiques, appelés
pour cette raison-là : les voyants. Les livres apocryphes
contiennent aussi plusieurs miracles directs, tels que le
cantique des trois jeunes Hébreux avec l'Ange, au milieu
de la fournaise du feu ardent, le Châtiment cVEélio-
dore, etc. (II, Machabées, chap. III, 24-40. )|
Claude Durât, Bourbonnois , président à Moulins,
trace dans son « Thrésor de l'histoire des kmgues de cest
Univers (in-4° 2^ édition à Yverden de l'imprimerie de
la société Helvétiale Caldonesque, 1619, pag. 124) une
copie des Charactères des Anges.
Lambert Daneau, savant théologien du seizième siècle
parle dans ses deux traités, touchant les sorciers et les
jeux de cartes (1579), de figures et c/iaractêres que les dé-
mons donnent aux sorciers, leur faisant croire que par la
vertu d'iceux, ils font et savent ce qu'ils veulent faire et
savoir.
Dans un manuscrit de la bibliothèque de MiUm, du
commencement du seizième siècle, se trouve le récit
suivant :
Deux marchands du Milanez voulant aller à la foire
de Lyon en France, rencontrèrent sur le Mont-Cenis,
proche d'un pont, communément appelé le Pont du
Diable, à cause d'un vent continuel qui y souftle, un
homme assez grand qui leur présenta une lettre, et leur
dit de s'en retourner, et de rendre cette lettre à son
frère Louis. Etonnés de cette commission, ils lui de-
mandèrent qui il était? L'Esprit répondit : Je suis Ga-
leas Sfortza et disparut.
Les marchands retournèrent à Milan, et de là à Vi«^e-
vano, où le duc de Milan était alors, et lui remirent la
54 CHAPITRE III.
lettre ; mais ils furent arrêtés et mis en prison, et en-
suite à la question. Cependant ayant toujours demeuré
fermes dans leur dire, ils furent remis en liberté. Un
conseiller du duc, nommé Vincent Galeas, prit la lettre,
qui était écrite sur du papier, et pliée comme on a ac-
coutumé de plier les lettres en Italie, cachetée d'un lil
d'arclial fort fin ; elle contenait ce qui suit :
Louis, Louis, prends garde à toi, les Français et les Vé-
7iitiens font une alliance ensemble contre toi, pour te rui-
ner, mais si tu me veux fournir trois mille jnstoleSy je tâ-
cherai de réconcilier les esprits» Adieu.
La souscription ou la signature était :
V Esprit de ton frère Gcdeas.
Chacun était surpris de cette aventure ; quelques-uns
la regardaient comme une plaisanterie : cependant, la
plus grande partie était du sentiment de mettre les trois
mille pistoles en dépôt, pour répondre, en quelque ma-
nière, au désir de Galeas ; mais le duc ne voulut pas y
entendre, et crut qu'on se moquerait de lui s'il y con-
sentait.
La chose pourtant se trouva vraie ; car avant la lin de
l'année, le duc Louis fut pris par les Français et les Vé-
nitiens, qui, s'étant ligués contre lui, lui faisaient la
guerre^ et le menèrent en France, où il mourut dans sa
prison.
Parmi les miracles indirects, opérés par l'intermé-
diaire de riiomme, il faut compter toutes les guérisons
miraculeuses, et les résurrections des morts, etc..
Quant aux autres traditions sacrées, qui émanent éga-
lement d'une révélation directe, suivant l'opinion des
peuples qui ont adopté ces croyances religieuses, nous
ne citons qu'au sujet du Véda le § 94 du livre XII des
lois de Manou :
ÉCRITURE MYSTÉRIEUSE LORS DU FESTIN DE BELSATSAR. 55
(( Le Yéda est un œil éternel pour les pitris, les Dévas
» et les hommes ; le livre saint ne peut pas avoir été fait
» par les mortels, et n'est pas susceptible d'être mesuré
» par la raison humaine. ))
Quant au Koran, il y a encore (selon la tradition) une
petite chambre dans la chapelle où naquit Mahomet,
dans laquelle l'ange Gabriel apportait au roi des pro-
phètes les feuilles^ du Koran^ le livre de toute vérité.
(Poujoulat, tome I, pag. 132 et 133 du Yoyage à Cou-
stantinople et dans l'Asie mineure.)
CHAPITRE IV.
Écriture mystérieuse lors du grand festin du roi
Belsatsar,
La Bible contient encore un autre phénomène de l'é-
criture directement surnaturelle dans le cinquième cha-
pitre du livre du prophète Daniel. Nous citons d'abord
les versets 5 jusqu'à 7, puis le 13""' et ensuite le versét22
jusqu'à la fin dudit chapitre.
Yoici le verset 5 : « Et à celte même heure-là sorti-
)) rent de la muraille des doigts d'une main d'homme,
)) qui écrivait à l'endroit du chandelier, sur l'enduit de la
)) muraille du palais royal ; et le roi voyait cette partie de
» main qui écrivait. »
V. G. ((Alors le visage du roi fut changé et ses pen-
» sées se troublèrent, et les jointures de ses reins se
)) desserraient, et ses genoux heurtaient l'un contre
» l'autre.))
Y. 7. (( Puis le roi cria à haute voix qu'on amenât les
56 CHAPITRE IV.
» astrologues, les Caldéeiis et les devins ; et le roi parla
» et dit aux sages de Babylone : Quiconque lira cette
» écriture, et me déclarera son interprétation, sera vêtu
)) d'écarlate, et il aura un collier d'or à son cou, et sera
» le troisième dans le royaume. »
V. 13. (( iVlors Daniel fut amené devant le roi et le
» roi prenant la parole, dit à Daniel : Es-tu ce Daniel
)) qui es d'entre ceux qui ont été emmenés captifs de
)> Juda, que le roi mon père a fait emmener de Juda? »
Nous laissons de côté ce que Daniel dit au roi con-
cernant l'orgueil de son père, et continuons seulement à
citer la dernière partie dudit chapitre depuis le 22'' ver-
set jusqu'à la lin :
V.22. (( Toi aussi, Belsatsar, son lils, tu n'as point liu-
)) milié ton cœur, quoique tu susses toutes ces choses. ))
Y. 23. (f Mais tu t'es élevé contre le Seigneur des
» cieux, et on a apporté devant toi les vaisseaux de sa
» maison, et vous y avez bu du vin, toi et tes gentils-
» hommes, tes femmes et tes concubines, et tu as loué
)) les dieux d'argent, d'or, d'airain, de fer, de bois et
)) de pierre, qui ne voient, ni n'entendent, ni ne con-
» naissent, et tu n'as point glorifié le Dieu dans la main
» duquel est ton souffle et toutes tes voies. »
Y. 24. c( Alors de sa part a été envoyée cette partie de
main^ et cette écriture a été écrite, »
Y. 2o. (( Or^ c'est ici récriture qui a été écrite : Mené,
Mené, Thekel, Upharsin. »
V. 26. « Et c'est ici l'interprétation de ces paroles :
Mene^ Dieu a calculé ton règne, et y a mis la fin. »
Y., 27. c( Thekely lu as été pesé en la balance, et tu as
été trouvé léger. »
Y. 28. (( Ujjharsin, ton royaume a été divisé, et il a
été donné aux Mèdes et aux Perses. »
STATUE PARLANTE DR MEMXON. 57
"V. 29. «Alors, par le commandement do Belsatsar,
» on vêtit Daniel d'écarlate, et on mit un collier d'or à
» son cou, et on publia de lui qu'il serait le troisième
» dans le royaume. »
V. 30. (( En cette même nuit, Belsatsar, roi de Caldée,
fut tué. »
V. 31. (( Et Darius le Mède prit le royaume, étant âgé
d'environ soixante-deux ans. ))
CHAPITRE V
Statue parlante de Memnon.
Le phénomène extraordinaire de la statue parlante de
Memnon a beaucoup d'analogie avec l'écriture directe
des Esprits, étant également une manifestation directe
du monde invisible.
Suivant le témoignage des voyageurs, cette statue
faisait entendre des sons harmonieux qui réjouissaient
rame de ceux quil'écoutaient.
Selon la tradition, Memnon, fils d'Aurore, régna en
Ethiopie, l'espace de cinq âges ou générations, et les
Ethiopiens le pleurèrent comme s'il était mort dans sa
jeunesse.
La statue de Memnon, tournée vers VOnQwi^jjarle,
d'après Philostrate (de vità Apollonii, lib. V^ ca}>. G),
dès qu'un rayon du soleil levant vient tomber sur sa
bouche.
Juvénal (Satyr. XV) dit qu'on pouvait saisir même le
sens des paroles de cette statue; il dit dans le verset oO
de ladite Satyre : « Dimidion mogicœ résonant ubi Mcm-
58 CHAPITRE V.
» Jioiie chordae. (Là résonnent les cordes magiques du
» mutilé M cm non.) »
De nombreuses inscriptions attestent que peu après le
lever du soleil, des hommes ont entendu sortir de la
statue tantôt des sons, tantôt des paroles distinctes.
Nous n'avons pas besoin de dire au public lettré que
l'oracle de cette célèbre statue de Memnon, fut l'un des
plus fameux et des plus anciens, et aussi l'un de ceux
qui durèrent le plus longtemps.
Suivant les lois de Manou (liv. IV, § lOS) les traditions
indiennes parlent souvent d'un bruit surnaturel [Nirg-
hâtâ)» On pourrait comparer ce bruit surnaturel ans. coups
mystérieux des Esprits obtenus de nos jours pour la pre-
mière fois, il y a bientôt trente ans en Amérique.
En Grèce, les disciples de Pythacjore parlent aussi des
voix et des sons mystérieux qu'on entend surtout près
des tombes (Jamblicli, Yita Pytliag., 139, 148), ils tiei.
nent même compte du genre d'harmonie que l'âme fait
entendre, pour conclure de là que l'âme est heureuse ou
malheureuse. L'auteur de VEpinomis (Epinomis, § 8^,
ap. Plat. Oper., édit Becker, pag. 29) dit que les êtres
surnaturels se font connaître à nous par des voix et des
paroles prophétiques y entendues par des personnes saines
et malades. On connaît aussi la voix du ciel, disant :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai pris mon
bon plaisir. » (Saint Mathieu, III, 17.)
Les démonologues anciens et modernes ont beaucoup
disputé sur le son de voix des démons, et nous pouvons
le dire, beaucoup déraisonné sur ce sujet.
Damascius, philosophe stoïcien, qui vivait sous Jus-
tinien, dit (in Vitâ Isidori ) que les Esprits familiers,
cachés dans les boules consacrées, qu'on nommait Boe-
tiles, répondaient à ceux qui les interrogeaient, d'une
STATUE PARLANTE DE MEMNON. 59
voix si faible et si inarticulée, qu'elle ressemblait plutôt
à un sifflement qu'à des paroles, et que ces sortes de
réponses devaient toujours être interprétées paf les prê-
tres, qui leur donnaient les significations qu'ils jugeaient
convenables.
Les voyageurs modernes (d'Urville, Marsden, etc.,
racontent que Potoyan, le démon des Australiens, an-
nonce sa présence par un sifflement particulier bas et
proloncjé.
Les voix mystérieuses que l'auteur a parfois enten-
dues, ressemblent tantôt aux sons lointains des cloches
des troupeaux des Alpes, tantôt elles ressemblaient un
peu au tintement intime et interne des oreilles, tantôt
aux soupirs, tantôt à un sifflement.
Quant au son direct cV un piano, sans intermédiaire ter-
restre (c'était un magnifique accord du sol de bas en
haut), les comtes Szapary, d'Ourches et le docteur
Dowron, l'ont entendu avec nous dans la séance remar-
quable du 26 janvier 1856, à laquelle M. du Potet était
aussi invité, mais dont son habitude à ne point se dépla-
cer, l'a tenu éloigné.
Jean Wolfgcmg Jaeger^ chancelier de F Université de
Tubingue (en allem. Tubingen) dit, le i"aoùt 1712, dans
son allocution latine devant le sénat académique de
cette ville, concernant V admirable musique et les harpes
célestes que tant de personnes dignes de foi avaient
entendues pendant l'agonie de la duchesse Madeleine
Sibylle de Wurtemberg, élevée par sa tante Hedwige-
Eléonore, reine de Suède, et morte à Kirchheim Under-
teck :
« Sequenti nocte singukre illud et omnio dimnuîn ac-
cidit, quod in concubia nocte, eum omnia silerent cœles-
tis musica derepente audita fuit, eaque tantse suavitatis,
60 CHAPITRE VI.
ut audiciites nihil se per totam vitam suavius audivisse
euni religiosa asseveratione testarcntur, rêvera enim
non Jmmanas^ sed anfjelicas voces sonuisse. Talis sane
musica veriis est seternitatis beatissimai prse.gustus, et
sui morienti spiritus illi divini assistunt. in quam inti-
mam familiaritatem assument ad gloriosissimam Dei
visionem admisses ! »
CHAPITRE VI.
Des lieux hantés et fatidiques.
C'est un fait constaté non-seulement par nos expé-
riences, mais encore confirmé par la tradition unanime
de teus les peuples, à savoir :
1° Qu'un lien mystérieux reste entre l'àme du défunt
et sa dépouille mortelle ;
2° Que riiabitude et le charme du souvenir attire
l'àme do préférence vers les lieux où elle a habité du-
rant son incarnation terrestre, et qui ont été le théâtre
de ses actions. C'est ainsi que suivant nos expériences,
François I" se manifeste principalement à Fontaine-
bleau, tandis que Louis XV et Marie-x4ntoinette rodent
autour des Triaoons.
Le sol classique n'a donc pas seulement pour les sur-
vivants, et surtout pour le public lettré, un attrait puis-
sant par lo prestige du souvenir, il y a encore quelque
chose de plus mystérieux et de plus réel, de plus subs-
slantiel, que le souvenir dans ces lieux que l'on ap-
pelle avec raison, hantes. Chose étrange! Nos savants,
njs ar;_'héologu.s, tels (pie Lcpsius, Bunsen, xVbbe-
DES LIEUX HANTÉS ET FATIDIQUES. 61
keiî, etc., vont visiter et fouiller le sol classique, attirés
par l'intérêt historique, par la magie du passé glorieux
des peuples de l'antiquité; mais ces érudits plongés
dans le matérialisme grossier des temps modernes, ne
soupçonnent pas même qu'il y ait là ime magie plus
réelle Qi plus substantielle ({MQ celle du passé. De même
que l'homme qui a quitté, il y a longtemps, le sol natal,
y reporte souvent ses regards, surexcité par le souvenir
de son enfance qu'il y a passée ; de même que le somnam-
hule lucide, déjà plus dégagé des hornes de la matière
peut diriger son intuition intellectuelle vers des lieux
et des personnes éloignées, grâce à sa vue merveilleuse
à distance, de même aussi, à plus forte raison, l'esprit,
affranchi entièrement du joug de la matière, est attiré
par le penchant irrésistible du souvenir et par l'habitude
dans les lieux qui ont été jadis le théâtre de ses actions,
ou dans les endroits où repose sa dépouille mortelle,
avec laquelle Fàme a partagé, durant sa vie terrestre ,
ses peines, ses douleurs et ses joies.
De nos jours, le passé glorieux de l'Egypte, de l'As-
syrie, de la Grèce et de Rome n'est qu'une lettre-morte
pour les savants ; les musées remplis de chefs-d'œuvre
n'ont de l'attrait que pour les. artistes, amateurs des
belles formes ; mais il y a là plus que de vaines formes;
une réalité vivante se déroulG devant nos yeux étonnés,
lorsque nous voyons ces (diefs-d'œuvre, animés par le
souffle puissant de l'Esprit qui jadis a vivifié leurs
modèles corporels.
Nos expériences nombreuses et variées démontrent
que les manifestations des l^^sprits dans les lieux hantés,
sont d'autant plus faciles, si les conditions des lieux
sont restées telles qu'elles étaient durant leur vie terres-
tre; c'est alors cpi'ils préfèrent généralement les lieux
62 CHAPITRE VI.
OÙ ils ont vécu et où sont leurs affections et leurs habi-
tudes, aux tombeaux, où il n'y a que les restes de leur
dépouille mortelle.
De même que la patrie de l'homme (durant sa vie ter-
restre) n'est pas toujours la ville natale, mais sa patrie
est surtout aux lieux, où l'àme est enchaînée, de même
l'esprit délivré des liens de la matière, tient surtout aux
lieux où sont ses affections et ses habitudes. Au reste, ce
serait une erreur que de supposer qu'un véritable lien
matériel attache l'àme encore longtemps après la mort
à sa dépouille mortelle ou aux lieux où elle a fait son
séjour terrestre. L'attraction morale, la sympathie pure-
ment spirituelle seule V attire dans ces lieux, les pensées
des hommes se rencontrent dans ces lieux hantés ou
classiques plus facilement avec celles des Esprits qui,
grâce à leur ubiquité, se manifestent presque avec la
rîipidité d'une pensée pure.
La Bible nous donne les preuves les plus frappantes
des rapports intimes entre l'àme du défunt et sa dé-
pouille mortelle, en racontant (II, Rois, chap. Xllî,
V. 20 et 21) le miracle que les ossements du fameux pro-
phète Elisée ont opéré. Yoici ce passage remarquable :
« Et Elisée mourut, et on l'ensevelit. Or, rannée sui-
)) vante, quelques troupes de Moabites entrèrent dans le
)).pays. Et il arriva que, comme on ensevelissait un
)) homme, on vit venir une troupe de soldats, et on jeta
» cet homme clans le sépulcre d'Elisée ; et cet homme
)) étant roulé là-dedans, et ayant touché les os d'Elisée
» 7'evint en vie, et se leva sur ses pieds. »
Au reste, c'est une grave erreur de croire que ces mi-
racles bibliques sont des phénomènes tout à fait excep-
tionnels; les miracles ont eu lieu plus souvent cpt' on ne
pense, mais les hommes de nos jours, plongés dans le
PES LIEUX HANTÉS ET FATIDIQUES. 63
matérialisme, ont perdu le sens, la faculté de les ob^
server.
Le dix-huitième siècle môme a vu à Paris un miracle
analogue à celui des osseiiients d'Elisée. Le public lettré
connaît les guérisons miraculeuses et instantanées que
la tombe du fameux diacre Paris a opérées à Paris. Quant
à nous, nous avons quelques mots d'outre-tombe, tracés
directement par l'Esprit de cet illustre diacre, en présence
de plusieurs témoins, à l'église Saint-^Jédard, derrière le
maître-autel, le 15 octobre I806, lieu où jadis a reposé
la dépouille mortelle de ce pieux prêtre, avant la dé-
fense
« De par le roi à Dieu,
» D'opérer des miracles en ce lieu. »
Le phénomène merveilleux de la résurrection de La-
zare (saint Jean XI, 38-44) n'eut lieu que lorsque Jésus
fut venu au sépulcre, en faisant lever la pierre mise des-
sus. On sait également que Jésus lui-même apparut pour
la première fois après sa résurrection glorieuse, à Marie-
Madelaine, suivant saint Jean (chap. XX, 11-17), près
de son sépulcre.
La doctrine chrétienne de la résurrection de la chair
suppose nécessairement la continuation d'un lien mysté-
rieux entre lame et sa dépouille mortelle, grâce à la
sympathie qui attire l'une vers l'autre.
Porphyre., de l'Abstinence (iib.lï, chap. 43), dit que les
Egyptiens en ont découvert la raison, que l'expérience
leur avait apprise. C'est la sympathie de l'âme des bêtes
ôt des hommes pour les corps dont elles ont été séparées ;
les théologiens, qui sont instruits de ces mystères,
savent avec quel plaisir elles s'en approchent; il y a
dans le corps une vertu secrète qui attire l'âme qui l'a
autrefois habité. Lorsque l'âme d'un animal est séparée
64 CIIAPIÏRR VI.
de son corps par violence, elle ne s'en éloigne pas et se
lient surtout près de lui. Il en est de même des âmes
des hommes, qu'une mort violente a fait périr; elles
restent près du corps; c'est une raison qui doit empê-
cher de se donner la mort. Lors donc qu'on tue les ani-
maux, leurs âmes se plaisent auprès des corps qu'on les
a forcés de quitter ; rien ne peut les en éloigner ; elles
y sont retenues par sympathie ; on en a vu plusieurs qui
soupiraient près de leurs corps. C'est pourquoi ceux qui
veulent recevoir les âmes des animaux qui savent l'ave-
nir en mangent les principales parties, comme le cœur
des corl)eaux, des taupes et des éperviers. L'âme de ces
hôtes entre chez eux en môme temps qu'ils font usage de
ces nourritures et leur fait rendre des oracles comme des
Divinités.
« Les âmes de ceux dont les corps ne sont point en
)) terre, restent près de leurs cadavres ; c'est de celles-là
)) que les magiciens ahusent pour leurs opérations, en
» les forçant de leur ohéir, lorsqu'ils sont les maîtres
)) du corps mort, ou môme d'une partie de celui-ci.
» Au reste, pour prévenir les persécutions des génies
» importuns, et pour éviter la fréquentation des mé-
)) chants, les prêtres et les devins ordonnent de s'éloi-
» gner des tombeaux. (Ghap. 50 dans le liv. IL)
» C'est pour cette raison que les pythagoriciens s'abs-
» tinrent de l'usage des viandes, pour n'être pas remplis
)) d'impuretés et pour ne pas devenir le tombeau des
» corps morts des hôtes.
» Les pythagoinciens dédaignèrent aussi la divination
» qui se fait par l'inspection des entrailles des animaux;
)) ils croyaient, que, s'ils se trouvaient réduits dans
)) quelque extrémité fâcheuse, les bons génies allaient
p accourir à leur secours, en leur découvrant l'avenir,
DES LIEUX HAMTÉS ET FATIDIQUES. 65
)) soit par des rêves, soit par des pressentiments et en
)) leur apprenant ce qu'ils devaient éviter. )>
Les esprits conservent quelquefois aussi des liens
intimes avec certains objets qui leur ont appartenus et
qui leur furent cliers. Une vertu mystérieuse s'attache
à ces objets.
La Bible, ce livre saint qui satisfait à tous nos besoins
moraux et intellectuels, nous fournit aussi à ce sujet un
nouvel exemple frappant, en parlant du miracle que le
fameux manteau du grand prophète Elle a opéré après
son ascension, dans le second livre des Rois. (II, 14.)
Voici ce verset remarquable :
« Elisée prit le manteau d'Elie, qui était tombé de
)) dessus lui, et frappa les eaux et dit : Où est l'Eter-
)) nel, le Dieu A' Elle, l'Eternel lui-même? Il frappa
» donc les eaux, et elles se divisèrent çà et là, et Elisée
)) passa. » Ce miracle du manteau d'Elie offre une ana-
logie frappante avec les Amulettes, dont il est aussi
([uestion dans les Actes des Apôtres.)) (XX, 11, 12).
Voici ce verset : a Et Dieu faisait des prodiges extra-
» ordinaires parles mains de Paul; de sorte qu'on por-
;i) tait même sur les malades, les mouchoirs et les linges
» qui avaient touché son corps; et ils étaient guéris do
)) leurs maladies, et les malins esprits sortaient. ))
Au surplus, nos expériences si variées prouvent am-
plement que les Esprits affranchis des obstacles maté-
riels, peuvent se manifester partout, s'ils éprouvent de
la sympathie pour un individu terrestre, et surtout que
cette sympathie soit réciproque; n'importe, que cette
sympathie ait été scellée durant la vie terrestre ou peut-
être dans une autre phase de l'existence des âmes, ou
par les œuvres des hommes illustres que la postérité ad-
mire et révère. Néanmoins, c'est un fait que l'on ne
66 CHAPITRE VI.
pourra plus contester, que les Esprits se manifestent
de préférence, et plus aisément dans les lieux vers les^
quels leurs souvenirs les reportent. Les anciens rabbins
(Mennasseli XI, 6) reconnurent également cette vérité,
en soutenant que Thabitude attire 1 âme vers les lieux,
oii elle a demeuré, durant sa vie terrestre. Les derniers
cabalistes croyaient que l'âme vitale et fluidique (Ne-
phesch) reste auprès du corps jusqu'à la putréfaction
complète. Selon les anciens rabbins, le lien intime entre
l'âme et le corps dure pendant la première année après
la mort. Ils ont emprunté cette opinion surtout au mi-
racle, opéré par les ossements cVEUsée environ un an
après la mort de ce saint voyant et prophète (Il Rois Xill,
20 et 21). C'est durant cet intervalle qu'on peut évoquer
l'âme du mort, selon eux. Celui qui l'évoque ou le né-
cromancien la voit, mais ne l'entend pas, celui qui la
consulte l'entend sans la voir. On sait que les rabbins ont
emprunté la nécromancie à la Bible et surtout au pre-
mier livre de Samuel (XXYIII), où il est question de l'é-
vocation de l'Esprit de ce saint propliète.
Les Indiens croyaient également qu'un lien restait
entre l'âme et la dépouille mortelle ; de là le grand res-
pect des morts dans ilnde.
Les Indiens croyaient même que les âmes des morts
assistaient d'une manière invisible aux funérailles,
aux repas funéraires et aux straddhas ou cérémonies
religieuses qui se faisaient chez les parents du mort,
pour honorer sa mémoire. (Lois de Manon, III, § 237.)
Suivant les traditions sacrées des anciens Perses (An-
quetil-Duperron, III, p. 585), les âmes riklent autour de
leur dépouille mortelle jusqu'au quatrième jour après la
mort.
Selon les anciens Egyptiens (Diodore de Sicile, I, 51),
DES LIEUX HANTÉS ET FATIDIQUES. 67
l'âme rôde pendant un long espace de temps autour du
corps jusqu'à la décomposition totale de la dépouille
mortelle.
C'est peut-être aussi pour cette raison que les Egyp-
tiens voulaient empêcher la décomposition des corps en
les embaumant, afin de prolonger les relations intimes
de l'àme avec le corps. De là peut-être aussi les orne^
ments excessifs des tombeaux, qui s'adressèrent aux
yeux d'un peuple aussi spiritualiste que les Egyptiens,
principalement à l'àme du défunt.
L'opinion que l'existence de l'àme demeurait encore
liée au corps, qu'elle avait abandonné, opinion si fort
accréditée chez les Egyptiens , régna aussi chez les
Grecs. Les funérailles se terminaient chez ce peuple par
un banquet et par des jeux solennels; tels furent ceux
qu'on célébra lors des funérailles de Patrocle (Iliade,
XXIII, V. 29 et c.) ; car on s'imaginait réjouir ainsi
l'àme du mort. L'àme conserve des rapports si intimes
avec sa dépouille mortelle, que c'est principalemeni;
à l'âme du défunt que sont dus les honneurs des funé-
railles. (Virgile, Enéide, IV, 34.)
Selon l'école de Pythagore, qui avait emprunté, comme
la plupart des hommes illustres de la Grèce ancienne,
- beaucoup d'idées aux Egyptiens (Plutarque, d'Isis et
d'Osiris, traduction de Ricard, tome V, p. 328), les
âmes demeurent et passent encore quelque temps au lieu
du sépulcre et dans le voisinage de la tombe.
Jamblich (Vita Pythag., j39, 148) dit qu'on avait
entendu la voix de Philolaus auprès de la tombe de son
cadavre ; celui qui avait entendu cette voix d'outre-
tombe raconte ce phénomène à Eurytus; ce dernier lui
demande quel genre d'harmonie cette âme faisait enten-
dre, parce que, d'après les pythagoriciens, une voix bien
(dS CHAPITRE VI.
harmonieuse et mélodieuse indique l'état bienheureux
d'une âme.
Platon (Phœdon, 80, H3 et 114) croit que les âmes
qui ont des penchants 'sensuels planent autour du tom-
beau de leurs corps; les passions sensuelles attachent
l'âme presqu'avec un clou au corps, en la rendant elle-
même corporelle.
Au moyen-àfje on a trop généralisé cette idée de
Platon, en croyant ({ue les Esprits malheureux et ter-
restres seuls, conservent des liens intimes avec leurs
dépouilles mortelles. On a même souvent confondu ces
derniers avec les démons ou les mauvais Esprits, en
prétendant que les démons se manifestent principale-
ment dans les cimetières, pour effrayer les hommes.
La Bible réfute formellement cette opinion absurde
par l'exemple du miracle des ossements cV Elisée qui fut
run des voyants les plus célèbres qui aient jamais existé,
l'un des saints prophètes qui aient opéré le plus de
miracles.
La plupart des prêtres et des pasteurs de notre temps
même, partagent cette erreur anti-biblique en préférant
l'opinion de Platon à l'exemple frappant contenu dans
la Sainte-Ecriture.
Le fameux diacre Paris qui a opéré également des mi-
racks sur sa tombe, fut, suivant l'opinion unanime des
hommes impartiaux, un pieux prêtre et un homme
irréprochable.
Les Chinois croyaient que les âmes des hommes qui
n'avaient été ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants,
errent longtemps près de leurs tombes et flottent autour
des lieux où elles avaient jadis demeuré, durant leur
incarnation terrestre; elles tiennent à ces lieux, entraînées
par le charme de leurs souvenirs. Cet état des Esprits,
DES LIEUX HANTÉS ET FATIDIQUES. 69
flottant dans Fair est non-seulement une punition, mais
encore une expiation, si elles se convertissent et im-
plorent la clémence àiwino. {Mémo i?'es des missiomiaires,
XV, 230, etc., etc.)
Selon l'opinion vmanime de l'antiquité, un lien reste
donc entre l'àme du défunt et sa dépouille mortelle. Ce
sentiment, étant gravé dans le cœur des anciens, a donné
lieu aux funérailles solennelles, à la consécration des
tombeaux et au respect des morts en général. C'est pour
cette raison qu'on a accordé au cadavre de l'homme les
droits et les honneurs dus à l'àme seule. De là aussi le
désir vif des neveux de reposer près de leurs ancêtres.
Abraham ayant acheté un lieu de repos pour Sara (Ge-
nèse, XXIIl), tous ses neveux jusqu'à Jacob et Joseph y
furent enterrés. (Genèse, XLIX, 29-32 ; Josué, XXIV,
32; Genèse, L, 25.)
Le Livre des récompenses et des peines par un doc-
teur Taosse, traduit en français par Julien (1835, 8) dit
(art. 46o) : « Ceux qui méprisent les âmes de leurs an-
)) cêtres, qui diffèrent leurs funérailles, qui ensevelis-
» sent les morts, sans observer les rites, qui ne portent
)) pas le deuil pendant le temps prescrit, qui négligent
» de visiter et de nettoyer les tombes et d'offrir des sa-
» crilîces à leurs ancêtres, ou qui les offrent sans être
)) pénétrés d'un véritable respect, sont cruellement pu-
» nis. ))
L'article 466 dudit Livre raconte un fait, ayant rap-
port au respect des morts.
« Un gardien des archives de l'Etat qui négligeait ses
» devoirs, vit l ombre de aa mère en songe, laquelle lui
)) adressa de sévères reproches : «« Depuis que vous
»)) m'avez abandonnée, lui dit-elle, les animaux ont
»)) creusé ma sépulture, les épines et les ronres ont
70 CHAPITRE VI.
))o fermé le chemin qui y conduisait. Vous avez chargé
)))) deux femmes de m'offrir aux diverses saisons de
)))) l'année les sacrifices que j'attendais de vous. Est-ce
»)) ainsi que doit se conduire un fils? Le Dieu de Fen-
)))) fer voulait d'abord vous punir, mais comme vous
»)) remplissez fidèlement les devoirs de votre charge,
)))) il vous accorde grâce pour le moment. A l'avenir,
)))) tachez de visiter exactement ma tombe aux époques
»)) prescrites, et d'offrir chaque année des sacrifices
)))) pour procurer le repos à Fàme de votre mère ! »))
Les Grecs s'imaginaient déjà aux temps homériques
qu'il pouvait résulter pour les morts un grave préju-
dice, si leur dépouille ne recevait pas de sépulture.
Il leur était alors refusé de pénétrer dans le Hadès
(lîiad., XXIIl, 69) et leurs âmes erraient, inquiètes et
soufi^rantes, à la surface du sol, tant que des mains
pieuses n'avaient pas rempli à leur égard les derniers
devoirs. De là, la crainte qu'avaient les Grecs que leur
cadavre fût privé de sépulture, ou dévoré par les chiens
ou les oiseaux de proie. C'est le vit désir à'Elpenor
(Odyssée XI), dont l'âme erre, sous la forme d'une
ombre, partout, qu'on lui rende les derniers honneurs.
Il en est de même à'Archytas. (Horat, Od. I, 28.)
Lucain (IX) dit : « Cineresqiie in litore fiisos colligite at
)) que unam sparsis date manibiis urnam et animamque
y) sepulcro condimus, »
Les anciens avaient tant de soins pour leurs tombeaux,
et les tenaient en si grande estime, que plusieurs doc-
teurs du christianisme, tels que saint Clément d'Alexan-
drie, Eusèhe, LaetaniiuSy Arnohius, etc., croyaient que
les édifices consacrés aux exercices de religion ont tiré
leur origine de là. En effet, cette hypothèse n'est pas in-
vraisemblable, si l'on tient compte des rapports du res-
DES LIEUX HANTÉS ET FATIDIQUES. 71
pect des morts et des tombes au culte des ancêtres et des
aïeux. Les mânes des ancêtres se manifestèrent de pré-
férence, conformément à la sympathie, cette attraction
morale, à leurs descendants, surtout dans les li«ux vers
lesquels leurs souvenirs les attiraient. Or, c'est en visi-
tant leurs tombes, que les survivants pensaieat le plus
à eux, et entraient, par conséquent, en communication
plus ou moins directe avec les Esprits des morts, grâce
à leurs prières, invocations, évocations, sacrifices, etc.
Il semble que la superstition exagérée seule, la confu-
sion de l'adoration et du respect, ait appris aux hommes
à bâtir des temples, les hommes n'osant guère avant le
sage Salomon construire une maison à VEternel, que les
cieux des cieux ne peuvent contenir, suivant la Bible.
(II Chroniques II, 6 et I Rois YIII, 27.)
On ne peut guère réfuter l'opinion de ceux qui pen-
sent que l'établissement du culte et des cérémonies reli-
gieuses remonte à l'origine du polythéisme. Selon les
anciennes traditions indiennes les pitns passent pour
avoir institué les cérémonies du culte, car les pifri's seuls
connaissent la véritable théologie. (Lois de Manou,
1, § 12, etc.)
Ce respect universel des morts, des tombes et ce culte
des mânes et des ombres des Esprits des ancêtres, est
une des preuves les plus évidentes du caractère éminem-
ment spiritualiste de tous les peuples de l'antiquité.
C'est un fait constaté par l'histoire que, dès l'instant
qu'on a cessé de croire au spiritualisme, on a aussi cessé
d'honorer les morts par des soins touchants.
L'homme qui commença à ne sentir et à ne chercher
rien au delà de la mort, ne devait non plus honorer ni
respecter la dépouille mortelle de son prochain. Les
Romains et les Grecs commencèrent à dédaigner le culte
72 CHAPITRE VI.
des mânes, au moment où le spiritualisme commençait
peu à peu à faire place au scepticisme, à l'indifférence
et au matérialisme ; il en est de même de notre temps.
On a prétendu de nos jours que l'usage des bûchers,
salutaire et poétique en môme temps, fut encore un in-
dice infaillible du caractère spiritualiste d'un peuple ; on
ne tient pas compte des anciens Egyptiens, des Israélites
et des Perses, qui furent, certes^ au moins aussi spiri-
tualistes que les Indiens, et plus spiritualistes que les
Grecs et les Romains, bien qu'ils n'eussent pas adopté
les bûchers comme ces derniers. Néanmoins, nous en
convenons avec ceux qui ont émis cette hypothèse que
l'introduction de l'usage des bûchers parmi les nations
sceptiques et matérialistes de l'Europe moderne, ne serait
pas seulement salutaire au point de vue hygiénique,
mais contribuerait encore à rétablir le respect des morts,
condition indispensable de la restauration du spiritua-
lisme, grâce aux urnes des ancêtres décédés, qui seraient
des mémento dans les logements.
Les Pères de l'église disaient que les Hébreux inhu-
maient les morts, parce que Dieu avait dit à l'homme
(Genèse, III) : Tu es poussière et tu retourneras à la
poussière. Certes, les Hébreux auraient mieux obéi à la
Genèse, en adoptant l'usage des bûchers, car la flamme
réduit l'homme en poudre bien plus vite que la décom-
position. Les Hébreux suivirent l'exemple des Egyp-
tiens, leurs maîtres, et des Perses, depuis la captivité
de Babylone. On sait qu'en Perse, le feu étant sacré, la
peine de mort frappa ceux qui en brûlèrent leurs cada-
vres. L'usage de brûler des cadavres ou plutôt des choses
aromatiques sur les cadavres, n'eut lieu chez les Hébreux
([u'en faveur des rois. (I, Samuel, 31, 12 et 13, et II,
Rois, 23, 20, etc. II, Chroniques, IG, 14. Jérémie, 34, o.)
DES LIEUX HANTES ET FATIDIQUES. 73
Chose étrange, les chrétiens, au contraire, réservèrent
les bûchers pour les sorciers et les hérétiques, qualifiant
l'usage des bûchers à'iisage cruel, car au moyen-àge
surtout, il y avait des imbéciles qui croyaient que la
crémation empêchait la résurrection de la chair ??
Porphyre (IV, 10 de l'Abstinence) dit : «les Egyptiens
embaument les corps des gens de condition en séparant
les entrailles, et les mettent dans une caisse. En rendant
les derniers devoirs aux morts, ils tournent cette caisse
du côté du Soleil et font cette prière : ce 0 Soleil, notre
Seigneur et tous les autres dieux qui donnez la vie aux
hommes, recevez-moi, et livrez-moi, aux dieux des
morts (Hadès Amenthès) avec lesquels je vais habiter.
J'ai toujours respecté les dieux de mes pères, et tant
que j'ai vécu dans le monde, j'ai honoré ceux qui ont
engendré mon corps. Je n'ai tué aucun homme ; je n'ai
point violé de dépôt, ni fait aucune faute irréparable;
et si j'ai commis quelque péché dans ma vie, soit en
mangeant, soit en buvant ce qui n'était pas permis, ce
n'est pas moi qui ai péché, mais ceci. )) On montrait en
même temps, la caisse, dans laquelle étaient les en-
trailles; et après avoir fini cette prière, on jetait la
caisse dans la rivière, et embaumait le reste du corps
qui était regardé comme pur.
Nos expériences au Louvre ont une analogie frappante
avec la Théopée, c'est-à-dire Fart de fixer les dieux dans
leurs statues, grâce à la consécration religieuse et aux
pratiques secrètes de la magie sacrée. C'est à l'aide de la
prière et de l'évocation qu'on animait les statues, par la
présence réelle des dieux, qui vinrent y demeurer, et se
manifestèrent de différentes mauières. La Théopée était
la manière la plus sainte de servir les dieux. Les prêtres
égyptiens et grecs l'exerçaient. (Orig. Contra celsum.
8
74 CHAPITRE VI.
Ap. Aug., CD. 8, 1. 2. Aiisakli, De diis Roman, évoca-
tis. Brix, 1743, pag. 19. Diog., Laërt, II, 116.)
Les anciens prêtres égyptiens qui, selon Cheremon, le
stoïcien, étaient regardés comme des philosophes dans ce
pays, choisissaient un endroit où ils pussent s'appliquer
tout entiers aux choses sacrées. L'ardeur qu'ils avaient
pour la contemplation les engageait à habiter près des
statues des dieux (Porphyre, de l'Abstinence, liv. IV,
chap. 6). Ils portaient ces statues où ils allaient en pro-
cession.
Los Esprits animaient les statues des Dieux et met-
taient leurs temples en mouvement. (Porphyre, lY,
chap. 6, de l'Abstinence.)
Minutius Félix (Octav., 27) écrit aussi que les démons
remplissent, sans être visibles, les statues et les ligures
symboliques que le culte a consacrées. (Tertullien, de
IdoL, 3 et IL Sozomen, Hist. ecclés., II, 5,)
Lorsque les démons qui président à la divination s'en
Vont, les oracles finissent aussi, ou ils perdent de leur
vertu, lorsque les démons s'enfuient et transportent
ailleurs leur habitation. (Tacit., Hist, Y, 13, concernant
Jérusalem.)
Là où des milliers de prières ardentes sont montées
Vers les dieux, la Théopée est possible.
M. des Mousseaux se trompe (Magie II, 85, etc.) en
prétendant qu'il n'y a pas de loi générale concernant les
manifestations prodigieuses et les images qui enfantent
des prodiges ; que Dieu a créé non moins l'exception
que la règle. Certes, ces prodiges ne s'accomplissent
point en tous lieux ; ils ne se répètent pas à propos de
chaque image; chaque statue, chaque monument ne
produit pas une écriture directe, mais c'est un fait cons-
taté par nos expériences nombreuses qu'il y a un lien
DES LIEUX HANTÉS ET FATIDIQUES. 75
mystérieux entre certaines statues, images et monuments
et entre les Esprits ou plutôt les âmes des morts <|ue ces
statues représentent.
Les images merveilleuses ont beaucoup d'analogie
avec les lieux hantés et fatidiques. Les statues, les ima-
ges originales des hommes illustres, les monuments
érigés et consacrés par les générations antérieures et
offertes à leui' vénération, pour perpétuer la mémoire
de leurs hauts-faits, de leurs actions glorieuses, sont
surtout aptes à produire des phénomènes merveilleux.
( Voilà le fd conducteur de nos expériences d'écritures di-
rectes couronnées de succès.) Les âmes des morts illus-
tres ne sont attirées que par le prestige magique du
souvenir de leurs belles actions, dans les statues et les
monuments, qui perpétuent leur mémoire. C'est ainsi
que nous avons obtenu sept écritures directes du célèbre
général lacédémonien Pausanias, en plaçant à plusieurs
reprises des papiers dans la gueule et sur le socle du
fameux lion du Louvre, trouvé dans les décombres du
champ de bataille de Platée. M. Robert Dale Owen et
M. Moli/i, artiste sculpteur très distingué de la Suède,
étaient témoins de cette expérience. On sait que les Grecs
célébraient encore du temps de Plutarque, six siècles
plus tard, des jeux pour perpétuer le souvenir glorieux
de la victoire brillante qu'ils avaient remportée sous le
commandement du grand général Pausanias sur les
Perses. On y offrait des sacrifices à Jupiter libérateur^
car ce n'est que par cette victoire que la Grèce fut défini-
tivement délivrée de l'invasion de l'armée innombrable
des Perses. Aussi Pausanias, le Lacédémonien, qui en
sa qualité de général en chef des Grecs, avait tant con-
ti'ibué à cette victoire brillante, grâce à son habileté et
à sa prudente stratégie, reçut-il les dîmes des dépouilles
76 CHAPITRE VI.
riches des Perses. Au reste, Pausanias fut aussi versé
dans la magie et dans les mystères de la nécromancie
que dans l'art militaire ; il bravait la colère des autres
Lacédémoniens qui voulaient témérairement attaquer
les Perses, avant que les signes des devins et des sacrifi-
cateurs fussent favorables. Plus tard, ce grand homme,
après avoir pris Bysance (Constantinople) et chassé dé-
finitivement les Perses de l'Europe, enflé par des suc-
cès aussi éclatants, noua des relations avec le roiXerxès
de Perse, qui lui offrait sa fille en mariage et la royauté
de toute la Grèce. Accusé du crime de trahison
à Sparte il se sauva dans le temple de la Minerve
d'airain, où il périt de faim. Après cette fin tragique,
l'Esprit de ce grand homme déjà durant sa vie si versé
dans la magie importunait et effraya longtemps les
Lacémoniens, jusqu'au commencement de la guerre du
Péloponèse. Ce fut en vain que le's Lacédémoniens cher-
chèrent à apaiser ses mânes, en lui érigeant des monu-
ments et des statues, pour lui offrir des sacrifices. Le
grave Thucidyde et le docte Plutarque parlent des pro-
diges de l'esprit du célèbre Pausanias, et des moyens
que la pythie de Delphes conseillait, pour calmer la
colère vindicative de cet Esprit aussi puissant après sa
mort que durant sa vie.
Il en est de même du célèbre Jules César, dont l'Es-
prit irrité poursuivit Brutus le jeune jusqu'à sa mort,
aux champs de bataille de Philippes, selon Plutarque.
Aucun des meurtriers de Jules César ne lui survécut
plus de trois ans, et aucun ne mourut de mort natu-
relle. Tous furent condamnés et périrent d'une manière
différente : les uns dans un naufrage, les autres dans un
combat ; quelques-uns se tuèrent avec le même fer dont
ils avaient frappé César (Suéton. César, 89), Il semble
PHENOMENES DE L ECRITURE DES ESPRITS, 77
que, selon les vues mystérieuses de la Providence, l'Es-
prit d'un mort puisse se venger pour exercer la Némésis.
Voyez là-dessus ma Morale universelle^ pag. 191-193,
riiistoire de Pausanias et delà jeune Cléonice, ainsi que
les Considérations sur la vengeance des spectres et des
victimes innocentes, pag. 192. Voyez aussi Tite-Liv. V,
dec. I. Valère Maxim, I, cap. VII, la statue de Junon
qui liante Veïès.)
Le philosophe Porphyre, avant nous, prend en pitié
l'imbécillité des incrédules qui ne voient dans les statues
que des pierres et du bois, ou tout au plus les belles for-
mes de l'art. La valeur artistique d'une statue n'a aucune
importance i:)Our la théopée. Les anciens monuments
grossiers et simples, auxquels des souvenirs mémorables
s'attachaient, furent en général préférés par les Esprits
aux belles statues de l'école de Phidias.
CHAPITRE VII
Phénomènes de l'écriture directe des Esprits,
constatés en présence de témoins, depuis le
mois d'août 1856 jusqu'au 30 novembre 1872.
L'étude approfondie de la haute sagesse de la Bible,
concernant l'anthropologie, la psychologie et la pneu-
matologie, c'est-à-dire les rapports de l'humanité avec
Dieu et avec le monde surnaturel, sera toujours la base
et le point de départ de toute véritable science, laquelle
doit aboutir au fameux yvôiôt o-îaurèv de l'illustre sage
de Lacédémone. Puis, viennent en seconde ligne, les
traditions sacrées de l'Inde, ce foyer central de la race
78 CHAPITRE VIL
aryenne et blanche, d'où sont partis beaucoup de rayons
pour la Chine cVime part, et pour la Perse, l'Egypte, la
Grèce et Rome de Vautre. Les différentes écoles de phi-
losophie des Indiens, surtout le système dualiste de
Sankhya et l'école orthodoxe de Védanta, ont une haute
importance pour le spiritualisme. Il en est de même des
poètes i?idiens et grecs qui expriment généralement la
mythologie et les anciennes traditions sacrées mieux que
les penseurs. Quant à ces derniers, il faut néanmoins
reconnaître que les efforts des philosophes les plus pro-
fonds de tous les siècles et parmi toutes les nations, ont
toujours tendu vers la sphère élevée du spiritualisme.
Parmi les penseurs grecs, il faut mettre au premier
rang l'illustre Pythagore, qui a éclairé d'une vive lu-
mière les mystères de l'âme humaine et ses rapports
avec le monde surnaturel. C'est au sage de Sam os et à
son école qu'on doit cette fameuse confédération pytha-
goricienne, ce sublime modèle d'une association morale,
fondée sur le principe de charité et de fraternité.
La haute et vaste intelligence de Pythagore franchis-
sait non-seulement les bornes de la politique nationale,
mais encore les limites du cosmopolitisme humanitaire.
Ce penseur visa plus hautj en voulant faire do riiomme
surtout un citoyen du monde surnaturel des purs Esprits.
C'est le spiritualisme qui a aussi inspiré la morale
céleste de Socrate et l'idéalisme de Platon, Tune des
plus sublimes conceptions de l'esprit humain. Il en est
de même de la Cahhala des Juifs et de la philosophie
d'Alexandrie, ce vaste éclectisme de toutes les traditions
sacrées et de tous les systèmes de philosophie de l'anti-
quité qui a servi durant plusieurs siècles de bouclier au
polythéisme décrépit.
Dans le cinquième siècle de 'notre ère, le théo=;ophe
PHÉNOMÈNES DE l'ÉCRITURE DES ESPRITS. 79
grec Diogènes àéropagita, plus tard, au moyen-âge,
saint Bernard de Glairvaux, les deux Yictorins (Hugo
et Richard) ; puis Jean Charlier de Gerson se rattachent
au spiritualisme et à la théosophie mystique. Depuis la
réforme nous ne rencontrons en Allemagne que Til-
lustre cordonnier Jacques Boehm, appelé avec raison
philosoplms tentonicus, le j^hilosophe allemand paf excel-
lence; puis van Helmont en Flandre^ Sirédenhorcf en
Suède et mint Martin en France. Du reste, l'étude
approfondie des traditions sacrées et des théosophics
spiritualistes est loin d'être suffisante ; il faut réunir la
pratique à la théorie; il faut avoir recours aux moyens
spiritualistes des anciens ; il faut s'initier dans la science
des mages et des voyants; il faut être versé dans les
mystères de la nécromancie et de l'évocation des hons
Esprits; bien que la simple prière adressée à l'Eternel,
sans désirer ou désigner un individu quelconque de
l'autre monde vaille encore bien mieux. 11 faut parvenir
à cette concentration de la pensée et de la volonté, dans
laquelle ont excellé jadis les Vogais. Il faut surtout
acquérir l'Esprit de prière, ce don céleste, qui entre-
tient le feu sacré de la foi. On doit se dépouiller de tous
les intérêts, de tous les préjugés terrestres, afin que les
Esprits puissent nous communiquer leurs pensées. Il
faut dans tous les instants de la vie combattre l'égr/isme
et toutes les autres passions qui tyrannisent ceux qui
s'y abandonnent; Vâme n'aycmt pas de toilette de di-
manche, voilà potirciuoi telle on l'orne tous les jours,
telle elle doit aller , parée au sanctuaire du spiritna^
lisme.
L'amour, la sagesse, la pureté de l'âme doivent rem-
placer les passions terrestres. 11 faut que les expériences
spiritualistes soient pleines de recueillement religieux;
80 CHAPITRE VII.
que la musique élève et réjouisse les cœurs, afin que les
Esprits puissent participer à l'harmonie des âmes et
répéter au ciel les accords de la terre, 11 faut que la rivalité
s )it bannie de ces cercles fraternels afin de ne pas ternir
Il beauté des âmes, ou les Anges ne doivent pas trouver
d'ombre à la lumière qu'ils viennent y déposer. Ce n'est
que de cette façon que l'auteur est parvenu à obtenir le
beau phénomène de Vécriture directe des Esprits.
Du reste, l'auteur s'est occupé d'abord, il y a dix ans,
beaucoup de magnétisme, il est vrai uniquement diW^o'uxi
de vue spiritualiste. L'auteur a toujours cru que cette
science était le précurseur et l'aurore du spiritualisme. Il
n'a jamais partagé les erreurs de la société du mesmérisme
de Paris, qui a voulu faire du magnétisme une science
naturelle et physique , basée sur un prétendu fluide,
dont on n'a jamais pu proumr la réalité.
L'auteur a formé beaucoup de somnambules distin-
guées qui excellèrent, non-seulement dans la pénétration
des pensées, mais encore dans la vue à distance et à tra-
vers les corps opaques, dans la lecture à haute voix dans
une chambre obscure, etc. 11 a surtout dirigé les regards
de ses somnambules vers les visions et vers les régions
élevées du monde des Esprits. Certes, les rapports que
l'on noue avec les Esprits par l'intermédiaire des som-
nambules lucides sont très indirects, très vagues et in-
certains, mais ces phénomènes ont néanmoins une cer-
taine importance pour le spiritualisme, le somnambulisme
tendant nécessairement vers la région des Esprits. Il en
est de même de la magie, qui est basée sur la direction
d'un génie familier, tel que le démon de Socrate et l'es-
prit de Python, qui animaient les pythies et les prophé-
tesses de l'antiquité. Cette haute science aboutit, d'une
part, à la nécromancie et à l'astrologie, et opère de l'au-
PHENOMENES DE L ECRITURE DES ESPRITS. 81
tre, grâce au secours d'un génie invisible, des prodiges
supérieurs aux lois de la matière inerte.
Ce fut déjà dans le courant de l'année 18o0, environ
trois ans avant l'invasion de l'épidémie des tables tour-
nantes, que l'auteur a voulu introduire en France les
cercles dii spiritualisme cV Amérique, les coups mystérieux
de Rochester et récriture purement machimde des médiums.
Il a rencontré malheureusement beaucoup d'obstacles de
la part des autres magaétiseurs. Les fluidistes et même
ceux qui s'intitulèrent magnétiseurs spiritualistes, mais
qui n'étaient, en vérité, que des somnambuliseurs de bas
étage, traitèrent les coups mystérieux du spiritualisme
américain de folies et de songes creux. Aussi ce n'est
qu'au bout de plus de six mois, que l'auteur a pu former
le premier cercle selon le mode des Américains, grâce
au concours zélé que lui a prêté M. Roustan, ancien
membre de la Société des magnétiseurs spiritualistes,
homme simple, mais plein d'enthousiasme pour la sainte
cause du spiritualisme.
Plusieurs autres personnes sont venues se joindre à
nous, parmi lesquelles il faut citer feu l'abbé Châtel, le
fondateur de l'église française qui, malgré ses tendances
rationalistes a fini par admettre la réalité d'une révéla-
tion objective et surnaturelle, condition indispensable
du spiritualisme et de toutes les religions positives. On
sait que les cercles américains sont basés (abstraction faite
de certaines conditions morales, également requises)
sur la distinction des principes magnétiques ou positifs et
électriques ounégatifs. Ces cercles se composent de douze
personnes, dont six représentent les éléments positifs et
les six autres, les éléments négatifs ou sensitifs. La dis-
tinction des éléments ne doit pas être faite d'après le
sexe des personnes, bien que généralement les femmes
82 CHAPITRE YII.
aient des attributs négatifs et sensitifs, et les hommes
soient doués de qualités positives et magnétiques. Il faut
donc bien étudier la constitution morale et physique de
chacun, avant de former les cercles, car il y a des fem-
mes délicates qui ont des qualités masculines, comme
quelques hommes vigoureux ne sont que des femmes au
moral. On place une table dans un endroit spacieux et
aéré. Le médium (ou les milieux) doit s'asseoir au bout
de la table et être entièrement isolé; il sert de conduc-
teur de l'électricité par son calme et sa quiétude con-
templative. \]nhon somnambule Qsï en général un excel-
lent Médium. On place les six natures électriques, ou
négatives, qu'on reconnaît généralement aux qualités
affectueuses du cœur et à leur sensibilité, à droite du-
médiwn, en mettant immédiatement auprès du médium
la personne la phis sensitive ou négative du cercle. Il en
est de même quant aiix natures positives, que Vou place
à gauche du médium, parmi lesquelles la personne la
plus positive, la plus intelligente doit se mettre égale-
ment auprès du médium. Pour former la chaîne, il faut
que les douze personnes posent la main droite sur la
table, et qu'elles mettent la 7nain gauche du voisin dessus,
en faisant ainsi le tour de la table de la même façon.
Quant au médium ou aux milieux, s'il y en a plusieurs,
ils restent entièrement isolés des douze personnes qui
forment la chaîne.
Nous avons obtenu, au bout de plusieurs séances,
certains phénomènes remarquables, tels que des se-
cousses simultanées, ressenties par tous les membres du
cercle au moment de Révocation mentale des personnes
les plus intelligentes.
Il en est de même des coups mystérieux et des sons
étranges; \)[ws,\e,\\v?, personnes, mvme très insensibles, ont
PHENO:\IENES DE L ECRITURE DES ESPRITS, 83
eu des visions simultanées, bien qu'elles fusse-nt restées
à l'état ordinaire de veille. Quant aux sujets sensibles,
ils ont acquis V admirable faculté des médiums , d'écrire
machinalement^ grâce à une attraction invisible, laquelle
se sert d'un bras sans intelligence pour exprimer ses
idées. Au surplus, les individus insensibles ressentaient
cette influence mystérieuse d'un souffle externe, mais
l'efl'et n'était pas assez fort pour mettre en mouvement
leurs membres. Du reste, tous ces pliénomènes, obtenus
selon le mode du spiritualisme américain, ont le défaut
d'être encore plus ou moins indirects^ parce cjii on ne jimt
pas se passer, dans ces expériences, de T intermédiaire cVim
être humain, d'im médium. Il en est de même des tables
tournantes et parlcmtes qui n'ont envahi l'Europe qu'au
commencement de l'année 1833.
L'auteur a fait beaucoup d'expériences de tables avec
son honorable ami M. le comte d'Ourches, l'un des
hommes les plus versés dans la magie et dans les scien-
ces occultes. Nous sommes parvenus peu à peu à mettre
les tables en mouvement sans attouchement quelconque;
M. le comte d'Ourches les a fait soulever même sans
attouchement. L'auteur a fait courir les tables avec une
grande vitesse, également sans attouchement et sans le
concours d'un cercle magnétique. Il en est de même des
vibrations des cordes d'un piano, phénomène obtenu
déjà le 20 janvier 1856 en présence des comtes de .S*::^-
par y et cVOurches.
Tous ces phénomènes révèlent bien la réalité de cer-
taines forces occultes, mais ces faits ne démontrent pas
suffisamment l'existence réelle et substantielle des intelli-
gences invisibles, indépendantes de notre volonté et de no-
tre imagination, dont on agrandit, il est vrai, démesuré-
ment, de nos joints, le pouvoir. De là le reproche que
84 CHAPITRE VII.
l'on adresse aux spiritualistcs américains de n'avoir que
des communications insignifiantes et vagues avec le
monde des Esprits, qui ne se manifestent que par cer-
tains coups mystérieux et par la vibration de quelques
sons. En effet, il n'y a qu'un phénomène direct, intelli-
gent et matériel à la fois, indépendant de notre volonté et
de notre imagination^ tel que V écriture directe des Esp7'its,
qu'on n'a pas même évoqués ni invoqués, qui puisse ser-
vir de preuve irréfragable de la réalité du monde surna-
turel.
L'auteur, étant toujours à la recherche d'une preuve
intelligente et palpable en même temps, de la réalité
substantielle du monde surnaturel, afin de démontrer
par des faits irréfragables, l'immortalité de l'àme, n'a
jamais cessé d'adresser des prières ferventes à l'Eternel
de vouloir bien indiquer aux hommes un moyen infailli-
ble pour raffermir la foi en l'immortalité de l'âme, cette
base éternelle de la religion. L'Eternel, dont la miséri-
corde est infinie, a amplement exaucé cette faible prière.
Un beau jour, c'était le premier août 1856, l'idée vint à
l'auteur d'essayer si les Esprits pouvaient écrire direc-
tement^ sans l'intermédiaire cVun médium. Connaissant
l'écriture directe et merveilleuse du Décalogue, selon
Moïse, et l'écriture également directe et mystérieuse du-
rant le festin du roi Belsatzar suivant Daniel, ayant en
outre entendu parler des mystères modernes de Stratt-
ford en Amérique, où l'on avait trouvé certains carac-
tères illisibles et étranges, tracés sur des morceaux de
papier, et qui ne paraissaient pas provenir des médiums,
l'auteur a voulu constater la réalité d'un phénomène
dont la portée serait immense, s'il existait réellement.
11 mit donc un papier blanc à lettres et un crayon
taillé dans une petite boîte fermée à clef, en portant
PHÉNOMÈNES DE L ECRITURE DES ESPRITS. 85
cette clef toujours sur lui-même et sans faire part de
cette expérience à person?ie.
Il attendit durant douze jours en vain, sans remarquer
la moindre trace d'un crayon sur le papier; mais quel
fut son étonnement, lorsqu'il remarqua, le 13 août 1856,
certains caractères mystérieux, tracés sur le papier; à
peine les eut-il remarqués qu'il répéta dix fois pendant
cette journée à jamais mémorable la même expérience,
en mettant toujours au bout d'une demi-heure, une nou-
velle feuille de papier blanc dans la même boite. L'ex-
périence fut couronnée chaque fois d'un succès complet.
Le lendemain, 14 août, l'auteur fit de nouveau une
vingtaine d'expériences, en laissant la boîte ouverte et
en ne la perdant pas de vue ; c'est alors que Fauteur
voyait que des caractères et des mots dans la langue
esthonienne se formèrent ou furent gravés sur le papier,
sans que le crayon bougea. Depuis ce moment, l'au-
teur voyant l'inutilité du crayon, a cessé de le mettre
sur le papier ; il plaçait simplement un papier blanc sur
une table chez lui ou sur le piédestal des statuts anti-
ques, sur les sarcophages, sur les urnes, etc., etc., au
Louvre, à Saint- Denis , à l'Eglise S aint- Etienne -du-
Mont, etc , etc Il en est de même des expériences
faites dans les différents cimetières de Paris. Du reste,
l'auteur n'aime guère les cimetières, la plupart des Es-
prits préférant les lieux où ils ont vécu durant leur car-
rière terrestre, aux endroits où repose leur dépouille
mortelle.
Après avoir constaté la réalité du phénomène de l'é-
criture directe par plus de trente expériences répétées,
la principale préoccupation de l'auteur fut, de démon-
trer l'existence réelle de ce miracle à d'autres personnes.
11 s'adressa d'abord à son noble ami, M. le coiyite d'Our^
86 CHAPITRE VII.
ches, qui a également consacré sa vie entière à la magie
et au spiritualisme. Ce n'est qu'au bout de six séances
le 16 août 1856, à onze heures du soir, dans le loge-
ment de l'auteur, que M. le doiwi^ cVOiircJies a vu pour la
première fois ce phénomène merveilleux. M. le comte
cVOurclies fut d'abord déconcerté par la déconvenue de
nos premièies expériences. Il ne douta pas de la réalité de
ce phénomi.nc merveilleux, sachant bien que l'auteur
n'a pas le don de médium, d'écrire machinalement; il
n'attribuait pas non plus la non-réussite précisément à
l'influence des démons, mais il croyait que la malice de
certains Esprits peu bienveillants voulait le priver
d'être le témoin oculaire d'un miracle aussi évident. Il
mit donc à côté du papier blanc, destiné à l'écriture d'un
Esprit quelconque, une copie du fameux critérium de
l'apôtre saint Jean au sujet du discernement des bons
Esprits (Saint Jean, IV, 2). Voici ce verset: c( Connais^
)) 5^^ à cette marque r Esprit de Dieu; tout esprit cpd cou-
)) fesse que Jésus- C/trist est venu en chair est de Dieu. »
Au bout de dix minutes, un Esprit sympathique dont
Fauteur a de suite reconnu l'écriture et la signature,
écrivit directement, en présence du comte d' Ourdies, ce
qui suit : « Je confesse Jésus en chair. » L'Esprit accepta
donc franchement la marque à laquelle, suivant saint
Jean, on peut reconnaître un bon esprit. Ce phénomène
doit confondre tous nos orthodoxes démonophobes qui ne
croyent qu'aux miracles démoniaques. Depuis ce mo-
ment, M. le comte d'Ourches a vu plus de quarante fois
le phénomène merveilleux de l'écriture directe, tantôt
chez lui, tantôt chez l'auteur, puis au Louvre, dans la
cathédrale de Saint-Denis, à l'église Saint-Etienne-du-
Mont, sur le sarcophage de Sainte-Geneviève et sur les
bancs qui sont au-dessous des monuments de Pascal et
PHÉNOMÈNES 1)E l'ÉCRITURE DES ESPRITS. 87
de Racine, au cimetière Montmartre, etc., à Versailles,
à Saint-Cloudj etc.
Plus tard, au mois d'octobre, M. le comte d'Ourches a
obtenu, même sans le concours de l'auteur, plusieurs
écrits directs des Esprits; l'une de ces lettres d'outre-
tombe était de sa mère, morte il y a une vingtaine d'an-
nées.
L'auteur pourrait raconter une foule d'expériences
intéressantes, mais, pour éviter des longueurs, il se bor-
nera d'assurer qu'il a fait plus de deux mille expériences
cV écritures directes depuis 1836 jusqu'en 1869, devant des
témoins érudits et dignes de foi, de tous les pays de
'Europe et d'Amérique. L'affluence des témoins était
très grande, surtout après la publication de la première
édition française, du présent livre en 1857 (librairie
Frank, 57, rue Ricbelieu, à Paris). L'été 1858, l'auteur
et sa sœur étaient obligés de faire un grand voyage dans
le nord de l'Europe, en Suède, à Saint-Pétersbourg, etc.,
et revenus en automne à Paris, et expérimentant à
Saint-Denis, dans les caveaux des rois de France, avec
M. Dale Owen, le chapitre lui en fit fermer leB portes, en
lui faisant dire par les gardiens que les journaux
« avaient trop parlé de l'ouvrage publié et des phéno-
» mènes produits par l'auteur. )) En effet, beaucoup de
critiques de l'ouvrage, publiées en 1857, avaient paru
dans les différents journaux du temps, par exemple,
dans le Courrier frcinçais du 27 et 29 décembre 1857, et
du 4 janvier 1858. La revue mensuelle catholique et lé-
gitimiste de (( la Mode nouvelle » en donnait une longue
critique de quinze pages, au mois de novembre 1858;
la Gironde j de Bordeaux, en parlait beaucoup au mois
de mai 1858, pendant notre absence à Saint-Péters-
bourg ; enhn « le Monde illustré » de Paris a donné un
88 CHAPITRE Vil.
récit très détaillé sur la grande expérience que l'auteur
faisait /a veille de Noël J857 à la cathédrale de Saint-
Denis, en présence de vingt personnes, parmi lesquelles
figuraient des membres de Tambassade de Prusse, et
entre eux le premier secrétaire, à cette époque chargé
de toutes les affaires (M. le comte de Hatzfeldt étant
venu à mourir), M. le comte de Rosenberg, actuellement
ambassadeur de l'Allemagne près la cour de Wurtem-
berg, à Stuttgard, ainsi que des représentants des deux
illustres romanciers de l'époque, Charles Dickens et
Edouard Lytton-Bulwer, qui leur avaient fourni des pa-
piers fait exprès, marqués à armes de fantaisie ; cet arti-
cle remarquable est daté du 16 janvier 1858, et faisait
tant de bruit à Paris, que les cléricaux en médisaient,
prétendant que l'auteur troublait le repos des morts et
rois illustres dans les caveaux de Saint-Denis. Le gou-
vernement de Napoléon III, serviteur timide et trem-
blant devant l'Eglise qu'il n'aimait point, mais qu'il
s'efforçait de contenter autant que possible, ne manquait
point à défendre à l'auteur dans l'année suivante, 1859,
les expériences si souvent répétées devant une foule de
témoins dans la salle des Antiques au Louvre, ainsi que
dans la galerie des Portraits à Yersailles. Le journal de
Versailles avait parlé, en disant que Yersailles voyait
avec bonheur le retour de cet illustre hôte, le baron de
Guldenstubbé, qui faisait revivre par ces expériences
remarquables, les souvenirs historiques du plus beau
château que la France possédait. Déjà dans l'année 1860
le chevalier Gougenot des Mousseaux publiait sa « Ma-
gie )) oii il désigne l'ouvrage de 1857 de l'auteur, comme
la cause de la révolution spiritualiste de Paris. M. le
marquis de Mirville n'hésite pas à désigner l'auteur
comme un ennemi encore plus dangereux pour l'Eglise
PHÉNOMÈNES DE l' ECRITURE DES ESPRITS. 89
que Renan élève aussi tardif que chétif de l'illustre
David Strauss.
Cependant les deux grands adversaires de l'auteur,
MM. de Mir ville et des Mousseaux, parlent des témoins
très dignes de foi, devant lesquels l'auteur a fait ses ex-
périences remarquables, et vont même si loin que de
dire au tome IV de la Pneumatologie de M. de Mirville
(1862), qu'ils avaient déjà connu le phénomène de l'écri-
ture directe «y«;in'auteur, mais qu'eux, ainsi que M. de
Saulcy, de l'Académie française, avaient cru qu'il fallait
cacher au public un phénomène aussi dangereux. La ré-
clamation trop tardive de MM. de Mir-ville et de Saulcy,
c'est-à-dire faite seulement en 1862, donc cinq ans après
la publication de l'ouvrage de l'auteur, ne fait que cons-
tater plus encore les expériences de ce dernier, vis-à-vis
l'ancien péché héréditaire de l'Eglise catholique, de
garder in petto, ce que l'on croit dangereux pour le salut
de l'âme du public vulgaire. Du temps de la réforme
aussi, on voulait garer le public de la lecture en langue
vulgaire, des Saintes Ecritures, mais la Providence a
armé le bras du géant de Wittenberg (Luther), et celui
de Henri YIII d'Angleterre avec assez de force pour dé-
chirer le rideau de l'Eglise, qui cachait les saints mys-
tères et ne faisait part au public que du pain vulgaire,
en gardant pour elle la vigne du Seigneur.
En Allemagne, dès le mois de mars 1858, la fameuse
Gazette ecclésiastique de Berlin, dirigée à cette époque
encore par l'illustre Hengstenberg^ le champion le plus
érudit de l'orthodoxie protestante, avait donné une cri-
tique détaillée do l'ouvrage de l'auteur, mais de son
point de vue étroit, concluant ([n'en matière spiritua-
liste la foi était plus nécessaire et plus signilicative que
le savoir et l'observation par les expériences. En outre,
9
90 CHAPiTKE VII.
M. Eliphas Lévi parle beaucoup de l'auteur dans sa
(( haute magie, » ainsi que M. V avocat Bizouard, dans son
ouvrage en six gros volumes [Des rapports de l'homme
avec le démon, Paris,, 1869, chez Gaume frères et J. Du-
prey), où il y a une analyse dans cinquante pages au
moins, de l'ouvrage et des expériences de l'auteur. Il faut
aussi mentionner les ouvrages de M. le professeur Perty
à Berne : Mystische Erscheinungen et réalité des forces
magiques (chez Winter à Leipzig). M. le professeur Perty
donne des récits détaillés sur les expériences de l'auteur
dans ses d^ux livres, et il continue encore son œuvre,
en observant toujours le côté mystique de la nature.
Jusqu'en 1861, les qualités mystiques de Fauteur
allaient en grandissant toujours; dans l'année 1859 se
formaient sur le parquet, à la vue de toutes nos connais-
sances d'alors, et dans les cercles si connus du samedi,
que l'auteur avait régulièrement chez lui, 74, rue du che-
min de Versailles (depuis 8 heures du soir jusqu'à minuit),
des gî'andes figures magiques de couleurs diverses. Les
témoins les voyaient se former à la clarté de trente bou-
gies, et aussi s'évanouir de même qu'elles s'étaient for-
mées. Quand on mettait une personne sensible sur une
telle ligure, elle s'endormait aussitôt; plusieurs person-
nes devenaient ainsi de bons médiums, comme les dames
de Villars et Kyd, ainsi que le prince Shako wskoy et le ca-
pitaine anglais, M. Bernard, qui était d'abord très insen-
sible, mais qui après 150 expériences, auxquelles il as-
sistait pendant tout l'hiver et le printemps de l'année
1859, devenait plus sensible que les femmes les plus dé-
licates du grand monde de Paris et de Londres. Le
prince Shakowskoy devenait un très bon médium pour
les écritures directes, et faisait avec nous et M. de
Rancé, le député d'Alger, plus de cent expériences de-
PHENOMENES DE l'eCRITURE DES ESPRITS. 91
puis l'automne de 1859 jusqu'aux Pâques de l'année 1860,
dans l'appartement de M. Rancé, 30, rue Tronchet, dans
les cercles du vendredi.
Le prince Sliakowskoy est devenu plus tard maréchal
de la noblesse de la province de Moscou et y est mort
en automne 1867.
Ces singulières figures magiques, se formant d'elles-
mêmes et disparaissant de même duraient jusqu'en
l'année 1861, dans laquelle les forces médianimiques
de l'auteur commençaient à diminuer, après une ma-
ladie aiguë, causée par la morsure d'un nisecte veni-
meux. Les forces médianimiques de sa sœur augmen-
taient encore jusqu'en l'année 1863, où une longue
maladie de près de dix mois coupait court à ses expé-
riences. Depuis ce temps, nous n'avons fait que rare-
ment des expériences devant beaucoup de témoins à la
fois. Les expériences trop souvent réitérées et faites
avec l'enthousiasme de la première vigueur de personnes
jeunes et fortes^ avaient épuisé la santé et de l'auteur
et de sa sœur et le repos devint nécessaire pour tous les
deux; car jamais \di parole du Christ ne semble plus vraie :
(( une vertu est sortie de moi, » que dans le cas de ces
phénomènes directs des Esprits. Tous les grands mé-
diums éprouvent cette fatigue, cet épuisement après les
expériences, comme Hume, Squire, les frères Davenport
et leur beau-frère, M. Fay, etc..
De là arrivent souvent de grands intervalles de la
force médianimique pour ménager la santé de ces per-
sonnes. Il en est de même de l'écriture machinale, seu-
lement à un degré bien moindre, La clairvoyance et l'ex-
tase fatiguent le plus toute la constitution, vraisembla-
blement par la trop forte concentration de la pensée et
le mouvement automatique des membres.
92 CHAPITRE VII.
Quant à la question à savoir : Quels moyena emploient
les Esprits pour tracer des caractères ou des figures magi-
ques, il faut d'abord convenir que ce phénomène nous
démontre que les Esprits agissent directement sur
la matière, comme nos âmes enveloppées d'un corps
grossier. Pendant les premières semaines à dater du
jour de la découverte de récriture directe, les tables sur
lesc^uelles les Esprits écrivirent se promenèrent seules et
vinrent rejoindre l'auteur dans une autre chambre^ après
avoir traversé cj[uelciuefois plusieurs pièces; les tables
marchèrent tantôt lentement, tantôt avec une vitesse
étonnante; r auteur leur barra souvent le chemin à l'aide
des chaises^ mais elles firent quelques détours, en conti-
nuant leurs courses vers la même direction. L'auteur a vu
même deux fois un petit guéridon, sur lequel les Esprits
avaient l'habitude d'écrire (en sa présence), transporté
dans l'air d'un bout de la chambre à l'autre.
Néanmoins, bien que les effets de l'influence des j^u^'s
Espints soient les mêmes que ceux des Esprits incarnés,
il faut avouer que leurs moijens doivent différer des
nôtres, leur état, leur condition, étant affranchis du
joug de la matière, ce qui paralyse le vol sublime de
notre intelligence, de notre imagination. Il est possible
<jue l'action et l'influence que les esprits exercent sur la
matière, offre de l'analogie avec la création, les Esprits
étant l'image affaiblie do Dieu, cet Esprit absolu par
■ excellence. Or, de même que Dieu, suivant le premier
chapitre de la Genèse (verset 3) dit : « Que la lumière
soit, et la lumière fut, » de même que le verset 9 du
XXXIIP psaume dit : « car Y Eternel dit, et ce quil a dit a
eu son être; il a commandé, et la chose a comparu ; » de
même, bien qu'à un moindre degré, la pensée^ le désir
d'un Esprit suffit pour agir directement sur la matière et
PHÉNOMÈNES DE l'ÉCRITURE DES ESPRITS. 93
pour produire le phénomène merveilleux de l'écriture
directe. Chez les Esprits qui habitent un monde qui
7iest jicis wi lieu, mais un état, une condition, ?7 y a'
identité de la pensée et de l'être, le temps et l'espace étant
anéantis et absorbés dans l' éternité infinie pour rame
dégagée de la matière. Certes, dans une existence^ où le
temps s'écoule dans V éternité^ et l'espace est renfermé
dans Fin fini, comme la ç/outte de rosée se perd dans l'O-
céan^ il ne saurait guère être question des moyens et des
appareils pour produire un effet matériel quelconque,
tel que 1 écriture directe, etc., etc. La volonté créatrice
seule est suffisante pour agir sur la matière inerte
{me7U agitât molem), L'Esprit de l'homme, après avoir
quitté par la mort le corps et brisé ainsi les entraves de
la matière, entre dans un état plus parfait. Il est donc
rationnel de supposer que son pouvoir sur les éléments
de la nature et sa connaissance des lois qui les gouver-
nent, soient élargies. Néanmoins, il est possible que les
Esprits, qui s'enveloppent souvent d'une substance sub-
tile, d'un corps éthéré suivant toutes les traditions sa-
crées de l'antiquité (ce qui explique la réalité objective
des apparitions), concentrent, par leur force de volonté
et à l'aide de ce corps subtil, un courant d'électricité
sur un objet quelconque, tel qu'un morceau de papier;
et alors les caractères s'y forment comme la lumière du
soleil en imprime sur la plaque du daguerréotype. C'est
ainsi que Moïse dit au sujet des tables du Décalogue
dans l'Exode (chap. XXXII, 16) : « Les tables étaient
» écrites de leurs deux côtés, écrites de çà et de là. Et
)) les tables étaient l'ouvrage de Dieu, et l'écriture était
» de l'écriture de Dieu, gravée sur les tables. »
L'opinion, que l'électricité joue un rôle dans les divers
modes de communications spirituelles, est basée sur la
04 CHAPITBE VII.
difiFusion universelle de l'électricité dans la création.
Tout ce qui est créé renferme en lui-même sa dose d'é-
lectricité, et établit certaines relations avec tout ce qui
existe. Les formes les plus parfaites entretiennent des
relations positives avec les formes les plus imparfaites,
comme cela a lieu dans les règnes de la nature, où le
minéral se lie au végétal et à l'animal, et l'homme à tout
ce qu'il y a de plus sublime dans l'univers jusqu^au
monde supérieur des purs Esprits.
La plupart des écritures directes, tracées par les Es-
prits dans le courant de l'année 18S6, paraissent être
faites au crayon, parce que l'auteur avait commencé par
mettre un crayon à côté d'une feuille de papier blanc;
plus tard, la plupart des écrits directs ne contenaient
plus une substance analogue à la mine de plomb; nous
avons obtenu dans les musées et dans les églises de
Londres et de Paris, ainsi qu'à Dieppe, beaucoup de ca-
ractères tracés avec une substance rougeâtre, ressem-
blant au ciment romain ; parfois la couleur rouge paraît
provenir de l'encre rouge et du crayon de la même cou-
leur, souvent aussi les caractères de l'écriture directe,
sont gravés blanc sur blanc dans le papier.
Les figures magiques et cabalistiques que les Esprits
traçaient sur les parquets de nos appartements, 74, rue
du Chemin de Versailles et 40, boulevard de l'Etoile, du-
rant les hivers de 1859, 1860 et 1861 étaient faites à la
craie blanche, bleue et rouge ; ces dessins mystérieux
renfermaient souvent une centaine de lignes différentes;
elles se formaient durant quelques secondes, en pré-
sence des témoins oculaires et s'effaçaient, au bout de
trois à cinq minutes; quelquefois aussi, les traces de ces
caractères mystérieux ne disparaissaient que le len-
demain, ou même le surlendemain. La plupart de ces
PHENOMENES DE L ECRITURE DES ESPRITS, 95
dessins mystérieux avaient des rapports avec les hié-
roglyphes de l'Egypte ; il y en avait aussi qui conte-
naient des caractères syro-chaldéens et hébraïques.
Les épîtres d'outre-tombe, écrites par des Esprits
sympathiques (parents ou amis morts de l'auteur) étaient
souvent tracés avec de l'encre bleue ou noire.
C'est ici le lieu de dire quelques mots pour réfuter
l'objection absurde, qui voudrait réduire ce phénomène
merveilleux à un reflet étrange de la pensée de l'auteur.
Cela me répugne de tenir compte d'une objection aussi
inepte qui n'est qu'une fiction des hommes écervelés de
nos jours, dont la raison, aveuglée par le matérialisme,
voudrait inventer une explication plus merveilleuse
que le phénomène de l'écriture directe, confirmé d'ail-
leurs par le témoignage de la Bible et par le principe
de la révélation directe de toutes les traditions sacrées
de l'antiquité. Au surplus, nos expériences prouvent
amplement que le reflet des "pensées nest pour rien dans
ce phénomène. D'abord, généralement l'Esprit que nous
désirons dans nos expériences , ne se présente pas
pour écrire ; un autre vient, amjuel nous n'avons nulle-
ment pensé, et dont le nom même nous est quelquefois
inconnu. Q^i^nt aux Esprits sympathiques, ils ne vien-
nent presque jamais durant les expériences spiritualistes,
ces Esprits écrivent souvent plusieurs pages entières,
tantôt au crayon, ta7itôt à rencre, lorsque l'auteur vaque
à d'autres affaires. Cette exagération absurde du pouvoir
de l'imagination et de la volonté, n'a donc aucune base
ni aucune raison d'être. Cette hypothèse contredit toutes
les traditions sacrées, tous les témoignages historiques,
ttutes les croyances populaires, en un mot, la grande
voix de quarante siècles qui a encore plus de poids que le
fameux « vox populi, vox Dei, » Ladite objection est en
96 CHAPITRE VII.
outre en désaccord flagrant avec nos deux mille expé
riences, Fauteur n'ayaut généralement pas même re-
cours à l'évocation mentale d'un Esprit particulier.
Le désir même de communiquer plutôt avec un Esprit
qu'avec un autre, est banni de nos séances, parce que
de cette manière on peut empêcher des communications
directes, faute de sympathie.
La crainte absurde des démons,, née surtout au moyen-
âge, est précisément la cause principale de la rareté des
phénomènes surnaturels, les Esprits ne voulant ni ne
pouvant se manifester à des gens qui les prennent pour
des spectres immondes. Certes, il n'y a rien qui éloigne
plus les Esprits et même tous les êtres corporels et vi-
vants, tels que les hommes et les animaux, que la répti-
c/nance invincible, rhorrenr effroyable, le manque absolu
de sympathie.
Au reste, nous croyons que l'évocation mentale, bien
que nous n'ayons pas recours à ce mode, pratiqué si
généralement par l'antiquité, est utile et même néces-
saire tant qu'on ne fait qu'épeler l'alphabet du spiritua-
lisme, tant que nos relations avec le monde des Esprits
se bornent à un génie familier, à un guide spirituel ou
à quelques Esprits frappeurs, aptes à produire certains
coups mystérieux, certains bruits étranges, mais inca-
pables d'opérer des phénomènes intelligents et palpables
en même temps, tels que l'écriture directe. C'est un fait
constaté par nos expériences personnels que des Esprits
d'un ordre inférieur nous assistent tant que nous n'avons
fait que peu de progrès dans le domaine du spiritua-
lisme ; aussi les phénomènes sont d'abord insignifiants ;
les rapports des Esprits avec nous ne consistent que
dans certains coups mystérieux et dans la vibration de
quehjues sons. Les mêmes Esprits frappeurs se présen-
PHÉNOMÈNES DE L ÉCRITURE DES ESPRITS. 97
tent toujours en clierclumt a répandre la croyance de ce
fait positif, que le monde spirituel influence le nôtre et
que les Esprits sont avec nous, autour de nous, que
leur amour veille sur nous, nous protège et pénètre
notre cœur même. Plus tard, nos relations avec le monde
des Esprits, devenant plus intimes, les Esprits supé-
rieurs viennent nous visiter et nous enseigner les saintes
vérités de la sagesse divine. C'est alors qu'il faut renon-
cer à l'évocation mentale d'un Esprit quelconque, pour
ne pas renvoyer les Esprits qui viennent spontanément
nous visiter. Une simple prière mentale, mais fervente^
adressée au Souverain-Maître de Tunivers suffît, pour
nous attirer une foule de bons Esprits, notre rapproche-
ment d'amitié avec les purs Esprits étant accompli.
En effet, la prière est le grand véhicule du monde
spirituel et surnaturel. C'est la prière fervente seule qui
puisse fléchir le cœur des divinités les plus redouta-
bles suivant les traditions sacrées de l'antiquité. Les lois
de l'univers avaient beau paraître aux anciens avec leur
caractère de permanence et d'irrésistibilité, ils ne pou-
vaient croire qu'une prière fervente ne parvînt à déran-
ger ou à modifier les effets des lois de la nature, à leur
profit. iVussi selon le Rig-Vedoy les prières véritahles,
les jmr oies iyispirées, sont les épouses des dieux.
Suivant Homère (Iliade IX, 498), les prières sont les
filles de Zeus,
Le cercle de nos connaissances d'outre-tombe s'agran-
dit donc, grâce à la prière, de jour en jour_, plus. Les
séances et les expériences deviennent peu à peu tout à
fait inutiles, à moins qu'on ne veuille démontrer aux
incrédules le beau phénomène de l'écriture directe ou
d'autres faits constatant la réalité du monde surnaturel.
Les Esprits viennent nous voir sans être invités par
98 CHAPITRE VU.
nous, comme nos amis intimes, parmi les vivants nous
visitent. C'est alors que les Esprits nous écrivent de
longues épitres, contenant des conseils intimes et des
avis importants; nous conversons avec eux, en quelque
sorte, face à face, comme le vénérable pasteur Oberlin,
du Ban-de-la-Roclie , conversait verhalemeMt avec sa
femme morte, durant yieuf années consécutives* Les Es-
prits nous adressent mêm.e des consolations dans les
moments solennels de notre vie, quand nous avons le
plus besoin de leur assistance. C'est ainsi, à peu près,
bien qu'à un degré encore plus parfait, que les Anges se
présentèrent à Abraham et aux patriarches de l'antiquité.
On connaît la fameuse apparition dans la vallée de
Mamré, dans la Genèse. (Chap. XVIII.)
Quant aux prétendus scrupules religieux qu'on oppose
à l'évocation des morts, nous ne les croyons nullement
fondés sur l'autorité de la Bible; ces objections absurdes
ne sont que l'amère fruit de la démonophobie de nos
orthodoxes. Le Deutéronome (chap. XIII et XYIII) ne
défend l'évocation, la divination, etc., que si ceux qui
s'en occupent veulent détourner le peuple d'Israël de l'E-
ternely pour seinnr d'autres dieux. Ces défenses n'ont
trait qu'au polythéisme; elles étaient nécessaires, à
cause du penchant d'Israël au polythéisme des peuples
voisins, chez lesquels le clialdéisme et le sabéisme, ce
culte ancien de l'armée des cieux, régnaient. De nos
jours, le polythéisme n'est plus à craindre, la croyance
au monde surnaturel ayant tout à fait cessé, grâce au
matérialisme. // faut savoir distinf/uer dans la Bible
ce qui n'est que local et national (telle que la défense
des images, de certaines viandes, et les cérémonies
des sacrifices, du culte, etc., etc.) et ce qui est géné-
ral et éternel, n'appartenant à aucune époque particu-
PHÉNOMÈNES DE l'ÉCRITURE DES ESPRITS. 99
lière. // faut savoir distinguer Uenveloppe externe de la
lettre et l'esprit général et éternel. Quel déplorable abus
nos théologiens démonophobes n'ont-ils pas fait en con-
fondant ces choses si essentielles î
FIN DE L.\ PREMIERE PARTIE.
DEUXIÈME PARTIE
SOURCES DU SPIRITUALISME DE L'ANTIQUITÉ.
De tous les biens que l'homme possède, il n'en
est point qui l'approchent davantage de la Divinité
et qui contribue plus sûrement à son bonheur
que la droite raison, surtout lorsqu'il l'applique à
la connaissance des Dieux. La recherche de la
vérité et principalement de celle qui a pour objet
de connaître les dieux, n'est autre chose que le
désir de partager leur bonheur; cette étude et
l'instruction qu'elle procure est une sorte de
ministère sacré, plus auguste et plus vénérable
qu'aucune consécration, et que tout le culte que
nous rendons aux dieux dans les temples.
(Pliitarque, d'Isis et d'Osiris ; traduct. française
de Ricard, tome V, p. 319 et 320, chap. L)
re:\iarques sur les traditions de l'antiquité. 101
CHAPITRE VJII.
Remarques générales concernant les traditions
sacrées de l'Antiquité.
L'Orient, ce berceau du genre humain conserve aussi
dans son sein les premières traditions du spiritualisme
Plus on connaîtra l'Inde, la Chine, l'Assyrie, la Syrie,
la Palestine, la Perse et l'Egypte, plus on sera frappé
do la vérité de cette allocution, d'un prêtre cV Egypte
à Solon ( rapportée par Platon dans son Timée ) :
(( 0 Athéniens, vous n'êtes que des enfants ! Vous ne
» connaissez rien de ce qui est plus ancien ({ue vous ;
» remplis de votre propre excellence et de celle de votre
» nation, vous ignorez tout ce qui vous a précédés ;
)) vous croyez que ce n'est qu'avec vous et avec votre
)) ville que le monde a commencé d'exister. »
11 nous semble, en effet, que les anciens ont végété
dans les ténèbres, parce que nous ne les apercevons
qu'à travers les nuages épais, qui se sont amassés dans
le courant des siècles.
La nécromancie, la magie, la sorcellerie, Texorcismc
et l'astrologie furent pratiqués par tous les peuples
de l'antiquité, dès les temps les plus reculés. Il n'est
pas un seul historien qui ose contester ou révoquer en
doute ces faits. En Chine depuis que le boudhisme a
supplanté par le luxe et par la pompe de son culte les
anciennes traditions religieuses, les restes encore sub-
102 CHAPITRE VllI.
sistants des Tao-sse (école du fameux Laot-seu, le Pytha-
gore de la Chine), ne comptent plus d'adeptes que dans
les rangs du bas peuple. C'est un fait constaté par tous
les historiens, que le bas peuple chez toutes les nations,
conserve plus longtemps les anciennes croyances et tra-
ditions. Il en est de même en Europe, où la science et
les hautes classes ont relégué depuis longtemps au do-
maine des fables absurdes et des superstitions ineptes la
croyance à Tintervention directe des Esprits, le com-
merce avec les morts, la nécromanie, la magie, la sorcel-
lerie, l'astrologie, la clairvoyance et l'extase et beaucoup
d'autres pratiques occultes.
Selon nos révélations bibliques, les saints patriarches,
voyants, prophètes, prêtres et lévites s'occupèrent éga-
lement de ces sciences occultes^ que le clergé ignorant
des temps rnodernesj fait passer pour des œuvres des
démons. Nous rappelons dans la mémoire de nos lecteurs
la coujje magique de Joseph, ce fameux divinateur et
songeur des songes (Genèse XLIV, 5, etc., etc.) ; il en
est de même des consultations par XVrini, (Nombres
XXVII, 21, 1 Samuel XXVIII, 6.)
Ledit chapitre du premier livre de Samuel contient
aussi la fameuse évocation du prophète défunt par la
sorcière d'Endor. (I Samuel XXYIII, 7-21)
Quant à la haute antiquité de la sorcellerie et de la
magie, nous pouvons encore citer : l'Exode (chap, XXII^
V. 18), tu ne laisseras point vivre la sorcière ; le Lévi-
tique (XIX, v. 31), ne vous détournez point après ceux
qui ont l'esprit de Python, ni après les devins ; le Deu-
téronome (XYIII, 10-12); Michée, le prophète (chap. V,
12); Nahum (III, 4); Psaume (XLYIII, 5); Jérémie
XXYII, 9.)
Selon la Sapience (chap. XII, 4); les Chananéeaft
REMARQUES SUR LES TRADITIONS DE l' ANTIQUITE. 103
(anciens habitants de la Terre Sainte) usaient de sorti-
lèges exécrables.
Homère (Odys, liv. II ) parle de la nécromancie, qui
était de son temps en usage.
L'ancienne loi de la république romaine punit les
sorciers, qui enchantaient les blés étant sur terre; selon
Pline (liv. XXVIII, cap. 2), la loi civile des Romains,
dite lex Cornélia^ les punit aussi. Virgile (Eglogue III),
lait mention de la sorcellerie.
L'empereur Léon de Constantin ople commande dans
sa 60° constitution que les sorciers soient grièvement
châtiés.
Saint Augustin (sermon 207 et traité 7 sur saint Jean)
fait mention des enchanteurs qui par l'art et la sugges-
tion du diable font mourir ou guérissent les hommes.
Le monde s'est aperçu de tout temps qu'il y avait des
sorciers et des ensorcellements ; on ne fait point de lois,
au sujet d'une chose, qui jamais ne fut vue ni connue,
car les législateurs tiennent les cas et les crimes qui ne
furent jamais vus et aperçus, pour choses impossibles
et qui n'existent point du tout; on n'eut jamais établi
des peines contre les sorciers, s'il n'y en eut point eu de
ce temps*là?
La magie a sans contredit un côté dangereux, parce
que ceux qui y recourent, s'en servent souvent, en vue
de satisfaire des vengeances personnelles ou des con-
voitises coupables. L'emploi des procédés magiques,
aux yeux de l'opinion, faisait des devins des hommes
dangereux, leurs opérations ayant pour objet, plutôt de
nuire à un ennemi et de satisfaire une convoitise que
d'opérer quelque bienfaisant miracle. De là les peines
fréquemment édictées contre les magiciens et renouve-
lées de celles qu'avait portées contre les auteurs des
104 CHAPITRE Vin.
sortilèges la loi des Douze Tables. (Tab. VIII, art. 2^.
Saint Augustin, de Civit. Dei YIK, 19.)
Auguste avait proscrit les Goètes comme les astrolo-
gues. (Suéton, 36.) Div. Cass., XLIX, éd. Sturz, LXI,
pag. A64.)
Tibère bannit de l'Italie tous ceux qui se livraient aux
pratiques magiques, en se réservant ïhrasyllus, et
4,000 affranchis Égyptiens et Juifs furent pour ce fait
transportés dans l'ile de Sardaigne (Tacite, Annales II,
32. II, 85. YI, 20-22). Claude exile les magiciens pour
avoir prédit sa mort (Suéton, 25), et Suétone ajoute au
même cliap. : JiKh'os impulsore Chresto assidue tumul'
tuantes, Roma expulit, (Voyez aussi Tacit., Annal. Xli,
52. Senatus consultum atrox et irritum, et, Suéton,
Claude, 37.)
Vitellius (Suéton, Vitell, 14) assigna aux astrologues
une époque fixe pour sortir de l'Italie. Ceux-ci répondi-
rent par une affiche qui ordonnait insolemment au prince
d'avoir à quitter la terre ; en effet, auparavant, et à la fin
de l'année, Vitellius était mis à mort. (L'affiche conte-
nait ces mots : Bonum factum. Ne Vitellius Germanicus
intra eumdem calendarum diem usquam esset.) Vespa-
sien défendit de nouveau aux magiciens l'Italie, ne fai-
sant d'exception que pour Barbillus qu'il se réservait de
consulter.
Depuis l'établissement du christianisme, l'empereur
Valens professa une liaine violente contre la divination
et la magie. (Ammien Marcell., lib. XXIV, cap. 11.)
Valens, écrit Zosime (lib. IV, cap. 14), en vint au
point d'incriminer tous les philosophes de renom, tous
ceux qui s'étaient distingués dans les lettres. Zonare
(Annal, lib. Xlli, cap. 16, éd. Ducange) cite, parmi les
philosophes, enveloppés dans cette persécution, le célè-
REMARQUES SUR LES TRADITIONS DE L ANTIQUITE. 105
bre Libanus et même JanihUqiie! On les accusa d'avoir
cherché^ à l'aide de l'alectromancie, à découvrir le nom
du successeur de l'empereur. Jamblique effrayé, dit-on,
des poursuites dont il était l'objet, s'empoisonna. C'était,
dans la philosophie de Piotiii et de Jamblique que l'en-
thousiasme pour les dieux se perpétuait. Là se trouvaient
les seuls éléments de résistance au christianisme. Les
entraves portées à l'exercice du culte païen, rendirent aux
Grecs la vie insupportable, en les privant de mystères qui
embrassaient tout le genre humain. (Selon le caractère
universel des Mystères.)
L'empereur Yalentinien (Zosime, lib. IV, cap 3) huit
par consentir à ce que les Mystères d'Eleusis continuas-
sent, malgré son édit, à être célébrés comme par le passé.
Ce fait témoigne de l'extrême attachement des Athéniens
pour leur ancien culte.
Les devins et les augures, les magiciens et les astro
logues, si cruellement poursuivis, prédirent les désastres
tragiques et l'affreuse mort de l'empereur Valens, peu de
temps avant la mort de ce prince.
L'exercice de l'art divinatoire ne cessa donc nulle-
ment, malgré la rigueur des poursuites. (Ammien Mar-
cell.,lib. XXXI, cap. 1.)
La sagesse de la philosophie chinoise s'appuie, mali^ré
son caractère rationnel, sur les anciennes traditions
sacrées ; elle était une philosophie positive, religieuse
et historique. Dans le Lun-Yu (liv. I, chap. 7, § 19)
le philosophe (Confucius) dit : « Je suis un homme, qui
)) a aimé les anciens et qui a fait tous les efforts pour
» acquérir leurs connaissances. »
La civilisation indienne étant plus ancienne, a plus de
rapports àlarévélation, tandis i[\xQ\i\ raison prédomine plus
dans la civilisation chinoise ^ évidemment plus nioderne.
iO
106 CHAPITRE VIII.
Le trait caractéristique de la religion des brahmanes,
consiste dans la révolte d'une partie du uel môme,
contre Dieu, et dans la création du monde matériel pour
le salut de ces Esprits déchus, afin qu'ils puissen y par-
venir, à l'aide de l'incarnation et de la transmigration
à la réconciliation avec Dieu, à la délivrance finale et à
l'union à l'Être suprême.
Les Chinois croient également à la chute primitive
des Esprits dans le Ciel, épopée immense dont nous ne
savons que le nom. Tschi-Yeii^ un ancien fils du Ciel
est le premier de tous les rebelles ; ayant entraîné beau-
coup d'Esprits dans la chute, il fut précipité ^ox Schang-Ti
dans l'abîme et chassé du Ciel. [Tschi signifie : laid et
y eu : beau, Tschi-Yeu veut donc dire l'union mons-
trueuse du laid et du beau.) Tschi-Yeu est représenté avec
quatre yeux ardents, ayant six bras et le corps d'un
animal. Les drapeaux dont les prêtres chinois se servent
pour exorciser et chasser les démons, s'appellent encore
de nos jours, drapeaux de Tschi-Yeu. (Mémoires des
missionnaires françcds, tome IV, page 7.)
La création visible est en rapports perpétuels avec le
monde invisible des causes, selon les penseurs chinois.
L'homme est le but final de la création visible ; sa raison
est un rayon de la raison primordiale ; l'intelligence de
l'homme reflète l'harmonie des deux principes fonda-
mentaux fT/i et Yang) ; la pensée de l'homme dépasse
l'étendue des cieux et de la terre ; elle est incommen-
surable et tend vers la source suprême de l'univers.
L'esprit de l'homme (Ling) est lié à une âme douée
de sensations et de passions (Iluen) ; si l'esprit, au lieu
de gouverner les passions, tombe sous leur joug, alors
l'homme dérange l'harmonie et l'équilibre. Il se détourne
du milieu éternel, et de la source suprême. De là le pé-
REMARQUES SUR LES TRADITIONS DE l' ANTIQUITE. 107
ché. La partie animale de l'homme l'a réduit à n'être que
l'esclave des objets sensuels. L'homme, auquel jadis les
forces, et les lois de la nature obéirent, en subit désor-
mais le joug.
L'homme ayant rompu avec l'idéal de la sagesse cé-
leste, est désormais dépourvu de la nature de V homme
général. Il n'est plus le maitre et le roi de la terre ; il ne
commande plus aux nuages et au vent. Les traditions
chinoise^ disent : « tandis que le chant des oiseaux est
» resté partout le même que la voix de l'animal est
» comprise par son semblable, il n'en est plus de même
)) de l'homme. La différence du langage, la diversité des
)) langues ^\i^])0?>Q\\im\désordre primitif, iine chute ^ une
)) dégénération de l'homme. >>
Avant la chute, l'homme résida dans un jardin éthéré,
flottant au-dessus de la terre.
Depuis la chute, l'entrée de ce séjour de délices lui est
prohibée par les Lungs qui ont barricadé la route du
ciel. L'homme n'a plus la jouissance d'un pur Esprit. Le
commerce intime avec le ciel et avec le monde des Es-
prits, est désormais devenu beaucoup plus rare. Malgré
cette chute de l'humanité. Dieu ne l'a pourtant pas aban-
donné. Dieu n'étant pas seulement la raison primordiale y
qui dirige et pénètre tout, mais encore l'amour et la mi-
séricorde, compatit aux douleurs et aux soufî'rances des
hommes et leur prête secours et appui.
L'école de Laot-seu (^les Tao-sse) prétend que les vé-
rités religieuses et morales ont été révélées à l'homme
par des messagers de la Divinité, par l'intermédiaire des
bons Esprits. Ces communications célestes eurent lieu
plus souvent dans l'antiquité que plus tard, dans une
époque plus récente. De là la lumière éclatante, la vive
clarté qui a illuminé la haute antiquité, (Rémusat; Mé-
108 CHAPITRE YlII.
lanqes asiatiques, tome I, pag. 99.) 11 n'y a que quelques
rayons, quelques traces de cette ancienne révélation, qui
soient parvenus jusqu'à. nous, d'après les Tao-sse.
Les doctrines concernant l'état paradisiaque de l'iiom-
rae, sa chute, les rapports actuels du Linrj au Huen (des
facultés supérieures de l'âme à ses facultés inférieures),
l'état des âmes après la mort et les diverses phases de
l'expiation, ont été développées par les Tao-sse. {Mé-
moires des missionnaires, tome XY, page 2S0.)
II y avait du reste une doctrine ésotérique et exoté-
rique parmi les Tao-sse en Chine comme chez les au-
tres peuples do l'antiquité.
Les traditions indiennes et chinoises concernant la
chute primitive, offrent heaucoup d'analogie avec la
Bible et avec le Koran; toutes les traditions sacrées
de l'antiquité supposent, en effet, un désordre pri-
mitif, une dégénération des âmes. L'essence de toutes
les religions positives et révélées consiste précisément
dans le retour de l'humanité déchue à Dieu. La Bible
admet la chute primitive des Esprits avant la création du
monde visible. Le Christ dit, en parlant du diable, sui-
vant saint Jean (Chap. YIll, v. 44) : « // a été meurtrier
;) dès le commeneement , et il n' a point persévéré dans la
» vérité.^ car la vérité n'est point en lui. Toutes les fois
» qu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ;
r> car il est menteur, et le père du mensonge. »
Vépitre de Jude ixirle égalernent de la chute jmmitive
des Esprits, laquelle a précédé celle de l'homme. Voici le
sixième verset de cette épître :
« Dieu a réservé, sous l'obscurité, dans des liens
» éternels, jusqu'au jugement de la grande journée, les
y) Anrjcs (jui n'ont pas gardé leur origine, mais qui ont
» abandonné leur propre demeure. ))
REMARQUES SUR LES TRADITIONS DE l'aNTIQUITÉ. 109
La Genèse suppose nettement V existence des Esprits dé-
chus, en disant dans le chapitre III que l'homme a été
séduit par le diahle, sous la forme d'un serpent. La Ge-
nèse fait déjà allusion à la chute primitive des Anges, en
parlant de la séparation primordiale des ténèbres et de la
lumière. (Chap. I, 4.)
Voyez aussi la Chiite des Anges ^ selon le livre cVUenoch
(version éthiopienne, traduite en anglais par le docteur
Laurence, 3° édit. Oxford, 1838 : The Book of Enoch
the prophetj now firsttranslated from an Ethiopie, M. S.
in the Bodleiau library ; third édition, revised and en-
larged, 1838; selon le chap. X, 6-9, versets). « Le Sei-
» gneur dit encore à Raphaël : Jette Azazyel pieds et
» poings liés dans les ténèbres, et ouvrant le désert qui
» est en Dâdaël, jette-le là. Accable-le de pierres aiguës ;
» environne-le de ténèbres, et qu'il reste là (pour tou-
)) jours); couvre sa face pour qu'il ne puisse voir la lu-
)) mière, et au grand jour du jugement qu'il soit préci-
;) pité dans les flammes. »
Selon le verset 15 dudit chapitre : Le Seigneur dit
aussi à Michel : « Va, et annonce son crime à Samyaza
» (Semiazos) et à ses compagnons qui ont eu commerce
» avec les femmes, afin que la souillure de leur impiété
» soit manifestée ; et quand leurs lils auront péri, quand
» ils auront vu mourir celles qu'ils ont aimées, en-
» chaîne-les pour soixante-dix générations sous la terre
y) jusqu'au jour du jugement et de la consommation des
» siècles. »
Dans le livre d'Hénoch, selon le Codex pseudepigra-
plîus de Fabricius, selon le fragment grec, p. 171 et 194,
il est question du Tartare, mais on n'y parle pas du com-
merce de Semiazos et de ses compagnons avec les femmes,
cette chute avant eu lieu avant 1^ création de la terre,
110 CHAPITRE VIII.
On croyait que les démons avaient été précipités après
leur rébellion, du firmament dans les régions sublunaires.
(S. Athanase, de Incarnat, verbi Dei 26. Julian Pomarii,
de vita Contemplât, ap. S. prosper. Oper. III, col. 50.)
Les autres traditions de l'antiquité supposent de même
deux genres de chutes primitives, la chute de r homme
n'étant que la conséquence de la chute primitive des Es-
prits dans le ciel.
Suivant le.s laditions sacrées des Perses, l'homme et la
femme 2)ri?ni tifs ne sont tombés qu'en ajoutant foi au
mensonge à'Ahriman, et de ses légions infernales. (An-
quctil, tome K, p. 378.)
Il en est do même des Gi^ecs. La défaite des Titans pré-
céda celle do 1 numanité, personnifiée par Prométhée.
Ce n'est pas lu rapt du feu céleste qui a déterminé im-
médiatement l'apparition des maux sur la terre. Cette
funeste catastrophe n'en a été que la conséquence indi-
recte et médiate ; c'est à l'introduction de la femme qu'on
fait remonter la cause de tous les maux qui ont affligé
l'humanité, comme dans la Bible. (Hésiode, é/^ya xat iî^otî^ai,
verset 60, etc.) Pandore en est la personnification; les
malheurs de Prométhée sont liés à l'apparition do Pan-
dore. C'est en vain que Prométhée, étant encore inno-
cent et n'étant point l'artisan du mal (Hésiode, Théogo-
nie, verset 614, etc.), donne à son frère Epiméthée le
conseil de ne point accepter la femme que lui envoient
les dieux; malheureusement, les charmes de Pandore
aveuglent ce dernier; la boîte qu'elle porte laisse échap-
per les maux qui s'abattent sur l'humanité.
Ces mythes furent reproduits par les poètes posté-
rieurs à Hésiode, tels que TJiéognis et Eschyle. Platon
les développe aussi et nous montre les hommes gouver-
nés d'abord par un démon céleste, puis abandonnés
HIÉRARCHIE CELESTE SUIVANT LES TRAD, CHINOISES. 111
par les dieux^ mais conservant encore le souvenir des
jours heureux qu'ils menaient sous Kronos.
On trouve en Grèce également des traces concernant
la médiation d'Hercule qui réconcilie les hommes, per-
sonnifiés par Prométhée, avec la Divinité. Aucune reli-
gion positive^ en effet, ne laisse les hommes dans cet
état d'ahandon ; il faut qu'ils retournent à Dieu^ grâce
à des médiateurs.
CHAPITRE IX.
Hiérarchie céleste suivant les traditions
chinoises.
L'école de Laot-seu (Rémusat. Mémoire sur la vie et
les opinions de Laot-seu. Paris, J823, p. 22) dit : que
Shang-ti, TJiian ou Tao, a produit l'unité, la raison, qui
n'a ni forme, ni corps; la raison a transformé la néga-
tion, ce ]nûncipe éternel et invisible de l'Être en Être.
Delà, les deux règles fondamentales Yn et Yang et toute
la création. Les Esprits qui habitent l'univers, doivent
également à Tao leur origine. Ce sont eux qui, selon
Confucius (Cont-seu), forment l'essence et la base invi-
sible de tout ce qui existe. [Mémoires des Missionmdres^
concernant les Chinois, tome III, p. 65 et 66.)
Le monde des Esprits a existé avant le monde maté-
riel ; le ciel visible n'est que l'image grossière du ciel
invisible. (Yiidelou. Remarques sur l'Yking. Pauthier,
Livres sacrés de VOrierit^ p. 146.)
Les Chinois s'accordent sur ce sujet, non-seulement
avec les Indiens, avec Pvthagore et Platon, mais encore
112 CHAPITRE IX.
zjvec nos traditions bibliques, qui disent, suivant répitre
aux Hébreux (cbap. XI, 3), que les choses qui se voient
n ont point été faites de choses qui parussent .
Selon les traditions cbinoises, les Esprits forment
la porte, c'est-à-dire l'entrée et la sortie de la Divinité
dans le monde visible. Dieu agissant partout et se mani-
festant partout. Dieu est le Centre et le Milieu éternel
du monde spirituel; c'est pour cette raison qu'il réside
dans le palais du Milieu- éternel, vers le pôle arctique,
rétoile polaire étant située^ selon les Chinois , au cen-
tre du monde. Dieu ij est oitouré d'un conseil suprême,
composé d Esprits de la nature la plus élevée, et qui
président à l'harmonie de l'univers. C'est de son milieu
et de son entourage que provient la mesure des temps,
l'heur et le malheur.
11 y a encore deux autres cours célestes, dont l'une
se trouve vers Nord-Est et l'autre vers Nord-Ouest.
Toute rarmée des cieiix est subordonnée à ces trois cours
célestes; les Esprits qui gouvernent les étoiles fixes et
les planètes en dépendent. Il en est de môme des quatre
Esprits élémentaires qui président aux quatre régions
célestes de l'univers, et de VEsprit ou du génie de la
terre. Ces cinq Esprits régnent chacun pendant soixante-
douze jours de l'année; on adore chacun de ces Esprits
de préférence durant le temps de son règne.
Les Esprits qui président aux étoiles exercent une
influence favorable ou funeste selon la constellation des
étoiles, vis-à-vis de la terre, durant chaque moment de
l'année.
Les comètes, qui font aussi partie de la milice céleste,
passent pour des phénomènes et pour des signes de mau-
vais augure.
La périodicité des constellations diverses forme la
HIÉRARCHIE CELESTE SUIVANT LES TRAD. CHINOISES. 113
base de l'astrologie, science cultivée dès lès temps pri-
mitifs parles Chinois comme par les Indiens et les Perses.
Les Chinois ont admis généralement r/e?^^ classes d'Es-
prits célestes: les Schmg-ling (les saintes intelligences), et
les Sching-ming (les intelligences de lumières ; les intel-
ligences lucides et voyantes).
Les Esprits célestes se rapportent au principe de Yang,
à la transformation de la négation en l'Etre, au devenir
ou à la formation, tandis que les Kuei (les mauvais Es-
prits) correspondent au principe de Yn, à la transition
de l'être à la négation, à la destruction. Les Kuei luttent
toujours contre le* bons Esprits pour exercer une in-
fluence funeste sur les hommes. Les bons Esprits com-
battent sans cesse les mauvais ; ils poursuivent ces der-
nie.rs dans toutes les sphères de la nature jusqu'au
sanctuaire du cœur huaiain. Les Kuei^ persécutés par
les bons Esprits, se retirent dans les profondeurs de la
nature et dans le cœur de l'homme, en l'excitant à la
tyrannie, à la débauche et à toutes les mauvaises pas-
sions, jusqu'à l'obsession et à la véritable possession;
heureusement, les bons Esprits cherchent à délivrer
l'homme de leur influence funeste, en les chassant aux
abîmes de la mer ou le Liing déchu, gémit dans une pri-
son horrible.
Les prisons des mauvais Esprits sont aux limites
extrêmes de l'univers, bien éloignées de la face de
Schang-ti et des demeures des bons Esprits et des
lieux expiatoires, où les bons Esprits qui n'ont pas
rempli leurs devoirs, expient leurs fautes commises
durant leur séjour terrestre. Les mauvais Esprits sont
plongés dans une brutalité hideuse ; néanmoins ils n'ont
pas l'instinct animal, mais l'instinct de la méchanceté,
cette tendance démoniaque de vouloir tout corrompre.
114 CHAPITRE IX.
C'est pourquoi, ils abîment et salissent tout, lorsqu'ils
rôdent sur la terre.
La lutte des bons Esprits contre les mauvais, suivant
les traditions chinoises, offre une analogie frappante
avec la lutte des Anges contre les démons, selon la
Bible. On connaît surtout le combat de l'archange Mi-
chel (Daniel, chap. XII, 1). Jude (v. 9) dit aussi : « Et
)) néanmoins, Michel l'archange, quand il contestait,
)) disputant avec le démon touchant le corps de Moïse,
)) n'osa point prononcer de sentence de malédiction,
)) mais il dit seulement : Que le Seigneur te censure
)) fortement. » Yoici encore d'autres passages de la
Bible, sur les bons et sur les mauvais Anges. La Ge-
nèse raconte, dans le chapitre XVIII, l'apparition dans
les plaines de Mamre, puis dans le chapitre XIX la des-
truction de Sodom par les Anges ; le verset 13 dit : «Nous
)) allons détruire ce lieu, parce que leur cri est devenu
» grand devant VEternel, et il nous a envoyés pour le
ï) détriiire. » Les Nombres parient de l'apparition de
l'Ange, qui barrait la route à Balaam (Nombres XXII,
V. 22, etc.). Le Lévitique (Lévitique, XYII, 7) défend
d'offrir des sacrifices aux diables. On sait qu'il est parlé
dans le livre de Tobie d'une recette pour mettre en
fuite tous les démons ; elle consistait à mettre sur des
charbons une partie du cœur d'un gros poisson, qui, du
reste, n'est pas nommé (ïobie, III, 8). La fumée éloi-
gnait les mauvais Esprits ; la musique produisait aussi
les mêmes effets; le roi Saiil y avait recours pour
être soulagé, lorsqu'il était tourmenté par le mauvais
Esprit (I, Sam., c. 16, v. 23). C'était urie opinion re-
çue chez les Juifs, que les diables avaient part à tous
les malheurs qui affligeaient les hommes. Mais si le
genre humain a des ennemis terribles dans la personne
HIÉRARCHIE CELESTE SUIVANT LES TRAD. CHINOISES. 115
des mauvais Esprits, il a aussi de puissants protec-
teurs dans les Anges, dont les fonctions sont de veiller
sur la conduite des gens de bien, et de les secourir
(Psaume XXXIII, v. 8). Jésus-Christ (ev. Math. 26, v. 53)
assure qu'il est le maître de prier son père qui enver-
rait à son secours plus de douze légions d'Anges.
Saint Pierre (I Epître, cap. Y, v. 5), de son côté, as-
sure que le diable, semblable à un lion rugissant, n'est
occupé qu'à chercher à dévorer les hommes. Ces esprits
impurs, non contents de tourmenter le genre humain,
entrent aussi dans les corps des animaux. Ils vont quel-
quefois se promener dans des lieux arides, sans pouvoir
trouver du repos. Leur demeure ordinaire est l'enfer,
d'où ils ne sortent que lorsque Dieu leur permet d'aller
tenter les hommes; car saint Pierre (II Pierre, cap. II,
V. 14) et saint Jude, v. 6^ assurent que les Anges rebelles
furent précipités dans le Tartare, pour y être punis jus-
qu'au jour du jugement. Le chef des démons était connu
chez les Juifs sous le nom de Béelzébub. (Matth. XII,
V. 24, Marc III, v. 22, Luc II, v. 5.)
La première éjjître aux Corinthiens (chap. YI, 2 et 3)
fait mention des Anges qui seront jugés par les saints.
J^'épître aux Hébreux (I, 14) dit : « Les Anges sont des
)) Esprits administrateurs, envoyés pour servir en fa-
)) veur de ceux qui doivent recevoir l'héritage du salut. »
Le Christ lui-môme parle des Anges gardiens dans le
chapitre XYIII de saint Mathieu (v. 10) : «Prenez garde
» de ne mépriser aucun de ces petits ; car je vous dis
» que dans les cieux leurs Anges regardent toujours la
ï) face de mon Père, qui est aux cieux. »
Les idées des Chinois sur la hiérarchie céleste ont une
analogie encore plus frappante avec celles de la Bible.
On connaît le fameux verset 6 du premier chapitre du
110 CHAPITRE l-^.
livre de Job : « Or y il airiva un jour que les enfants de
)) Dieu vinrent se jyrésenter devant l'Eternel, et que Sa-
» tan aussi entra parmi eux. )) Le deuxième chapitre
du livre de Job (v. 1) parle aussi de ces enfants de Dieu
qui se présentent devant l'Eternel. Il en est de même
de la fameuse cour céleste que le voyant Michée a
vue (I, Rois, XXII, 19-22) : « J'ai vu l'Eternel assis
)) sur son trône, et toute U armée des cieux se tenant
)) devant lui, à sa droite et à sa gauche. Et l'Eternel
» a dit : Qui est-ce qui induira Achab, afm qu'il monte
» et qu'il tombe en Ramoth de Galaad? Et l'un par-
)) lait d'une manière, et l'autre de l'autre. Alors un
)) Esprit s'avança, et se tint devant l'Eternel, et dit :
)) Je l'induirai. Et l'Eternel lui dit : Comment? Et il
)) répondit : Je sortirai, et je serai un Esprit de nien-
)) songe dans la bouche de tous ses prophètes. Et l'E-
» ternel dit : Oui, tu l'induiras, et même tu en vien-
» dras à bout; sors, et fais-le ainsi? »
Le Nouveau-Testament fait également mention de la
hiérarchie céleste. V apocalypse (chap. I, 4 et 5) parle des
sept Esprits qui sont devant le trône de l'Eternel. Voici
ces versets : « Jean, aux sept églises qui sont en Asie,
)) que la grâce et la paix vous soient données de la part
« de Celui qui est, et qui était, et cpti est avenir, et de la
» part des sept Esprits qui sont devant son trône ; et de
» la part de Jésus-Chist, qui est le témoin fidèle, lepre-
)) mier-ué d'entre les morts, et le prince des rois de la
» terre. »
Ces sept Esprits sont selon V Apocalypse (v, G) « en-
)) voyés par toute la terre ; » de là, la doctrine des sept
Séphirots ou manifestations principales de la force créa-
trice ([ui président à la direction du monde visible.
Quant aux rapports du Fils premier-né de Dieu avec
HIÉRARCHIE CÉLESTE SUIVANT LES TRAD. CHINOISES. 117
l'Eternel lui-même, il faut lire rEpitre aux Colossiens
(1, 15, 17 et 18).Yoici ces versets : « Lequel est Vimagede
» Dieu invisible, le premier-né de toute créature (tt^wtoto/oç
)) Tràcrvîç x'iaswç). Et il cst avant toutcs choses, et toutes
» choses suhsistent par lui. Et c'est lui qui est le chef
» du corps de l'Eglise, et qui est le commencement et le
» premier-né d'entre les morts, afin qu'il tienne le pre-
» mier rang en toutes choses, » grâce au bon plaisir du
Père éternel. (V. 19.)
Le premier chapitre do Yépitre aux Hébreux dit que le
Christ, en sa qualité de Fils de Dieu, est supérieur aux
Anges (v. 4 et 5j : « Etant fait d'autant j?;/w.s excellent que
)) les Anges, qu'il a hérité un nom plus excellent cjue le
» leur. Car auquel des Anges a-t-il jamais dit : a Tu es
» mon Fils, je t'ai aujourd'hui engendré. Et d'ailleurs:
» Je lui serai Père, et il me sera Fils. »
Néanmoins la même épître aux îlébreux ajoute, dans
le deuxième chapitre (v. 3), que le Christ, en sa qualité
d' homme, Q^i inférieur aux Anges ;\oï(ii ce verset : a Mais
» nous voyons couronné de gloire et à^XiomiQuv celui qui
)) avait été fait un peu moindre que les Anges, c'est à
» savoir Jésus, par la passion de sa mort, alm que, par
)) la grâce de Dieu, il souffrît la mort pour tous. »
On sait d'ailleurs que le Christ lui-même dit maintes
fois « cpie le Père est j^lus grand (pie lui. » En disant :
(( Moi et le Père sommes un. » Il ne parle que d'une
unité ou union morale, ce qui résulte surtout de la
jjrière sacerdotcde du Christ (Jean, XVII, 21). « Alhi que
)) tous soient un, ainsi que toi, Père, es en moi, et moi
)) en toi; afin qu'eux aussi soient lui en nous, et que le
» monde croie que c'est toi qui m'as envoyé. » (V. 22 et
23). 11 y ajoute même : « Et je leur ai donné la gloire
» que iu m'as donnée, afin qu'ils soient un comme lous
118 CHAPITRE IX.
)) sommes un. Je suis en eux et toi en moi, afin qu'ils
» soient consommés en un, et que le monde connaisse
)) que c'est toi qui m'as envoyé, et que tu les aimes
» comme tu m'as aimé. » Le Christ dit même, lorsque
les Juifs veulent le lapider, pour un blasphème, parce
que n'étant qu'un homme, il s'est fait Dieu (Jean, X,
33 jusqu'à 36 ) ; a N'est-il pas écrit en votre loi,
)) J'ai dit: Vous êtes des Dieux? Si elle a donc appelé
» Dieux ceux à qui la parole de Dieu est adres-
)) sée, et cependant l'écriture ne peut être anéantie,
» dites-vous que je blasphème moi que le Père a sanc-
)) tifié et qu'il a envoyé au monde, parce que j'ai dit :
)) Je suis le Fils de Dieu? » Nulle part dans la Bible il
n'est donc question d'une trinité égalitaire, des j^^'éten-^
dues personnes de la Divinité : « Le Père éternel qui
)) donne tout est plus grand que tous. » (Jean,
X, 29.)
C'est de l'Eternel seul, du père des lumières, en qui
il n'y a point de variation, ni d'ombre de changement,
que vient tout don parfait (Jacques, I, 17). Tout change,
tout finit, même la Ghristocratie sera absorbée finale-
ment dans la Théocratie éternelle, afin que Dieu soit
tout en tous (I Corinth. XV, 28) ; car le Christ ne
tient son jjouvoir cjue de Dieu seul; c'est Dieu qui lui a
assujetti toutes choses, et c'est à l'Eternel que le lils lui-
même sera assujetti à la fin (1 Corinth. XV, 24-28). Le
trône de l' Ancien des jours est éternel, mille milliers le
servent, et dix mille millions assistent devant lui (Da-
niel, VU, 10). C'est l'Ancien des jours seul, qui donne
le jugement aux saints, afin qu'ils puissent obtenir le
royaume. (Daniel, Yll, 22.)
Quant aux Anges spécialement, la Bible en admet dif-
férentes classes et divers ordres comme les traditions
HIÉRARCHIE CELESTE SUIVANT LES TRAD. CHINOISES 119
chinoises. Il y a une analogie entre les Archanges, les
séraphins, les chérubins, etc. , et les Sching-Ung ainsi
que les sching-ming des Chinois.
La première espèce, dont il soit parlé dans l'Ecri-
ture, est celle des chénibins (Genèse, chap. III, v. 24),
chargés de garder le chemin de l'arbre de vie après la
désobéissance du premier Père.
Le prophète Ézéchiel (cap. X, v. 5 et 10)^ dans la fa-
meuse vision des Chérubins, suppose qu'ils avaient qua-
tre faces et quatre ailes et une main d'homme sous leurs
ailes (v. 8 et 21) ; leur ligure avait quelque rapport au
SjMnx^ ce qui fait croire à saint Clément d'Alexandrie
que le Sphinx des Egyptiens était une imitation du ché-
rubin des Hébreux. (Selon Ézéchiel, iO, 20, etc. Esaïe,
XXXYII, 16.)
(L'Éternel est assis sur? les Chérubins.)
Les Séraphins ont, selon Esaïe (VI, v. 2), six ailes : de
deux ils couvrent leur face, de deux leurs pieds et de
deux ils volent.
Selon Job, chap. XXXVIII, 7, l'éternité ou la préexis-
tence des fils de Dieu est nettement établie. Ce passage
dit, que les fils de Dieu louaient l'Éternel avec les astres
du matin, lorsqu'7/ posait les fondements de la terre.
On sait que saint i\.ugustin a cru que les Anges avaient
été créés le premier jour avec la lumière. Selon Origène,
les eaux supérieures que l'Écriture place au-dessus du
firmament sont des Esprits bienheureux^ et les eaux in-
férieures des Esprits déchus, qui avaient péché dès le
commencement, lors de la séparation de la lumière d'a-
vec les ténèbres, bien qu'ils ne fussent pas méchants
dans l'origine.
Daniel (cap. VIII, v. 16, et cap. IX, v.21, etc.) parle de
Gabriel qui lui prédit la venue du Messie, en en fixan
120 CHAPITRE IX.
l'époque, de même que des grandes monarchies Médo-
Perse et Gréco-Macédonienne et Syrienne.
On sait que Raphaël est le héros du livre de Tobic
(cap. YIII, etc.). Selon le chap. XIÎ,v. 15 dudit livre, cet
Ange dit : « Je suis Raphaël, Fun des sept Anges saints,
qui présentent les prières des saints, et qui marchent
devant la majesté du saint. ))
On sait que saint Jean parle de ces sept grands Es-
prits qui sont devant le trône de l'Eternel. (A})Ocalypse, I,
V. 4 et 111, V. 1, IV, 5.)
Daniel parle aussi de l'Ange Micaël, Xll^ etc., de
même que l'épître saint Jude, v. 9.
Saint Paul parle des principautés (Ephès, I, v. 21 , Go-
loss. I, V. 16), des puissances, des vertus, des dominations
(1, Thess., chap. Yl, v. 15), des trônes, des Archanges.
Les Grecs célèbrent encore à présent la fête des neuf
ordres des Anges, le 8 novembre (langû consta. Ghrist.
liv. IV, 188), et on lit dans leur Ménologue (Menol.,
graecum,, après Ughcllius, t. X, p. 289), que Samaez,
un des chefs des Anges se révoltait contre Dieu ; c{u'a-
près cette rébellion, il fut appelé le diable, et que
c'était Michel, qui était à la fête des bons Anges.
Tous les gnostiqiies soutenaient que les Anges avaient
créé le monde , Garpocrate et Marcion attribuaient
même la création du monde à des Anges qui ne vou-
laient point reconnaître l'autorité de Dieu.
Saturnin, disciple de Ménandre croyait que le Dieu
des Juifs était aussi un des Anges créateurs de l'Univers.
Les Égyptiens admettaient diverses substances spiri-
tuelles et plusieurs ordres de puissances célestes. Le
célèlue Mercure ïrismégiste avait écrit sur cette ma-
tière 20,000 volumes, si l'on peut s'en rapporter à Ju-
lius Firmicus.
ARMÉE DES CIEUX SUIVANT LES TRAD. INDIENNES. 121
CHAPITRE X.
Armée des cieux suivant les traditions
indiennes.
Selon les lois de Manou (liv. XII, § 122, traduct.
franc, de Pauthier), les bràlirnanes doivent se représen-
ter le grand Etre [Para-Pouroucha) comme le souverain
maître de l'univers, et ne pouvant être conçu par l'Es-
prit que dans le sommeil de la contemplation la plus
abstraite.
Suivant le livre XII des dites lois (§ 124) : « C'est ce
» Dieu qui, enveloppant tous les êtres d'un corps formé
)) de cinq éléments, les fait passer successivement de la
» naissance à l'accroissement, de l'accroissement à la
)) dissolution par un mouvement semblable à celui
» d'une roue. »
Selon le Yoga-Sâstra, Isvara, l'intelligence absolue et
suprême, diffère de Brâhma que la mythologie indienne
place au centre de l'œuf du monde. C'est un fait bien
constaté que non-seulement les Indiens (Lois de Manou,
liv. I, § 12, etc.), mais encore les Egyptiens et Orphée
représentent la création sous la forme d'un œuf. (Plutar-
que, SymposioUj lib. II, Quaest 3. Macrob. Saturn., lib.
YII, cap. 16.)
Tous les Védas ne prouvent, du reste, que l'unité
absolue de l'Etre suprême. Selon les Védas et l'école
orthodoxe de Védarita : Dieu seul, qui est pure intelli-
gence, est l'auteur de tout ce qui existe. L'Être suprême
est tout à la fois la cause matérielle et la cause efficiente
de l'univers (Brâhma-Soutra, I, 23). Dieu est la cause
11
122 CHAPITRE %.
unique de la création, de la conservation et de la disso-
lution de l'univers.
Il est tout à la fois créateur et nature, formateur et
forme, opérateur et œuvre. Dieu n'a pas besoin d'instru-
ments pour créer, comme l'araignée- forme son fil de sa
propre substance et le réabsorbe en elle. Un effet n'est
pas autre que la cause ; la mer est la même partout, bien
que les vagues et les gouttes diffèrent les unes des
autres. Comme le lait se change en caillé, ainsi BrdJima
est diversement modifié, sans l'aide d'outils ou moyens
extérieurs quelconques. Aucun motif ou but spécial, autre
que sa volonté seule, n'a besoin d'être assigné pour sa
création de l'univers. L'injustice et l'incompassion ne
doivent pas lui être imputées, parce que quelques-uns
(les dieux secondaires ou les purs Esprits) sont heureux,
tandis que d'autres sont malheureux et misérables.
Kapijla, le fondateur du système philosophique de
Sankhya, établit le dualisme de la passivité matérielle
et de l'activité intelligente qui forme cette matière. Ces
deux principes sont analogues au Yn et Yang des Chi-
nois, à Os/m et à Typhon des Egyptiens, Ormuzd eiAhri-
man des Perses, au uoùs et u).y3 à'Anaxagoras, à l^umté
productrice et active, et à la dualité passive, matérielle
et visible de Pythagore. Gotama, l'auteur du Système
philosophique de Nyaya est aussi dualiste, en admettant
deux principes coéternels, l'esprit et la matière (le Boud-
dhi et le Prakriti). U Esprit est animé et actif; loi matière
Qsi passive et inanimée. La matière ne se meut que grâce
à l'impulsion qu'elle reçoit de l'esprit.
Les Systèmes de Nyaya et de Sankhya soutiennent, au
sujet des preuves de la différence de l'esprit et de la ma-
tière, qu'un instrumoit exige un opérateur; sans un opé-
rateur, nous ne pouvons pas voir à l'aide des yeux, qui
ARMEE DES CIEUX SUIVANT LES TRAD. INDIENNES. 123
sont les instruments de la vision. Les lois de la nature,
comme cause suprême , n'expliquent rien; il faut remon-
ter à la volonté d'un Être, d'un Moi qui les établit, les
applique et les réalise.
La secte de Djina, ou les gymnosophistes sont égale-
ment dualistes; ils admettent deux principales caté-
gories
1 . Djiva, l'àme vivante, la substance animée^ l'agent
et le sujet de la jouissance ;
2. Ailjiva (substance inanimée), la matière inerte et
corporelle, l'objet de la jouissance.
Les Mahesmiras et Pasoupatas ont emprunté le dua-
lisme au système de Sankhja; ils prétendent que Dieu
(Iswara) est la cause efficiente du monde, mais que la
nature [Prakriti) est la cause matérielle et ^plastique.
Ils sont donc également hérétiques aux yeux des vé-
dantins parce qu'ils reconnaissent la création de l'uni-
vers par la Divinité en dehors de sa propre essence.
Le Vaïschika de Kayiada, tout en renfermant des
éléments d'une philosophie corpusculaire, contient un
dualisme mitigé, Kanada prétend que le monde dans sa
forme actuelle, avec laquelle il ne faut pas confondre la
matière primitive, a été formé et organisé par l'Es-
prit suprême ; d'où il résulte que, dans son état primitif
et atomique, la matière est éternelle, et que dans son
état secondaire, organique, ou revêtue de forme, elle
est périssable. (Golebrooke, Essai sur la philosophie des
Hindous^ traduct. fr. dePauthier, pages 130, 140, etc.)
Quant à l'unité de l'Être suprême, toutes les anciennes
écoles des Hindous, tout en admettant une foule de dieux
secondaires ou Esprits, ne reconnaissent qu'un mono-
théisme parfait ; il n'y a que les Pantcharatras et les
Bhagavatas, qui divisent Dieu en trois personnes et dé-
124 CHAPITRE X.
truisent par conséquent runité de l'Être suprême, comme
plus tard le trimourti (trithéisme.)
Le grand principe intellectuel est doué, selon les lois
de Manou (liv. XII, § 24, 25 et 26), et suivant Sankhja-
Karika (art. 53 et 54) de trois qualités principales, sa-
voir : 1° La bonté, dont le caractère distinctif est la
science; 2° la passion; 3° l'obscurité ou l'ignorance, ou
la méchanceté. Ces trois essences primordiales et cons-
titutives de l'Esprit, ou de l'Être, ces trois penchants ou
instincts naturels des êtres, sont les attributs nécessaires
et essentiels de tout ce qui existe. De là les trois prin-
cipales classes d'Êtres : i° Les bons Esprits; 2° les Êtres
mixtes, qui correspondent à la passion, tels que les Êtres
terrestres, soit hommes, soit animaux; 3" les ?nauvais
Esp?its.
Si nous passons de l'Être suprême à la hiéraixhie cé-
leste, nous voyons que les Védas et les Lois de Manou
admettent des catégories nombreuses d'Esprits parmi les
bons génies et parmi les démons.
Suivant les lois de Manou (liv. I, § 36), les Déwas
[dieux] sont les Esprits célestes qui ont pour chef Indra^
roi du ciel secondaire. (Ramayana, liv. I, chap. 45.)
Les dévas sont aussi nommés Souras. Indra^ leur chef,
est régent de l'un des huit points cardinaux de l'Est ;
son règne finit au bout de l'un des quatorze manvantaras
qui composent un kalpa ou jour de Brâhma. Alors, In-
dra régnant, est remplacé par celui qui, parmi les dieux
ou les hommes, a le plus mérité cet honneur. Il pourrait
même, avant le terme fixé, être dépossédé par un saint,
ayant accompli des austérités qui le rendraient digne du
trône à' Indra. Cette crainte l'occupe souvent, et aussi-
tôt qu'un saint personnage se livre à de pieuses mortifi-
cations, capables de l'inquiéter, il lui envoie une sédui-
ARMÉE DES CIEUX SUIVANT LES TRAD. INDIENNES. 125
santé nymphe (Apsarà) pour tâcher de le faire succomber
et de lui enlever ainsi tous les fruits de ses austérités.
[Ramayana, liv. T, chap. 63 et 64).
On voit que les Indiens sont d'accord avec la Bible,
en croyant que les saints parviennent au rang des purs
Esprits ou des Anges. On connaît la parole du Christ,
adressée aux Saducéens ( saint Matthieu, XXII, 30 ) :
« Car, en la résurrection, on ne prend ni on ne donne
» point de femmes en mariage, mais on est comme les
)) Anges de Dieu dans le ciel. » Il faut aussi lire l'é pitre
aux Hébreux, chap. II, 6 et 7 : « Qu est-ce que de
» l'homme, que tu te souviennes de lui? ou du fils de
)) l'homme, que tu le visites? Tu l'as fait un peu
)) moindre que les Anges, tu l'as couronné de gloire
» et d'honneur, et l'as établi sur les œuvres de tes
» mains. »
Le Christ lui-même dit encore aux Juifs (qui vou-
laient le lapider, d'avoir dit : « Moi et le Père sommes
» un) : a N'est-il pas écrit en votre loi: J'ai dit : Vous êtes
)) des Dieux? Si elle a donc appelé Dieux ceux à qui la
» parole de Dieu est adressée, et cependant l'Ecriture ne
» peut pas être anéantie ; dites-vous que je blasphème,
» moi que le Père a sanctifié, et qu'il a envoyé au
» monde, parce que j'ai dit : Je suis le fils de Dieu. »
(Saint Jean, X, 34-36.)
Le Psaume LXXXII (v. 6) dit également, en parlant
des hommes : u Vous êtes des Dieux, et vous êtes tous en-
» fants du Souverain. »
Saint Paul, dans la première épître aux Corinthiens
(chap. YI, 3) dit même : « Ne savez-vous pas que nous
)) jugerons les Anges? »
Les Apsaràs sont des nymphes ou bayadères du ciel
à' Indra, qui sortirent de la mer (suivant les poètes) peu-
126 CHAPITRE X.
dant que les Dévas et les Asoitras, leurs ennemis, la
barattaient dans l'espérance d'obtenir l'ambroisie.
Les Pitris (lois de Manou, liv. III, § 193-202) ou
Dieitoc-mânes sont des personnages divins, ancêtres du
genre liumain, et qui habitent l'orbite de la lune (lois de
Manou, liv. I, §. 66). Parmi les Pitri's, les sept ManoiCs
et les Richis sont considérés même , non-seulement
comme les ancêtres des hommes, mais encore comme
les aïeux des dieux et des génies. C'est pour cette rai-
son que la cérémonie en l'honneur des Pitri's est tiux
yeux -des Brahmanes, supérieure à la cérémonie en
riionneur des dieux (lois de Manou, liv. I, § 34, etc.,
liv. m, § 203). Suivant les loi de Manou (liv. I, § 61),
six Manous descendent du premier Manou Swâyam-
bhouva (issu de l'être existant de lui-même). Ces Ma-
nous donnèrent naissance à une race de créatures
douées d'une âme noble et d'une énergie supérieure.
VivaS'Vat (Vaivas-vata), est le septième Manou qui a
construit un fort navire, dans lequel il s'est embarqué
avec les sept Richis. Le Dieu ViscJmoii, métamorphosé
en poisson, traîna le vaisseau pendant un grand nom-
bre d'années et le fit aborder sur le sommet du mont
Himavât (Himalaya) où il ordonna aux Richis d'atta-
cher le navire. [Recherches asiatiques, vol. I, p. 170.)
Le jour des Pitris se divise en deux quinzaines
terrestres (lois de Manou, liv. I, § 66). La quinzaine
noire, qui finit avec le jour de la nouvelle lune est pour
les Pitris, le jour destiné aux actions, et la quinzaine
blanche-; qui finit avec le jour de la pleine lune, la nuit
consacrée au sommeil.
Nous parlerons plus tard des rapports des Pitris avec
les hommes, et du culte qu'on rend à ces mânes des an-
cêtres, qui passent pour avoir institué les cérémonies
HIÉRARCHIE CELESTE SELON LES ANCIENS PERSES. 12?
religieuses, les Esprits purs connaissant seuls parfaite-
ment la théologie.
hes Asoiiras sont des ennemis deâ Dêvâs, en hostilité
perpétuelle avec ces bons Esprits; les Asotiras sont d'un
ordre bien supérieur aux autres démons. (Le drame
SaJiountala, acte VI.)
Les Ràkchasas (lois de Manou, liv. I, § 37) sont des
génies malfaisants. Ils paraissent être de plusieurs sor-
tes : les uns sont des géants, ennemis des dieux, comme
Ravana dans le poëme épique du Ramayana ; les autres
hantent les forêts et les cimetières ; ils troublent, en gé-
néral, sans cesse, les sacrifices des pieux ermites. Leur
nombre est incalculable et ne cesse de se renouveler par
les âmes criminelles, qui sont condamnées à devenir des
Ràkchasas plus ou moins longtemps, suivant la gravité
de leurs fautes. [Ramayana, liv. XH.)
Les Pisâtchas sont des Esprits inférieurs aux Ràkcha-
sas. (Ramayana, liv. XII.)
CHAPITRE XL
Hiérarchie céleste selon les anciens Perses,
Les Perses admettent sept Esprits supérieurs (Amclias-
pands), comme l'Apocalypse de saint Jean! (Chap. I, 4;
Ghap. m, 1; Chap. lY, 5 ; Chap. Y, 6.)
Selon l'Apocalypse, les sept Esprits sont aussi appelés
les sept lampes de feu ardentes devant le trône de l'Éter-
nel (Apocalypse, IV, 5). Ces sept Esprits de Dieu sont,
selon l'Apocalypse (chap. V, 6), envoyés par toute la
428 CHAPITRE XI.
terre. On connaît la doctrine des sept séphirots où ma-
nifestations principales de la force créatrice qui prési-
dent à la direction du monde visible.
Ormuzd est, selon le Zend-Amsta (Anquetil-Duper-
ron, tome III, 262), le premier de ces sept grands
Esprits. Les anciens Perses appellent les bons Esprits en
général Izeds (Anquetil, tome II, pag. 211, 222, etc.)
Mithra est le plus grand de ces Izeds; il donne la lumière
à la terre, et entretient le monde par les biens physiques
et moraux (Anquetil, tome II, pag. 223). Il protège
l'homme contre les mauvais génies (i)^^^»/?//^), les sateb
lites d'Ahriman.
Les Gahs président à une des cinq parties du jour
(lever du soleil, midi, trois heures après midi; coucher
du soleil jusqu'à minuit et minuit jusqu'à l'aurore).
Les Hamkas (coopérateurs) sont des Izeds d'un ordre
inférieur, qui accompagnent les Izeds supérieurs.
Les FeroiXes sont des Anges gardiens femelles.
Les Beim (les dévas des Indiens) sont, selon le réfor-
mateur Zoroastrey en haine du brahmanisme, des mau-
vais génies, des créations à'Ahriman (Anquetil, tome II,
365-3G9). L'homme ne doit pas invoquer les Dews.
Ahriman a trompé les hommes sur ce qui regarde les
Dews (Anquetil, tome II, 378); en ajoutant foi à ce
mensonge, l'homme et la femme primitifs sont tombés.
Du reste, tous ces mauvais Esprits seront finalement
heureux, bien qu'ils multiplient la mort dans le monde.
On voit que les préjugés nationaux ont contribué à pro-
pager et à exagérer la doctrine des mauvais Esprits.
Chaque peuple croyait que le vrai Dieu et que les bons
Esprits ne pouvaient se révéler qu'à lui seul. Toutes les
castes de prêtres ont toujours persécuté les voyants et
les prophètes étrangers ou laïques comme démoniaques.
LES ETRES INVISIBLES SELON LES PENSEURS GRECS. 129
On sait que le Christ lui-même n'a pas échappé à cette
accusation injuste et odieuse. (Jean, X, 19-21.)
CHAPITRE XII.
Les êtres invisibles selon les penseurs grecs.
Selon Heraclite (Diog. Laërt., IX, 8), Dieu est le lien
spirituel de tout ce qui existe, {hiixpij. va)
Suivant Anaxagoras (Suidas Anaxag.), Dieu est le su-
prême gardien du monde ; il est FEsprit qui met tout
en mouvement, sans se confondre avec aucune chose
et sans changer jamais.
Plutarque dit (d'Isis et d'Osiris, traduct. française
de Ricard, tom. V, p. 383) : qu'une providence unique
gouverne l'univers et que des génies secondaires en
partagent avec elle l'administration ; on a donné à ces
génies, chez les divers peuples, des dénominations et
des honneurs différents.
Le monde matériel n'est selon plusieurs anciens pen-
seurs, que l'image, le reflet ou l'omhre du monde invi-
sible des causes.
Selon Socrate, ce qu'il y a de mieux dans V univers est
invisible, et ne peut être reconnu que dans ses œuvres.
(Xénophon, Mém. I, 4 ; Platon, de Leg., X, 897, etc.;
Platon, Rép. Vil, init.j
Suivant Empédocle (Carmina, V, li-15, éd. Sturtz
513, etc.) des forces spirituelles agitent le monde visi-
ble. Selon Thaïes, l'univers est rempli de dieux (T:\^-n
^£wv) (Aristot., de Anima,!, o). Les ànies sont les forces
130 • CHAPITRE XII.
motrices de l'univers suivant ledit Thaïes [(Diog.Laërt.,
1,24), Suivant Heraclite le monde visible est rempli de
démons et d'Esprits. Platon dit (de Leg., 896) que ces
êtres invisibles et surnaturels ont existé bien avant la
création du monde matériel. Tous ces êtres invisibles
sont selon Aristote (Physique, IV, 2 et 3), aussi sub-
stantiels que les êtres matériels. Plutarque dit (d'Isis et
d'Osiris, traduct. de Ricard, tome Y, page 378) : que
toutes les substances qui sont au Ciel et dans les enfers
ont un rapport commun, et les anciens donnèrent à
celles-ci le nom de sacrées et aux premières celui de
saintes.
Le nom de démon s'appliquait originairement à tout
être divin, mais dans un sens plus restreint, il était en-
tendu des divinités secondaires des génies et des héros.
C'est pourquoi Aristote (de Divin, persona, II), dit que la
nature n'est pas divine, mais âéynoniaque (y; ya/j ^ùacl
^M[ioviu oCkk o\> âsiu). Le mot ^(xiiJLuv, (J'aifjf/wv OU ^à//wv est dé-
rivé de <y«t&) (apprendre, connaître), ou de (î'âw, distribuer.
En effet, les démons errent çà et là au-dessus du sol, sur
lequel ils versent leurs dons matériels et spirituels, car
selon Hésiode (Op. et Dies, 121, etc.), les bons génies
veillent sur les hommes. Ces âmes vertueuses sont les
gardiennes des mortels (Plut., d'Isis et d'osiris, Ricard Y,
344). Pythagore dit que les Esprits annoncent auxhom*
mes les choses occultes et prédisent l'avenir (Diog.
Laërt.jYHI, 32); les démons dirigentlliomme souvent en
qualité d'Esprits gardiens dans toutes ses actions, témoin
le démon de Socrate (Platon, Apolog., p. 31-40; Xéno-
phon, Mém. I, 1) qui fut son génie familier, en l'aver-
tissant souvent des dangers imminents dont il était me-
nacé. Nous citons ici cet exemple frappant, parce que
nous croyoDS qu'aucun homme doué de bon sens ne fera
LES ETRES INVISIBLES SELON LES PENSEURS GRECS. 131
passer cet homme illustre, le plus sage de tous ses con-
temporains en Grèce, pour un fou, ou pour un halluciné
comme M, Lélut, membre de l'Académie de médecine à
Paris; il n'y a qu'un médecin matérialiste qui fût capable
de débiter des absurdités aussi ineptes. Quant à nos ortho^
(loxes démonophohos, ils semblent croire que le démon
de Socrate était un mauvais Esprit, parce que cet homme
illustre n'a été ni israélite, ni chrétien , assertion non
moins absurde et monstrueuse, que nous ne voulons
gu('re effleurer. Nous nous rangeons de l'avis du célèbre
Platon, qui regarde les démons comme les interprètes et
les médiateurs entre les dieux et les hommes ; les gé-
nies invisibles font passer au ciel les vœux et les prières
des mortels et leur rapportent les oracles et les bienfaits
de ces êtres puissants. (Plutarque, d'Isis et d'Osiris. Ri-
card, tome V, 344.)
Suivant les poètes et les penseurs grecs, depuis Ho-
mère et Hésiodcy depuis Thaïes et Pythagore^ jusqu'à l'é-
cole d'Alexandrie, les démons n'étaient donc nullement
de mauvais Esprits.
Les démons sont d'une nature mixte, et leur volonté
est susceptible d'affections opposées. (Plutarque, d'Isis
et d'Osiris. Ricard, V, 343 ; Creuzer, Religions de l'anti-
quité, trad. Guigniaut, tome III, part. I, p. 2, etc., etc.)
Pythaqore, XehocratCy Platon et Chrysippe croient,
d'après les plus anciens théologiens_, qu'il y a des êtres
bien supérieurs en puissance à la nature humaine, bien
que la divinité ne fut en eux ni pure ni sans mélange ; il
y a dans les génies, ainsi que dans les hommes, diffé-
rents degrés de vertu et de vice. (Plut., d'Isis et d'Osiris^
Ricard, Y, 342). C'est pourquoi Empédoclo dit que les
démons sont punis des fautes et des négligences qu'ils
commettent. (Plut., d'Isis et d'Osiris, Ricard, V, 344.)
132 CHAPITRE XII.
Plutarque dit (ibid): qu'il faut ranger parmi ces Génies
qui n'étaient 7ii dieux, ni hommes, Osiris, Isis, Typhon,
Hercule, Bacchiis, les Gcmits, les Titans, etc., etc. Du
reste, Isis et Osiris, de bons génies qu'ils étaient, ayant
été changés en dieux, comme le furent depuis Hercule et
Bacchns, ont reçu, et avec raison, les honneurs qu'on
rend aux dieux et aux démons, puisqu'ils ont partout, et
principalement sur la terre et dans les enfers, le pouvoir
le plus étendu. Les génies secondaires administrent le
monde sous la direction de la providence. Selon Cicéron
(deNaturaDeorum), les plus grands et les plus nobles de
tous les philosopiies, ont toujours pensé qu'ici-bas tout
(même les choses naturelles) était régi et administré par
les dieux.
Quant aux différentes classes de génies, il faut distin-
guer, selon Hésiode (Op. et Dies, 121, etc.), les démons
(ces principes intelligents qui gouvernent le monde et
distribuent les biens dans l'univers) et les héros. Les dé-
mous ont été des hommes de l'âge d'or (les Manous, les
Richis des Indiens et les 'Pitris les plus anciens). Ils
sont répandus dans l'air et observent, en qualité d'Es-
prits gardiens des mortels, les bonnes et les mauvaises
actions des hommes. Les démons sont supérieurs aux
héros qui n'ont été que les hommes illustres du qua-
trième âge. Ces héros ne constituent que des demi-dieux
(yjp ^lai). On sait que Homère a chanté leurs hauts faits.
Les vers dorés de Pythagore fournissent une division
tripartite des êtres divins, les Dieiix, les démons et les
héros (v. 1 et S9). Suivant Pythagore, les démons sont
des dieux terrestres (àïai xBôvtoi)^ par opposition aux
dieux célestes et supérieurs ; on les invoqua comme spé-
cialement attachés à la protection du pays ; ces suù-
stances spirituelles répandues dans Fair, constituaient
LES ÊTRES INVISIBLES SELON LES PENSEURS GRECS. 133
les divinités topiques par excellence {^îoi tv-6nioi) ; les
nymphes furent une classe de ces démons ou génies; on
plaça sous leur protection spéciale les lieux arrosés par
les eaux qu'elles habitaient. Les nymphes étaient donc
également des divinités topiques qui veillaient sur le
sol auquel elles étaient invisiôlement attachées. Aussi
chaque canton reconnut sa nymphe spéciale. Sparte,
Elis, Thèbes, etc., etc., avaient leurs nymphes éponymes.
(Pausanias, II, c. 16, § 3.)
Au reste, non-seulement Pytharjore, mais encore Jha-
lès, Platon et les stoïciens, distinguaient les démons, les
héros et les dieux. Les démons étaient, suivant ces pen-
seurs, des substances sphntiielleSy et les héros des âmes
séparées des corps qu elles ont autrefois animés. Tous ces
génies sont de bons ou de mauvais esprits, suivant que
leurs âmes ont été bonnes ou mauvaises. (Plutarque, de
Placit. philosoph., lib. I, cap.YIII.)
Tous les morts sont désignés par ces penseurs sous l'ac-
cejytion générique de héros, comme dans l'Inde les Pitris
(<?6o« ??/)W£ç) . En effet, grâce au caractère historique du
polythéisme, on devait confondre le culte des anciens
héros avec le culte des ancêtres défunts ou des mânes en
général. (Platon, Cratyl., § 33, p. 227, éd. Bekker.)
C'est ce qui explique comment peu à peu Fépithète de
héros fut étendue à tous les morts. On distinguait quel-
quefois mieux par l'épithète de démons ceux qui avaient
été élevés à la condition de demi-dieux. A une époque
postérieure, ce fut généralement l'oracle de Delphes qui
prononça sur la canonisation des héros (Pausanias, VI,
cap. 6, § 2 et 3; Platon, Cratyl , § 33, p. 227, édit.
Bekker). En général, les héros furent même englobés dans
la catégorie des démons, car la démarcation entre ces deux
ordres de génies n'était pas nettement tranchée. En effet,
134 CHAPITRE XTI.
les morts étaient également répandus dans Tair et dans
tout l'univers comme les démons ; la plupart des héros
furent également les patrons locaux des villes et des pays
où ils avaient jadis vécu, et qu'ils avaient illustrés par
leurs hauts-faits. Les esprits des ancêtres illustres et des
anciens rois du pays étaient supposés accompagner les
peuples qu'ils protégeaient ; lorsqu'on bâtissait une nou-
velle ville, on leur offrait des sacrifices. (Pausanias, IV,
cap. 27, § 4; Pausanias, I, cap. 34, § 2.)
On appelait Théiirgie la science qui apprenait les di-
verses espèces des êtres intelligents, la stibordination
qui était entre eux, le culte qui leur était du et les céré-
monies nécessaires pour s'unir intimement avec eux.
L'antiquité considérait la théurgie comme la science
divine par excellence (^éo? é/oyov). Cette sorte de ma-
gie consistait à recourir aux génies bienfaisants, pour
produire des effets surnaturels ou supérieurs aux forces
de la matière inerte ; toute véritable magie n'est qu'une
théurgie ; tout magicien n'agit qu'avec le concours d'un
génie qui l'inspire et le porte à produire des choses
merveilleuses. Le but de la théurgie était de perfec-
tionner l'esprit et de rendre l'âme plus pure, en déve-
loppant les hautes facultés de l'intelligence au détri-
ment des instincts grossiers.
La théurgie qui est Tart de commander aux Esprits,
a été apprise aux hommes par Mercure et expliquée
par Bytis (jui avait étudié les hiéroglyphes d'Egypte.
Les théurges passaient pour avoir le secret d'évoquer
les dieux par des paroles mystérieuses ; et lorsqu'il y
avait quelque résistance, la théurgie avait recours. à des
menaces qui triomphaient de l'opiniâtreté des dieux ;
saint Augustin en fait mention dans sa Cité de Dieu. (De
Civitate Dei, lib. X, cap. 2.)
LES ETRES INVISIBLES SELON LES PENSEURS GRECS. 135
Aristophane attribue à Orphée les premières formules
théurgiques dont il avait puisé la substance dans les
temples égyptiens. Ces formules enseignaient, comment
il fallait servir les dieux et les apaiser lorsqu'ils étaient
irrités ; comment on expiait les crimes, comment on gué-
rissait les maladies du corps et de Famé.
La formule suivante, conservée par Plotin, reste
comme preuve de la pureté des sentiments des théur-
giens : « Marchez dans la voie de la justice, adorez le
)) seul Maître de l'univers ; il est un, il est seul ; il existe
)) par lui-même; tous les êtres lui doivent leur exis-
» tence, il agit dans eux et par eux ; il voit tout et n'a
» jamais été vu par des yeux mortels. »
Le prêtre théurgiste devait être irréprochable dans
ses mœurs et sa conduite ; avant d'entrer en fonctions,
il était nécessaire qu'il s'y préparât par des jeûnes, des
prières et diverses mortifications ; alors seulement il lui
était permis d'entrer dans le sanctuaire du temple, où
son esprit dégagé de toute idée terrestre, s'éclairait aux
lumières de la science divine.
Les Orphiques prétendaient qu'on pouvait non-seule-
ment obtenir du ciel le pardon de tous les crimes^ mais
encore contraindre les immortels aux volontés humaines*
La même croyance existait chez les Romains. Pline,
Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, ont transmis beau^
coup de faits bien constatés, lesquels prouvent que les
décrets divins pouvaient être changés ou éludés par le
savoir-faire des prêtres. Les augures et les haruspices
(qui découvraient les choses cachées et prophétisaient
par le vol, le chant et la manière de manger des oiseaux,
par le murmure des brises à travers les arbres, et celui
des eaux sur les cailloux, par le passage des nuages, le
cri des animaux, leur manière de porter la tête et la
136 CHAPITRE XII.
queue, par l'inspection du foie et des entrailles d'une
victime), les augures et les haruspices — dis-je — arrê-
taient ou changeaient la volonté des dieux; c'est ce que
Pline démontre en représentant Jupiter contraint, par
les conjurations puissantes de Picuset de Faune, à quit-
ter l'Olympe, pour venir sur terre enseigner à Numa
Pompilius Fart des prodiges.
Dans Lucain et Stace, on trouve des menaces adres-
sées aux mânes, pour accélérer leur ohéissance. La dis-
tinction entre les hommes qui avaient obtenu une glo-
rieuse immortalité elles dieux, tendait même à s'effacer,
grâce au culte des héros, car l'âme, dégagée des liens
du corps, s'envolait vers les cieux et y allait jouir d'une
vie immortelle et incorruptible, ce qui l'assimilait natu-
rellement aux dieux dont ce genre de vie formait le pri-
vilège.
Les héros intercédaient, ainsi que les saints du moyen-
âge, auprès des dieux plus puissants qu'eux.
Sous le règne de l'empereur Julien, Chrysante et
Maxime sont invités par ce prince à se rendre à sa cour;
mais, comme ils ne rencontrent que des présages sinis-
tres, obligeons, disent-ils, obligeons les dieux à vouloir ce
que nous voulons, et ils recommencent les opérations
théurgiques.
On sait qu'il y a dans la prière ardente une sorte de
théurgie; les portes ne sont ouvertes qu'à ceux qui
frappent violemment et les enfoncent, selon le Christ et
les apôtres.
La prière serait une chose absurde, si l'on ne pouvait
pas fléchir la volonté de Dieu et des génies célestes. La
persuasion que la volonté des dieux peut être modifiée
par l'énergique volonté de certains hommes, se trouva
aussi chez les Perses, les Gaulois, les Germains, les Gel-
LES ETRES INVISIBLES SELON LES PENSEURS GRECS. 137
tes, les Armoricains et autres anciens peuples. Les Drui-
des se servaient de paroles magiques pour se rendre in-
vulnérables, pour arrêter les progrès d'un incendie, pour
exciter ou calmer les tempêtes, pour troubler la raison
de leurs ennemis. Les droites ou magiciens de l'Armo-
rique prétendaient ressusciter les morts au moyen de
paroles mystérieuses ; ils assuraient pouvoir donner ou
guérir toutes sortes de maladies.
On trouve dans V Havarnaat Scandinave ce curieux
passage : « Savez-vous, y dit Odin, comment on doit
)) écrire les runes, les expliquer, éprouver leurs vertus?
)) Je sais des paroles que nul enfant des hommes ne con-
» nait; des paroles qui chassent la plainte, les souffrances
» et les chagrins. J'en sais, qui émoussent le tranchant
» des armes, qui brisent les plus fortes chaînes, qui apai-
» sent l'orage et ramènent la sérénité au ciel ; j'arrête les
» vents qui poussent les nuages, et d'un regard je puis
» calmer la mer irritée. Quand je trace des caractères sa^
» crés (écriture directe des Esprits) les habitants des tom-
» beaux se réveillent et viennent à moi. Si je répands de
» l'eau sur l'enfant nouveau-né, le fer ne peut plus rien
» contre lui (on connaît la tradition de l'invulnérabilité
)) d'Achille chez les Grecs) . Je dévoile la nature des dieux,
» des génies et des hommes; j'éveille le désir dans le
» cœur de la vierge la plus chaste ; je sais inspirer l'a-
» mour ou la haine ; rendre les femmes fécondes ou
» stériles ; je puis redoubler ou abattre le courage des
» guerriers. »
Chez les peuples duLatium, les Augures prétendaient
aussi, en se servant de paroles magiques, pouvoir en-
chaîner les vents, calmer la tempête, diriger la foudre,
enlever aux serpents leur venin, etc., etc.
La Goëtie ou la magie noire est selon l'école savante
12
138 CHAPITRE XII.
d'Alexandrie (Plotin, Porphyre et Jamblique) l'art d'évo-
quer les Esprits infernaux pour porter la désolation
parmi les hommes.
L'historien Diodore de Sicile nous dépeint Circé et
Médée comme deux Goëtiennes redoutables, inspirant
l'épouvante et l'horreur.
Les Romains y même en plein beau siècle d'Auguste,
crurent également à la Goëtie, Horace reproche très
amèrement aux magiciennes, Hermonide, Sagane et
Canidie leurs odieux maléfices. L'on reproche à Sex-
tus, fils du grand Pompée, d'avoir immolé un enfant
dans une de ces horribles incantations. Ce fut surtout
enThessalie que la magie noire ou Goëtie établit son em-
pire. La Thessalie jouissait d'une telle renommée à cet
égard que souvent les auteurs de l'antiquité emploient le
mot Thessalienne pour désigner une habile magicienne.
Mycale, une des plus fameuses magiciennes de ce pays,
pouvait à son gré opérer les plus étranges métamor-
phoses.
Ceux qui accouraient à la magie grise s'en servaient
le plus souvent en vue de satisfaire des vengeances per-
sonnelles ou de coupables convoitises*
Selon Pindare, les démons étaient des génies protec-
teurs. Ce poète attribue à chaque personne un démon
en qualité d'esprit gardien ; il nous parle même de dé-
mons qui président à la naissance des hommes, comme
nous verrons plus tard. (Pindare, Pyth., III , 109;
Olymp., XII, 105.)
Porphyre, touchant l'Abstinence (lib. II, chap.36), dit
que les pythagoriciens recevaient le don de prophétie,
lorsqu'ils invoquaient les dieux, auxquels ils n'offraient
que les prémisses des fruits en sacrifice.
Porphyre (lib. II, chap. 38) dit que les hommes doi-
LES ÊTRES INVISIBLES SELON LES PENSEURS GRECS. 139
vent aux démons tous les arts. Les démons sont chargés
de porter aux dieux les prières des hommes et de rap-
porter aux hommes les avertissements et les oracles des
dieux ; ils gouvernent, sous la direction' des dieux, le
monde, et leur administration est conforme à la raison.
Porphyre (Abstinence, lib. II, chap. 39) dit que les
démons sont invisibles et échappent aux sens des
hommes ; ils n'ont point un corps solide, et ils ont des
figures différentes ; néanmoins les formes qui enve-
loppent leur esprit se font quelquefois apercevoir et quel-
quefois on ne peut pas les envisager.
Les bons génies ou démons (chap. XLI), avertissent les
hommes des dangers dont ils sont menacés par les génies
malfaisants; et ils donnent ces avis ou par des songes,
ou par des inspirations, ou enfin par d'autres moyens.
Si quelqu'un avait le talent de discerner ces divers aver-
tissements, il se mettrait facilement en garde contre tous
les maux que les mauvais génies sont capables de nous
faire. Les bo7is qénies donnent des avis à tous les hom-^
meS) mais tous les hommes ne les entendent : comme il
n'y a que ceux qui ont appris à lire qui puissent lire.
Il y a une proportion régulière (lib. II, chap. 39) entre
l'Esprit nerveux qui se manifeste (le corps éthéré) et
l'âme des bons génies. On s'en aperçoit lorsqu'ils appa-
raissent corporellement; mais il n'y en a aucune entre
l'Esprit nerveux et l'âme des mauvais génies. Ceux-ci
habitent les espaces qui sont autour de la terre et ils
sont cause de tous les malheurs que nous éprouyons
dans cette vie (des pestes, des sécheresses et autres sem-
blables fléaux). Jouant le personnage des autres dieux,
ils profitent de nos extravagances, en nous empêchant
d'avoir des opinions saines des dieux et en nous inspi-
rant un amour violent des richesses, des honneurs, des
140 CHAPITRE XII.
plaisirs et de la vaine gloire. L'ambition (chap. XLII)
des mauvais génies est de passer pour dieux, et leur chef
voudrait qu'on le crût le grand Dieu ; ils prennent plai-
sir aux sacrifices ensanglantés ; ce qu'il y a en eux de
corporel s'en engraisse ; car ils vivent de vapeurs et
d'exhalaisons, et se fortifient par les fumées du sang et
des chairs. (Eusèbe, Prép. év. I, 4, page 173.)
Plutarque (des Oracles qui ont cessé) était persuadé
que sans la doctrine de l'existence des démons, la nature
était pour nous une énigme inexplicable. Posidonius
(Gicero de Divin, lib. I, 30) pensait que l'air était rempli
d'Esprits immortels (quod plenus sit aer immortalium
animorum). Plotin et Porphyre ont examiné ce qui cons-
titue la difî'érence des dieux d'avec les démons.
Les dieux ^ dit le premier [Ënneade, lib. III), sont sctns
passion; les démons en ont et tiennent le milieu entre les
dieux et les hommes. Les vrais dieux habitent dans le
monde intelligible ; ceux qui résident dans le monde
sensible sont du second ordre. Les démons ont des corps
aériens ou ignés ; ils ont commerce avec les corps ; il
n'en est pas de même des dieux. Porphyre pensait de
même. Il écrivait à Nébon que les dieux étaient de pures
intelligences et que les démons avaient des corps. Il n'y
avait aucune diversité à ce sujet entre les philosophes,
si l'on s'en rapporte à Jamblique. (De Mysteriis.)
Proclus croyait que les dieux étaient toujours accom-
pagnés d'une grande suite de démons, dont la plus
grande satisfaction était d'être pris pour les dieux à la
suite desquels ils étaient.
Dans une foule de légendes, les démons revêtent le
caractère de dieux inférieurs ou plutôt secondaires
((^eûTsçot (^eot), par opposition aux dieux célestes ou su-
périeurs, comme chez Pythagore, Thaïes, Platon (Pla-
LES ETRES INVISIBLES SELON LES PENSEURS GRECS. 141
ton, de Leg., VIII, page 360, édit. Bekker; Plutar([ue,
Maximus Tyrius, XIV, 4, p. 254, édit. Reiske), etc., etc.
Maxime de Tyr traite la question des Esprits confor-
mément à la doctrine de Platon dans sa dissertation sur
le dieu de Socrate. Il prétend qu'il y a des intelligences
mitoyennes entre les dieux et les hommes ; qu'elles ser-
vent d'interprètes aux hommes auprès de la Divinité ;
qu'elles sont en très grand nombre; qu'elles rendent
continuellement de bons services au genre humain;
qu'elles procurent la santé, donnent des conseils, dé-
couvrent ce qui est caché, contribuent à la perfection des
arts, suivent les hommes dans leurs voyages; qu'il y en
a qui président aux villes, d'autres à la campagne, que
les unes résident sur la terre et que d'autres habitent
dans la mer. Apulée, qui a fait aussi un ouvrage sur le
dieu de Socrate, y a renfermé tout ce que les platoni-
ciens pensaient au sujet des démons.
Il y a eu des philosophes qui ne se sont pas contentés
de faire gouverner les hommes par un génie. Ils ont
prétendu que chaque homme en avait deux qui veillaient
sur ses actions. C'était l'opinion d'Empédocle et d'Euclide.
Les Romains supposaient qu'il y avait des génies ré-
pandus partout, et qui s'intéressaient à tout ce qui exis-
tait ; c'est à quoi le poète Prudence fait allusion :
« (Cum portis, domibus, thermis, stabulis, oleatis
adsignare suos genios, perque omnia membra, urbis,
perque locas , geniorum millia multa. Fingerene ne
propria vacet angulus uUus ab umbra). »
Les Stoïciens, tout en avouant que chaque homme
avait un génie, croyaient que ce génie n'était autre
chose que la raison que les hommes avaient reçue de
Dieu et de la nature. C'est ce que croyait l'empereur
Antonin. fMarc-Ant., I, 5.)
142 CHAPITRE XII.
Jamhlique est celui des auteurs de l'antiquité qui a
traité le plus à fond la question des génies; il vivait dans
un siècle où l'attention des plus célèbres philosophes
était tournée sur le commerce que les hommes pouvaient
avoir avec les génies, selon lui la théurgie est Fart
occulte de procurer à l'âme une union intime avec la
Divinité. En parlant de l'apparition des Esprits, il entre
dans un très grand détail de tout ce qui se passe dans les
entrevues des hommes avec les génies. Il prétend que
les yeux sont réjouis par les apparitions dos dieux, au
lieu que celle des Archanges sont terribles; celles des
Anges sont plus douces. Les apparitions des démons,
des héros et des archontes, inspirent l'effroi et l'épou-
vante (cap. IV). Il y a de l'ordre et de la douceur dans
les apparitions des dieux, du trouble et du désordre
dans celles des démons, du tumulte dans celles des ar-
chontes. Lorsque les dieux se font voir, il semble que le
soleil et la lune aillent s'anéantir. On imaginerait que
la terre ne peut pas résister à leur présence ; à l'appari-
tion d'un Archange, il y a tremblement dans quelque
partie du monde ; elle est précédée d'une lumière plus
grande, que celle qui accompagne les apparitions des
Anges ; elle est moindre à l'apparition d'un démon, et
elle diminue encore lorsque c'est un héros qui se fait
voir.
Les apparitions des dieux sont très brillantes; il y a
moins de clarté dans celles des Archanges et des Anges ;
celles des démons sont obscures, mais encore moins que
celles des héros. Les archontes, qui président au monde,
sont lumineux, si l'on excepte ceux qui ne sont occupés
que du soin des choses matérielles ; car ceux-là sont
obscurs. Lorsque les âmes apparaissent,elles ressemblent
à une ombre.
LES ETRES INVISIBLES SELON LES PENSEURS GRECS. 143
Les visions qui viennent des dieux sont comme des
éclairs; celles des Archanges et des Anges ressemblent
à une lumière très pure; celles des démons à un feu
trouble et très agité, au lieu que la lumière, qui accom-
pagne les apparitions des dieux ou des Archanges est
immobile. Celle que l'on voit, lorsqu'on aperçoit les
Anges, est dans un doux mouvement. Les dieux puri-
fient l'âme (cap. V) ; les x\rchanges la rappellent à elle ;
les Anges l'affranchissent des liens de la matière ; les
démons, au contraire, la portent à satisfaire les désirs de
la nature. Les héros lui inspirent l'amour des choses
sensibles, et les archontes ne l'occupent que des soins
matériels. Les dieux, dans leurs apparitions, donnent la
santé au corps, la vertu à l'âme et la pureté à l'esprit ;
ils perfectionnent toutes les facultés de l'homme. Les
Archanges produisent souvent les mêmes effets, mais
non dans la même plénitude. Les Anges sont bienfai-
sants, mais ils le sont moins que les Archanges.
Les mauvais démons appesantissent le corps et l'âme,
en retenant ceux qui ont les désirs élevés ; ils les rendent
souvent malades. Les héros portent quelquefois les
hommes à de grandes actions. Les archontes disposent
des biens de ce monde. Les âmes pures, qui sont dans
l'ordre des Anges, ramènent l'âme humaine aux choses
vertueuses et donnent les biens qu'elles font espérer.
Les âmes impures remplissent les hommes de passions
qui les rendent esclaves du corps. Lorsque les dieux
font leurs apparitions, ou ils ont avec eux des dieux ou
une grande suite d'Anges (cap. YJl). Les Archanges sont
accompagnés toujours des Anges. Les mauvais démons
donnent l'idée des supplices et semblent avoir avec eux
des bêtes féroces. Les archontes font voir des provinces
à l'imagination des hommes, La lumière\que Von voit à
144 CHAPITRE XII.
V apparition des dieux et des Anges est si subtile, que les
yeux corporels ne peuvent la soutenir. Lorsque les Anges
se font voir, ils agitent Tair de façon que les hommes
n'en sont pas incommodés.
On entend du bruit dans l'air à l'apparition des héros.
Les archontes sont accompagnés de fantômes. L'âme
ressent une joie ineffable lorsque les dieux lui apparais-
sent ; elle produit pour lors des actes d'amour. La vue
des Archanges donne de l'intelligence pour les choses
spirituelles. L'apparition des Anges inspire l'amour de
la raison, de la vérité et de la vertu. Les démons don-
nent aux hommes le désir de la génération ; ils augmen-
tent la cupidité.
La vue des dieux fait faire de belles actions et procure
de grands biens. Les démons, les héros, les archontes
ne donnent que des choses matérielles et terrestres.
Les dieux ne se font voir qu'aux gens vertueux, après
qu'ils se sont purifiés par les sacrifices. Ils les fortifient
contre les vices et les passions. Alors ce que les gens de
bien tenaient des démons s'éclipse comme les ténèbres
fuyant le soleil. Lorsque les impurs sacrifient, ils n'ob-
tiennent point par là la grâce de voir les dieux. Ils atti-
rent seulement les esprits méchants, qui les excitent au
crime (lib. III, cap. 1). Il y a des dieux de diverses
espèces; les uns ont des corps, et il faut sacrifier à ceux-
ci des choses sensibles (lib. Y, cap. 14). Il y en a d'autres
dégagés de la matière (cap. 17) ; il ne faut leur offrir
rien de terrestre. Ces derniers ne font aux hommes que
des présents spirituels. Les provinces sont commises
à l'inspiration des dieux et des Anges auxquels elles ont
été partagées. (Gap. 25.)
On remarque que Jamblique parle de quelques or-
dres d'Esprits, que les autres auteurs profanes n'ont pas
LES ÊTRES INVISIBLES SELON LES PENSEURS GRECS. 145
connus, comme des archontes et des Archanges. Por-
phyre et Jamblique ont puisé la connaissance, con-
cernant l'existence de ces Esprits dans les ouvrages
des Chaldéens et des Zoroastriens. Il est même
probable que les Juifs avaient appris l'existence des
Archanges à Babylone, car il n'est point parlé des
Archanges dans les livres Sacrés écrits avant la capti-
vité .
Selon Philon (de Gigantib., 28S, édit. Mang., vol. I,
p. 263) les Esprits qui gouvernent le monde invisible, sont
des âmes qui ne se sont pas dégradées jusqu'à s'unir à la
matière. Les Anges et en général tous les Esprits d'une
nature élevée dédaignent l'incarnation. (Philon, Quod a
Deo mittant. Somn., edit. Mang., I, p. 641.)
Suivant Philon donc, les Esprits élevés sont des sub-
stances jmrenient spiritn elles , comme les génies ou les
démons selon Thaïes, Pythagore, Platon et les stoï-
ciens. (Plutarque, de Placit. , lib. I^ cap. 8.)
Philon ne confond pas les Esprits supérieurs, ou les
Anges a.vec les héros, ou les âmes séparées des corps
qu elles ont autrefois animés. Il en est de même d'Ori-
gène (Orig., advers. Gels., lib. VIII, 31. Op. I, 764), de
Ghrysostome (Homil. in NataliL Ghrist, ap. Phot. cod.
277), et de saint Augustin. (De divers, quœst. quœst.,
79, op. t. VI, p. 69.)
Ges trois illustres docteurs du christianisme primitif
disent qu'il y a des Esprits administrateurs (Anges, mes-
sagers célestes) qui ne se sont jamais incarnés et qui
président aux fonctions de tous les objets visibles,
soit animés, soit inanimés. Les idées de ces représen-
tants célèbres du christianisme sont empruntées à la
Bible. Vépitreaux Hébreux (chap. I, 14) dit, en parlant
des Anges : « Ne sont-ils pas tous des Esprits adminis-
146 CHAPITRE XII.
» trateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui
» doivent recevoir l'héritage du salut ? »
Le chanteur du Psaume CIII (v. 20 et 21) s'écrie de
joie : « Bénissez rÉternel, vous, ses Anges puissants en
» vertu, qui faites son commandement, en obéissant à
y) la voix de sa parole. Bénissez l'Éternel, vous, toutes
» ses armées, qui êtes ses ministres, faisant son bon
» plaisir. » On sait que la Genèse parle dans le cha-
pitre XIX de la destructmi de ^oàome pco' les Anges, les
ministres de Dieu à l'aide desquels l'Éternel agit. Le
Psaume XXXIV dit de même (v. 7) : « L'Ange de
(( l'Éternel se campe tout autour de ceux qui le crai-
a gnent, et les garantit. »
En passant des bons Esprits aux mauvais^ nous voyons
ainsi qu'il résulte de ce que nous venons de dire, que
les démons n'étaient nullement de mauvais Esprits, sui-
vant les Grecs. Il n'y a -que les Titans seuls qui soient
des dieux maudits aux yeux de ce peuple. Il ne faut pas
confondre ces Titans avec les compagnons à'Hadès ou de
Plnton qui ne sont appelés divinités infernales, que par
opposition aux dieux de l'Olympe. On adresse à Hadès
et à ses compagnons des prières, des offrandes et des
vœux que l'on refuse toujours aux Titans, qui sont pri-
sonniers au fond des enfers. C'est là un châtiment qui
leur est infligé en punition de leur audace, car de même
que les légions infernales de Satan, ils avaient voulu dé-
trôner la Divinité suprême. Les Titans sont des hommes
demi-dieux, vaincus et dépossédés de leur autorité ; ils
sont rongés de désespoir et de haine. Ils végètent, pri-
vés à tout jamais de la vue du soleil et de la fraîcheur de
l'air, dans le Tartare, Le Tartare est le véritable enfer ;
il est situé, suivant Homère (Iliade VIII, v. 13 et suiv.
et 481) bien au-dessous de rErèàe,\e vestibule des enfers.
LES ETRES INVISIBLES SELON LES PENSEURS GRECS. 147
Les Titans qui subissent leur châtiment dans le Tartare,
rappellent d'une manière frappante les Asourâs du Véda
et les Anges rebelles et déchus, de la tradition hébraï-
que, qui furent vaincus par Jéhovah et précipités dans
VAbaddon, au plus jyro fond du Schéol. (Iliade, XIV, 278
et 279.)
Suivant Tertullien (de Testim. anima) le nom de Sa-
/fm n'était pas ignoré des païens; de là, l'opinion que
des mots Satan et Seitan sont venus ceux de Titan ou
Teitan, les Grecs ayant employé, suivant Lucien, indif-
féremment les lettres S. et T. en raison de la grande
affinité qu'il y a entre elles.
Les anciens étaient persuadés que non-seulement il
y avait des génies qui aimaient les hommes, mais qu'il
y avait aussi des Esprits méchants qui n'étaient occupés
qu'à chercher les occasions de précipiter le genre hu-
main dans le crime. L'histoire de Dion et de Brutus
avait convaincu Plutarque (Plutarque, vie de Dion)
qu'on ne peut s'empêcher de recevoir cette opinion,
quelque absurde qu'elle paraisse, qu'il y a des démons
envieux et malins, qui s'attachent aux gens les plus ver-
tueux et qui, pour s'opposer à leurs bonnes actions,
leur jettent dans l'esprit des frayeurs et des troubles,
de peur que s'ils demeurent fermes et inébranlables
dans la vertu, ils n'obtiennent, après leur mort, une
meilleure vie que la leur. Les plus fameux philosophes
enseignaient comme une vérité constante, l'existence de
ces mauvais génies. Empédocle n'est pas le seul, dit Plu-
tarque, qui ait cru qu'il y avait de mauvais démons.
C'était l'opinion de Platon, de Xénocrate, de Ghrysippe
et de Démocrite. Il est digne de remarque, que ces phi-
losophes ne pensaient pas que ces mauvais génies pus-
sent nuire aux hommes, à moins qu'ils n'en eussent la
148 CHAPITRE XII.
permission, ce qui est très conforme à la doctrine du
livre de Job.
Quelques anciens Pères de l'Eglise enseignaient aussi
que chaque homme était obsédé par un mauvais Ange,
qui cherchait à le perdre. Hermas le soutient dans son
Pasteur, et Grégoire de Nicée suppose que c'est une an-
cienne tradition ecclésiastique. Origène paraissait per-
suadé que les vices mêmes avaient des démons particu-
liers pour protecteurs, que l'un présidait à l'impureté,
l'autre à la colère. .
Quelques philosophes, réfutés par Plotin (Enneade,!,
liv. 9), ont cru que les maladies des hommes étaient des
démons, opinion déjà adoptée par les Juifs. (Plotin,
Enneade, III, liv. 9.)
Nous croyons que ces citations des penseurs grecs
suffisent pour démontrer que les plus profonds philo-
sophes qui aient illustré l'histoire des idées en Europe,
furent spiritiialistes. Aristote même, était bien éloigné de
méconnaître la valeur des recherches concernant les
êtres et les essences invisibles. Cet homme célèbre dit
(de Coelo, II, 12) : k Nos connaissances dans ce do-
)) maine des sciences occultes sont très imparfaites,
» parce qu'elles ne sont pas à la portée de nos sens, mais
)) le peu que nous en savons, a d'autant plus de valeur,
» parce que ces études se rapportent aux choses di-
)) vin es. »
CULTE DES PITRIS OU DES MANES DES ANCETRES. 149
CHAPITRE XIIÏ.
Culte des Pitris ou des Mânes des Ancêtres.
Toutes les traditions sacrées de l'antiquité, depuis la
Chine et l'Inde jusqu'à Rome, regardent le culte des
mânes des ancêtres comme l'un des principaux devoirs
des hommes. Ce culte spiritualiste est lié intimement au
respect dû aux morts et aux tombes.
Suivant les anciennes traditions indiennes, les Pitris
passent pour avoir institué les cérémonies du culte, car
les Pitris connaissent seuls la véritable théologie. (Lois
de Manou, liv. I, § 12, etc., etc.)
Le troisième livre des lois de Manou ne traite que
des cérémonies enThonneur des mânes. Voici quelques
prescriptions de ces lois :
Le § 72 dit que celui qui n'a pas d'égards pour cinq
sortes crètreSy savoir : les dévas (^dieux)^ les mânes, les
hôtes j les perso)ines dont il doit avoir soin, et lui-même,
bien qu'il respire, ne vit pas.
Les § 81 et 82 ordonnent d'honorer les mânes tous
les jours par des straddhas (sraddha ou sraddka) ou
offrandes avec du riz, avec de l'eau, ou bien avec du lait,
des racines et des fruits, afin d'attirer leur bienveillance.
Ce straddha est nommé nityâ (constant), parce qu'on
doit le faire tous les jours.
Selon les § 85-91 et d'après le § 204, il faut commen-
cer j)ar une offrande aux dieux, afin de préserver les
oblations destinées aux mânes, car les démons dévastent
150 CHAPITRE XIII.
tout repas funèbre qui est privé de ce préservatif.
On fait d'abord l'oblation aux divinités, à Agni (dieu du
feu), à Soma (qui préside à la lune), àhidra (roi du ciel
inférieur),^ Yama,]n^Q des morts (souverain de Ferifer),
qui récompense et punit les mortels selon leurs œuvres,
en envoyant les bons au ciel, et les méchants dans les
différentes régions infernales, et aux autres dieux qui
président aux diverses régions célestes, ainsi qu'aux
génies qui forment leur suite. Puis on offre tout le reste
aux mânes, la face tournée vers le Midi,
Suivant les § 122 et 123, le brahmane qui entretient
un feu, doit faire le grand repas funèbre (sradda, pindân
ivâhârya) de mois en mois, le jour de la nouvelle lune;
ce straddha est appelé pindân wâhânja, parce qu'il a
lieu après l'offrande des gâteaux de riz (pindas).
Dans les paragraphes suivants jusqu'au § 150, les
lois de Manou insistent sur la présence à cette fête men-
suelle des brahmanes, versés dans les Saintes Ecritures
et sur la pureté de leurs familles, en remontant jusqu'à
un degré éloigné. Il faut même, selon le § 149 examiner
plus scrupuleusement le lignage d'un brahmane pour
l'admettre à cette grande cérémonie en l'honneur des
mânes, que pour celle des dieux.
Les paragraphes suivants jusqu'au § 166 contiennent
une longue liste des personnes qui sont exclues de ce
festin mensuel. Les § 213 jusqu'au § 249, traitent des
cérémonies à observer pendant ce festin.
Le brahmane autorisé par les autres brahmanes éga-
lement invités, adresse d'abord à Agni, à Soma et à
Yama une offrande de beurre clarifié ; puis il fait le tour
du feu sacré, pour satisfaire les mânes par une offraude
de riz ; il fait cette tournée du feu, en marchant de gau-
che à droite, et en jetant l'offrande dans le feu, après
CULTE DES PITRIS OU DES MANES DES ANCETRES. 151
avoir répandu, avec la main droite, de l'eau sur l'en-
droit, où doivent être placés les trois gâteaux de riz ;
ensuite il dépose trois gâteaux sur des brins de l'herbe
kousa, ayant le visage tourné vers le Midi et étant en
même temps plongé dans le plus profond recueillement.
L'herbe kousa est une herbe sainte, employée dans les
cérémonies religieuses; de nos jours les Esthoniens,
peuple (V origine finnoise, t'ont usage dans les funérailles
de branches de sajnn sacrées {kousedj.
Les trois gâteaux de riz dont nous venons de parler,
sont offerts aux mânes du père, du grand-père paternel et
du bisaïeul ; les tims brahmanes invités doivent d'abord
en manger, parce qu'ils représentent ces aïeuls décédés.
Après avoir mangé, les brahmanes disent au maître de
la maison que l'oblation soit agréable aux mânes ; ces
mots sont une excellente bénédiction, parce que les
mânes, bien quHls soient iîivisibles^ prennent leur part du
festin^ suivant le § 237. Pendant cette cérémonie, en
l'honneur des mânes, le chef de maison lit à haute voix
la Sainte Ecriture (§ 232). Un brahmane, portant le cor-
don sacré sur son épaule droite, et tenant à la main
Vherbe kousa, doit faire l'oblation aux mânes jusqu'à la
fin (§279).
Après avoir congédié les brahmanes, le maître de
maison doit, plongé dans le recueillement le plus pro-
fond, garder le silence ; et puis, s'étant purifié, se tour-
ner vers le Midi, et demander aux mânes les grâces sui-
vantes (§ 259) : « Que dans notre famille le nombre des
» hommes généreux s'augmente ! Que le zèle pour les
)) saints dogmes s'accroisse, ainsi que notre lignée.
)) Puisse la foi ne jamais nous abandonner! Puissions-
)) nous avoir beaucoup à donner ! »
On doit offrir quinze sraddhas dans le courant de
152 CHAPITRE XIII.
l'année de la mort d'un parent, afin d'élever au ciel l'àme
de la personne décédée.
Ces sraddhas particuliers sont terminés par un srad-
dha solennel appelé Sapindana, ([ui se fait le jour de
l'anniversaire de la mort. [Recherches asiatiques, vol. YII,
p. 2G3, édit, in-8°.)
xVu reste, selon les lois de Manou (§ III, 275) toutes
les oblations faites selon les règles par un mortel dont
la foi est parfaitement piire, procurent à ses ancêtres
une grande joie.
Vyasa, dans son abrégé du Védanta^ dit : « Les âmes
» des ancêtres de celui qui adore le seul Être véritable,
» jouissent de la liberté par le seul fait de sa pure vo-
» lonté. » (Pautliier, Essai, p. 160, etc.)
Le livre lY des lois de Manou (§ 247) dit qu'il faut
acquitter encore une dette envers les mânes, savoir :
« donner l'existence à un fils, pour accomplir après lui
» le sraddha (le service funèbre). »
Ce n'est pas ici le lieu de faire la description des céré-
monies dont se compose le culte des mânes chez les au-
tres peuples de l'antiquité. Nous n'avons pas l'intention
de tracer l'histoire des cérémonies du culte ; il suftit
d'indiquer la liaison du culte des mânes avec le spiri-
tualisme.
Quant à la Chine^ nous nous bornons à dire que, peut-
être nulle part plus que dans ce pays, le culte des ancê-
tres ne fut porté plus aux nues. Les descendants rap-
portant tout le mérite de leurs actions glorieuses à leurs
ancêtres, les annoblissent, tandis que dans les autres
pays, la renommée des aïeux confère la noblesse aux
descendants.
Selon le Lan- Vu (chap. II) la vénération et le respect
des parents, c'est le premier devoir de l'enfant, ou de
CULTE DES PITRIS OU DES MANES DES ANCETRES. 153
l'homme venant au monde ; lorsque les parents meurent,
il faut les ensevelir selon les cérémonies prescrites par
les rites, et ensuite leur offrir des sacrifices.
Suivant le § 481 du livre des récompenses et des
peines, le ciel permet aux âmes des ancêtres pendant
cinq jours de Vannée de retourner dans leurs anciennes
demeures, pour y recevoir des offrandes funèbres.
Les § 463 et 4G6 dudit Livre des récompences et des
peines, parlent de Tapparition d'une mère qui est venue
exhorter son fils à visiter exactement sa tombe, et à lui
offrir des sacrifices pour procurer le repos à son âme.
Ceux qui négligent ces devoirs sont cruellement punis.
Le culte des mânes et des héros, ou des Esprits des
ancêtres illustres chez les Grecs et les Romains est connu
de notre public lettré, les chefs-d'œuvre immortels de
ces deux peuples étant entre les mains de tout le monde.
Nous ne citons ici qu'une idée spiritualiste de Philon qui
l'est peut-être moins. Ce penseur dit (Philo, de Exécrât,
937, ed Mang.,II, 436) : que la prière des ancêtres mortes,
qui ont été des hommes pieux, est d'une grande efficacité
pour leur postérité survii^ante. Les héros intervenaient
en effet souvent, en faveur des hommes auprès des dieux
p]us puissants qu'eux.
A Rome, même encore après l'incendie de Néron, on
invita les dieux à un festin, en plaçant leurs statues au-
tour d'une table.
On sait que ce culte des morts se conservait jusque
par delà le paganisme, et que des traces en subsistent
encore chez nous.
L'existence de la chapelle des saints morts dans des
cimetières et des églises est un souvenir de l'adoration
des âmes. (0so« ij^^Cit^.)
13
154 CHAPITRE XIV.
CHAPITRE XIV.
Tutelle des Esprits (Anges gardiens) selon
les traditions sacrées de la Chine.
La doctrine des Esprits gardiens est adoptée par les
traditions sacrées de tous les peuples de l'antiquité. La
tutelle des Esprits a rapport au culte des mânes, des
pitris et des héros.
On sait que chez les Indiens, les màncs des ancêtres
sont les Esprits gardiens de leurs descendants.
Nous nous hornons dans ce chapitre à la Chine seule,
de même que nous n'avons tenu compte que de Flnde
dans le chapitre précédent, pour ne pas rendre trop vo-
lumineux cet ouvrage.
Selon les traditions sacrées de la Chine, l'univers
tout entier n'est qu'une famille. Le ciel, la terre, le
monde des purs Esprits, les âmes des morts et l'ordre
de la nature tout entière, ne font partie que d'un seul
empire, fondé et gouverné par la raison éternelle de
Schang-ti. De même que le ciel n'est gouverné que par
un seul Dieu, de même la terre n'a qu'un seul empe-
reur, le fils du ciel et le représentant de la Divinité sur
la terre. Les hons Esprits aident l'empereur de leurs
conseils bienveillants ; ils l'initient dans l'art de gouver-
ner ses peuples; ils lui enseignent l'organisation de la
société, ahn qu'il sache mettre chacun à la place qui
puisse lui convenir le mieux, car ce n'est qu'en remplis-
sant sa mission et sa vocation, que l'homme peut se ré-
TUTELLE CES ESPRITS. 155
habiliter et se perfectionner par la veftu. L'homme, en-
nobli par l'exercice de la vertu, s'élève jusqu'à la so-
ciété des purs Esprits, après s'être dépouillé de son
enveloppe terrestre. Les Esprits gardiens sont en quel-
que sorte les aides-de-camp de l'empereiir. Ce n^est que
grâce au secours efficace qu'ils lui prêtent, que l'empe-
reur parvient à dompter les mauvais Esprits et leurs
alliés terrestres, les criminels. [Mémoire des Mlssminaires^
t.IX, p. 106.)
C'est ici le lieu de i^appeler à la mémoire de nos
contemporains, le décret de l'empereur de Chine, pour
adresser des remercîments aux Esprits, lors de la prise
de Nanking. [Gazette de Péking du j3 août, reproduite
par la Patrie du 10 novembre 1864.)
« L'avis de la prise de Nanking a été reçu ici avec une
)) satisfaction sans bornes. Nous nous rappelons le temps
)) où, dans la plénitude de leur puissance, les rebelles
» s'emparaient de nos villes, les unes après les autres,
» et considérant le secours apporté à nos troupes impé-
)) riales, nous remercions sincèrement les Esprits de leur
)) intervention, grâce à eux, le succès a couronné nos
)) armes ;\qs rebelles ont été arrêtés dans leur marche,
)) et l'œuvre d'extermination a été accomplie. Il est donc
)) nécessaire que des actions de grâces soient offertes aux
)) dieux, pjour leur assistance. C'est pourquoi le ministère
)) des rites a reçu Tordre d'examiner les services rendus
)) par les différents dieux et de nous en rendre compte»
)) Respect à cela. ))
(On se rappelle que, lors de la prise de Nanking, les
rebelles avaient cru apercevoir des Esprits, campés
autour des murailles de Nanking, lançant des grosses
pierres sur eux, et ce désordre avait été cause de la vic=
toire des armées impériales.)
156 CHAPITRE XIV.
Les Ssé-ChoUy ou les quatre livres moraux des disci-
ples de Confucius, parlent, dans le chapitre XVI du pre-
mier livre, des Espritsqui sont répandus comme les flots
de rOcéan au-dessus de nous; ils sont causes que les
hommes se purifient pour offrir des sacrifices. [Notes et
extraits des manuscrits, tome X, page 321.)
Selon le § 489 du Livre des récompenses et des
peines, les Esprits se promènent en tout lieu ; il ne faut
pas dire : La nuit est obscure et personne ne saura ce que
je fais.
Le § 1" dudit Livre des récompenses et des peines
dit que les actions, bonnes ou mauvaises, font une
impression sur les Esprits célestes. Ceux-ci envoient
aux hommes, suivant la nature de leurs actions, une
récompense ou un châtiment.
Le § S16 dudit Livre dit que l'homme vertueux est
récompensé au bout de trois ans, mais si l'homme vicieux
ne se corrige pas au bout de mille jours, les Esprits le
punissent, croyant qu'il ne changera plus.
Suivant le § 512 les bons Esprits accompagnent
l'homme, si son cœur forme une bonne intention, quoi-
qu'il n'ait pas encore fait le bien ; mais si le cœur de
l'homme forme une mauvaise intention, quoiqu'il n'ait
pas encore fait le mal, les mauvais Esprits l'accompa-
gnent. Un homme voulant se venger de l'ingratitude
d'un autre, alla pour le tuer, mais voijant qu'une troupe
de démons le suivait, il renonça à son projet, effrayé par
cette apparition funeste ; soudcdn, les démons disparurent,
et il vit un nombre considérable de bons Esprits.
Selon le § 124 jusqu'au § 129 les démons s'éloignent
de l'homme vertueux, et les Esprits célestes l'entou-
rent, le défendent et contribuent au succès de ses entre-
prises.
TUTELLE DES ESPRITS. 157
Suivant le § 480 de ce livre intéressant, nous ne
sommes pas seulement entourés des Esprits et des
dénions ; mais il y a trois Esprits, qui sont même au
dedans de notre corps, et qui nous surveillent assidû-
ment. Durant notre sommeil, ces Esprits, qui habitent
dans les trois régions de notre corps, montent au palais
du ciel, pour y raconter nos pensées et nos actions.
L'Esprit du foyer, qui habite dans l'intérieur de notre
maison, enregistre toutes nos actions et en rend vn
compte exact au ciel, le dernier jour de la, lune.
Le § 502 dit que cet Esprit du foyer, qui préside à la
vie de Thomme qu il surveille, inscrit tous ses péchés et
ses crimes, et suivant qu'ils sont graves ou légers, il re-
tranche des périodes de douze ans ou de cent jours de la
vie de l'homme; quand le nombre de jours est épuisé,
l'homme meurt, et si, au moment de sa mort, il lui res-
tait encore quelque faute à expier, ils font descendre le
malheur sur ses fils ou ses petits-fils.
Selon le § 481_, il est défendu de danser \q pi'emier
jour de la lune, parce que c'est au dernier jour de la
lune que V Esprit du foyer monte au ciel et va faire con-
naître le mérite et la faute des hommes.
Quand ces jours sont arrivés, tous les hommes doivent
examiner leurs fautes et redoubler de vigilance sur eux-
mêmes. Pendant cinq jours de F année, c'est-à-dire le
premier jour du premier mois de l'année, le cinquième
jour du cinquième mois, le septième jour du septième
mois ,\q premier jour A\\ dixième mois, et le troisième
jour du douzième mois, les Esprits du ciel jugent les
fautes et les crimes des hommes, et le ciel permet aux
âmes de nos ancêtres de retourner dans leurs anciennes
demeures, pour y recevoir des offrandes funèbres.
Le § 491 dit qu'aux hdt époques, appelées Pa.-tsie
158 CHAPITRE XIV.
(le 4 février, le 21 mars, le 6 mai, le 21 juin, le 8 août,
le 23 septembre, le 8 novembre et le 22 décembre),
c'est-à dire aux changements des diverses saisons, il ne
faut pas infliger des supplices à quelqu'un parce qu'à
chacune de ces époques, In et lancf se succèdent mutuel-
lement dans la nature, et un changement analogue s'o-
père daas le corps humain, A ces époques, les dieux
rendent leurs décisions sur les peines ou les récom-
penses des hommes ; si donc l'on inflige alors des sup-
plices, on allume infailliblement la colère du ciel.
Suivant le § 48S, les Esprits font quelquefois mou-
rir peu à peu les femmes et les enfants d'un homme,
pour le punir d'avoir acquis injustement une grande for*
tune.
Selon le § 345, il y a des apparitions des morts qui
font découvrir k§ criminels qui ont été les auteurs de
leur mort prématurée. Un trésorier, suffoqué au milieu
de son sommeil, apparaît en songe au gouverneur de
son district, et lui raconte l'attentat odieux, dont il a été
victime; il le prie de le venger, en lui indiquant les
moyens de découvrir les coupables.
Les apparitions des Esprits furent très fréquentes, sur-
tout dans la haute antiquité, selon les anciennes tradi-
tions sacrées de la Chine, Les bons Esprits et les génies
se manifestent souvent aussi en songe, pour instruix^e
les sages et les hommes vertueux, C'est une faveur du
ciel que de les voir et de nouer des relations avec eux.
C'est pour cette raison que, suivant le Lîm-Yu (Uv, I,
chap. YII, § S) le philosophe (Confucius) dit : (c Com-
}) bien je suis déchu de înoi-^même! Depuis longtemps
» je n'ai plus vu en songe Tcheou-^Koung . »
Les § 296 et 297 du Livre des récompenses et des
peines, racontent la mort subite d'un matérialiste
TUTELLE DES ESPRITS. 159
offravé par l'apparition d'un Esprit, qui s'est manifesté
pour le convaincre de la réalité du monde surnaturel.
Quant aux Perses, iN admettent même des gardien-
nes femelles (Férouès.) du monde invisible. Les démons
des Grecs, qui correspondent aux Schen des Chinois,
sont des Esprits gardiens des mortels, de même que les
Schen, les démons observent les bonnes et les mau-
vaises actions des hommes; ils sont le lien nécessaire
entre les Dieux et les hommes. Les Génies invisibles
président à la divination; ils excitent l'enthousiasme.
Les oracles cessent quand leurs génies les abandon*
nent.
Hésiode (Op. et Dies, 12î, etc.; Plutarque, d Isis et
d'Osiris, trad. française de Ricard, V, 344), Pythagore
(Diog. Laërt., VIII, 32),Pindare (Pyth. ÎII, 109), Platon
(Phœdon, § 147, p. 389; Conviv., § 28, p. 72, édit.
Bekker), et Empédocle (Plutarque, d'Isis et d'Orisis.
Ricard, V. 344, et Ricard, II, 433), croient que les
génies veillent sur les hommes. Pindare attribue à cha-
que homme un génie ou un démon (Olymp. XIII, 103).
Chaque homme en a un qui préside à sa destinée, té-
moin le f;imeux démon de Socrate.
Empédocle en suppose même deux. (Plutarque, trad.
Ricard, tome II, p. 433.)
Les démons étaient des génies protecteurs, selon l'o-
pinion presque unanime des anciens Grecs. Il n'y a que
les Epicuriens qui en nièrent Texistence. (Plutarque, de
Placit. philos., I, 8.)
Pindare parle des démons qui président à la naissance
des hommes. (Olymp. XIII, 105, etc.)
On sait que saint Clément cV Alexandrie (Strom. I et
III) prétend que l'àriie est conduite par l'un des Anges
qui président à la procréation dans le ventre de la mère.
160 CHAPITRE XIV.
Les Angea de la naissance sont en quelque sorte les chefs
des Esprits gardiens.
Quant à la tutelle des Esprits, selon la Bible et les pères
de l'Église, selon Origène (Jn nmn Homil XI, éd. Paris.
0pp., t. II, p. 307) les Anges gardiens des diverses tribus
sont les auteurs de la confusion et de la diversité des lan-
gues ; il n'y a que les Hébreux seuls, qui étaient sous la
garde immédiate de Dieu, qui aient conservé la langue
priQiitive enseignée par Dieu à Adam dans le paradis.
Les Anges gardiens et les Esprits bienheureux ont
non-seulement soin des particuliers, mais aussi il y en
a de préposés pour veiller toute une nation, comme les
nymphes, gardiennes des villes en Grèce ; il est parlé
dans le prophète Daniel (cap. 10, 13, 20 et 21) de
l'Ange des Perses, des Grecs et de Micaël qui est
nommé le protecteur des Juifs.
Au reste, bien que les Anges (Matth. XVn,v. iO), selon
l'opinion des Juifs, ne fussent occupés qu'à faire du bien
aux hommes, on craignait cependant de les apercevoir,
dans la persuasion où l'on était, que l'on ne pouvait pas
voir un Ange, sans courir risque de la mort; ce qui a
fait dire à Gédéon : « Malheur à moi, j'ai vu l'Ange du
» Seigneur, face à face ! »
C'était une opinion reçue constamment chez les Juifs,
que chaque personne avait un Ange pour la diriger.
Jésus-Christ l'autorise, lorsqu'il dit (Matth. XVlII,v. 10) :
(( Ne méprisez aucun de ces petits, parce que leurs Anges
» voient toujours la face de mon père qui est dans les
» cieux. » Lorsque Rhodé vint dire à l'assemblée, ifui
était dans la maison de Marie, mère de Jésus, que saint
Pierre, que l'on croyait être en prison, avait frappé à la
porte, on ne voulait pas la croire; chacun disait : a C'est
» plutôt son Ange, »
TUTELLE DES ESPRITS. 161
Saint Jérôme (Hiéronim. in ^latth., XVIII, 10) dit que
la dignité de l'àme est grande, puisque dès qu'elle
existe, elle est destinée à être gardée par un Ange. (« Ma-
gna dignitas est animarum, ut una quamque habeat
ab orta nativitatis in custodium sui Angelum dele-
gatum. »)
Les Pères de l'église étaient aussi persuadés que les
royaumes et les églises particulières avaient chacun leur
Ange. Origène croyait que les Anges tiraient au sort
dans le ciel, pour savoir de quelle nation, de quelle pro-
vince et de quelle personne ils seraient gardiens. Ori-
gène pi'étend que les Anges sont privés de la présence
du Père, lorsque celui qui est commis à leur soin,
succombe à la tentation. Carlo Fabri découvre même
tous les Anges des princes de la terre ; il donne aux
sept électeurs de l'Empire les Archanges ; selon Gaffarel
{Curiosités inouïes , cap. X, p. 440), cet auteur débite
les choses les plus ridicules sur les Esprits; il en parle,
comme s'il eût passé une partie de sa vie au ciel et
l'autre dans l'enfer.
Le démon tutélaire proprement dit : c'est VAnge gar-
dien, qu'il ne faut pas confondre avec les Esprits protec-
teurs des aïeux, les pitris et les Lares, etc., etc. Ce dé-
mon était un génie pur, génie supérieur, qui avait tou-
jours été un pur Esprit ; c'est-à-dire affranchi des en-
traves du corps mortel, (chaque homme avait son démon,
comme Socrate ; ce génie était l'arbitre moral de la con-
duite de l'homme, témoin invisible de ses plus secrètes
pensées.
Le.s dieux supérieurs de l'Olympe, chefs de la race,
qui se sont incarnés sur notre terre, tels que Jupiter et
Junon, étaient entourés de ces génies qui, du reste,
leur étaient subordonnés et exécutaient leurs ordres.
162 CHAPITRE XIV.
(Plutarque, de defoctu Oracul.21; Censorin.,de Die na-
tali, Arnob., lib. Ilf, ad versus gentis.)
Les démons ou les génies attachés aux dieux supé-
rieurs, etc., etc., étaient plutôt leurs Esprits ouvriers,
tandis que chez l'hoaime, le démon, tel que celui do So*
crate, lui était supérieur. Selon Platon, Xénophon, Plu-
tarque et Apulée, qui a consacré un livre entier au génie
de Socrate, ce démon était une certaine voix divine qui
se faisait entendre en lui, qui l'arrêtait dans quelques-
unes de ses entreprises et ne le poussait jamais à aucune,
lui laissant son lil)re arbitre individuel. Xénophon rap-
porte dans son livre de la mort de Socrate, que ce phi-
losophe dit, après sa condamnation : « Yraiment, j'avais
déjà préparé par deux fois une défense de mon inno-
cence, mais mon démon m'en empêche et m'y contredit. »
Il fallait respecter et vénérer le génie de chaque
homme ; c'est pourquoi un des plus grands jurements
des anciens, était de jurer par leur génie. Nous lisons
dans Suéton (Caligulœ, cap. XXVII) que Caligula em-
pereur, fit punir rigoureusement plusieurs personnes qui
avaient blasphémé son génie, ou dédaigné de jurer au
nom de son génie.
On sait que de nos jours, Washington passait, éga-
lement, pour avoir un génie familier, un Esprit à
ses ordres {Curiosités de la littératnrey trad. de l'anglais
de Bertin, t. I, p. 51), ressemblant à Numa, qui avait
un démon qui, sous le nom de la nymphe Egérie, lui
dictait des lois qu'il donna aux Romains.
Au surplus, les dénions n'étaient pas non -seulement
les protecteurs d'êtres individuels, tels que les hommes,
mais ils veillaient encore sur les contrées^ les villes^ et
les peuples. Il y avait des génies, des nymphes et des
héros qui présidaient à la destinée des villes. Sparte,
l'inspiration et les médiums, 163
Thèbos, etc., en avaient de ces nymphes protectrices.
(Pausanias II, cap. 16, § 3.)
Tous ces génies protecteurs étaient invoqués comme
les divinités des villes et des contrées qu'ils gardaient.
En général, les génies et les héros intercédaient auprès
des dieux plus puissants qu'eux, ainsi que le faisaient
les saints du moyen-àge (Pausanias YIII, cap. 13). On
se supposait, en effet, dans l'antiquité, entouré de toutes
parts par des êtres surnaturels qui se manifestaient à
l'homme de différentes manières.
Quant aux Romains^ on connaît leurs Lares et leurs
PénaUs, ces dieux protecteurs et Esprits gardiens par
excellence.
CHAPITRE XV
L'Inspiration et les Médiums.
L'inspiration fut, selon l'opinion unanime de Tanti-
quité, l'œuvre de Dieu et du monde surnaturel des Es-
prits. La Bible, ITnde, la Chine, la Perse, l'Egypte, la
Grèce et Rome sont d'accord sur ce sujet.
L'inspiration est, selon Pythagore, une suggestion des
Esprits, qui nous révèlent l'avenir et les choses cachées.
(Diog. Laërt., YIII, 32.)
La langue est même, suivant ce penseur profond,
l'inspiration. (Diog.^ Laërt., YIII, 30. Toù? §k ^dyoOç ^ju^àÇ
Suivant Platon (Phaedon, 244, 264), Vinspiration est
V œuvre et la source de tout ce qui est sublime et beau dans
Vhomme. Le poète ne saurait faire des vers ni le pro-
164 CHAPITRE XV.
phète prédire des événements futurs, s'ils n'étaient pas
inspirés ; il faut qu'ils passent dans un état supérieur, où
leur horizon intellectuel est agrandi par la lumière sur-
naturelle. (Platon, Dialogues d'Io et de Menon.)
La véritable philosophie même est l'œuvre de l'inspi-
ration, à l'aide de laquelle l'homme entre au moyen de
sa conscience (o-uvstc^yjatç, conscientia) en relation avec
le monde surnaturel des principes invisibles. (Platon,
Phileb., 63).
Suivant Plutarque (d'Isis et d'Osiris, trad. Ricard, Y,
395) Platon et Aristote donnent à cette partie de la
philosophie le nom à'Epoptiqiie (c'est-à-dire intuitive),
au moyen de laquelle on parvient au plus haut point de
perfection où la philosophie puisse conduire, en s'éle-
vant au-dessus du mélange confus d'opinions de toutes
espèces jusqu'à ce premier Etre, dont l'essence est
immatérielle ; mais cette perception de l'Etre pur, saint
et intelligible, est comme un éclair rapide qui frappe un
instant notre âme et ne lui laisse apercevoir et saisir
qu'une seule fois Yobsolu. On connaît le principe d'in-
tuition intellectuelle qu'au commencement de notre
siècle Schelling a voulu établir, pour parvenir également
à la connaissance de Vabsolu, bien que ce philosophe
allemand n'ait pas compris la haute portée de la vé-
ritable contemplation intellectuelle.
Anaxogaras croit également que l'inspiration est l'œu-
vre des Esprits et des Dieux (Diog. Laërt., II, 6). Selon
Homère déjà, le songe^ à plus forte raison Vinspiration,
provient du ciel. En effet, durant le sommeil déjà, l'ins-
piration conduit Fàme dans le pays des songes jusqu'aux
bords du monde des Esprits. De là les termes grecs :
^épTTveuo-Toç, sf/7rv£uo-Toç, TTîTTVîJ/xevoç, dérivés du verbe TTvsstv; de
là les termes latins : Inspiration spiritu divino instinctus
L INSPIRATION ET LES MÉDIUMS. 165
(Liviiis, V, 15), afflatus niimine, aftlatus Dei (Cicéron,
arch. 8). On compare riiifluence qu'exerce l'Esprit de
Dieu sur FEsprit de l'homme au souflle de la respiration
animale. Suivant Cicéron (de NaturaDeorum, II, 66) c'est
du souflle divin que provient toute vie spirituelle.
Le caractère essentiel de V inspiration consiste dans une
impulsion, dans une fougue irésistible. De là les termes
grecs : Mavia, (i^\tM xaré^îo-çat £/• (^£oO a>épz(jQot.t ; de là aussi les
expressions latines : Furor divinus, corripi, agitari Deo.
La Bible indique nettement cette fougue irrésistible de
rinspiration. Saint Mathieu (IV, 1) dit : « Jésus fut em-
» mené par l'Esprit au désert, pour y être tenté par le
» diable. »
Selon saint Marc (I, 12), « l'Esprit le poussa à se ren-
)) dre dans un désert. )) Suivant saint Luc (IV, 1), Jésus
» fut mené par la vertu de l'Esprit au désert. »
Suivant les Actes des Apôtres (XVIII, 3), (.i Paul,
» étant poussé pxir UEsprit^ témoignait aux Juifs que
» Jésus était le Christ. )>
L'inspiration surprend et entraîne l'esprit de l'homme,
dominé par une influence occulte et étrangère, de là le
caractère passif de l'homme inspiré ({mq la Bible recon-
naît également.
Suivant saint Mathieu (X, 20), Jésus dit aux apôtres :
» Ce n'est pas vous qui parlez , mais c' est l'Esprit de vo-
» ire père qui parle en vous. »
Selon saint Marc (XII, 11), Jésus dit de même aux
apôtres :
(( Quand ils vous mèneront pour vous livrer, ne soyez
» point auparavant en peine de ce que vous aurez à dire,
» et n'y méditez point; mais tout ce qui vous sera donné
» à dire en ce moment-là, dites-le; car ce n'est pas vous
» qui parlez, mais le Saint-Esprit, »
166 CHAPITRE XV.
Suivant saint Luc (XII, 12), le Christ dit également :
(( Le Saint-Esjitrit vous enseignera dans ce même instant
y> ce qu'il faudra dire. »
Les Actes des apôtres disent (XI, 28) : «Agabus se
» leva, et déclara par l'Esprit qu'une grande famine de-
)) vait arriver dans tout le monde; et en effet, elle ar-
» riva sous Claude César. »
Selon les Actes des apôtres (XIX, 21) : « Paul se pro-
)) posa par l'Esprit de passer par la Macédoine, etc..»
L'Ëpître aux Romains (VIII, 14) dit « que tous ceux qui
)) sont conduits par l'Esprit de Dieu, sont enfants de
» Dieu, »
La deuxième Épître de saint Pierre (I, 21) déclare net-
tement que c( lapjrophétie n'a point été autrefois appor-
» tée par la volonté humaine ; mais les saints hommes de
» Dieu étant poussés par le Saint-Esprit, ont parlé, )> Or,
suivant 5^m^ Luc (I, 70), les saints prophètes ont été de
tout temps.
Suivant les Actes des apôtres (XX, 22)^ saint Paul
étant liéjoar l'Esprit, dit : « Je m'en vais à Jérusalem,
» ignorant les choses qui m'y doivent arriver. ))
Les Psaumes disent également (CXLIII, 10) : « En^
)) seigne-moi à faire ta volonté, car tu es mon Dieu :
)■) que ton bon Esprit me conduise comme par un pays
» uni. »
Les anciens Grecs ont de même bien caractérisé la na-
ture jjassive de rho?nme insjnré.
Suivant Homère (Iliade XII, 228), les voyants et les
prophètes sont les représentants de Dieu (âionponoî) ils
servent d'instruments passifs à la volonté divine. (Mav-
T«ùou(Ttv ùiç èvl cJ'upjO «(Jàvxrroî ^àA"Xoi»(X«. (OdySS. I^ 200, 201,
347, XY, 112, XXI[,346.)
Platon dit dans le Dialogue d'Io et Menon, que ce ne
l'inspjratiOxN et les médiums. 167
sont pas les prophètes ^ les voyants et les poètes qui par-
lent^ mais c'est Dieu qui parle par eux [ovx °^'^oï "o-iv d
ravra >.syovTsç); c'est poui* Cette raison qu'ils passent pour
des saints et pour des hommes de Dieu, parce qu*ils ne
songent pas à ce qu'ils disent.
Selon Apollonius de Thyane (Philostrato, lib. Vlll,
cap. 6), les dieux voient ce qui arrivera, les hommes ce
qui est arrivé, le sage (le magicien) ce qui Q?>isur le point
cV arriver, grâce au concours de son génie familier et de
la possibilité de l'astrologie.
Lucain, l'illustre auteur de la Pharsale, nous donne
Une description détaillée de la fougue irrésistible de
l'inspiration et des fureurs surnaturelles des pythies,
lorsqu'elles rendaient des oracles. Nous citons les ver-
sets 71-223 de ce poète d'après la traduction de Philarète
Chasles et deGreslon. (P. 342, etc.)
« Lorsque le co)nmandement de la république fut dé-
)) cerné à Pompée, Appius n'osant affronter les hasards
)) d'une lutte incertaine, alla consulter V Oracle de Del-
)) phes; à une distance égale du couchant et de l'aurore,
)) s'élancent dans les airs les deux cimes du Parnasse,
)) montagne chère à Apollon et à Bacchus, dont les Mé-
» nades thébaines confondent le culte dans les fêtes
)) triennales qu'elles viennent célébrer à Delphes...
» Ouelle Divinité se cache en ce lieu? Quel Dieu pos-
)) sédant tous les mystères du monde éternel et les se-
rt crets de l'avenir, se résigne au séjour de la terre,
» toujours prêt à se révéler aux mortels et à souffrir
y) le contact de l'homme ; également admirable et puis-
)) sant, soit qu'il révèle seulement la destinée, soit qu'il
)) la détermine par sa parole? Quoi qu'il en soit, des
)) que le soufle divin est entré dans le sein virginal de la
)) prêtresse^ il ébranle avec un bruit terrible cette àme
168 CHAPITRE XV.
)) humaine ; il fait éclater la bouche de la prophétesse,
)) comme la flamme déchire en bouillonnant le cratère
» de Sicile... Le Dieu se montre accessible à tous, et ne
)) refuse à personne ses oracles ; seulement il ne se rend
» jamais complice des passions humaines. Il n'est point
)> permis de venir dans son temple murmurer à voix
» basse de coupables vœux ; car, annonçant l'ordre fixe
» et immuable des destins, il n'accorde rien aux prières
» de riiomme...
» Le plus grand malheur de notre siècle, c'est d'avoir
)) perdu cet admirable lyrésent du ciel. V oracle de Delphes
» est muet depuis que les rois craignent l'avenir, et ne
» veulent ptlus laisser i^arler les dieux... Ainsi dormaient
» les trépieds depuis longtemps immobiles, quand Ap-
» p)^^^^ ^iiit troubler ce repos et demander le dernier
» mot de la guerre civile. . . Sur les bords des sources de
» Castalie, au fond des bois solitaires, se promenait,
» joyeuse et sans crainte, la jeune Phemonoée ; le Pon-
)) tife la saisit et l'entraîne avec force vers le sanctuaire.
)) Tremblante et n'osant toucher le seuil terrible, elle
» veut, par une ruse inutile, détourner Appius de son
» désir ardent de connaître l'avenir... On reconnaît cette
» ruse, et la terreur même de la prêtresse /««V croire à la
» présence du Dieu quelle avait nié. Alors elle noue ses
» cheveux sur son front, et enferme ceux qui flottent
)) sur ses épaules d'une bandelette blanche et d'une cou-
)) ronne de laurier de la Phocide. Mais elle hésite encore
» et n'ose avancer ; alors le prêtre la pousse violemment
» dans l'intérieur du temple... La vierge court vers le
» trépied redoutable ; elle s'enfonce dans la grotte et s'y
» arrête pour recevoir à regret dans son sein le dieu que
» lui envoie le souffle souterrain^ dont les siècles n'ont
)) point épuisé la force. Maître enfin du cœur de sa pre-
l'inspiration et les médiums. 169
» tresse, Apollon s'en empare... Furieuse et horsd'elle-
» même, la prêtresse court en désordre à travers le
» temple, agitant violemment sa tête, qui ne lui appar-
» tient plus ; ses cheveux se dressent ; les bandelettes
» sacrées et le laurier prophétique bondissent sur son
» front ; elle renverse le trépied qui lui fait obstacle dans
)) sa course vagabonde; elle écume dans l'ardeur qui la
)) dévore: Ton souffle brûlant est sur elle, ô Dieu des
» oracles!
)) Le tableau qui se déroule devant elle est immense ;
» tout l'avenir se presse pour sortir à la fois, et les évé-
)) nements se disputent la parole prophétique ; le pre-
» mier et le dernier jour du monde, la mesure des mers
)) et le nombre des grains de sable, tout se présente à la
» fois : (( Tu échapperas, dit-elle, aux dangers de cette
))» guerre funeste, et seul tu trouveras le repos dans un
)))) large vallon, sur la côte à'Eubée. » Le sein de la
)) pythonisse vient heurter la porto du temple, qui cède
)) à son effort ; elle s'échappe ; mais sa fureur prophé-
» tique n'est pas encore apaisée : elle n'a pas tout dit, et
)) le dieu, resté dans son sein, la domine toujours. C'est lui
)) qui fait rouler ses yeux dans leurs orbites et lui donne
» ce regard farouche et effaré ; son visage n'a point
)) d'expression fixe : la menace et la peur s'y peignent
r> tour à tour; une rougeur enflammée le colore et suc-
» cède à la pâleur livide de ses joues, pâleur qui ins-
)) pire l'effroi plutôt qu'elle ne l'exprime. Son cœur,
» battu de tant d'orages, ne se calme pas encore; mais il
» se soulage par de nombreux soupirs semblables aux
» gémissements sourds que la mer fait encore entendre,
)) quand le vent du Nord a cessé de battre les flots. Dans
ï) son passage de cette lumière divine qui lui découvre
» l'avenir à la lumière du jour, Use fit pour elle un inter-
14
170 CHAPITRE XV.
» valle de ténèbres, Apollon versa l'oubli dans son cœur
» pour lui ôter les secrets du ciel ; la science de l'avenir
» s'en échappe et la prophélesse retourne aux trépieds
» fatidiques. Revenue à elle-même, la malheureuse
)) vierge tomhe expirante. »
On voit donc que les pythies grecques, comniQ nos som-
nambules et extatiques modernes^ ne prophétisaient et ne
rendaient leurs orades qu en passant de l'état normal à un
état surnaturel. Les pythies oubliaient, comme nos som-
nambules magnétiques et artificielles, ce qu'elles avaient
vu, entendu et dit pendant leur extase. La lucidité de la
pythie fut généralement provoquée par les moyens artifi-
ciels de la magie ; de là l'oubli au réveil comme chez la
plupart des somnambules magnéticfues ; il n'en est pas de
même lorsque la lucidité est spontanée ; l'extatique na-
turel, le voyant spontané, conserve généralement le sou-
venir de tout ce qu'il a vu durant sont état extatique.
Ces citations suffisent, pour nous démontrer que les
anciens y seuls, et principalement la ^/^/e^ZTomèr^;, Pytha-
ijore et Platon, savaient bien ce que c'est que l'inspira-
tion et l'extase, tandis que nos prétendus philosophes
modernes, pour qui le monde surnaturel n'est qu'une
îettre-morte ou un X absohiment inconnu, croient que
l'inspiration est un état purement interne et subjectif;
no?» pseudophilosophes ne devinent pas la cause objective
et surnaturelle de cet état sublime. Les magnétiseurs
fluidistes sont tombés dans une erreur non moins gros-
sière ; voyant que le magnétisme animal donne lieu sou-
vent aux phénomènes de la lucidité somnambuliqiie, ils
croyaient que ces phénomènes merveilleux n'étaient
qu'un simple échaulfement du cerveau à l'aide d'un pré-
tendu//w^V/e //î«^>ie72^?<e dont on n'a jamais pu prouver la
réalité* Les disciples de Mesmer ont pris Fextase et Fins-
l'inspiration et les médiums. 171
piration pour une simple exaltation cérébrale, produite
par l'addition des forces vitales de deux êtres dans un
seul individu. Les mesmériens n'ont pas remarqué que
le magnétisme n'est qu'un simple moyen soporifique
pour engourdir les sens, tels que Vopiimi^ le chloroforme,
réther^ le soma des Indiens et tous les autres moyens de
la magie, pour parvenir à la lucidité artificielle. Il en
fut de même dans TEgypte ancienne des exhalaisons de
Kyphi (parfum composé de seize ingrédients diflerents),
qui agissait puissamment sur l'imagination, le siège des
songes, en la rendant plus claire et plus pure. Ces exha-
laisons no furent, suivant Plutarque (d'Isis et d'Osiris,
Ricard, v. 399), pas moins efficaces que les sons de la
lyre, auxquels les pythagoriciens avcdent coutume de s'en-
dormir. Tous ces moyens soporifiques ne peuvent pas
produire la lucidité; ils ne font que lapréjmrer en renver-
sant les obstacles qui proviennent de V influence du monde
matérieL
Ces moyens engourdissent les sens et interrompenl:
par conséquent les rapports de l'àme avec le monde
matériel. Or, l'âme isolée et délivrée du joug des im-
pressions matérielles à l'aide des sens, devient plus
apte à subir l'influence du monde surnaturel. Néanmoins
avant qu'un génie invisible soit parvenu à s'emparer de
l'âme d'un homme, le rapport de l'âme avec le monde
supérieur des Esprits est très imparfait. De là, le dé-
sordre et la confusion la plupart du temps dans la série
des idées et des événements dans les songes, dans le
noctambulisme et dans le somnarnbidisme inférieur ou
non inspiré. Certes, Tâme est affranchie des bornes ordi-
naires du temps et de l'espace; elle jouit déjà pleine-
ment des facultés merveilleuses, inhérentes à sa nature,
telles que la vue à distance^ la vision à travers les corps
172 CHAPITRE XV.
Opaques^ le refiet des pensées, etc., etc.. ; mais ce qui
lui manque, c'est la boussole divine, c'est l'influence d'en
haut, qui seule puisse la vivifier. Le sage Salomon a
bien caractérisé cette phase du développement des fa-
cultés de l'âme humaine, pour parvenir à la véritable
inspiration.
11 dit dans les Proverbes (chap. XVI, v. 1) : « Les prépa-
)) rations du cœur sont à l'homme ; mais le discours de la
» langue est de rEternel. » En effet, tant que l'àme n'est
pas encore inspirée, toutes les belles facultés dont elle a
la possession entière, sont plus ou moins stériles; l'in-
fluence de deux mondes s'entrecroise encore, grâce à
l'imagination et à la mémoire, malgré l'isolement qui ne
peut jamais être complet tant que l'àme n'est pas tout
à fait délivrée des liens du corps par la mort. Les fonc-
tions chimiques et physiques du corps et l'écho du
monde matériel arrêtent l'âme dans son vol sublime vers
la région des purs Esprits et des causes invisibles. Tout
change soudain^ lorsqu'un bon génie s'empare de l'âme ;
le calme renaît dans le cœur, l'équilibre de toutes les fa-
cultés intellectuelles et morales est rétabli ; Vâme se dé-
pouille des illusions terrestres et parvient à la véritable
contemplation divine. Au reste, plus les relations de
l'âme humaine avec les Esprits deviennent plus intimes,
plus ces rapports durent, plus les manifestations des Es-
prits deviennent directes, inatérielles et jKdpables.ha corps
du voyant ou de l'extatique commeuce môme à ressentir
l'influence du monde surnaturel et à participer aux phé-
nomènes spirituels. Les visions sont même aperçues par
les sens grossiers et externes, â l'état de veille ordinaire.
C'est alors qu'un état plus étrange et peut-être plus mer-
veilleux que l'état extatique du voyant se révèle.
Un génie invisible s'empare du corps d'un voyant ou
l'inspiration et les médiums. 173
d'une personne sensible, sans en déloger Fàme, sans
même Finspirer ou l'entraîner dans un état supérieur.
L'àme do l'homme, au contraire, conserve ses pensées
et sa manière de voir, de sorte que deux âmes, dont les
pensées diffèrent, aneme??^ passagèrement le même corps;
pourtant le corps subit bientôt i^\us> rinflueiice supérieure
dn pur Esprit^ bien que ce Génie iiivisible soit loin de
vouloir dompter l'àme en même temps que le corps,
comme dans les phénomènes de l'obsession et de la pos-
session.
L'esprit surnaturel laisse donc dans cet état à rame de
l'homme sa liberté pileine et entière, et n'aspire c/u'à se
servir de son bras sans intelligence pour exprimer ses
idées. Les personnes qui se trouvent dans cet état
étrange, sont appelées de nos jours, médiums, parce
qu'elles servent d'intermédiaires à ceux qui veulent
communiquer avec les esprits. Le médium est un instru-
ment d'autant plus docile, qu'il met au service de son
hôte passager de l'autre monde seulement son corps et
principalement son bras pour exprimer par écrit les
pensées du génie invisible. Le médium, n'est qu'une
main obéissante, un instrument tout à fait passif, dirigé
par les Esprits comme les tables et d'autres objets iner-
tes et inanimés, pour manifester leur présence et pour
exprimer leurs idées. Le médium n'est que l'écho d'un
pur Esprit, qui envahit son corps momentanément. Les
anciens ont connu cet état absolument passif. Homère
(Iliade, XII, 228) parle de ceux cpd servent d'instruments
passifs à la volonté divine; il en est de même de Platon
dans le Dialogue déjà cité d'Io et de Menon; néanmoins
il n'y a que ki Bible qui nous démontre nettement dans
le récit de la tentation de Jésus dans le désert, la diffé-
rence entre l'état de médium et l'inspiration. Jésus fut
174 CHAPITRE XVI.
amené OU pomsé paf VEs^prit dans le ^/és^;*/ ; il était ins-
piré par le Saint-Esprit, lo diable ne pouvant nullement
l'influencer, ni moralement ni spirituellement ; pourtant
le tentateur infernal remua et transporta le corps de
Jésus dans un autre lieu. Saint Mathieu dit (chap. IV,
5 et 6) : « le diable le transporta dans la sainte ville, et
» le mit sur le sommet du temple yy (bien que le Saint-
)) Esprit l'eut amené dans le désert). Et le diable lui
» dit : (( Si tu es le fils de Dieu, jette-toi en bas. »
Saint Luc dit également (chap. IV, 9) : «Le diable
» l'amena aussi à Jérusalem et le mit sur la balustrade
» du temple, et lui dit : Si tu es le fils de Dieu, jette-toi
» en bas. »
CHAPITRE XVI.
L'Extase chez les Indiens.
Le Yoga-Sâstra de Patandjali^ dans le quatrième cha-
pitre est un traité de l'Extase et de la Magie. Ce livre est
plein d'enseignements et de directions pour développer
les facultés somnambuliques.
Le deuxième chapitre de la troisième lecture de Brâh-
yyia-Soutra (III, 2, § 1-4) traite des quatre états ou con-
ditions de l'âme, revêtue d'un corps grossier, savoir :
Vétat de veille normal, l'état de rêve^ le profond sommeil
et V extase; on y comprend également l'évanouissement
et la stupeur qui sont intermédiaires entre le profond
sommeil et la mort.
Dans \état de rêve qui est intermédiaire entre l'état
de veille et de profond sommeil, il s'opère un cours
l'extase CHEIZ LES INDIENS. 175
fantastique d'évouements, une création illusoire, qui,
cependant, témoigne de l'existence d'une âme qui en a la
conscience.
Dans le profond sommeil, l'âme s'est retirée au sein
de l'âme suprême par la voie des artères à\\ joéricardiitm.
Durant la période du profond sommeil, l'âme est passa-
gèrement réunie avec l'Être suprême, auquel elle se
joint, d'une manière permanente, à l'époque de son
émancipation finale. Cette unification n'est pas nne ab-
sorption ou discontinuation de rindividiialité, mais une
apathie complète, à laquelle les saints aspirent par la
pratique de la mortification et par l'acquisition de la vé-
ritable science.
L'extase ou l'état de calme profond (Ninvana ou
Ancmdâ) est le suprême bonheur auquel l'Indien aspire.
En cela, le Djina [gymnosophiste), aussi bien que le
bouddhiste s'accorde avec l'orthodoxe Védantin.
Dans l'extase lapins élevée, F honmie parvient à l'intui-
tion intellectuelle pure; il peut prévoir la destinée, ré-
servée aux morts, conformément à leur degré de perfec-
tion dans l'autre monde. L'agrandissement futur de notre
être, le perfectionnement progressif de nos facultés dans
une série d'existences dont l'état terrestre n'est que le
prélude, est constaté par le pouvoir transcendant du
Yogui. Les lois de Manou(liv. YI, § 73) disent, concer-
nant le Yogui extatique: a En se livrant à la méditation
» la plus abstraite, qu'il observe la marche de l'âme à
» travers les différents corps depuis le degré le plus
» élevé jusqu'au plus bas. «
Les poètes indiens, dans le Ramayana et dans le
Mahabharata attribuent à un grand nombre de re-
ligieux ou à' Aiiachorètes ascéticpies (Yogui et Sanjasi)
a faculté de voir à travers les corps opaques, de de-
176 CHAPITRE XVI.
viner la pensée d'aiitriii, de prédire les événements fu-
turs, etc., etc.
Selon la quatrième lecture de Brâhma-Soiitra (cliap. IV),
un Yogiii extatique possesseur des facultés surhumaines
et transcendantes, n'est sujet au contrôle d'aucun autre
être ; il peut à son choix, être investi d'un ou de plusieurs
corps ou bien-être dépourvu d'une forme corporelle (en se
rendant invisible); maître de plusieurs corps par un sim-
'pie acte de sa volonté^ le Yogui n'en occupe qu'un setd,
laissant les autres inanimés comme autant de machines de
bois. Le Yogui extatique peut aiiimer plusieurs corps delà
même manière qu'ime simple lamjoe peut alimenter plus
d'une mèche.
Le philosophe Kanada admet la transposition des
sens, la faculté de voir parle nombril, etc., etc. (Pau-
thier. Essai sur la philosophie des Hindous, traduit de
l'anglais, de Colebrooke, 170, etc.)
Il y a ime analogie frappante entre ces tours extraor-
dinaires des Yogui' s et les phénomènes de la magie,
réhabilitée de nos jours, grâce aux efforts de MM. d'Our-
ches et du Potet.
Sankara dit dans Y Atma-Bodha (art. 40) : « Celui qui
» comprend l'invisible essence, ayant rejeté l'idée de
» formes et de distinctions, existe dans l'être universel vi-
)) vant et heureux. » Le même penseur y ajoute (art. 41)
ce qui suit :
Absorbé dans ce grand Esprit, « il n'observe pas la
» distinction de p)ercevant^ perception et objets perms. Il
» contemple une existence infinie, heureuse, qui est ren-
» due manifeste par sa propre nature. » De là la physio-
nomie rayonnante de l'extatique. Le Yogui contemple
toutes choses comme demeurant en lui-même, et ainsi
par l'œil de la connaissance, il perçoit que toute chose
l'extase chez les indiens. 177
est Esprit ; VEqrnt est le seul être qui existe véritable-
ment, (Atma-Bodha, art. 47.)
Le Yogui parvient déjà durant cette vie à une libéra-
tion, à une délivrance incomplète et restreinte. (Moukti,
Bràhma-Soutra, lY, 4, § 7.)
Le but de l'àine, c'est sa délivrance des liens terres-
tres, selon toutes les sectes de Flnde.
Suivant les Djina's {gymnosophistes)^ l'âme parvient
à la délivrance ou à la perfection au moyen d'une pro-
fonde abstraction ou concentration de la pensée et de la
volonté (Yoga-Siddha) et d'une extase contemplative ou
d'une intuition purement intellectuelle. Cette délivrance
est obtenue par une connaissance ou science droite et
par la doctrine et les observances religieuses. L'œuvre
de la délivrance est une ascension continuelle de rônie,
résultant de sa tendance naturelle à s'élever en haut,
bien qu'elle soit retenue en bas par les liens corporels.
Le sixième livre des lois de Manou, qui traite des
devoirs de l'Anachorète et du dévot ascétique, indique
de nombreux moyens pour parvenir à la délivrance.
Suivant le § 75 dudit livre, on parvient ici-bas au
but suprême, qui est de s'identifier avec Brâhnie, en
ne faisant point de mal aux créatures, en maîtrisant ses
organes, en accomplissant les devoirs pieux, prescrits
par les Yédas, et en se soumettant aux pratiques de
dévotion les plus austères.
Les § 80, 81 et 82 du sixième livre des lois de
Manou, disent de même ce qui suit : « Lorsque, par
» sa connaissance intime du mal, l'homme devient in-
» sensible à tous les plaisirs des sens, alors il obtient le
» bonheur dans ce monde et la, béatitude éternelle dans
» l'autre. S^étant, de cette manière, affranchi par de-
» grés de toute affection mondaine, devenu insensible à
178 CHAPITRE XVI.
» tontes les conditions opposées, comme l'honneur et
» le déshonneur, il est ahsorhé pour toujours dans
» Brâhme. y>
On sait que Bràlmie^ comme nom neutre est Y Eternel,
et Brâhma est ce même Dieu se manifestant comme
créateur. « Tout ce qui vient d'être déclaré, s'obtient
» par la méditation de l'Essence divine, car aucun homme,
» lorsqu"il ne s'est pas élevé à la connaissance de rame
)) sxqwême, ne peut recueillir le fruit de ses efforts. >)
La connaissance est ov spirituelle et intérieiirey ou
temporelle et extérieure. La connaissance extérieure ou
temporelle comprend l'étude de la Sainte-Ecriture et de
la nature externe, mais la connaissance intérieure ou spi-
7'ituelle seule, donne la connaissance de soi-même (le fa-
meux 7VW04 cTsauTov de Chilon)^ en distinguant l'âme de la
nature, et opérant ainsi la délivrance de l'âme du corps
et des sens. Ce n'est que par l'acquisition de la science
au moyen de l'étude des principes, que l'on apprend la
vérité définitive. Au reste, suivant Sankara {Atma-Bodha,
art. 47), la vertu, c'est-à-dire la direction droite des or-
ganes par l'âme, favorise l'ascension de l'homme vers la
région supérieure ; le mode le plus prompt d'obtenir la
béatitude dans la contemp^lation absorbée, par laquelle la
délivrance de l'âme va s'accomplir, c'est la dévotion à
Dieu. L'âme parvenue, grâce à la pratique magique des
Yoguis à l'état de pur Esprit, ne prononce que le fameux
monosyllabe Aum (nom mystique de Dieu), absorbée
qu'elle est dans la méditation de l'âme suprême.
La répétition de ce monosyllabe, en méditant en
même temps sur sa signification, fait surtout partie delà
dévotion d'un Yogui. Selon les Maheswaras et Pasoupa-
/^s (écoles de philosophie dualistes), l'abstraction et la
persévérance dans la méditation de la syllabe Aum dans
L EXTASE MYSTIQUE CHEZ LES CHINOIS. 179
l'extase et la profonde contemplation de rexcellence di-
vine délivrent déjà ici-bas du mal et des liens corporels.
La secte de Bouddha admet également l'extase contem-
plative, l'abstraction mentale comme l'état le plus par-
fait, comme un état heureux d'imperturbable apathie.
Cette apathie paf faite est le bonheur suprême, et néces-
saire pour élargir d'une manière infinie les facultés hu-
maines.
La pratique des Yogias fut cruelle et bizarre (comme
le schamanismé) ; en retenant l'haleine, ils serraient leurs
membres comme une tortue ; ils boivent le soma, qui se
compose du jus de cette plante, mêlé au lait caillé. (Du-
bois, Mœurs , institutions y etc., des peuples indiens^ t. Il,
p. 271.)
Suivant les lois de Manou (lY, § 24), il y en a qui sa-
crifient constamment leur respiration dans leur parole,
en récitant la Sainte-Écriture au lieu de respirer, et leur
jmrole dans la respiration, en gardant le silence, trou-
vant ainsi dans leur parole et dans leur respiration la
récompense éternelle des oblations.
CHAPITRE XVIL
L'extase mystique chez les Chinois
et chez les Perses.
La doctrine des Indiens, concernant l'extase et l'uni-
iication mystique, se retrouve chez les Chinois et chez
les Sofis des Perses. (Tholuck Suffismus, Berlin, 1821.)
On remarque une analogie entre les idées de Patand-
180 CHAPITRE XVII.
jali et la doctrine de l'école de Tao, dont Lan-tseu est le
fondateur. On retrouve des idées magiques et mystiques
dans le Tao-teking de ce sage célèbre. Lao=rtseu dit dans
le Tao-teking (chap. XYI) que l'extase et la quiétude
parfaite, le non-agir corporel, est la réunion à l'Être
suprême, dont il y a deux degrés, c'est-à-dire la réunion
simple, qui consiste à voir les choses en Dieu, et à renon-
cer à toute autre puissance que celle de Dieu. Le se-
cond degré de Vunification ou la réunion de la réunion
consiste à s'anéantir totalement et à se passer de tout
excepté de Dieu. [Notices et extraits des manuscrits orien-
taux, tome X et tome XII, contenant les deux savants
Mémoires de Sylvestre de Sacy.)
Vintime ressemblance des sofîs des Perses et des dervi-
ches mystiques chez les musulmans avec les Yoguis des
Indiens, prouve que leurs doctrines sont bien anciennes.
Le but auquel les sofis tendent comme tous les mysti-
ques, c'est une union parfaite avec Dieu, ou plutôt une
aJjsorption morale de leur volonté dans la Divinité. On
ne parvient à cette absorption qu'en contractant peu à
peu et par degrés l'habitude de renoncement à soi-même,
d'une indifférence parfaite à toutes les choses extérieures
et de l'abnégation de toute atîection et de toute volonté
propre. Celui qui aspire à cette perfection, ne peut y ar-
river que par des efforts soutenus et réitérés; il est déjà
censé avoir fait de grands progrès, quand il éprouve de
temps à autre, une sorte de quiétude plus ou moins par-
faite, dans laquelle, s'oubliant lui-même plus ou moins
complètement, il se trouve disposé à recevoir les lumières
surnaturelles que la Divinité fait briller à ses yeux, et à
contempler l'Etre suprême, qui, soulevant pour un mo-
ment, quoique daiis des degrés divers, les voiles qui le
dérobent à la vue des mortels, se laisse apercevoir à lui.
l'extase mystique chez les chinois. 181
mais comme un éclair auquel succède bientôt une nou-
velle obscurité. U y a dans cette perfection de la vie spi-
rituelle une gradation successive d'états et de stations,
qui ne se termine qu'à l'identification parfaite avec Dieu.
Les sofiSy aspirant à la contemplation divine à l'aide
de V Extase (Notes et extraits des Ma?iascrits, tome X,
p. 81), distinguent surtout deifx états ou stations princi-
pales :
1 . La réunion, c'est-à-dire, voir Dieu dans les créa-
tures.
2. La réunio?i de la réunion, c'est-à-dire, voir toutes
les ci'éatures, existant en Dieu.
Les sofis ont Tbabitude de peindre leurs extases et
les ravissements de l'amour divin sous les figures les
plus voluptueuses.
Le sofisme consiste essentiellement à s'adresser cons-
tamment aux exercices de piété, à vivre uniquement
pour Dieu, à renoncer à toutes les vanités du monde,
enfin à se séparer de la société, pour se livrer dans la
retraite aux pratiques du culte de Dieu.
L'étymologie du nom de cette secte mystique et théo-
sopbique vient de souf (laine), car le plus ordinaire-
ment ils s'iiabilleiit de laine. La raison en est, qu'ils
aftectaient, en adoptant des vêtements de laine , de
SB distinguer du commun des bommes qui aimaient
la magnificence dans leurs babits, mais les sofis se dis-
tinguent surtout des autres par des états supérieurs et
surnaturels àoni ils sont favorisés. L'essence de tout leur
système consiste à développer l'extase, laquelle naît des
combats livrés aux inclinations naturelles. Les sofis qï les
derwiches ont une tbéologie ésotériqiic et mystique ; ils
pratiquent des devoirs religieux particuliers L'indiffé-
rence dont ils font profession pour les religions positi-
182 CHAPITRE XVII.
ves, semble justifier l'horreur qu'ils inspirent auxfidèies
disciples de l'isiamisnie. Le pouvoir occulte que les der-
vicJtes s'attribuent, no paraît aux fidèles disciples de
Mahomet qu'une méprisable jonglerie, ou les effets d'un
art diabolique. Les combats spirituels et les médita-
tions religieuses des softs et des derviches sont suivis
ordinairement du dégagement des voiles des sens et
de la vue de certains mondes qui font partie des choses
de Dieu, c'est-à-dire des choses dont Dieu s'est réservé la
connaissance, et dont il est impossible que l'homme, qui
fait usage de ses sens, ait aucune perception. En renon-
çant aux sens extérieurs, la vigueur de rEsjyrit qui n'ap-
partient qu'à ces mondes invisibles, s'accroît. La médita-
tion aide puissamment à cela; car la méditation est
comme la nourriture qui donne la croissance de l'Es-
prit. L'Esprit de l'extatique ne cesse point de croître et
de s'augmenter juscju'à ce que de science, qu'il était, il
devie7ine présence^ c'est-à-dire l'objet d'une connaissance
immédiate et pour ainsi dire d'une intuition intellectuelle
pour celui qui est parvenu à se dégager des voiles des
sens. Dcms cet état, l'âme jouit de la plénitude des facultés
cpd lui appartieimeyit en vertu de son essence [Not. et extr,,
tome Xn, p. 303) et perçoit les objets par une percep-
tion immédiate, sans faire usage des organes des sens.
L'âme étant parvenue à lever les voiles des sens, reçoit
les dons divins et les faveurs spontanées de Dieu ; enfin,
sa nature, en ce qui concerne la connaissance exacte de
ce qu'elle est, approche de l'horizon le plus élevé ; nous
voulons dire de la sphère des Anges, ces êtres qni sont
exempts de toute union avec la matière. L'homme obtient
ainsi une perception de la véritable nature des êtres.
Ces extatiques ont souvent la connnaissance de l'avenir;
c'est-à-dire des événements avant qu'ils arrivent; ils dis»
l'extase mystique chez les chinois. 183
posent, par l'influence de leurs vœux (prières et désirs)
et par la force de leurs âmes, des êtres inférieurs, qui
sont contraints d'obéir.
Dans le livre arabe des Définitions de Djordani, il est
question aussi de la possession el de l'attouchement des
démons ; l'épilepsio et la folie résultent de l'influence
des démons; selon l'opinion commune, c'est un génie
qui trouble la raison de l'homme, il y est, en outre,
question des voyants et des illuminés, qui sont les posses-
seurs de l'intuition et de V inspiration des Esprits et des
morts, et qui voient les sens cachés et les choses réelles
qui existent derrière les voiles, c'est-à-dire les idées
originelles, les prototypes de tout ce qui existe. (Not. et
extr. des Manuscrits, t. X, p. 21 et 81.)
Le mot Elyas veut dire la contraction qui a lieu dans
la contemplation extatique de Dieu, et quiaifecte le cœur
de l'homme spirituel par l'effet d'une cause invisible qui
survient et agit sur lui. Cette contraction est une sorte
d'absorption morale. Ce mot Elias vient d'un individu
qui a été élevé dans le monde des Espjrits, et dont les
facultés corporelles se sont perdues dans le monde in-
visible, et y ont été absorbées par contraction. (iVo/. et
extr., t. X, p. 78.)
Insidua (rupture) signifie l'état d'un extatique qui,
après avoir considéré Dieu sous le point de vue d'une
unité absolue, où il n'y a point de distinction, retombe
de ce haut degré de contemplation à un degré inférieur,
où l'unité cesse pour lui d'être absolue, les attributs se
présentant à son entendement comme distincts de l'es-
sence.
Igma s'appelle l'évanouissement anormal qui est sou-
vent la suite du ravissement extatique.
184 CHAPITRE XVIII.
CHAPITRE XVIII.
De l'âme humaine.
L'existence de l'àme est déinontrée par plusieurs ar-
guments, selon le Sankhya-Karika (art 17 et 18). 11 doit
exister une intelligence directrice, comme il y a un con-
ducteur à un char; rintelligence directrice de la ma-
tière inanimée, c'est l'âme. La tendance à l'abstraction
prouve l'existence de Fàme.
Selon Gotayna, auteur du système de Nyaya, l'àme
est le principal objet à prouver. Un instrument exige un
opérateur ; sans un opérateur, nous ne pouvons pas voir
à l'aide des yeux qui sont les instruuients de la vision.
Les lois comme cause suprême, n'expliquent rien; il faut
remonter à la volonté d'un être qui les établit et les ap-
plique,
Gotama, du reste, dit qu'il faut distinguer l'âme indi-
viduelle de l'chne suprême. La multiplicité des âmes est
prouvée par les états di//ércnts de chaque être, par les
tendances diverses^ par les occupations diverses, enlin par
les destinées diverses de chaque être. Le Saiikhya-Karika
(art. 18) est d'accord sur ce sujet avec Gotama.
L'émanation de l'âme individuelle du sein de Brâhma,
n'est pas une naissance ni une production originale, se-
lon l'école orthodoxe de Védanta. Les âmes individuelles,
ces parcelles immortelles et étcr^ielles sont comparées à
des étincelles innombrables, s'échappant d'un brasier
enilanuné. Ces étincelles provieiment du foyer central,
et y retournent, étant de la même essence. Les lois de
DE LAME HUMAINE 185
Manou (liv. XII, § 15, traduct. de Paiithier) disent que
de la substance de l'àme s'échappent sans cesse comme
des étincelles du feu, d'innombrables principes vitaux
qui communiquent sans cesse le mouvement aux créa-
tures des divers ordres. L'àme est donc une portion de
rÊtre suprême, comme une étincelle l'est du feu. Le
rapport n'est pas comme celui de maitre et de serviteur,
mais comme celui du Tout et de la partie. Au reste,
rÈtre suprême dont l'àme individuelle fait partie, ne
partage pas les peines et les souffrances que celle-ci
éprouve, au moyen de la sympathie, pendant son asso-
ciation avec le corps. Comme l'image du soleil, réfléchie
dans l'eau, trouble ou vacille, en suivant les ondulations
de Fétang, sans cependant affecter les autres images ré-
fléchies dans l'eau, ni l'orbe solaire lui-même, ainsi les
souiTrances d'un individu n'affectent pas physiquement
un autre individu, ni l'Etre suprême. Du reste, bien que
les Véclas comparent les âmes individuelles aux étin-
celles jaillissant d'un foyer enflammé, ràmc est aussi
déclarée éternelle et incréée. (Piig-Véda, 8, 4, 17, Bràhma-
Soutrall, § 17.)
Sankara-Atcharya dit aussi dans \ Atma-Bodha
(Art. 13-20), que l'Esprit seul est vivant et éternel; il
anime tout, etc., etc.
L'àme est, selon Sankhi/a-Kariha (art. 33), iniinaié-
rielle^ individuelle, éternelle et inaltérable.
En Grèce, Thaïes, Pytïiagore et Platon ont supposé
l'àme incorporelle, et l'ont définie un être qui a, en lui-
même, le principe de son mouvement, une substance
intelligente. ( Plutarque, de Piacit. philos., lib. lY,
cap. 2, et 3.)
Selon Pythagorc (Diog. Laërtius, lib. VIII, 28), 1 àme
est formée de VEther divin, ou plutôt une émanation de
186 CHAPITRE XIX.
riiitelligencc universelle ; Cicero , de Senectute , dit :
« Audiebam Pytliagoram , Pytliagoreosque niiiiqiiaiii
y) dubitasse, qiiiii ex universali mente divinà delibatos
)) animos haberemus. »
Pythagore définit l'âme, un nombre qui se meut par
lui-même ; il prend le nombre pour l'intelligence, puis-
que X Unité ^çXow lui, c'est Vimaije de la Divbiité. Pytha-
gore admettait donc parfaitement la spiritualité de l'àme.
L'interprétation d'Aristote (de Anima, lib., I, cap. 4) est
à ce sujet conforme à celle de Cicéron (Acad. I, cap. 9).
Platon dit que l'àme est une substance intelligente, qui
se meut elle-même^ suivant les proportions d'un nom-
bre harmonique. (Plutarque, de Placit. philos., lib. IV,
cap. 2.)
Selon Heraclite, l'àme de l'homme n'est qu'une étin-
celle détachée du foyer au brasier central ; elle s'étein-
drait si elle n'était pas nourrie par le feu universel qui
continue à lui envoyer de nouveaux rayons.
Suivant Maximus Tyrius (Dissertât. 2o, 27 et 28),
l'àme ressemble à un rocher solide au milieu des
vagues de l'Océan ; l'immortalité résulte de la fixité de
ses principes et de ses impressions.
CHAPITRE XIX.
Immortalité, Éternité et Préexistence de l'âme.
Le dogme de T immortalité àe. l'àme n'est pas seulement
de toute antiquité, mais encore la foi en cette immorta-
lité est gravée dans le cœur des peuples les plus sau-
vages.
IMMORTALITÉ, ETER:n1TE ET PREEXISTENCE DE L^\ME. 187
Selon Loskiel [Histoire des Missions, p. 48), les In-
diens de l'Amérique du Nord prétendent qu'ils ne peu-
vent pas mourir pour toujours et à jamais, vu que la se-
mence elle-même, tout en pourrissant dans le sol, revit
de nouveau.
Il en est de même des Groënlandais, selon Krantz.
[Histoire de Groenland.)
La crainte des spectres, si générale et si universelle,
prouve, non-seulement l'immortalité de l'âme, mais en-
core la réalité des apparitions et des manifestations di-
rectes des Esprits,
En citant des preuves en faveur de l'immortalité de
l'àme, nous verrons que les traditions de l'antiquité
admettent également l'éternité de l'âme, sa préexistence
et ses incarnations diverses.
En effet, selon les Védas (Rig. Véda, 8, 14), l'âme est
non-seulement immortelle, mais encore éternelle et
incréée; c'est pour cette raison que les Pantcharatras et
et les Bhacjavatas sont hérétiques aux yeux de l'école
orthodoxe, parce qu'ils prétendent que l'âme est créée;
or, selon les Védas, si l'àme nest pas éternelle, elle n'est
pas non plus immortelle, (Brâhma-Soutra, II, § 17.)
L'école de Sankhya [Sankhya-Karika, art. 18 et 33)
et Sankara-Atcharya, l'auteur de V Atma-Bodha (art. 13-
20), admettent également l'éternité des âmes indivi-
duelles (Pauthier, Essais sur la philosophie des Hindous,
selon Golebrooke, page 131, etc., etc.). L'article 18 de
Sankhya-Karika dit que les âmes individuelles sont dé-
nuées de qualités perceptibles, incomposées, pénétrant tout,
immuables j éternelles, sans cause, invisibles, etc.^ etc.,.
Selon les anciens sofîs^ les substances fixes ou réel-
les, telles que les Esprits et les âmes, ne sont posté-
rieures à Dieu que quant à l'essence et non ciucmt au
188 CHAPITRE XIX.
temps; car elles sont éternelles, tant du côté dupasse que
du côté de Vavenir. (Anquelil Dupcrron, Zend-Avesta,
t. m, 384, etc.)
Toutes ces âmes éternelles et immortelles étaient pu-
res avant la chute. (Anquetil, III, 189 et 214.)
Lorsque le corps de l'homme est formé dans le ventre
de la mère, l'àme qui vient du ciel, s'y établit, selon les
anciens Perses. (Anquetil, III, 384.)
Les idées des Chinois, concernant l'immortalité de
Fànie, et les diverses phases de l'expiation, ont été sur-
tout développées par l'école des ïao-ssé. [Mémoires des
Missionnaires concernant la Chine, XV, 2S0, etc., etc.)
Selon le Livre des récompenses et des peines, par un
docteurïao-ssé, traduit parJulien,i 835 (Art.296 et 207) :
Tous les sages et tous les saints ont cru en ï immorta-
lité de rame, aux apparitions des morts, et à l'existence
des Esprits et des démons.
Selon le paragraphe 466 dudit Livre, l'ombre d'une
mère défunte apparaît en songe à son fils pour lui adres-
ser de sévères reproches d'avoir négligé de visiter sa
tombe, en offrant des sacrifices pour procurer le repos
à son âme. En effet, nul n'osait rejeter la doctrine de
l'immortalité de l'âme en Chine ; celui cjui ne respecte pas
les Esprits, est cruellement puni par eux. Les articles
296 et 297 dudit Livre des récompenses et des peines rap-
portent la punition cruelle d'un matérialiste : a Un homme,
» nommé Tchen, qui vécut sous la dynastie des Tsin, fît
» un mémoire sur la non-existence des Esprits et des dé-
)) mons. Un jour, un étranger vient le visiter et amène
» la conversation sur les Esprits. Tchen soutint qu'ils
» n'existaient pas. L'étranger lui dit d'une voix terrible :
)) Les sages et les saints de l'antiquité ont tous cru à
» l'existence des Esprits et des démons ; vous êtes le
IMMORTALITÉ, ÉTERNITÉ ET PRÉEXISTENCE DL l'aME. 189
» seul qui osiez la nier. Eh bien ! je suis un démon ! A
» ces mots, il se changea en un chien furieux, tout prêt
» à s'élancer sur lui; Tchenfut glacé de terreur eVmoii-
» rut sur-le-champ. »
Selon les traditions sacrées de la Chine, les Esprits
interviennent sans cesse dans les destinées humaines ; ils
aident même l'empereur de leurs conseils bienveillants.
Quant à l'idée de la préexistence de l'àme, elle résulto
de la métempsycose (le Livre des récompenses et des
peines, art. 136). Selon Confucius, les Esprits ont existé
avant le monde matériel; ce sont eux qui constituent
l'essence invisible de tout ce qui existe. [Mém. concer-
nant les Chinois, tome III, 6S et 66.)
La Bible suppose partout Fim mortalité de l'âme, sans
enseigner une vérité aussi fondamentale, gravée par le
Créateur lui-même en caractères ineffaçables dans le
cœur de l'homme. Elle traite de fou celui qui ne croit
pas en l'immortalité de l'âme. (Sapience de Salomon,
III, 1-9.)
Voici ces versets remarquables :
1. (( Mais les âmes justes sont dans la main de Dieu,
)) et nui tourment ne les touchera. »
2. ((// a semblé aux yeux des fous, qu'ils mownissenty
» et leur issue a été estimée une cmgoisse. »
3. « Et il a semblé à leur départ, d'avec nous, qu'ils
» fussent perdus ; mais ils sont en paix. »
4. « Que s'ils ont souffert des tourments devant les
» hommes, leur espérance était jileine d'immortalité! »
5. « Et ayant été légèrement châtiés, ils recevront
)) beaucoup de biens, parce que Dieu les a éprouvés et
)) les a trouvés dignes de lui. »
6. « Il les a éprouvés comme l'or dans la fournaise,
190 CHAPITEE XIX,
)) et les a reçus comme un sacrifîco d'holocauste, et il
» les regardera favorablement, quand il sera temps. »
7. (( Ils reluiront, et courront partout, comme des
)) étincelles au travers des roseaux. » (Ils pourront se
manifester partout, grâce à l'ubiquité des purs Esprits ;
en effet, plus l'Esprit est saint et haut placé, plus facile-
ment il pourra se manifester partout.)
8. c( Ils Jugeront les nations et ils domineront les peu-
» ples^ et leur Seigneur régnera à toujours. »
9. (( Ceux qui se seront confiés en lui, entendront la
)) vérité, et les fidèles demeureront avec lui dans son
)) amour, car la grâce et la miséricorde est pour ses
» saints, et il a soin de ses élus. »
On voit qu'aux yeux de l'homme le plus sage qui ait
jamais existé, et dont la haute sagesse a été brevetée par
l'Eternel lui-même, les inatérialistes ne sont que des fous
et des crétins. Il en est de même des Indiens, Selon les
lois de Manon (XII, art. 33), Y athéisme et le matérialisme
dénotent rignorance (Tamas). L'article 40 dudit livre XII
des lois de Manon dit que les âmes plongées dans cette
obscurité sont ravalées à l'état des animaux.
Continuons de citer ou d'indiquer au moins d'autres
passages de la Bible sur l'immortalité de l'âme. Job fait,
dans le chapitre XIX, une profession de foi remarquable
au sujet de ce dogme, qui est la base indispensable de
toutes les religions et de toutes les révélations , et sans
laciuelle toutes les croyances sont vaines et chimériques.
Nous citons les versets 26 et 27 dudit chapitre : « Et
w lorsqu'après ma peau, ceci aura été rongé, je verrai
)) Dieu dans ma chair; je le verrai moi-même, et mes
)) yeux le verront, et non un autre. »
Esaïe (XXVI, d9) dit: « Tes morts vivront, même mon
» corps mort vivra; ils se relèveront. Réveillez-vous et
ÏMMORïALÏTK, ÉTERNITÉ ET PRÉEXISTENCE DE l'aME. 191
» VOUS réjouissez avec chant de triomphe , vous, hal)i-
)) tants de la poussière ; car ta rosée est comme la rosée
» des herhes, et la terre jettera dehors les trépassés.»
D'autres passages d'Esaïe (V, 14 et XIV, 9) parlent
aussi de l'existence après la mort. Voici le verset 9 du
chapitre XIV : u L'enfer profond s'est ému à cause de
» ioï^pow aller au-devant de toi ; à ta venue, il a réveiHé
)) à cause de toi les trépassés, et a fait lever de leurs
)) sièges tous les principaux de la terre, tous les rois des
)) nations. »
Daniel dit de même, dans le chapitre XII, 2 : a Et plu-
» sieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la
» terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et
» les autres pour les opprobres et pour l'infamie éter-
)) nelle. )>
Les versets de la Bible concernant la préexistence de
l'àme et l'éternité de l'Esprit sont bien vagues, ces idées
n'ayant aucun rapport au salut de l'humanité, font par-
tie de ces vérités que la révélation biblique a voilées.
On sait que la Bible renferme des doctrines secrètes dont
nul ne saurait révoquer la réalité en doute.
Voici quelques versets de la Bible qui font allusion à
ridée de l'éternité et delà préexistence de l'àme, ou plu-
tôt, si l'on veut, de l'Esprit: D'abord, l'ancienne loi
(Psaume LXXXII, 6) et le Christ lui-même (Jean X, 34 j
soutiennent que les hommes sont des dieux.
Le Psaume LXXVIl (v. 5, 6 et 7) s'exprime assez net-
tement sur la question de la préexistence : a Je pensais
» aux jours d'autrefois et aux années des siècles passés. 11
» me souvenait de ma mélodie de nuit; je méditais en
)) mon cœur, et mon esprit cherchait diligemment en
» disant: Le Seigneur m'a-t-il rejeté pour toujours, et ne
» continuera-t-il plus à m'avoir pour agréable? )>
•192 CHAPITRE XIX.
L'Ecclésiaste (XII, 7) dit de même : a Avant que la
poudre retourne en la terre, comme elle y avait été, et
que resprit retourne à Bleu qui l'a donné. »
Esaïe (LYir, 16) est plus clair, en disant : « C'est de
par moi [Dieu] que l'Esprit se revêt, et c'est moi qui ai
fait les âmes. »
Voilà la distinction entre l'àme et l'Esprit nettement
établie. Il nous semble que Féternité de l'Esprit résulte
de ce verset, Dieu ayant revêtu l'Esprit d'un corps et
/«eV/V/me^ c'est-à-dire opéré l'union de l'Esprit éternel
' et incréé avec le corps, à l'aide de son souffle tout-puis-
sant qui crée l'âme seule. On sait que la Sainte-Ecriture,
dans les passages concernant la distinction entre l'Es-
prit et l'âme, entend par l'âme : l'union de l'Esprit avec
le corps. La distinction morale établie par l'épître aux
Hébreux (IV, 12) est liée à cette distinction psycholo-
gique ou anthropologique; l'Esprit ou l'âme entière-
ment séparée d'avec la matière, est plus apte à atteindre
à la perfection morale que l'âme ou l'Esprit uni au
corps. De là, le vif désir de saint Paul (Romains VII, 24)
d'être délivré du corps. Saint Paul est d'accord sur ce
sujet, non-seulement avec la Sapience (IX, 15), mais
encore avec toutes les traditions sacrées de l'Orient et
avec les penseurs les plus illustres de l'Inde et de la
Grèce.
Le prophète Jérémie (ï, S) seaible parler de la pré-
existence, en disant : « Avant que je te formasse dans
» le ventre de ta mère, je t'ai connu ; et avant que tu
» fusses sorti de son sein, je t'ai sanctifié, je t'ai établi
)) prophète pour les nations. »
Origène, qui admet l'idée de la préexistence de l'âme
(dePrincip., lib. III, p. 144 et 145), croit qu'il y a, selon
ledit verset de Jérémie et conformément aux passages
IMMORTALITÉ, ETERNITE ET PREEXISTENCE DE l'aME. 193
ayant trait à saint Jean-Baptiste, tels que Malachie lil, j ;
saint Luc, I, 13 -lo; saint Jean, I, 6, etc., des Esprits
qui ont une disposition au bien ou au mal, avant leur
naissance,
La Sapience VIII (19 et 20) confirme l'idée d'Origène.
Voici ces versets : « Or, j'étais un enfant bien né, et une
)) bonne âme in' était échue. Ou plutôt, étant bon^ j'étais
» venu dans un corps sans souillure. »
Ces versets de la Sapience sont d'accord avec les idées
de Pythagore, qui dit que le corps est proportionné et
adapté à la nature intime de Fàme. Il en est de même
des Véclas et du Vaisischyka de Kanada. (Art. 22 et 23.)
Ici nous nous bornons à alléguer la croyance des an-
ciens rabbins, qui appellent, conformément à la Sa-
pience (VIII, 20), Guph, le réservoir des âmes, c'est-à-dire
les lieux où elles séjournent avant leur incarnation ter-
restre. La secte des Esséniens croit également à une pré-
existence heureuse des âmes avant leur incarnation
terrestre. (Josephus de bello, Jud.L., 71, cap. 11 .)
Le premier verset du troisième chapitre du prophète
Malachie, a surtout donné lieu à la croyance de la pré-
existence de l'âme selon Origène. (Comment, in Johan,
tome II, 24.)
Nous allons citer encore ce verset remarquable :
(( Yoici, je vais envoyer mon messager, et il préparera
» la voie devant moi, et incontinent le seigneur que
» vous cherchez entrera dans son temple, l'anr/e, dis-je,
ï) de l'cdliance, lequel vous souhaitez. y)
Il en est de même des passages de la Bible ayant
trait à Esati et à Jacob, tels que Malachie, 1, 2 et 3 : et
Romains IX, 11-13. Voici Malachie, 1, 2 et 3 : « Je
» vous ai aimés, a dit l'Eternel ; et vous avez dit : En
)) quoi nous as-tu aimés? Esaii n'était-il pas frère de
194 CHAPITRE XIX.
)) Jacol)^ ditrEtcrnel? Or, j'ai aimé Jacol), mais j'ai
» haï Esati, et j'ai mis ses montagnes en désolation, et
» son héritage pour les dragons du désert. »
Les versets 11 jusqu'à 13 du neuvième chapitre aux
Romains, confirment les paroles du prophète : « Car
» avant que les enfants fussent nés, et qu'ils eussent fait
» ni hien ni mal, afin que le dessein arrêté selon l'élec-
» tion de Dieu demeurât non point par les œuvres,
» mais par celui qui appelle, il lui fut dit (à Rehecca) :
)) le plus grand sera asservi au moindre ; ainsi qu'il
)) est écrit : J'ai aimé Jacob et j'ai haï Esati. »
En Grèce ^ tous les hommes illustres, depuis Orphée
et Homère jusqu'à Platon ont admis la doctrine de l'im-
mortalité de l'âme. C'est un fait qui n'est que trop bien
constaté par tous les historiens. On sait que la tête de
Diagoras deMelos, penseur matérialiste, fut mise à prix
par les Athéniens. (Plutarque, de Placit. philosoph.,
lib., I, cap. S.)
Depuis Platon jusqu'à Proclus et aux derniers temps
du paganisme, la plupart des penseurs profonds admi-
rent encore cette idée sublime, que les traditions sa-
crées de l'antiquité avaient été léguées à une race bien
déchue de son rang. Nous ne citons donc pas les passages
si nonibreux ayant trait à rimmortalité de l'âme, et qu'on
trouve dans les œuvres immortelles d'Homère, Hésiode,
Pindare, d'Euripide, des pythagoriciens et de Platon,
etc., etc., nous préférons plutôt renvoyer les lecteurs
à ces chefs-d'œuvre. De mémo que suivant Euripide
(Suppl., ver. [)34), l'âme va au ciel et le corps reste sur
la terre, de même une épltaphe grecque a dit: ((La terre
» cache dans son sein ce corps qui est celui de Platon;
» mais son ame jouit de la vie calme et éternelle léservée
)) au:r hicnhcurcur. » (Jacobs, Anthol. gra?c., t. ï, p. 324.)
IMMORTALITÉ, ETERNITE ET PREEXISTENCE DE l'aME. 195
Une épitaphe trouvée à Ephèse place dans la bouche
(lu mort lui-même ces mots : « vàtw âripûw ispô-D âouov s-ù/
kx^povToç. )) (Je demeure dans le saint séjour des héros,
77îais 710)2 dans l'enfer.)
L'àme dégagée des liens du corps s'envolait vers les
cieux et y allait jouir d'une vie immortelle et incorrup-
tible ; ce qui l'assimilait naturellement aux dieux dont ce
genre de vie formait le privilège. Phocylide (Sent, édit.,
Sylb., p. 97) dit : « Tu cesseras d'être mortel, si, après
)) avoir laissé ton corps, tu parviens vers le libre chaaip
y) de l'éther ; tu seras un Dieu immortel et incorrup-
» tible. )) Plus loin, le même auteur s'écrie : « Après que
ï) 7101/8 aiiroiîs laissé 72otre dépouille ici-bas, 7ious sero7U
)) dieux, car des âmes incorruptibles habitent en nous. »
(( ï]nfm, partout nous trouvons les mêmes traditions
sur l'immortalité de l'àme, même chez le fétichisme et
chez les Peaux Rouges de l'Amérique. Dixon raconte
une très belle tradition des Peaux-Rouges, quant à leur
foi inébranlable dans l'immortalité de l'àmeot la réalité
du monde des Esprits et leurs relations continuelles avec
ceux qu'ils ont laissés sur terre. Yoici ce petit récit en
abrégé :
(X Un jeune chasseur, qui avait perdu le jour de noces
sa chère fiancée par la mort, ne connaissait qu'une seule
consolation au monde : celle d'être assis au pied de ce
tombeau qui renfermait ce qu'il avait eu de plus cher au
monde; il ne chassait plus et son oreille était devenue
sourde au cri de guerre. Son œil ne voyait que le pays
d! outre-tombe y où sa fiancée l'avait devancé, et dont
un ancien voyant lui avait raconté qu'il était bien loin
vers le Midi, aux bords d'un océan bien profond et bien
tran(|uille, sous un ciel éternellement serein et jamais
tacheté de vilains nuages. — Un jour, le désir ardent
190 CHAPITRE XIX.
d'être avec elle l'avait saisi plus que jamais, et malgré
que les arbres étaient chargés de neige et la terre glacée
de froid, il résolut de partir pour chercher au bout du
monde, s'il le fallait, les lies des Bienheureux. Il se mit
donc en route, et allait au loin par monts et par vaux.
Peu à peu la neige disparaissait, les arbres secs se cou-
vraient d'un vert charmant, la terre glacée se paraît de
fleurs, les buissons retentissaient des mélodies enchan-
teresses des oiseaux du printemps, et la route, jusque-là
très raboteuse, le menait dans un vallon charmant. 11 y
découvrait aussitôt ime tente de sa patrie. Un vieillard le
recevait amicalement, en lui disant : « Je savais bien que
» tu allais venir chercher ta bien-aimée perdue ; elle était
)) ici et elle y est même restée pendant quelque temps,
» mais elle est partie pour les lies des Bienheureux . Lors-
» que le chasseur s'était rafraîchi dans la tente, le vieil-
» lard lui montrait au loin un lac et à l'autre bord le
)) pays des Bienheureux. Je vis sur les frontières de ce
» beau pays, disait-il au voyageur, mais toi, montes dans
» ce petit bateau, prêt à te recevoir; mais il faut me
)) laisser tes bagages, ton chien et même ton corps; car il
)) n'y a que les âmes sans corps qui puissent traverser le
» lac dans ce bateau. »
» Le chasseur, enchanté de pouvoir pénétrer jusqu'à sa
bien-aimée, se sentait tout à coup délivré de son corps
fatigué par le voyage ; il avait la sensation d'un oiseau
s'élevant dans les airs. Les bosquets, les champs, les
vallons et les collines étaient encore les mêmes, mais
ses yeux néiaieniplus les mêmes, toute la nature lui
semblait renouvelée, vivante, de morte qu'elle avait été ;
une lumière éclatante y était répandue, des mélodies cé-
lestes s'échappaient des bosquets. L'air était plus doux,
la prairie plus verte, les oiseaux chantaient et il compre-
IMMORTALITÉ, ETERNITE ET PREEXISTENCE DE l'aME. 197
nait leurs mélodies, les animaux sauvages s'appro-
chaient de lui en le flattant, le gibier n'avait plus peur
de lui, car ici on n'avait jamais versé le sang ; aucun
chasseur ne s'est jamais vu au pays des purs Esprits. Il
ne marchait plus, il glissait comme sur la glace, ou plu-
tôt volait doucement comme un oiseau du ciel, sans au-
cun effort de sa part^ car on ne connaît plus la fatigue
dans ce pays-là. Enfin il abordait au lac dont le^i eaux
étaient claires comme le cristal de roche, au milieu se
trouvait une île charmante. Un petit bateau était au
rivage et les rames étaient prêtes. En y montant, notre
jeune chasseur remarquait, comme clans un rêve, qu'un
autre petit bateau ramait à ses côtés, dans lequel se
trouvait sa fiancée, plus pâle, mais plus douce, plus
charmante que jamais. Tous les deux quittaient le rivage
au même instant^ et leurs rames battaient les ondes mé-
lodieusement et d'accord. Une joie ineffable inondait le
cœur du chasseur, en poursuivant ensemble la route
aux Iles des Bienheureux, mais bientôt la frayeur le sai-
sit, car il voit des rochers, des falaises sans nombre, et
les ondes si claires reflètent les ossements de ceux qui y
ont fait naufrage. Ses propres forces étant grandes^ il
n'avait point peur pour lui-même, mais sa frayeur était
d'autant plus grande pour sa bien-aimée.
» En s'approchant du rivage de l'Ile, et que les ondes
écumaient, tous les deux trouvaient que leurs bateaux
partageaient les vagues comme un brouillard, et qu'ils
ne cessaient jamais de ramer dans un accord harmo-
nieux, tandis qu'autour d'eux beaucoup de bateaux fai-
saient naufrage, et la plupart n'arrivaient que très en-
dommagés. Il n'y avait que les bateaux des petits enfants
qui voguaient tranquillement vers le rivage, comme des
oiseaux qui retournent le soir au gite. Les bateaux qui
198 CHAPITRE XIX.
portaient de jeunes gens et déjeunes filles, combattaient
tantôt contre les vagues, tantôt ils étaient retenus parles
âpres falaises ; les bateaux des hommes plus âgés étaient
menacés par l'orage et le tourbillon, en un mot chacun
avaità combattre ses péchés, ses crimes passés, car
notre couple bienheureux remarquait bientôt que le repos
ou le combat ne dépendait point des ondes à jamais
tranquilles du lac paisible qui entoure le j^ays des purs
Esprits, mais que ce calme ou cet orage provenait de
F état de chaque âme.
» Enfin, on abordait et quittait les bateaux aux rives de
File, dorée par le soleil éternel. Quel changement su-
blime entre ce séjour adorable et notre terre si froide, si
laide! Là, on ne trouvait plus de tombes; là, on n'en-
tendait jamais le cri sauvage de la guerre funeste ; là au-
cun vilain nuage ne troublait l'harmonie céleste de la
temf)érature ; là, le brouillard n'obscurcissait jamais le
soleil brillant. Jamais on n'y avait versé le sang, jamais
on n'y avait vu la neige ou la glace ; les habitants de
cette île ne sentaient plus la faim ni la soif, car l'air em-
baumé les nourrissait; leurs pieds n'étaient jamais fati-
gués par la course, ni leur front en sueur par le travail,
et, ce qu'il y avait de plus beau^ de plus adorable, —
personne n'y regrettait jamais un être chéri, car la mort
n'y existait plus,
)) Le chasseur y serait resté volontiers, car il était réuni
à sa chère fiancée, mais un grand Esprit, qu'on appelait
le Seigneur de la vie s'approcha de lui et dit, d'une voix
douce comme la brise du soir : « Retourne dans ton
)> pays, car il n'est pas encore temps pour toi de demeu-
)) rer avec nous ; retourne à ta tribu et fais ton devoir en
» conscience ; quand tu auras rempli les devoirs d'un
» homme d'honneur, tu seras réuni à tout jamais avec le
IMMORTALITÉ, ETERNITE ET PREEXISTENCE DE l'aME. 199
» pur Esprit que tu chéris ; elle a été acceptée et elle y
» restera, aussi heureuse et aussi jeune qu'elle l'était,
» lorsque je la rappelai du pays froid et misérable de
» la terre. » Quand la voix cessait de parler, le chasseur
se réveilla et se retrouvait au pied de la tombe de sa
bien-aimée, car hélas! ce n'avait été qu'un rêve déli-
cieux,— mais cette vision en rêve est, d'après le point de
vue de ces peuples primitifs, aussi réelle, aussi objective
que les événements de tous les jours. » .(Dixon, New-
America, I, chap. 7, îndian, page 71-76.)
S'il y a accord presqu'unanime en fait de l'immortalité
de l'àme, il n'en est pas de même quant à la doctrine de
la préexistence et de l'éternité de l'àme, ainsi que de la
métempsycose en général.
Pythagore admet la préexistence de l'àme, la doctrine
de plusieurs incarnations, supposant nécessairement la
préexistence de l'àme individuelle. Pythagore croit de
même à la révolte des Esprits éternels dans le ciel, car
Diogène Laërtius dit (YIII, 31) que, selon Pythagore,
l'arrêt divin envoie les âmes pour punition des péchés
dans les corps grossiers et terrestres.
Le divin Platon admet également la doctrine de l'é-
ternité de Famé. Il dit (ïimée 90) : a L'àme est une idée
» divine et éternelle ; le nombre de ces âmes éternelles
)) reste toujours le même. » (Rep. X, 611, Phœd., 72, etc.)
Vàme n'a ni commencement ni fui; elle a une origine
céleste et divine. Suivant ce penseur célèbre, avant son
incarnation, l'àme a mené une vie surnaturelle et pure-
ment éternelle.
Vàme est plus ancienne que le corps, de là son droit de
gouverner le corps. (Timée 34. Plutarque, de la Créa-
tion de râme^ traduct. de Ricard, tome V, p. 3-10, etc.)
Selon Platon (Timée 41), tout ce que nous apprenons
200 CIUPITRE XIX.
en cette vie, n'est que le ressouvenir de ce que nous
avons vu dans une autre phase de notre existence. Pla-
ton dit encore, en faisant allusion à la préexistence de
l'à)7ie(dG Leg. X, 896), que ce qui est plus parfait et plus
excellent, a toujours existé bien avant la création des
objets moins parfaits. C'est pour cette raison, qu'Aris-
tote même dit (Phys. IV, 2, 3) : que les êtres invisibles
ont existé bien avant la création matérielle.
Le chap. 30 du P' livre du Traité de Porphyre, ton»
chant l'Abstinence, est très remarquable sous ce rapport.
Nous ne pouvons nous empêcher d'en citer les passages
les plus saillants :
L'auteur, après avoir soutenu que la fin et la perfec-
tion de l'homme consistent à mener une vie spirituelle,
dit : c( que nous sommes des substances heureuses et éter-
nelles, destinées à retourner dans le pays des intelli-
gences, où Ton ne trouve rien de sensible.
» Nous étions, autrefois, des substances intelligentes,
dégagées de tout ce qui est sensible ; nous avons été
ensuite unis à des corps, parce qu'il était au-dessus de
nos forces de nous conserver éternellement avec ce qui
n'était qu'intellectuel.
yy Pendant notre habitation terrestre, nous ressemblons
à ceux qui quittent leur patrie pour aller dans un pays
étranger, où ils se familiarisent avec les lois et les cou-
tumes des Barbares. Lorsqu'ils doivent retourner chez
eux, ils songent non-seulement au voyage qu'ils ont à
faire, mais pour y être mieux reçus, ils cherchent à se
défaire de toutes les manières étrangères qu'ils ont pu
contracter, et à se ressouvenir de tout ce qu'il faut faire
pour être vus agréablement dans leur pays natal. De
même nous, qui sommes destinés à retourner dans notre
vraie pat rie y le pays des pures intelligences, il faut que
IMMORTALITÉ, ETERNITE ET PREEXISTENCE DE l'a.ME. 201
nous renoncions à tout ce que nous avons pris ici d'ha-
bitudes mauvaises; car les substances intelligentes se
corrompent bientôt, dès qu'elles sont unies à des choses
sensibles et matérielles. Il nous faut donc nous dépouil-
ler continuellement de tout ce qui est matériel et nous
mettre en état de retourner d'où nous sommes venus,
sans que notre âme ait souffert de cette habitation ter-
restre. »
Il n'y a que les Stoïciens qui, tout en croyant en l'im-
mortalité, n'admettent pas l'éternité de Fàme. Selon eux,
les âmes vivront jusqu'à ce que le ciel et la terre soient
brûlés; car ils croyaient que toutes choses retourneraient
dans leur premier commencement et aux premiers élé-
ments, d'où elles avaient tiré leur origine ; et que les
âmes seraient derechef unies en Dieu et avec Dieu^ du-
quel elles étaient sorties.
Cicéron dit (Qusest. I, Tusc.) : « Stoici diu mansuros
animos ajunt; semper negant. »
Plutarque (de Placit. philos., lib. IV, cap. 7) dit aussi
que, suivant les stoïciens, les âmes des faibles et des
ignorants, après avoir quitté leur corps, se mêlent aux
substances terrestres, mais les âmes fortes, celles des
sages et des savants subsistent jusqu'à la catastrophe
iinale de l'embrasement universel.
16
202 CHAPITRE XX.
CHAPITRE XX.
Corps éthéré.
Seton le système de philosophie de Sankhyai(Sa/ikhya-
Karika^ art. 33), l'âme individuelle, immatérielle, éter-
nelle (Pouroucha) est le vérifable moi, la base person-
nelle de la conscience, du sentiment de la conservation
personnelle ou de Vécjoïsme (Ahankara), donnant lieu à la
chute et au péché. On pourrait comparer le rapport du
Pouroucha à l'Aliankaia, au Ling et Huen des Chinois.
U Ahankara produit les cinq éléments éthérés du monde
des Esprits. Ces cinq particules ou éléments subtils sont
perceptibles pour les purs Esprits ou Êtres d'un ordre
supérieur, mais incompréhensibles et insaisissables pour
les sens grossiers de l'homme. Les cinq éléments subtils
concourent à la formation du corps éthéré des Esprits ;
les âmes des hommes , après leur séparation d'avec
le corps grossier (la mort), en sont également revêtues.
(Lois de Manou, XII, § 16 et 21.)
Ce corps éthéré se compose, selon l'école orthodoxe
de Yédanta et selon le système de philosophie Sankhya,
de la racine intellectuelle des sens, du sens interne et
spirituel [Manas) et des fonctions vitales [Pranas et Apa-
nas). Ces fonctions vitales n'ont, du reste, pas lieu d'elles-
mêmes par une faculté intrinsèque, mais tous ces actes
vitaux sont dirigés et influencés par cinq Esprits (ou-
vriers) qui président aux fonctions de la respiration, de
la digestion, etc. Ces cinq divinités ou Esprits résident
dans le cœur, les poumons, le gosier, le nombril et
CORPS ÉTHÉRÉ. 4 03
les entrailles ; ils aident l'Esprit qui anime le corps gros-
sier et matériel. C'est pour cette raison qu'on pourrait
les appeler : Esprits ouvriers. Au surplus, ces Esprits
ouvriers ne perçoivent ni les jouissances, ni les souf-
frances qui affectent l'àme de l'homme . ( Bràhma-Sou-
tra, II, Sankhya-Karika, art. 20, etc.)
Le corps subtil uni avec les cinq Esprits de la vie et
le sens intérieur (Manas, Sensorium générale) est l'ins-
trument de la sensation de l'àme. Le corps éthéré, quoi-
que dénué d'intelligence, reflète pourtant l'intelligence,
par son union avec l'âme. Scmkara-Aicharya dit, dans
V Atma-Bodha (art, 24), que les sensations, les désirs,
les passions ne sont pas des propriétés de l'esprit, car
elles ne sont éprouvées que dans l'état de veille, tandis
que dans le profond sommeil et dans l'extase, ces im-
pressions ne sont pas ressenties. Toutes ces sensations
disparaissent , quand l'entendement cesse et se retire
dans la forme subtile ; d'où l'on doit conclure que ce
sont nos illusions qui existent dans Fentendement et
non dans l'esprit.
Le corps subtil étant l'instrument de la sensation de
l'àme, celle--ci éprouve la douleur jusqu'à la cessation
de son union avec ce corps éthéré, c'est-à-dire, jusqu'à
la délivrance finale et complète des naissances mor-
telles. (Sankhya-Karika, art. o5^)
On sait que selon les. lois de Manou (XII, §51) et
d'après l'école de Sankhija, il y a trois attributs es-
sentiels de l'Etre et que ces qualités essentielles du
graad principe intellectuel constituent les trois princi-
pales classes cVètres, plus ou moins parfaits. Ces trois
attributs, nécessaires et essentiels de tout ce qui existe,
sont, par conséquent, également des propriétés essen-
tielles de l'àme humaine. Ces attributs établissent donc
204 CHAPITRE XX.
en outre trois degrés analogues de perfection inteiiec-
Uielle et morale de l'âme, à mesure que celle-ci se dé-
gage en partie ou tout à fait de la matière, dans laquelle
il faut encore ranger le corps éthéré et les éléments
subtils. (Sankhya-Karika, art. 20, etc.)
Voici les trois principaux degrés de perfection intel-
lectuelle et morale de lame :
1 . L'état le 'plus parfait de l'àme, qui a été 8on état
primordial avant la chute, et qui sera le but final et glo-
rieux de ses transmigrations, lorsqu'elle sera |)arvenue
à la délivrance absolue du joug de la matière. Cette
condition est l'état de pure intelligence, l'état de l'Es-
prit dégagé de tout ce qui est matériel.
2. L'état de rémie, revêtue d'une forme subtile y des
rudiments élémentaires, des éléments en germe, imper-
ceptibles à nos sens grossiers. (Pauthier, Essais sur la
philosophie des Hindous, selon Colebrooke, p. 132, etc.)
3. L'état de r incarnation grossière et terrestre. (San-
khya-Karika, art. 20 )
Du reste, en parlant de l'état des âmes après la mort,
dans le chapitre XXllI, nous verrons qu'il y a, outre ces
principaux degrés de perfection , une variété infinie
à' état ou de locas.
Entre la forme subtile, émanant de la nature origi-
nelle et résultant du développement primitif ou initial
des rudiments de la création primordiale et la forme
grossière et matérielle, il y a encore une forme inter-
médiaire, raffinée et ténue, selon Kapyla. (Pauthier,
Essais, p. 131, etc., etc.)
C'est cette forme que l'extatique dans VYoga-Sastra
de Patandjali aperçoit, comme la flamme d'une lampe
sur sa mèche, à une petite distance au-dessus du crâne.
Au reste, cette forme lumineuse, qu'on pourrait compa-
CORPS ÉTHÉRÉ. 205
rer à l'auréole rayonnante des saints, n'est que l'effet ou
l'émanation de la forme subtile. De nos jours, cette
flamme a donné lieu aux hypothèses des Mesmériens,
concernant le fluide mar/nétique. Il en est de même de la
théorie émise [)ar le baron de Beichenhach, sur' les flam-
mes de rod. On sait que des personnes sensibles et sen-
sitives, les somnambules, les voyantes et les extatiques,
sont aptes à voir ces lueurs.
Selon Colebrooke (Transact. of the Asiat. Societ., p. 30
et 31), le corps éthéré ou subtil est aux yeux des Hin-
dous une émanation luisante de rame. C'est à l'aide de
cette enveloppe luisante, ou plutôt ombre lumineuse,
que les purs Esprits peuvent se manifester selon les vi-
sionnaires et voyants anciens et modernes.
Les Indiens admettent aussi une nourriture et un
breuvage des dieux et des Esprits {A?7irita). L'Amritn
leur procure l'immortalité, comme V Ambroisie des Grecs
et \siManne céleste de la Bible (Exode XVI), « cette viande
des Anges, selon la Sapience (chap. XYI, 20 et 21), qui
avait en elle la force de toutesdes délices et qui s'accordait
aucfoûtde tous. »
La lune, selon les traditions indiennes, est le réser-
voir de VAmrita, et le soleil en remplit la lune pendant
la quinzaine de sa croissance. Les dieux et les mânes en
boivent pendant la pleine lune. Les Bévas (dieux) et les
Asouras se disputèrent IMmn^^^^ qui finit par être le par-
tage des premiers. L'origine de VAmrita est racontée
dans le Ramayana. (Liv. I, chap. 4S.)
L'idée d'un corps éthéré, formé d'éléments subtils et
de fluide nerveux du corps grossier, dont l'âme s'enve-
loppe en quittant sa dépouille mortelle est fort ancienne.
C'est ce corps subtil qui sert d'enveloppe à l'âme, selon
la doctrine des anciens rabbins, quand l'habitude l'attire
206 CHALITRE XX.
vers la terre ou vers les lieux où elle a clemeiirô durant
sa vie terrestre. (Mennasseh, XI, 6, etc.)
Les Chinois admettent ime âme intelligente (Ling) et
une âme passionnelle (Iluen).
Plus l'âme se dégage de ces instincts et de ces pas-
sions (qui composent l'âme passionnelle), plus elle est
parfaite, bienheureuse et parvient à l'état de pur Esprit.
Néanmoins, les Esprits des morts bienheureux sont obli-
gés de se revêtir de cette âme passionnelle pour apparaître
et pour se manifester visiblement aux hommes, bien que
ces âmes parfaites se soient tout à fait dépouillées de la
matière et qu'elles demeurent dans les cieux.
En général, les traditions sacrées et tous les penseurs
qui ont admis plusieurs âmes dans l'homme ont confondu
les facultés inférieures de l'âme, c'est-à-dire les passions
et les instincts, avec cette enveloppe subtile, éthérée et
luisante, dont l'âme est revêtue, lorsqu'elle se manifeste
visiblement aux sens grossiers de l'homme.
Selon la doctrine des derniers cabbalistes, il y a .trois
âmes dans un homme :
1 . Vàme vitale ou la force vitale et fliddique, qui reste
auprès du corps jusqu'à la putréfaction complète [Ne-
phesch) ;
2° Le Rnacky l'âme proprement dite, dont le paradis
inférieur est la patrie ;
3. L'Esprit (Neschamah) qui retourne à Dieu. (Mennas-
seh, de Resurrectione, lib. XI, cap. 6.)
Les Groenlcmdais , selon lùrmz {Hist.de Gi'oenlancle) ,
croient aussi qu'il y a deux âmes dans l'homme :
1. Le souffle, qui anime le corps et entretient la vie;
2. \j ombre, qui se dégage déjà dans le songe, du corps,
et qui s'en sépare tout à fait par la mort.
Selon Delaborde, tous les sauvages de l'Amérique
CORPS ÉTHÉRÉ, 207
septentrionale admettent, en général, la présence de plu-
sieurs âmes dans le même corps. Les Canadiens croient
((lie Fune de ces âmes reste, après la mort, auprès du ca-
davre, mais que l'autre part pour la sphère spirituelle.
Pythagore n'admet pas trois âmes comme ces peuples
sauvages, mais une seule âme triple ^ c'est-à-dire qui a
trois facultés essentielles, l'intelligence (voOç), le senti-
ment (?/>ï3v), et l'instinct passionnel («J'^f^o?). On peut com-
parer ces trois facultés principales de l'âme, selon Pytha-
gore (Diog. Laërt., YIII), aux trois attribufs essentiels de
l'être selon Kapyla.
L'intelligence et le' sentiment se manifestent dans le
cerveau^ et l'instinct passionnel dans le cû9?«\ Platon^ au
rapport de Cicéron (Tusc, I) professa la même opinion.
Erésistrate disait aussi que Y âme intelligente était placée
dans cette partie du cerveau que l'on nomme épicrâne,
(Plutarque, de Placit. philos., lib. IV, cap. 5.)
Selon Maximus Tyriiis (sermo 26)_, Pythagore^ Platon
et Proclus parmi les Grecs anciens, ont admis le corps
éfhéré ; ces penseurs croyaient que tous les Esprits et les
dieux sont doués de corps éthérés. En général les tra-
ditions sacrées de la Grèce et les poètes professaient la
même opinion. Homère et d'autres poètes parlent de
blessures des dieux dans les combats. Homère appelle
gï(?wAov le corps (Hhéré ou la forme sensible revêtue par
rame après la mort. Ce corps éthéré des immortels
échappe aux lois du temps ; il est impérissable, in-
corruptible (àeâvaroç, %OtToç, Iliade, V, 857, etc.). La
tleur de la jeunesse y brille sans cesse ; car si la forme
externe est humaine, sa substance est d'une nature su-
périeure à la chair et aux os, qui composent notre
corps matériel (Iliade, XIV, 353); le sang est remplacé
dans le corps éthéré des dieux, par une sorte de liqueur
20^ CHAPITRE XX.
divine («x'V^), dont V ambroisie (la nourriture céleste)
fait le fond et le principe. Les Grecs admettent une
nourriture et une boisson célestes comme les Indiens.
IJambroisie et le nectar correspondent à Vamrita. Les
dieux mangent et boivent et peuvent être dominés par
la faim et la nécessité de repos (Odyssée, Y, 95). Aux
yeux de la tradition populaire et des poètes, le corps
éthéré des dieux devait supposer des aliments qui le
nourrissent.
Aristote (Phys., IV, 2 et 3) dit que les êtres invisibles
sont aussi substantiels que les êtres visibles. Les êtres
invisibles ont même des corps, mais très subtils et éthé-
rés. Il en est de même des stoïciens, selon Dioî>ène
LaërtiuS. (YII, 56 wav yxp tô ttoiojv ^Mua. è'o-Ti.)
Epicure dit que tous les dieux ont une forme hmyiaine;
mais que la raison seule peut les apercevoir, à cause de
la ténacité des parties qui forment leurs simulacres. (Plu-
tarque, de Placit. philos., lib. I, cap. 7.)
L'idée de la forme éthérée est suggérée aux Grecs et
aux Roumains, par les apparitions et par les fantômes du
rêve. (Lucrét., I, 121; Virgile, Enéide, VI, 659.)
C'est un fait reconnu, par tous les savants modernes
mêmes, que les plus grands Esprits de la Grèce admet-
taient la réalité objective des apparitions et des fantômes;
ils croyaient que les Esprits et les Êtres surnaturels pou-
vaient prendre une part directe et visible aux événements
d'ici-bas ; que les dieux pouvaient s'unir sous une forme
humaine aux simples mortelles. On croyait même, au
temps de Lysandre (Plutarque, Lysander, § 26, édit.
Reiske, pag.56 et 57), à ces unions charnelles et surna-
turelles à la fois, comme on était persuadé que cela avait
eu lieu aux temps héroïques. On croyait généralement
que l'intervention miraculeuse des dieux et des génies
CORPS ÉTHÉRÉ. 209
pouvait encore se renouveler. Suivant Pythagore (Dio^.
Laert., Vllï, 32), les Esprits annoncent aux hommes les
choses occultes, et prédisent l'avenir.
L'auteur de VEpinomis [EpinomiSy § 8 ; ap. Platon,
Oper.,édit. Becker, page 29) dit : que les êtres surna-
turels se font connaître à nous, soit en sonç/e, soit par
des voix et des paroles propltétiques entendues par des
personnes saines et malades, soit par des apparitions au
moment de la mort. Le fantôme qui apparut à Dion
(Plutarque, Dion, § 55, page 342, édit, Reiske) ressem-
blait à une Erynnie. Ce spectre était vêtu d'une grande
robe, c'est-à-dire telles qu'étaient représentées au théâtre
ces divinités; le fantôme balayait même la maison, à la
façon de ces divinités. On connaît aussi le fantôme qui
apparut à Brutus jeune sur le champ de bataille de Phi-
lippes, pour lui annoncer sa fin tragique. — Porphyre
(lib. II, touchant TAbstinence, chap. 34) dit que les dieux
conversent avec nous, et nous favorisant de leurs appa-
ritions, nous éclairent pour nous sauver.
Les docteurs de l' Eglise, les plus célèbres, tels qu'O-
rigène (in Prolog. Tzz^i àpxMv ) ; Tertullien (lib. de
Carne, cap. 6); Lactantius (lib. II, cap. 15) q{ Augustin
(de Divin, et Daemon., cap. 3 et 5), admettent égale-
ment le corps éthéré qui offre tant d'analogie avec la
doctrine de la résurrection de la chair et avec la méta-
morphose finale des corps des vivants, lors du retour
du Christ. D'ailleurs, les nombreuses apparitions ra-
contées par la Bible, semblent supposer l'existence d'un
corps éthéré, dont s'enveloppent les Anges et les Es-
prits pour se manifester visiblement aux hommes. Ori-
gène dit {Fragm, de résîirrect., édii, Paris, Op. I, page 35):
que l'àme sera revêtue après la mort d'un corps éthéré
qui ressemble à son corps terrestre; elle garde ce corps
210 CHAPITRE XX.
jusqu'à la Résurrection finale de la chair* Selon le même
docteur de l'Eglise primitive (Orig., Op., f, 194), tous les
Esprits s'enveloppent d'un corps éthéré quand ils en ont
besoin.
Il faut aussi lire les chapitres 11, 12 et 13 de la Dog-
matique de Gennadins Masiliensis sur le corps éthéré,
pour avoir de plus amples renseignements sur ce sujet
si intéressant, que les théologiens matéricdistes de nos
jours, dédaignent. — Les Anges, quoique purs Esprits,
sont presque toujours représentés dans l' Ancien-Testa-
ment, comme ayant des corps et paraissant faire des
fonctions corporelles. On les voit manger chez le pa-
triarche Abraham. (Genèse, 18,8.)
Les Esprits prennent, du reste, des formes diverses
selon l'école orthodoxe de Védanta pour apparaître.
Diverses formes illusoires, divers déguisements sont
revêtus par le même Esprit. [Yoga-Sastra. Pauthier,
Essai sur la philosophie des Hindous, selon (lolebrooke,
p. 140.)
Selon la Bible, les bons Esprits, tels que Moïse et Elle,
apparaissent en gloire (Luc, XI, 31. Apocalypse, I, 16) ;
ils communiquent même aux hommes qui ont des rap-
ports intimes avec eux (aux saints, voyants, extatiques,
visionnaires, etc., etc.) leur splendeur. Saint Mathieu
(XVII, 2 ) ditj en parlant de l'apparition de Moïse et
d'Elie et de la transfiguration du Christ, que le visage
de Jésus resplendit comme le soleil et que ses vêtements
devinrent blancs comme la lumière. Il en est de même
de saint Luc. (IX, 29.)
Selon l'Exode (XXXIV, 29), la peau du visage de
Moïse était devenue resplendissante pendant qu'il par-
lait avec Dieu. Selon la seconde Ëpître aux Corinthiens,
qui ne fait que confirmer les versets^ 29 et 30 ^du cha-
CORPS ÉTHÉRÉ. 211
pitre XXXIV de l'Exode, les enfants à' Israël ne pou-
vaient regarder le visage de Moïse à cause de sa splen-
deur. (II,Corinth, chap. III, versets 7 et 13.)
LTxode (cliap. XXXIV, 30) y ajoute « qu'.4r^?W2 et les
» enfants d'Israël s' éiamt aperçus que la peau de son vi-
» sage était resplendissante, ils craignirent d'appi'ocliev
)) de lui. ))
Les Actes des apôtres parlent dti visage flambant de
saint Etienne comme le visage d'un ange (VI, 15). Les
Hindous admettent des degrés différents de splendeur;
de là les enfants du soleil et les enfants de la lune parmi
les saints extatiques et les Yoguis. Les saints voyants et
les Extatiques religieux du moyen-âge parlent aussi de
cette splendeur. 11 en est de même de nos visionnaires et
de nos somnambules extatiques, dont la figure rayon-
nante reflète l'éclat céleste et l'auréole paradisiaque des
bons Esprits, qui se manifestent visiblement à leurs sens
plus éthérés et plus subtils.
CHAPITRE XXL
Corps terrestre.
La naissance est l'union de l'âme avec les instruments
de la vie, et avec les organes corporels. Ce n'est pas une
modification de l'âme, car l'âme est inaltérable. (Sanldiya-
Karika, art. 18.)
Les cinq éléments subtils produisent, selon Sankhya-
Karika, art. 3040, les xinq éléments grossiers.
212 CHAPITRE XXI.
Selon l'école oi'tliodoxe de Védanta, les éléments sub-
tils dont se compose le corps éthéré, sont la semence et
les rudiments du 'corps grossier et terrestre. (Bralima-
Soutra, II, § 8, etc., etc.)
Le Manas {Seiisarium générale) est la racine des sens
externes. (Sankhya-Karika, art. 60.)
L'âme qui retourne occuper un nouveau corps ter-
restre (on sait que les Hindous admettent la métempsy-
cose)^ cette âme abandonne sa forme aqueuse dans l'orbe
lunaire (séjour de la plupart des Esprits immédiatement,
après la mort) et passe rapidement et successivement à
travers l'éther, l'air, les vapeurs, les brouillards et les
nuages dans la pluie , et arrive ainsi par degrés jusque
dans la plante qui végète, et de là, par le moyen de la
nourriture, elle passe dans un embryon animal, (Brâhma-
Soutra, m, i, §4, 5 et 6.)
Selon les anciennes traditions des Perses (Anquetil,
m, 189 et 214), lorsque le corps de l'homme est formé
dans le ventre de la mère, l'âme, qui vient du ciel, s'y
établit.
Suivant les traditions sacrées des Grecs et des Ro-
mains qui ont admis également la métempsycose, toutes
les âmes qui avaient été un certain temps dans les lieux
heureux ou malheureux de l'autre monde et qui étaient
renvoyées dans ce monde, devaient premièrement boire
du fleuve ou de la rivière Léthé, afin qu'elles pussent
oublier tout le contentement du ciel et tout ce qu'elles y
avaient vu, et tous les tourments du Purgatoire et de
l'Enfer, et aussi tout ce qu'elles avaient fait durant ce
temps-là, pendant qu'elles étaient ici sur la terre. Tous
les lettrés connaissent les fameux vers du sixième livre
de l'Énéïde de Virgile sur ce sujet; nous allons en citer
quelques strophes :
CORPS TERRESTRE. 213
« Tum pater Anchises: animœ quibus altéra fa<o
» Corpora dabenlur Letha.'i ad fluminis undam
» Securoslalices et longa oblivia potaat. »
Plus loin Virgile continue :
« Has omnes, ubi mille rotam volvere aiinos ,
» Lelha3Lim ad tluvium Deus evocat ag mine magno,
» Scilicet immemores supera ut convexa revisant,
» Hlu'sus et incipiant in corpora velle reverti.»
Platon dit dans lePhaidon et le Timée (44), que toutes
les âmes, qui s'incarnent dans ce inonde, étaient pre-
mièrement enivrées d'une façon particulière, et que cette
ivresse leur faisait oublier tout.
Pindare (Olymp. XIII, 103), parle de démons qui pré-
sident à la naissance des hommes.
Selon Pliilon, les âmes descendent continuellement du
ciel sur la terre, entraînées par le désir de s'y incarner,
d'autres âmes remontent sur la mêmtî échelle au ciel
pour redescendre de nouveau. (Philon, quod a Deo mit-
tant. somn., 568; édit., Mang. I, 641.)
Les idées de Philon offrent une analogie frappante
avec la fameuse échelle de Jacob, dans la Bible, La Genèse
(XXYIII, 12) dit : « Et il [Jacob] songea, et voici une
» échelle dressée sur la terre, dont le bout touchait jus-
» qu'aux cieux; et voici, les Anges de Dieu montaient et
» descendaient par cette échelle. »
11 faut lire aussi les chapitres de saint Matthieu et de'
saint Luc sur la naissance de Jésus, en tenant compte des
paroles à jamais mémorables du Christ, savoir : « N'ap-
» pelez personne sur la terre votre père ; car un seul est
» votre père, leciuel est dans les deux. » (Saint Matthieu,
XXIII, 9.)
214 CHAPITRE XXI.
En effet, si, cont'orménient à l'Oraison dominicale :
« Notice Père qui êtes aux cieux, » si ce n'est pas du ciel
que noire Esprit est sorti, qu'on nous explique comment
les livres saints et les saints pères présentent cette vie
comme un exil ou un bannissement ; car exil ou bannis-
sèment suppose que nous avons du habiter auparavant
le lieu d'où nous avons été-bannis.
Selon Clemens Alexandrinus , Fàme est conduite par
l'un des Anges qui président à la procréation dans le
ventre de la mère. (Stroni., I et 111.)
Selon saint Thomas (1, p. 9, art. 1), la nature cor-
porelle de l'homme n'est qu'un voile qui lui cache sa
lin, La pénitence de l'esprit était d'ignorer son origine;
elle était en cela conforme à la justice de Dieu, et digne
de sa bonté : digjie de sa bontés parce que ce voile adou-
cissait la rigueur d'un exil insupportable à l'Esprit déchu,
s'il eût conservé le souvenir de ses joies célestes ; et
conforme à sa justice, parce qu'en cachant son existence
passée, il lui en donnait une autre ; et le soumettait à
une nouvelle épreuve qui n'eût pas été suffisante, si elle
eût été accompagnée du souvenir d'un bonheur, que
l'homme ne pouvait recouvrer que par sa privation et
l'oubli qu'il en avait fait.
Les idées concernant la vanité de la vie terrestre pro-
viennent de ce que l'Antiquité tout entière tient pour as-
suré que les âmes sont envoyées dans les corps pour puni-
tion des péchés; et que le corps est;, par conséquent,
comme un cachot et une prison de l'âme à cause de ses
péchés. Les Chaldéens, les Égyptiens et l'école de Py-
thagore ont accepté cette tradition fort ancienne. La
plupart des anciens, croyant en même temps à la Mé-
tempsycosCy personne ne reçoit, aux yeux des Hindous
surtout, du bien en cette vie, à cause qu'il fait bien, mais
CORPS TERRESTRE. >5l5
chacun porte la punition de la vie précédente. Les védas
enseignent que les pensées, les inclinations et les réso-
lutions de l'homme, qui dominent particulièrement ses
moments d'agonie, déterminent le caractère futur et
règlent la place subséquente que l'ànie occupe dans la
transmigration ; telle que sa pensée était dans un corps,
telle elle deviendra dans un autre, au sein duquel l'âme
passe après la ^mort.(Bràhma-Soutra, I, Lecture, chap. 2,
§ 1, «te.)
Le célèbre philosophe Kanada dit aussi (Vaisischyka,
art. 22 et 23) : que le corps d'un individu est le résultat
de l'àme, laquelle détermine la formation particulière
du corps d'un homme. Les idées de Kanada ont de l'a-
nalogie avec celles de Pythagore , qui dit (Diogène
Laërt.,VIlI, 28) que le corps convient aux besoins par-
ticuliers de l'àme ; il est proportionné à la nature de
chaque àme, adapté à sa nature intime.
Yoici quelques idées des anciens, concernant la va-
nité et l'imperfection de la vie terrestre : Selon Gotama,
l'auteur du Système Nyaya ou de la philosophie dialec-
tique de l'école Naiyàyika (Gotama, I, 1-8), lame est
susceptible tout à la fois de la science et de l'ignorance ;
pendant qu'elle est revêtue du co?'ps matériel, l'àme est
dans un état d'emjjrisonnement et sous l'influence des
mauvaises passions; mais étant délivrée de ces liens,
elle peut parvenir à l'aide de la connaissance des prin-
cipes éternels au séjour de l'Être suprême.
Sankara (Atma-Bodha, art. 26) dit que l'àme vitale,
c'est-à-dire l'Esprit uni au corps, ne discerne pas la na-
ture éternelle et vit dans une illusion complète à cet égard,
en voulant exister comme un être séparé de l'esprit. Il
n'y a qu'un Yocjui qui puisse parvenir déjà.ici-bas, grâce
à l'extase et à la profonde .contemplation de l^ excellence
216 CHAPITRE XXI.
diviiiej à un pouvoir transcendant relatif, ou à une dé-
livrance incomplète, comme nous verrons plus tard.
{Yoga Sastra de Patjandali^ chap. IV; Brâlima-Soutra,
IV, 4, §7.)
Les lois de Manou (VI, § 18) vont même jusqu'à dire:
« De même qu'un arbre quitte le bord d'une rivière,
» lorsque le courant l'emporte, de même qu'un oi-
» seau quitte un arbre, suivant son caprice, de même
» celui qui abandonne ce corps par nécessité ou par
» sa propre volonté, est délivré d'un monstre horri-
)) ble. ))
Porphyre (Abstinence, IV, 17 et 18) appelle samanéens
les saints érémites (Sarijasi ou Yoguis). Ces anachorètes
ascétiques passent tout le jour à s'occuper de la Divinité.
Ils sont disposés à l'égard de la mort de façon qu'ils re-
gardent le temps de la vie comme une malheureuse né-
cessité à laquelle il faut se prêter malgré soi, pour se
conformer à l'intention de la nature. Ils souhaitent avec
empressement que leurs âmes soient délivrées de leurs
corps. Il arrive souvent que, lorsqu'ils paraissent se bien
porter et n'avoir aucun sujet de chagrin, ils sortent de la
vie; ils en avertissent les autres; personne ne les en
empêche. Au contraire, on les regarde comme très heu-
reux, et on leur donne quelque commission pour les
amis qui sont morts, tayit ils sont persuadés que les âmes
subsistent toujours et conservent entre elles un commerce
continuel. Après qu'ils ont reçu les commissions qu'on
leur a données, ils livrent leurs corps pour être brûlés,
parce qu'ils croyent que c'est la façon la plus pure de
séparer l'âme du corps. Ils finissent en louant Dieu.
Leurs amis ont moins de peine à les conduire à la mort
que les autres hommes n'en ont à voir partir leurs amis
our de grands voyages. Ils pleurent d'être réduits à
CORPS TERRESTRE. 217
vivre encore, et ils envient le sort de ceux qui ont pré-
féré à cette vie-ci la demeure éternelle.
Porphyre, dans le livre lY, chap. H, 12 et 13, de son
traité touchant l'Abstinence, parle de la fameuse secte
juive des Esséniens et dit qu'ils rendent l'âme avec tran-
quillité, bien persuadés qu'elle ne mourra pas, car c'est
un dogme bien établi chez eux, que les corps sont mor-
tels, que la matière est sujette au changement, que les
âmes sont immortelles, qu'elles sont composées d'un
air très léger et attirées vers les corps par un mouve-
ment naturel ; et que, lorsqu'elles sont dégagées des
liens de la chair, elles se regardent comme délivrées
d'une longue servitude, qu'alors elles sont dans la joie
et se transportent vers le ciel. Durant la guerre des
Romains avec les Juifs, on ne les vit point chercher à
fléchir leurs bourreaux, ni verser aucune larme; au con-
traire, ils riaient dans les plus grands tourments, et
raillaient ceux qui les tourmentaient ; ni la torture, ni
les roues, ni le feu ne purent les contraindre à blasphé-
mer leur législateur.
On sait que les Esséniens ont pratiqué la liberté, l'é-
galité, la fraternité, l'aQîitié, la communauté des biens
sur une large échelle ; ils choisissaient ceux qui de-
vaient faire leurs afl'aires ; et ont fourni à chacun ses
besoins sans aucune distinction. On ne les laisse man-
quer de rien ; pendant leurs voyages ceux de leur secte
les préviennent lorsqu'ils arrivent dans une ville étran-
gère; et dès qu'on les voit, ils sont traités comme s'il y
avait longtemps qu'on les connût ; c'est pourquoi, lors-
qu'ils voyagent, ils ne portent rien avec eux n'étant
obligés à aucune dépense. Chacun donne à son confrère
ce qui lui manque et reçoit de lui ce qui lui est utile. Il
ne leur est néanmoins pas défendu de recevoir sans rien
17
218 CHAPITRE XXi.
rendre. Ils travaillent jusqu'à la cinquième heure, puis
ils se purifient et se revêtent de leurs vêtements sacrés
pour aller au réfectoire qui ressemble à un lieu sacré,
et pour se mettre à la table commune ; ils ne touchent
pas aux vivres, avant que le prêtre eût fait une prière.
Lorsque le repas commun est fini, le prêtre fait une
nouvelle prière ; ainsi, avant de manger et après avoir
mangé, ils rendent grâce à Dieu. Ils quittent ensuite leitfs
vêtements qui sont comme sacrés, pour retourner à
Touvrage jusqu'au soir ; ils observent les mêmes céré-
monies en soupant, et, s'ils ont quelques hôtes, ils les
font souper avec eux ,
Ceux qui veulent entrer dans cette société n'y sont pas
reçus tout d'un coup : il faut que pendant un an entier ils
pratiquent ce même genre de vie de tempérance ; puis on
les admet aux bains, et enfin au bout de deux ans d'épreil*
veSj ils sont reçus dans la société et admis à la table
commune. Ils font un serment, par lequel ils s'engagent
d'être pieux envers Dieu, justes à l'égard des hommes,
de prendre toujours le parti des gens de bien, d'être li-
dèles à tout le monde, de conserver leurs ànics pures de
tout gain injuste, de conserver les noms des Anges et les
livres, les dogmes et les traditions de leur secte.
Selon la secte des Esséniens, les âmes sont enfermées
dans le corps comme dans une prison. Delà leur joie, lors-
qu'elles vont être délivrées de ce joug corporel. Ces idées
ont beaucoup d'analogie avec celles de la Bible ; nous ne
citons ici que l'Ecclésiaste, I, 14 : a J'ai regardé tout ce
)) qui se faisait sous le soleil, et voilà, tout est vanité et
» rongement à'^^^ni. )) La Sapience (IX, 15) dit « que
» le corjiSj qui est corruptible, appesantit Vâme, et que
» ce tabernacle fait ào, terre abaisse l'esprit ch'drgc de
» soucis, w
CORPS TÈRRËSTkE; 219
Dans réfîtfë aux Romains (Yll, 24), saint Paul s'é-
ctïe de douleur : a Ah ! misérable que je suis, gui me dé^
» livretd du corps de cette mort? ii
L'épître aux Romains (chap. Ylll, 20 à 22) y ajoute :
« Les créatures sont sujettes à la vanité, non de leur
» volonté, mais à cause de celui qui les y a assujetties;
» elles fatte?identj dis-je, dans l'espérance qu'elles seront
» aussi délivrées de la servitude de la corruption, potir
)) être en la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Car
)) nous savons que toutes les créature^ soupirent et sont en
)) travail ensemble jusqu'à maintenant; et non-seule-
)) ment elles, mais nous aussi, qui avons les prémices
)) de l'Esprit ; nous-mêmes, dis-je, soupirons en nous-
)) mêmes, en attendant l'adoption, c'est-à-dire la rédemp^
)) tion de notre corps. »
Selon Pythagore, l'arrêt divin envoie les ânies pour
punition des péchés dans les corps grossiers et terrestres.
(Diog. Laërt., VIII, 31.)
Suivant Heraclite, l'âme demeure dans le corps^
comme un étranger ou un voyageur à l'hôtel. (Sextus
Empiricus, contradict. , VII ; Plutarque, d'Isis et d'Osi-
ris, pag. 76.)
Pjjthaijore dit également (Diog. Laërt., YIII, 31) que
l'àme est enfermée dans ce corps comme dans un cer-
cueil ou dans un tombeau. (PhiloL, ap. Clem. Alex.
Strom,, III, 433.)
Néanmoins, ce corps convient, suivant Pythagore,
aux besoins particuliers de l'âme ; il est proportionné à
la nature de chaque âme. (Diog. Laërt., YIII, 28.)
Platon {J^Xvéiàow^ 61)etCicéron (de Senectute, 20) sont
d'accord avec Pylhagore sur ce sujet.
Plutarqile dit, à la fin du traité d'Isis et d'Osiris, que
les âmes humaines, tant ({u'elles sont unies aux corps et
220 CHAPITRE XXII.
>
soumises aux passions, ne peuvent avoir de participation
avec Dieu que par les faibles images que la philosophie
en retrace à leur intelligence et qui ressemblent à des
songes obscurs. Mais, lorsque, dégagées de leurs liens
terrestres, elles sont passées dans le Hadès, ce séjour
pur, saint et invisible, qui n'est exposé à aucune révolu-
tion ; alors Dieu devient leur Chef et Roi; les âmes sont
fixées en luirai contemplent cette beauté ineffable dont
elles ne peuvent se rassasier et qui excite sans cesse en
elles de nouveaux désirs. (Plutarque, d'Isis et d'Osiris,
traduct. de Ricard, v. 396.)
On disait en Grèce : Celui qui est aimé des dieux
mourra dans la première jeunesse, (Sophocle, Œdip.,
col. 1225.)
Euripide dit : « Il faudrait pleurer le nouveau-né,
mais féliciter ceux que l'on enterre. (Euripide, Cresph.
fr.,13, etinc. 160.)
CHAPITRE XXII.
De la Mort.
La mort est l'abandon des instruments matériels par
l'âme, non son extinction, car l'âme est impérissable.
(Sankhya-Karika, art. 18.)
x\ux yeux de Diogène le Cynique (Lettres inédites) la
mort n'est qu'un changement d'habitation, l'âme se sépa-
rant du corps; il faut déjà se préparer, pendant la vie
terrestre, à cette séparation par des considérations éle-
vées, lesquelles seules peuvent rompre l'union de l'âme
et du corps.
DE LA MORT. 221
Selon les traditions sacrées des anciens Perses (An-
qiietil, III, 384), l'âme conduit le corps, tant qu'il est en
vie ; mais lorsque le corps meurt ici-bas., il se mêle à la
terre, et l'àme retourne au ciel.
Suivant la Bible, la mort n'est qu'un sommeil, L'Éter-
nel dit (Deutéronome, XXXI, 16) à Moïse : a Voici, tu
t'en vas dormh' avec tes pères. »
Saint Paul parle aussi du dormir de la mort. (I, Co-
rinth.,XY, 18 et 51.)
Selon le Christ, le prince de la vie, la mort n'est aussi
qu'un sommeil. Tous les chrétiens connaissent ce mot
sublime, savoir : « Lazare, notre ami, dort, j'y vais j^our
l'éveiller. C'est pour cette raison que saint Paul (I, Co-
rinth., XY, 55) pouvait s'écrier de joie : « Oii est, ô mort!
» ton aiguillon ; oit est, ô enfer! ta victoire? »
Le deuxième chapitre de la quatrième lecture du
Brâhma-Soutra (lY, chap. II, § 1-8) concerne l'ascension
de l'âme, en sortant du corps.
L'action des sens externes cesse d'abord avant celle
duManas (sens interne); la parole d'une personne mou-
rante est absorbée dans ce sens interne. Puis, ce sens et
le souffle, accompagnés de toutes les autres fonctions
vitales, sont retirés dans l'àme vivante, maîtresse du
corps. Les fonctions vitales se rassemblent autour de
l'âme au dernier moment, lorsqu'elle est expirante,
comme les serviteurs d'un roi s'assemblent autour de
lui, lorsqu'il est sur le point d'entreprendre un voyage.
L'âme se retire à son tour dans le corps subtil et lumi-
neux (composé de cinq éléments ou rudiments subtils,
qui forment le germe du corps grossier et matériel).
L'âme reste unie k cette forme subtile Qi élémentaire,
associée avec les facultés vitales jusqu'à la dissolution
des mondes, lorsqu'elle se plonge dans le sein de la su-
22^ CHAPITRE XXII.
prôme diviiiiti^ Le corps groshier, (jui ('tait chauffé par
ces éléments siil)tils, devient froid dès qu'ils l'aban-
donnent. L'âme de l'iiomme sage et vertueux sort <lu
cœur, et passe par le Souchoumna jusqu'au sommet de
la tête, et illumine son passage d'une auréole brillante,
en flottant au-dessus du sommet do la této, après avoir
quitté le corps. Les Yoguis ou les Saints extatiques et
les voyants seuls peuvent apercevoir cette auréole bril-
lante. Si l'individu (5st if/noranty l'âme quitte le corps
par une autre partie que la couronne do la tête. L'âme
comnuuiique avec le rayon solaire qu'elle rencontre jus-
(pi'ii la destination linale, guidée par les divinités qui
président aux régions où elle va. Ces régions sont des
stages ou des lieux de jouissonce^ qui doivent être visités
successivement, ou des signaux désignés pour la direct
tion de la i^outo, Les dieux qui dirigent l'âme dans cette
route sont ceux qui gouvernent les régions que l'âme
traverse. (Brâhma-Soutra, IV^ chap. 3, § 4, 5 et 6.)
La route a lieu par un rayon solaire jusqu'au royaume
du feu; de là, aux régents ou distributeurs du jour, des
demi-lunaisons, des six mois de l'été, de l'année, etc.;
puis de là, l'âme passe à l'aide du vent et de l'air par un
l^assage étroit vbï's la lune, d'oii elle monte à la région
de l'éclair, au-dessus de laquelle est situé le royaume
de Vnrouna, le régent de l'eau; de là, là forme aqueuse
de ces âmes, qui reviennent s'incarner de nouveau sur
la terre.
Los âmes de ceux, dont la contemplation a été par-
tielle et restreinte, restent ici, ou dans des régions de la
lune, revêtues d'une forme aqueuse ; après avoir reçu
la récompense de leurs (vuvres, elles retournent occuper
un nouveau corps, emportant avec elles l'influence qui
résulte de leurs premières œuvres. (Brâhma-Soutra, IL)
DE LA MORT. 223
Quant aux âmes des saints, dont la méditation pieuse
était dirigée sur le pur Brâhma lui-même (la Providence
ou l'Eternel), elles vont plus loin, après avoir pris cette
route, comme nous verrons dans les chapitres suivants,
en parlant de l'état des âmes après la mort jusqu'à la dé^
livrance finale. Quant aux âmes pécheresses, elles ne
prennent pas cette route que nous venons de décrire ;
elles tombent dans différentes régions de tourments dans
le royaume de Yama, dont nous parlerons également
dans le chapitre suivant.
Selon les traditions sacrées des anciens Perses (Anque-
til TU, 0-8S), les âmes rôdent jusqu'au quatrième jour
après la mort dans trois endroits :
1 . Où l'homme est mort ;
2. Où le corps a été déposé [Zadmarcj) ;
3. Dans le kesche du Dadjaït, c'est-à-dire dans le lieu
où l'on met le corps le troisième jour pour le sécher par
les rayons du soleil.
Le quatrième jour, l'âme arrive, après avoir espéré
en vain se réunir de noureau an corps, au pont Tchine-
vady où Mithra ei RachnerastYmiç^rvo^ç^Tii et pèsent ses
actions.
Les justes passeront ce pont, qui sépare la terre du
ciel , accompagnés des heds et iront au Behesrht^ séjour
céleste d'Ormuzd et des six autres Amschaspands, (An-
quetil, m, 78.)
Les autres vont dans les lieux d'expiation appelés
Hamestan .
Selon les anciens Égijptiem (Diodore de Sicile, I, SI)
l'âme rôde autour du corps jusqu'à la décomposition to-
tale de sa dépouille mortelle.
Les anciens Cabbalistes et les anciens Rabbins profes-
saient la même opinion, comme nous l'avons vu dans le
224 CHAPITRE XXIII.
chapitre YI qui traite des lieux hantés et fatidiques. Il
en est de même des Grecs. On sait que l antiquité tout
entière croyait que rexistence de rame demeurait encore
liée au corps qu'elle avait abandonné par la mort.
CHAPITRE XXIII.
r
De l'Etat des âmes après la mort.
Suivant les Védas et d'après l'école de Sankhya , il
y a quatorze sphères de transmigration pour expier les
péchés et pour se purifier, afin de parvenir à la déli-
vrance finale de la matière ; sept sphères sont supérieures
à l'homme, la Imitième, c'est l'état de l'homme, et les
six dernières sont inférieures à l'homme, ces quatorze
sphères ou ordres constituent les trois mondes qui re-
présentent dans l'esprit des Hindous, l'empire des trois
qualités de Vmne, savoir :
1. La bonté, dont le caractère distiuctif est la science;
2. La passion;
3. U obscurité, l'ignorance ou la méchanceté. (Lois de
Manou, XII, § 24-26, etc.)
L'athéisme et le matérialisme dénotent l'ignorance ou
l'obscurité. (Tamas.)
Nous avons vu dans les chapitres précédents que ces
trois essences primordiales et constitutives de l'esprit
sont des attributions nécessaires de tout ce qui existe.
(Sankhya-Karika, art. 3.)
L'âme éprouve dans ces mondes, dans ces sphères, le
mal qui naît de la décadence jusqu'à ce qu'elle soit fina-
lement délivrée de son imion môme avec le corps éthéré
DE l'État des âmes après la mort. 225
et avec les éléments subtils, et jusqu'à ce qu'elle soit
parvenue à F état de pur Esprit.
Toutes les âmes, dont la contemplation a été partielle
et restrictive, et qui n'ont pas accompli souvent des œu-
vres pieuses et désintéressées, expient leurs fautes dans
les sept régions destinées à la rétribution des œuvres, et
que l'on peut comparer au purgatoire des catboliques,
au Hadès des Grecs et à VAmenthès des Égyptiens.
Outre ces mondes ou sphères intermédiaires ou ex-
piatoires, il y a encore des endroits où les méchants
souffrent pour leurs méfaits, tels que le Yama-loca et
V Atamtappes , puits d'obscurité. (Roger, La porte ouverte
pour parvenir à la connaissance du paganisme caché,
traduite en français par la Grue. Amsterdam, chez Jean
Schipper, 1G31, tome II, chap. 21.)
On peut comparer ces lieux, où les méchants souffrent
toutes sortes de peines et de tourments, à V enfer. Néan-
moins, après avoir passé de nombreuses séries d'années
dans ces terribles demeures infernales, les grands crimi-
nels sont condamnés, à la fin de cette période, aux trans-
migrations pénibles pour achever d'expier leurs péchés.
(Lois de Manou, XII, § 75, 76 et 80.)
// n'y a pas de peines éternelles^ selon les lois de Ma-
nou ; non-seulement les paragraphes que nous venons de
citer, mais encore l'article 22 dudit livre XII dit nettement
que, après avoir enduré des tourments de toute sorte
d'après la sentence du juge, rame, dont la souillure est
effacée, revêt de nouveau un co?ps terrestre. Les âmes des
honmies qui ont commis de mauvaises actions, prennent
souvent un autre corps immédiatement après la mort. Les
cinq éléments subtils du corps étliéré concourent à la
formation de ce corps grossier qui est destiné à être sou-
mis aux tortures de l'enfer. (Lois de Manou, XII, § 21.)
226 CHAPITRE XXIII.
Il semble qu'il soit question ici d'un corps encore plus
grossier que les différents corps terrestres. L'homme
passe, du reste, après sa mort, pour des actes criminels
provenant principalement de son corps terrestre, à l'état
de créature privée de mouvement : pour des fautesy sur-
tout en paroles, il revêt la forme d'un oiseau ou d'une
bête fauve ; pour des fautes mentales, il renaît dans la
condition humaine la plus vile. (Lois de Manou, XII , § 9.)
Il y a, en outre, selon les Indiens (Roger, II, cliap. 21),
des Esprits qui, à cause de leurs péchés, sont obligés tle
voltiger dans l'air. Ces Esprits ne peuvent jouir d'aucune
chose qui soit sur la terre, (jue de ce qui leur est donné
par les hommes. Ces Espi^its flottants visite7it quelquefois
les hommes sous la forme d'honwie, mais à cause qu'ils ne
peuvent pas faire du mal, les Indiens disent qu'il n'est
pas besoin de les craindre.
Quant aux âmes hienheureuses, il y en a, selon les
'Indiens, deux classes principales , si l'on tient compte de
la Métempsycose :
1. Les saints, dont la méditation pieuse était dirigée
sur le pur Brâhma lui-même, et qui voient l'âme suprême
dans les êtres et tous les êtres dans l'âme suprême. (Lois
deManou, XII, §90.)
2. Les âmes de ceux dont la contemplation a été par-
tielle et restrictive.
Ces âmes, moins parfaites- que les saints, sont obli-
gées de s'incarner de nouveau sur la terre (Brâhma-
Soutra,II). Ces Esprits ne montent que dans les régions
cîe^la lune, ou selon leur degré de perfection jusqu'au
royaume de Varonna, le régent de l'eau. C'est de là
qu'ils retournent occuper un nouveau corps en empor-
tant avec eux l'influence qui résulte de leurs œuvres.
(Brâhma-Soutra, IH, chap. 1, § 4-6.)
DE l'État des âmes après la mort, 227
Ces trausmii^rations de l'àme dépendent de la vertu cl
du vice, car la destinée de l'âme est principcdement in-
fluencée par les j^ensées qu'elle éprouve à rhenre de la
mort. (Bràhuia-Soutra, T, chap. 2, § 1. Lois de Manou,
XTI, §23.)
Selon quelques sectes indiennes il y a sept mondes
sous le ciel, où vont ceux qui partent d'ici bienheureux^
outre le lieu où séjournent les âmes saintes, qui sont dé-
livrées à jamais des liens corporels. Chacun de ces sept
lieux est nommé, selon le chef qui y commande, tels que
Varouna-loca y h\dra-loca, Agni-loca^ etc., etc. Les Es-
prits jouissent dans ces lieux d'autant de félicité qu'ils
peuvent désirer. Chacun croit que sa place est la meil-
leure. Malgré cela, il faut que les Esprits qui y demeu-
rent, reviennent en ce monde, pour y naître encore ;
quand le temps qu'ils doivent demeurer là, est expiré,
ils sont ohligés de quitter ces lieux de délices pour s'en-
velopper de nouveau d'un corps grossier et terrestre.
bidra-loca., Agni-loca et même Brâhna-loca, selon
quelques sectes, font encore partie du Hadès provi-
soire.
Les âmes des saints traversent non-seulement le
royaume de Varoima, mais encore celui à' Indra et vont
jusqu'au Séjour de Brâhma, qui, selon Djaimini, est
l'Etre Suprême, mais Badari et les commentateurs des
Soutrâs soutiennent que Brâhma n'est pas l'Etre su-
prême, mais un effet de la volonté créatrice de Dieu,
ayant été enfermé dans l'œuf d'or mondain. Selon
ces derniers et d'après Djina, l'auteur de la secte des
(jymnosopMstes., les âmes des saints vont plus loin que
Brâhma-locM, jusqu'à ce qu'elles soient parvenues à VA-
lolm-kôsa, le séjour des âmes délivrées des liens corpo-
rels et par conséquent du joug de la loi des transmigra-
228 chapi-Tre XXIII.
tions. UAloka-kàsa est au-dessus de tous les mondes
[lokas); ici le mot a kâsa implique que c'est un lieu,
d'où Ton ne revient plus.
Les Chinois admettent de même la métempsycose.
Le Livre des récompenses et des peines, par un docteur
Tao-ssBy traduit par Julien (§ 136), dit que les méchants
sont jetés dans un brasier, dont l'ardeur est proportion-
n*ée à la gravité de leurs crimes ou du mal qu'ils ont fait
à leurs semblables. L'homme méchant est obligé, après
sa mort à parcourir l'une des trois carrières malheu-
reuses que l'on appelle San-tou :
1 . A être une bête de somme en revenant au monde ;
2. A souffrir dans un brasier les supplices de l'enfer;
3. K être un démon affamé.
Selon les Mémoires des Missionnaires (XV, 250), con-
cernant la Chine, les prisons des mauvais Eprits sont
aux limites extrêmes de l'univers, bien éloignées non-
seulement des demeures des bons Esprits, mais encore
séparées des lieux expiatoires, . où les bons Esprits qui
n'ont pas rempli leurs devoirs, expient leurs fautes,
commises durant leur séjour terrestre. L'état des âmes
varie selon le degré auquel l'homme est parvenu du-
rant sa vie terrestre. Si la raison (Ling), a prédominé
dans l'homme, l'âme s'élève jusqu'à l'état de iS/e;z ( Ange) ,
et jouit auprès de Schang-ti d'une félicité proportion-
nelle à son mérite. Cette félicité, quelle que soit sa na-
ture, ne lui laisse plus rien à désirer; mais si l'homme
est tombé sous le joug des passions sensuelles (Huen), il
devient un Esprit qui n'est ni heureux ni malheureux,
un Esprit flottant dans l'air, un Esprit de la nature,
parce que ces Esprits voltigent dans les sphères terres-
tres, étant tourmentés par le regret d'être privés des
jouissances terrestres.
DE l'État des âmes après la mort. 229
Ces Esprits sont en général torturés par des passions
et des désirs terrestres, qu'ils ne peuvent plus satisfaire;
c'est pour cette raison qu'ils avertissent les hommes de
se garantir du joug des passions. Au reste, même dans
cet état., la félicité ou le malheur dépend du libre arbi-
tre, ces Esprits pouvant encore tomber sous le joug des
passions spirituelles, telles que l'orgueil, Fégoïsme,
l'amour-propre excessif, l'entêtement, l'opiniâtreté, l'in-
subordination, la désobéissance, etc., etc. Néanmoins, la
plupart de ces Esprits flottants (Schen) aspirent à une
existence purement intellectuelle; ils combattent les
mauvais Esprits sans cesse et poursuivent les Kuei dans
toutes les sphères de la nature, jusqu'au sanctuaire du
cœur humain.
Suivant le Livre des récompenses et des peines (ar-
ticle 136), les âmes qui jouissent d'une félicité parfaite
auprès de Dieu [Schang-ti) sont appelées \Q^im7nortels du
ciel, et les autres qui demeurent dans les régions inter-
médiaires [le Hadès) les wmiorteh de la terre. Il faut
faire treize cents bonnes actions, si l'on veut devenir un
immortel du ciel ; trois cents suffisent pour devenir un
immortel de la terre.
Le système de plusieurs incarnations a été adopté
aussi par les Egyptiens (Hérodote, lib. II, cap. 123), qui
disaient que les âmes délogeaient d'un corps dans un
autre aussi bien des hommes que des bêtes ; et quand elles
avaient été dans toutes sortes de bêtes qui sont ici sur la
terre, dans la mer et dans l'air, qu'elles revenaient dans
les corps des hommes, et enfin dans le ciel, et qu'elles
pouvaient faire ce cours dans le temps de trois mille ans.
Clemens Alexandrinus dit (Strom., lib. VI, cap. 2) que se-
lon les anciens Egyptiens, l'âme de l'homme passe après
la mort dans le germe d'un corps animal ; ce n'est qu'au
230 CHAPITRE XXlil.
bout de trois mille ans qu'elle peut de nouveau revêtir
le corps d'un homme, après avoir parcouru toutes les
espèces animales. Les âmes des hommes qui n'étaient
pas encore parvenues à la sainteté, pour pouvoir de-
meurer chez les dieux éternels, étaient obligées de
s'incarner de nouveau. C'est pourquoi les Egyptiens
prononcèrent, lors de l'enterrement, la prière suivante :
(( Daignez, dieux, qui donnez la vie aux hommes, faire
ï) un accueil favorable à l'âme du défunt , afin qu'elle
» puisse demeurer chez les dieux éternels. » (Clemens
Alexand., Strom., lib. VI, cap. 2; Hérodote, lib. 11,
cap. 123.)
Il n'y a donc, selon les Égyptiens, que l'àme qui par-
vient au séjour céleste auprès des dieux, bltt final de
toutes les transmigrations, qui soit délivrée de là dure
loi de la métempsycose.
La Grèce et Rome ont admis également la docttine de
la métempsycose. Les Grecs ont peut-être appris ces
idées des Egyptiens ; les plus sages d'entre les Gi'ecs,
Lycurguey Solon, Thaïes, Pythagore et P/«/o>i voyagèrent
en Egypte et y conférèrent avec les prêtres du pays.
On dit que Solon fut instruit par Sonchis dé Sais et
Pythagore par Enuphis, VEéliopolitain. Pythagore sur-
tout, plein d'admiration pour ces prêtres, à qui il avait
inspiré le même sentiment, imita leur langage énigma^
tique et mystérieux et enveloppa ses dogmes du voile de
l'allégorie. (Plutarque, d'isis et d'Osiris. Ricard, Vi 328 «)
L'àme de l'illustre philosophe Pythagore s'est incar-
née sur la terre cinq fois; il fut d'abord lEthalidès, fils
de Mercure, qui lui avait promis de lui conserver la mé-
moire pleine et intacte de sa vie passée ; puis il fut un
pauvre pécheur de Délos, nommé Pyrrhus. Lors de sa
troisième incarnation Pythagore fut Eupharbus, F il-
DE L ETAT DES AMES APRES LA MORT. 'SSl
lustre défenseur de Troie, qui a illustré jadis les hauts-
faits d'armes de Ménélas, roi de Lacédémoiie ; ensuite
il fut Hermotlmiis durant sa quatrième incarnation ; en-
iin, il est né Pijthagore.
Pythagore en visitant Delphes y a reconnu le bouclier
qu'il avait jadis porté, lorsqu'il fut Euphorbus, Qi que
Ménélas, après la prise de Troie avait transporté comme
trophée en Grèce pour le consacrer à Pallas Athène. Mi-
nerve (Diog. Laërt., VIII; Philostrat., de Vita AppoU
loni, lib. I, cap. 1 ; Maximus Tyrius, Dissert., XXVIII,
éd. I)av., p. 288; Ovid., Métamorph., lib. XV, v. 160;
Horat., Carm., lib. I, Od. 28 ; ad. Archytam, Cicero, de
Officiis, lib. I; Aulus Gellius, lib. lY, cap. 11) dit :
a Pythagoras clypeum Euphorbi olim Delphis conse-
)) cratum recognovit, et suum dixit, et de signis vulgo
)) ignotis probavit. »
Le bonheur de la vie éternelle consiste surtout sui-
vant les anciens dans les facultés de conserver le souve-
nir du passé. Qu'on sépare de l'immortalité la connais-
sance et le savoir, ce ne sera plus une vie, mais une
longue durée de temps. (Plutarque, d'Isis et d'Osiris, au
commencement de ce traité, traduct. de Ricard, v. 319.)
Platon croyait de même à la métempsycose (Timée,
42^ 90, etc.; Phsedon, 34), car ce n'est que par des in-
carna! ions successives et diverses que l'àme parvient au
séjour céleste et éternel, après avoir expié dans les corps
terrestres ses péchés.
Pindare dit (Olymp., Od. Il) : que suivant la doctrine
de l'école de Pythagore l'âme ne parvient à la jouissance
du repos céleste et éternel auprès des dieux qu'après
s'être incarnée trois fois sur la terre pour expier ses pé-
chés. On connaît que , selon la tradition, Orphée fut
changé après sa mort en un cygne ; Ajax majeur, fîls de
232 CHAPITRE XXIII.
Télamon, en un lion, et Agamemnon en un aigle. Selon
Philon, les âmes descendent continuellement sur la terre,
d'autres remontent au ciel pour redescendre de nouveau.
Les âmes, dépouillées du corps, demeurent dans l'air ;
il y en a qui revêtissent des corps terrestres ; d'autres,
d'une nature plus élevée, dédaignent l'incarnation. (Pliil.,
quod a Deo mittant somn., 568, éd. Mang, I, 641.)
Les Romains suivant les traces des Grecs, croyaient
aussi à la métempsycose. Tous les lettrés connaissent
les versets suivants d'Ovide (Métamorph., lib. XV) :
« Morte Garent animœ, semperque priôre relicta
» Sede, novis domibus vivunt, habitantqiie receptcC.
» Omnia mutantur, nihil intcrit, errât, et illinc
» Hue venit, hinc illiic, et quoslibet occupât, artus,
» Spiritus eque feris humana in corpora transif,
» Inque feras noster, née tempore dépérit uUo. »
Il faut aussi lire Horat., lib. II, Carm. 20;Tibull.,
lib. lY; le sixième livre de l'Enéide de Virgile, etc., etc.
Les Gèthes ont adopté aussi ce système de plusieurs
incarnations des âmes. (Diodore de Sicile, lib. V.)
Il en est de même de tous les peuples Indo-Germani-
ques, chez lesquels on trouve des traces de cette doc-
trine (Csesar, de bello gallico, lib. VI). Selon les Druides,
l'âme du défunt va revêtir un nouveau corps dans une
autre sphère, mais non sur la terre. (Lucan. Pharsal.,
lib. I, V. 454, etc.)
Les anciens croyaient que les Esprits ne restaient pas
dans un état permanent ; ils étaient libres et devaient,
par conséquent, expier les fautes qu'ils avaient com-
mises. C'est ce qu'enseigne Empédocle (Plut. , traité
d'Isis et d'Osiris, Ricard, traduct., tome V, 344; voyez
aussi p. H3 et 114 de mon édition de 1857), qui ajoute
qu'après le temps de leur punition, ils recouvrent dere-
DE L ETAT DES AMES APRES LA MORT. 233
chef le lieu^ le rang et l'état qui leur est propre selon
leur nature. C'était une opinion générale, que les êtres
spirituels pouvaient mériter de passer d'un rang moins
élevé dans un ordre supérieur. Hésiode (Op. et Dies,
121, etc.), comme nous l'avous déjà vu, a prétendu que
les âmes des hommes de l'âge d'or, avaient été changées
en démons ; Plutarque a adopté cette opinion dans son
traité sur l'esprit familier de Socrate ; il dit, dans la Vie
de Romulus, qu'il est persuadé que, par la vertu, les
âmes des hommes deviennent par l'ordre des dieux,
héros, de héros génies (ou démons) ; et si elles ont passé
toute leur vie, comme les jours des saintes cérémonies
et des purifications dans la pureté et dans l'innocence,
sans avoir commis aucune œuvre mortelle, ni fléchi sous
le joug des passions, de génies elles deviennent de vérita-
bles dieux^ et reçoivent la plus grande et la plus heu-
reuse de toutes les récompenses, non pas par un arrêt
puhlic d'une ville, mais réellement^ et par des raisons
qui se tirent de la Divinité même. Nous avons déjà vu
que selon Plutarque les bons démons sont changés en
dieux, en récompense de leur vertu. (Plutarque, Isis et
Osiris, Ricard, V, p. 344, etc.)
Le nombre des âmes qui sont métamorphosées en
dieux est très petit, si l'on s'en rapporte à Plutarque
[ries Oracles qui ont cessé, traduction d'Amiot). La mu-
tation d'âmes, se tournant d'hommes en demi-dieux et
de demi-dieux en démons a lieu, selon les penseurs,
mais bien peu, après être au bout d'un laps de temps
bien affinées et entièrement purifiées par la vertu, ils
viennent à participer de la Divinité ; et il y a des âmes
qui ne peuvent se contenir, et ainsi se laissent aller et
s'enveloppent derechef de corps mortels, où ils vivent
d'une vie sombre et obscure, comme d'une fumée.
18
234 CHAPITRE XXIII.
Les dieux /^/'^5 et les dieux jjé net tes avaient été des
âmes humaines, si l'on croit Labéon, cité par Servius
(Servius, sur le livre lïl de l'Enéide] ; lamhlique (Myst.,
lib. II, cap. 2) a enseigné aussi que les âmes devenaient
souvent Afi(/€s par la bonté des dieux, Maxime de ïyr
(Dissert. 27) ajoute, qu'après avoir été métamorphosées
en démons, elles veillent sur la conduite des autres
hommes. Parmi les théologiens chrétiens, Origène est
d'accord avec Maxime de Tyr, mais Psellus (de Anima
doctr.) croyait que les Anges étant des espèces absolu-
ment différentes des âmes humaines, cette transmutation
n'était pas possible.
On voit par Diodore de Sicile (Fragments, V, 212),
que si PytJiagore établissait un retour des âmes de même
que les Gaulois, il ne les faisait revenir qu'après un ter'-
tain temps ; au bout d\m nombre déterminé d'années^
pendant lesquelles chacun recevait auprès des mânes^ la
peine ou la récompense quil avait méritée (St. Clément
d'Alexandrie, dans ses Stromates, lib. IV). Ce philoso-
phe ne croyait donc pas que les âmes circulassent
perpétuellement d'un corps à l'autre. Il appelait ce
retour, non pas une métempsycose mais une palinyé-
nésie^ une nouvelle naissance, ce qui insinue que c'était
le même homme qui renaissait dans un état plus par-
ait. (Dalai-Lama de Bouddha, avec souvenir du passé,
siiême dans l'enfance»)
Pythagore ne croyait donc pas que Pmne retienait dan^
la matière terrestre pour expier une vie antérieure, comme
Allan Kardeck et les Indiens ; son opinion^ au contraire^
si l'on s'en rapporte aux auteurs précités, aurait été
dans le sens des métempsycoses progressives^ après une
expiation préalable à l'état spirituel^ lequel est, en effets
la vie normale de l'homme.
DE l'état des AMES APRES LA MORT. 235
L'existence universelle des lieux hantés et le manque
de souvenir prouvent que l'âme d'une personne morte se
réincarne rarement sur là même planète ; elle expie à
l'état spirituel ses fautes. Selon Diogène Laërce (Proem. ,
page 5), les Scythes croyaient aussi que les hommes en-
traient après cette vie dans un état de peines et de récom-
penses, selon qu'ils avaient négligé ou pratiqué les trois
grandes vertus, la piété, la justice et la bravoure. C'était
aussi la croyance des Gèthes, autre peuple d'origine scy-
thique. Selon Hérodote, ceux-ci croyaient que l'homme
ne meurt pas, mais que, en quittant cette vie, il va trou-
ver Zamolxis (le Tis ou l'Odin des Scandinaves), que
quelques-uns d'entre eux estiment être le même que
Gébeleais, c'est-à-dire celui qui donne le repos.
Comme ces peuples, les Celtes croyaient que les morts
reviendront à la vie pour être immortels ; ils croyaient à
la résurrection, mais à à la résurrection dans un monde
supérieur. Le poète Lucain, qui avait été élevé au mi-
lieu des Celtes, s'adressant aux druides dans sa Phar-
sale, dit (lib. I) : « S'il faut vous en croire, les âmes ne
)) descendent pas dans le séjour des ténèbres et du
» silence, ni dans l'empire souterrain de Pluton. Vous
)) dites (je ne sais si vous en avez quelque certitude)
» que le même Esprit anime le corps dans un autre
)) monde, et que la mort est le milieu d'une longue vie. »
Qu'est-ce que peut signifier un tel passage ? dit Piérart
[Redite spiritualiste^ VI, 19), si ce n'est que la mort
était une interruption passagère dans les phases de l'éter-
nelle vie, un relais dans le sens des métempsycoses pro-
yressives, que chacun devait connaître après l'expiation
des fautes de l'existence matérielle;
Selon une ancienne légende des Celtes, les âmes
étaient portées dans l'Ile des Bienheureux, c'est-à-dire la
236 CHAPITRE XXIII.
Grande-Bretagne, par certains habitants de la côte [Pro-
cope, Gotlies,lib. IV, cap. 20, p. 702). Sujets aux Francs,
ils ne leur payent aucun tribut ; ils prétendent en avoir
été déchargés parce qu'ils sont obligés de conduire tour
à tour les âmes.
Les morts, d'après les Gaulois, ne revenaient donc
[)oint habiter de nouveaux corps dans le monde qu'ils
avaient quitté. Ils prenaient leur essor vers d'autres
régions, et à ceux qui en douteraient, nous pouvons
opposer l'autorité de Procope. La croyance en l'Ile des
Bienheureux qu'ils plaçaient à l'occident des Gaules,
avait pénétré de bonne heure chez les Romains et les
Grecs. Démosthènes dit (Orat. funebr.) que selon la plus
ancienne doctrine, les âmes étaient transportées dans
l'Ile des Bienheureux. C'est aussi là que Lucien (Ilist.,
lib. IL) place, entre autres héros, les deux Cyrus, Za-
molxis et Anacharsis, philosophes scythes, et l'on voit
par Hésiode, Homère, Euripide, Plutarque et Dion Cas-
sius, etc., que l'on s'accordait à placer ces îles dans
l'océan Atlantique, à l'occident de la Gaule.
Les Druides, ])as plus que Pythagore n'admettaient
un retour des âmes dans la matière, j^our expier les fautes
d'une vie matérielle antérieure.
De nos jours, les manifestations des Esprits supé-
rieurs en Amérique et en Europe sont en général oppo-
sées aux réincarnations. V histoire si considérable des
lieux hantés^ des âmes en p)eine qui demandent ou des
prières, ou qu'on répare les torts qu'elles ont faits de
leur vivant ici-bas, en est u?ie p7'euve bien supérieure aux
dictées de certains médiums , imbus du C?'edo d'AUan
Kardeck, en France. On sait que ce Credo a été lancé
audacieu sèment avant que toute étude, toute enquête
minutieuse, fut faite sur ces graves matières, dans l'en-
DE L ETAT DES AMES APRES LA MORT. 237
semble des faits comme dans celui des doctrines. C'est
un fait que les Esprits réincarnationistes ne se manifes-
tent qu'en France chez de bons et crédules spirites, qui
ne voient rien au delà du Credo auquel ils ont une foi
plus aveugle que raisonnée.
Les Israélites, et surtout la secte des Pharisiens, ad-
mettent également la métempsycose. Il y avait parmi
les Rabbins des docteurs, qui croyaient même aux trans-
migrations des âmes humaines dans les corps des ani-
maux, des végétaux et des minéraux. (Josephus, Antiq.
Jud., lib. XVIII, c. 2.)
Josephus, lui-même, croit que les âmes pieuses de-
meurent dans les hautes régions des cieux, d'où elles
descendent pour revêtir des corsps transformés et sanc-
tifiés. On ne peut pas nier qu'il n'y ait pas des rapports
entre la métempsycose et la doctrine de la résurrec-
tion de la chair.
Au surplus, l'idée de la fameuse échelle de Jacob, à
laquelle les Anges montent et descendent, a donné lieu
au système de plusieurs incarnations (Genèse, XXVIII,
12). L'idée de la métempsycose ou de la migration des
âmes n'est au fond autre chose qu'un état d'épreuves,
tel que le Hadès biblique ou le purgatoire de l'Église ro-
maine, par lequel Dieu conduisait les âmes à rEteryiité
bienheureuse. En efîet, aux yeux de l'antiquité, la vie
future est la sanction de la vie terrestre, Dieu ne lais-
sant aucun crime impuni, aucune vertu sans récom-
pense.
Aussi les âmes des impies errent çà et là, en proie à
des maux terribles, conséquence de leurs mauvaises ac-
tions, tandis que les âmes des hommes pieux mènent
une vie calme et heureuse dans la demeure sacrée des
héros, dans V Elysée. (Pindar, Olymp., II, 56.)
238 CHAPITRE XXIII.
Selon saint PieiTe (T, épître, chap. III, 19), le Christ,
après sa mort, est allé prêcher aux Esprits qui sont dans
la prison.
Esaie parle également de ces prisons et des ténèbres
hors de la prison (XLII, 7) ; les lieux habités par le
mauvah riche et par Lazare sont aussi des états intermé-
diaix^es et provisoires, jusqu'au dernier jugement et jus*
qu'à la résurrection de la chair (Luc, XVI, 19-31). Il en
est de même du séjour dans le paradis promis au bon
larron, (Luc, XXIII, 43.)
La béatitude incomplète des bons Esprits, depuis la
mort jusqu'au rétablissement final de toutes les choses
que Dieu a prononcées par les prophètes, est surtout
nettement indiquée par V Épître aux Hébreux (XI, 39-40)
et par l'Apocalypse (YI, 9-11). Voici ces versets; nous
commençons par citer l'épître aux Hébreux (XI, 39-40).
L'apôtre, en parlant des croyants et des saints de
l'Ancieu-Testament, dit : « Quoiqu'ils aient tous été re-
)) commandables par leur foi, ils n'ont pourtant point
» reçu l'effet de la promesse ; Dieu ayant pourvu queU
» que chose de meilleur pour nous, afin qu'ils ne par-
» vinssent pas à la perfection sans nous, y\
Les versets 9, 10 et 11 du chapitre YI de l'Apocalypse
ne sont pas moins clairs ; en voici le texte : « Quand il
» eut ouvert le cinquième sceau, je vis sous l'autel les
)) âmes de ceux qui avaient été tués pour la parole de
» Dieu, et pour le témoignage qu'ils avaient maintenu.
)) Et elles criaient à haute voix, disant : Jusqu'à quand,
» Seigneur, qui es saint et véritable^ 7ie juges-tu point, et
» ne venges-tu point notre sang de ceux qui habitent sur
ï) la terre ? Et il leur fut donné à chacun des robes blan-
)) ches, et il leur fut dit qu'ils se reposassent encore un
)^ peu de temps, jusqu'à ce que le nombre de leurs com-
DE l'État des âmes après la mort. 239
)) pagnons de service, et de leurs frères qui doivent être
» mis à mort comme eux, soit complet. »
Suivant Sextus Empiricus (Contradict., lib. IX, 66), la
doctrine du Iladès est parvenue à la connaissance de
riiumanité tout entière ; en effet, les mythologies, les
poètes et les penseurs de tous les peuples, l'admettent ;
quant aux poètes, il ne vaut guère la peine d'en citer des
passages trop connus par tous les hommes de lettres de
nos jours ; nous nous bornons donc à engager nos lec-
teurs, à étudier surtout les œuvres du divin Platon, de cet
homme immortel , dont l'étoile ne pâlira que lorsque
l'humanité aura été exterminée ou réduite à une anima-
lité complète. (Gorg., 526; de Rep., II, 303, X, 608;
Crat., 54 et 403, de Leg., XI, 959; Phœdon, 108.)
Il y a, suivant les traditions sacrées de l'antiquité,
dans le Hadès, une variété infinie de sphères, plus ou
moins heureuses ou malheureuses. Eomère (Iliade, V,
395, XXIII, 72 ; Odyssée, XI, 57) partage les enfers en
deux régions distinctes, l'Elysée et le 7>7r/6fr^. L'Elysée
est dépeint y^dxX Odyssée {\S ^ 561), comme une terre, où
le juste coule en paix une vie facile sous un ciel toujours
serein, dans un climat où soufflent sans cesse les chau-
des haleines du Zéphire. La fameuse région des Hyper-
boréens, les Iles des Bienheureux, les lies Fortunées et le
jardin des Ilespérides appartiennent à ces champs Ely-
sées. Au-dessous du champ Elysée (rj^vtriov -rviâio-j) et les
Tartare, vaste etprofondeprisonferméepar des portes de
fer. C'est dans cet abîme ténébreux que sont relégués les
Titans. C'est là un châtiment qui leur est infligé en pu-
nition de leur audace. Au surplus, toutes les âmes im-
pies ne furent pas envoyées dans le Tartare. En général,
celles qui n'étaient ni tout à fait bonnes^ ni tout à fait
mauvaises, orraient dans l'atmosphère. Ces Esprits flot-
240 CHAPITRE XXIII.
tants des Grecs ont une analogie avec les Scheii des Clii-
7iois. Yirgile fait allusion à ces Esprits flottants dans ces
vers bien connus : « Aliœ panclyntur inanes suspensœ ad
ventos.y) Dans Pindare (Olymp. II, 56); dans Platon
(Phaedon, § 69, p. 248) et dans Salhiste (de Diis et mundo,
cap. 19) il en est aussi question.
On sait que le Hadès des Indiens fut le royaume de
Yama. Les anciens Egyptiens croyaient aussi au Hadès
qu'ils appelaient ylm6';?//i(?.s. Ce mot signifie recevoir et
donner, parce que dans ce lieu les Esprits expient les
fautes qu'ils ont commises durant leur vie terrestre.
(Plutarque, d'Isis et d'Osiris. Ricard, Y, 347.)
Les anciens Perses (Anquetil, III, 585), admettent
aussi outré le séjour céleste des bienheureux encore
des lieux d'expiation appelés Hamestan, où vont les âmes
dont la conduite n'a été ni bonne ni mauvaise.
Le Hamestan est le Hadès des Perses. Parmi ceux qui
y demeurent, il y en a dont les connaissances spiri-
tuelles ont été plus parfaites, et qui ont été plus nets de
cœur. Ces derniers montent plus vite, en passant par les
différentes sphères intermédiaires jusqu'au royaume des
cieux.
Avant de terminer nos citations concernant la mé-
tempsycose, il faut encore dire quelques mots sur la
différence entre la doctrine de plusieurs incarnations hu-
maines et celle des transmigrations des âmes humaines
dans les corps des ayiimaux. Ce dernier système, quel-
qu'étrange qu'il semble, a compté néanmoins dans l'an-
tiquité des adeptes très nombreux, surtout parmi les
Indiens, les Egyptiens et les Chinois. La plupart des
traditions religieuses attribuent des germes d'une intel-
ligence presque humaine aux animaux.
Les animaux parlent d'une voix humaine et avertis-
DE L ETAT DES AMES APRES LA MORT. 241
sent les hommes tl'iiii danger imminent ou les tirent
d'un péril quelconque. Ces idées ont aussi trait à la
doctrine obscure de l'immortalité des âmes des animaux,
dont on trouve des traces même dans la Bible. (Epître
aux Romains, VIII, 19-21.)
Plut arque (Des noms des fleuves et des montagnes,
Ricard, V^ p. 401), raconte le phénomène remarquable
d'un éléphant sauvant le fameux roi Porus : a Quand
)) Alexandre, roi de Macédoine, fut entré dans l'Inde,
p à la tête de son armée, et que les habitants du pays
» eurent pris la résolution de le combattre, l'éléphant de
» Parus, roi de cette contrée, entrant tout à coup en
» fureur, monta sur la colline du Soleil, et prononça
» distinctement ces mots, d'une voix humaine : « 0 roi,
» mon maître, fils de Gégasius, garde-toi de rien entre-
)) prendre contre Alexandre, car il est fds de Jupiter. »
» A peine eut-il fini de parler qu'il expira. Porus,
» instruit de cet événement, fut frappé de terreur, et,
)) étant allé ivouwQV Alexandre, il se jeta à ses genoux et
)) lui demanda la paix; il l'obtint aux conditions qu'il
» avait proposées lui-même ; et, changeant le nom de la
)) montagne, il l'appela le mont Eléphas, ))
La Bible raconte un phénomène analogue, en parlant
de la fameuse ânesse de Bcdaam ou Bileam (Nombres,
XXII, 27-34). Yoici ces versets : « V ânesse, voyant
» l'Ange de l'Eternel, se coucha sous Balaam, et Ba-
)) laam s'en mit en grande colère, et frappa l'ânesse avec
)) son bâton. Alors l'Eternel fit parler l'ânesse, qui dit à
)) Balaam : Que t'ai-je fait, que tu m'aies déjà battue
» trois fois?
)) Et Balaam répondit à l'ânesse : Parce que tu t'es
» moquée de moi ; plût à Dieu que j'eusse une épée en
» ma main, car je te tuerais sur-le-champ.
242 CHAPITRE XXIII.
» Et l'ânesse dit à Balaam : Ne suis-je pas ton ânesse,
» sur laquelle tu as monté depuis que je suis à toi juS'
» qu'aujourd'hui? Ai-je accoutumé de te faire ainsi? Et
)) il répondit : Non.
» Alors l'Eternel ouvrit les yeux de Balaam, et il vit
» l'Ange de l'Eternel qui se tenait dans le chemin, et
» qui avait en sa main son épée nue ; et il s'inclina et so
» prosterna sur son visage.
» Et l'Ange de l'Eternel lui dit : Pourquoi as-tu frappé
» ton ânesse déjà par trois fois? Voici, je suis sorti pour
^) m'opposer à toi, parce que ta voie est devant moi une
» imie détournée.
)) Mais l'ânesse m'a vu et s'est détournée de devant
)) moi déjà par trois fois ; autrement, si elle ne se fût
» détournée de devant moi, je t'eusse même déjà tué et
» je l'eusse laissée en vie.
)) Alors Balaam dit à F Ange de F Eternel : J'ai péché ^
)) car je ne savais point que tu te tinsses dans le chemin
)) contre moi; et maintenant, si cela te déplaît, je m'en
» retournerai. »
Saint Pierre (II, épître II, 16) confirme ce fait mer-
veilleux, en disant: « Une ânesse muette parlant d'une
)) voix humaine, réprima la folie du prophète Balaam. »
Le phénomène des corbeaux iiitelligents nourrissant
Élie (I,Rois, XYII, 4 et 6) est aussi bien étrange. Peut-
Atre un jour on sera même obligé de tenir compte de la
fable de la fameuse louve, nourrissant Bomidus et Ré-
mus. En tout cas, il y a quelque chose de mystérieux
dans ces phénomènes qui, suivant les traditions sacrées
de l'antiquité, révèlent une intelligence humaine dans
les animaux, susceptibles d'être inspirés, à la façon des
hommes, par les êtres invisibles du monde surnaturel .
Tous ces faits semblent supposer on le système de fran^-
DE l'état des AMES APRES LA MORT, 243
migrations des âmes humaines dans les corps des animaux,
ou Vexistence d'une âme intelligente et immortelle dans
les animaux. Le verset 20 du chapitre XIII du prophète
Esaïe, concernant les animaux, est aussi hien remarqua-^
ble; en voici le texte :
« Les bêtes des champs, les dragons et les chats^huants
» me glorifieront., parce que j'aurai mis des eaux au dé^
» sert, et des fleuves au lieu désolé, pour abreuver mon
)) peuple, que j'ai élu. ^)
Ou sait que saint Paul (Romains VIII, 21) parle des
créatures qui soupirent après la délivrance, et sont en
travail; ce qui semble avoir trait à l'immortalité de
l'âme des animaux.
Porphyre {irdiiié touchant l'Abstinence, lib. III, chap. 1),
dit que les pythagoriciens ont raison de soutenir que
toute âme qui est capable de sentiment et susceptible de
mémoire, est en même temps raisonnable. Les animaux
sont donc sous ce rapport, nos semblables, bien qu'à
un degré inférieur; il suit, aux yeux de Pythagore,
que les lois de la justice nous obligent à l'égard de
tous les animaux (lib. III, chap. 2). Il y a deux sor-
tes do raisons selon les stoïciens; il faut examiner de
laquelle les animaux sont privés. Les hommes, chez les-
quels il y a « peine un sage ou deux, sur qui la raison
domine toujours, portant l'amour-propre trop loin, ont
décidé que les animaux étaient privés de la raison. S'il
faut cependant dire la vérité, non-seulement tous les
animaux ont de la raison, mais aussi il y en a quelques-
uns qui la portent jusqu'au plus haut degré de perfec-
tion. Les animaux expriment ce qu'ils sentent ; selon
les pythagoriciens ils pensent avant de s'expliquer, car
ils entendent par la pensée ce qui se passe intérieure-
ment dans l'âme, avant qu'on l'exprime par la voix. Les
244 CHAPITRE XXIIl.
hommes conversent entre eux suivant les règles qu'ils
ont établies; et les animaux ne consultent dans leur
façon de s'exprimer, que les lois qu'ils ont reçues de
Dieu et de la nature. Si nous ne les entendons pas,
cela ne prouve rien. Cependant, s'il faut en croire les
anciens et quelques-uns de ceux qui ont vécu du
temps de nos pères et même du nôtre, il y a eu des
gens qui ont compris le langage des animaux. On
compte parmi les anciens, Mélampe et Tiresias, avec
quelques autres ; et parmi les modernes, Apollonius de
Tyane. On assure de ce dernier, qu'étant avec ses amis,
et entendant une hirondelle qui gazouillait, il dit qu'elle
avertissait ses compagnes qu'un âne chargé de blé était
tombé près de la ville, et que le blé était répandu par
terre. En effet, la variété et la différence des sons des
animaux prouvent assez qu'ils signifient quelque chose ;
ils s'expriment différemment, lorsqu'ils ont peur, lors-
qu'ils s'appellent, lorsqu'ils avertissent leurs petits de
venir manger, lorsqu'ils se caressent ou lorsqu'ils se
défient au combat. Il est des animaux qui entendent la
voix des hommes, soit qu'ils soient en colère, soit qu'ils
les caressent, soit qu'ils les appellent, en un mot, ils obéis-
sent à tout ce qu'on leur ordonne, ce qui leur serait im-
possible s'ils ne ressemblaient pas à l'homme par l'intel-
ligence. La musique adoucit certains animaux, et de sau-
vages les rend doux; plusieurs animaux apprennent
diverses choses les uns des autres et des hommes (iib. III,
chap. 9). Ils ont de la mémoire, qui est la chose la plus
essentielle pour perfectionner le raisonnement et la pru-
dence (chap. 9). Aristote, Platon, Empédocle, Pytha-
gore et Démocrite ont reconnu que les animaux
avaient de la raison. Les animaux étant donc ainsi nos
alliés, c'est h juste titre que les pythagoriciens accusent
DE l'État des âmes après la mort. 245
d'impiété quiconque ose manger de la viande. C'était
pour se conformer aux principes de la justice, surtout,
que les pythagoriciens défendaient de tuer les animaux
et de les manger. Ils soutenaient que ceux qui disent que
c'est détruire la justice que de l'étendre jusqu'aux bétes,
non-seulement n'ont pas de vraies idées de la justice,
mais ne travaillent que pour le plaisir et pour l'intérêt,
qui senties ennemis capitaux de la justice. Car, dès que le
plaisir est la fin de nos actions, il ne peut plus y avoir
de justice (lib. III, chap. 26). Qui est-ce qui ne sent pas
que l'amour de la justice s'augmente par la privation du
plaisir? Mieux riiomme sera disposé envers les animaux,
plus il conservera d'amitié pour l'espèce humaine. Con-
cernant la table, Socrate disait que la faim était le meil-
leur de tous les assaisonnements, et Pythagore préten-
dait que le repos le plus satisfaisant était de ne faire tort
à personne, et de ne s'écarter jamais de la justice. La
justice n'est pas seulement l'amour pour le genre humain,
mais il faut l'étendre à tout ce qui est animé. L'essence de
la justice consiste à faire dominer ce qui n'a point de
raison par la partie raisonnable, à réprimer les désirs et
à retenir les passions, et les intérêts personnels. Ce
n'est que quand la raison prendra le dessus, que l'homme
ressemblera à ce qu'il ij a de plus parfait. Or, ce qui est
parfait, ne fait tort à rien. Il se sert de la puissance pour
conserver les autres êtres pour leur faire du bien.
La fin de l'homme devant être de ressembler à Dieu,
la souveraine justice, il ne peut y parvenir qu'en ne fai-
sant tort à quoi que ce soit.
Les Egyptiens étaient persuadés que l'homme n'était
pas le seul des êtres qui fut rempli de la Divinité ;
ils croyaient que l'àme n'habitait pas seulement dans
l'homme, mais qu'il y en avait une dans presque toutes
246 CHAPITRE XXIII.
les espèces des animaux. C'est pourquoi, ils représen-
taient Dieu sous la figure des bêtes aussi bien que sous
celle de Tliomme. On voit chez eux des dieux qui res-
semblent à l'homme jusqu'au col et qui ont le visage
ou d'un oiseau, ou d'un lion, ou de quelque autre
animal. Quelquefois Dieu est représenté chez eux ayant
une tête humaine et les autres parties d'autres animaux.
Ils veulent nous faire voir par là que suivant l'intention
des dieux, il y a société entre les hommes et les ani-
maux, et que c'est en conséquence de la volonté de ces
êtres suprêmes, que les animaux sauvages s'apprivoi-
sent et vivent avec nous. Ils adoraient la puissance de
Dieu sous la figure de différents animaux.
Ce qui a contribué le plus à donner aux Egyptiens du
respect pour les animaux, c'est qu'ils ont découvert que,
lorsque l^âme des bêtes est délivre'e de leur corps, elle est
raisonnable, et prévoit l'avenir, rend des oracles et est
capable de faire tout ce que l'âme de l'homme peut faire
lorsqu'elle est dégagéedu corps. (Porphyre, IV, 10, Abst.)
Les mages, chez les Perses, admirent aussi le dogme
de la métempsycose, comme Tindiqué assez ce qui se
passe dans les mystères de Mithra, car pour faire voir le
rapport qu'il y a entre nous et les animaux, ils ont cou-
tume de nous désigner par le nom des animaux (Por-
phyre, IV, 16, Abst.). Ils appellent lions ceux qui parti-
cipent à leurs mystères, et corbeaux les ministres de
leurs mystères. Pallas, dans l'ouvrage qu'il a fait sur
Mithra, dit que les mages désignent partout cela qui
paraît avoir rapport au cercle du Zodiaque, les révolu-
tions des âmes humaines, qui entrent successivement
dans le corps de divers animaux. Porphyre y ajoute que
l'ordre des mages est tellement respecté en Perse, que
Darius, fils d'Hystaspe, ordonna que l'on mît sur son
DELIVRANCE FINALE OU ESCHATOLOGIE. 247
tombeau, entre autres titres, qu'il avait été docteur en
magie,
CHAPITRE XXIV
Délivrance finale ou Eschatologie.
Les idées de l'éternité, de la préexistence, de Vimmor-
laiité de l'àme et de la métempsycose aboutissent, sui-
vant les traditions sacrées de tous les peuples de l'anti-
quité à une délivrance ou à une rédemption finale.
Selon Sankhya-Karika (art. 68), la séparation absolue
de l'àme et du corps, s'étant enfin opérée, et la nature
procréatrice s'étant retirée après l'accomplissement de
ses desseins, l'âme obtient la jouissance d'une abstrac-
tion sans fin* Toutes les écoles et toutes les sectes des
Indiens s'accordent dans la promesse d'une béatitude ou
perfection finale, la délivrance du mal [MokchaouMoukti)
pour récompenser les Esprits bienheureux d'une parfaite
connaissance des principes delà vérité. Cette délivrance
est la séparation absolue, le dégagement complet de
l'àme immortelle des liens du corps périssable. La déli-
vrance finale est regardée comme le bonheur suprême, et
comme l'état le plus parfait de l'être ou de l'àme. L'ob-
jet des vœux les plus ardents de tout pieux Indien, c'est
le rétablissement, la restauration complète de l'état pri-
mordial de l'àme avant la chute primitive. La délivrance
finale, c'est le but glorieux des transmigrations de l'àme,
c'est l'état du pur Esprit, dégagé de tout ce qui est ma-
tériel (Lois de Manon, XII, § 90), c'est un état de pure
intelligence; l'àme devient une pensée pure. L'àme, dé-
sormais exempte de toute transmigration, est intimement
248 CHAPITRE XXIV.
liée et unie à la Divinité, mais malgré cette union avec
Dieu, son individualité ne cesse point (Gotama, I, 1-8).
Les écoles de Sankhya et de Védaîita sont d'accord avec
Gotama, auteur du système de Nyaya^ concernant Véter-
nité individuelle de Vâme, car si l'âme sortait de la Divi-
nité et retournait finalement en elle, alors il n'y aurait
ni récompense^ ni châtifnent, ni mhne un autre monde.
[Rig- Véda, 8, 4, 17; Brâhma-Soutra, II, § 17; Sankhya-
Karika, 18 et 33 ; Atma-Bodha, § 13-20.)
Parmi les anciennes écoles des Indiens, il n'y a que
\q^ Pantcharatras etlesBhagavatas qui croient que l'âme
est créée. Suivant ces sectes hérétiques et panthéistes,
l'àme sort de la Divinité et retourne iinalement à elle ;
elle se plonge dans sa cause, étant absorbée en elle.
Quant au bouddhisme, M. Barthélemy-Saint-IIilaire,
dans son ouvrage intitulé : le Bouddha et sa religion
(Paris, chez Didier, 3o, quai des Augustins, 1860), a
commis une grave erreur en méconnaissant le caractère
éminemment spiritualiste du bouddhisme. Chose étrange,
il ne s'aperçoit pas que la transmigration, dogme fonda-
mentale du bouddhisme, suppose nécessairement la
doctrine de la préexistence et de l'immortalité de l'âme.
Certes, le Nirvana est empreint d'un caractère plus
panthéiste que le moukti (mokcha) absolu du brahma-
nisme, mais néanmoins ce serait une erreur monstrueuse
que de soutenir avec l'école orthodoxe que le Aïr-
vana tend à la négation de l'autre monde ou au néant.
Le Nirvana a plus de rapport qu'on ne pense avec
la délivrance finale du brahmanisme et avec l'es-
chatologie de toutes les traditions religieuses. Il y a
plusieurs degrés de Nirvana, comme il y a plusieurs
phases du Mokcha : Barthélémy- Saint -ïlilaire lui-
même est obligé de convenir, pag. 155, chap. IV, que
DELIVRANCE FINALE OU ESCHATOLOGIE. 249
le Nirvana est compatible jusqu'à un certain point avec
la vie dans les croyances bouddhiques. En effet, dans
une foule de passages empruntés aux Soutras, on dis-
tingue entre le Nirvana complet et le Nirvana simple-
ment dit. Le Nirvana complet est celui qui suit la mort,
quand on a su d'ailleurs s'y préparer par la foi, la vertu
et la science, tandis que le simple Nirvana peut être
acquis même durant cette vie. Le procédé, pour atteindre
à ce Nirvana incomplet, gage de celui qui le suit en
restant éternel, c'est le Bkijâna, c'est-à-dire \ extase con-
templative. Le Dhyàna a quatre degrés qui se succèdent
dans un ordre régulier. (Voir pag. 200-205 de la Pneu-
matologie de 18o7.)
Le bouddhiste s'accorde au sujet de l'extase qui conduit
au Nirvana, c'est-à-dire à Y état heureux d' imper twhahle
apathie avec les brahmanes, et même avec les mystiques
d'Alexandrie, ceux du moyen-âge et de la renaissance.
Le Nirvana, cet état de bonheur suprême auquel 1'/;^-
dieu aspire, n'est donc nullement le néant ou l'absorption
panthéiste de l'individualité, mais une apathie morale,
une résignation complète à laquelle il faut déjà aspirer
durant cette vie terrestre. Le Nirvana bouddhiste est
bien la négation de toute existence corporelle, revêtue
d'une forme quelconque, la destruction de tous les élé-
ments matériels, de toutes les agrégations composées
et périssables.
Le Nirvana, en un mot, c'est l'existence purement in-
tellectuelle dans les régions du monde sans formes, infi-
nies, en espace et en intelligence. Le matérialisme gros-
sier de nos académiciens n'admet aucune existence
purement spirituelle et intellectuelle; c'est pour cela
qu'ils croyaient que le Nirvana ne pouvait s'entendre que
du néant. Néanmoins, il faut convenir que les boud-
19
250 CHAPITRE XXIV.
dliistes ont trop absorbé, grâce au Nirvana, l'existence
spirituelle dans une existence purement intellectuelle,
ou trop abstraite et idéaliste. Le bouddhisme est un spi-
ritualisme trop abstrait; c'est pour cette raison-là que
l'école orthodoxe Védantine adresse à la secte de Boud-
dha le reproche grave de tendre trop vers le panthéisme
ou vers un spiritualisme trop abstrait, mais il est ridi-
cule de vouloir soutenir, comme M. Barthélémy Saint-
Hilaire, que le bouddhisme est la négation du monde
des Esprits et des intelligences pures, et que cette doc-
trine nie l'immortalité de l'âme, tout en admettant la
préexistence de l'âme et la métempsycose. En vérité,
M. Barthélémy Saint-Hilaire semble ignorer que le
bouddhisme admet, selon là légende du Lalitavistâra, le
monde des dieux (Devas) et des Asouras, et que les
adeptes de cette religion honorent les Rischis, les mânes
et les dieux.
Bouddha lui-même n'a-t-il pas quitté, selon les deux
Soutras bouddhiques, traduits en français, le Lalita-
vistâra de M. Foucaux et le Lotus de la bonne loi, de
M. E. Burnouf, le ciel du Toushita, pour descendre en ce
monde ? D'où vient donc cette inconséquence de la part
d'un savant académicien, tel que M. Barthélémy Saint-Hi-
laire, de voir dans les dogmes principaux du bouddhisme,
dans la préexistence et dans la transmigration des âmes,
une doctrine matérialiste et athée, de croire que la notion
de Dieu est étrangère au bouddhisme, parce que les peu-
ples qui ont reçu la foi de Bouddha, n'ont jamais songé
à en faire un dieu? — Parce que les Conciles bouddhistes
n'ont pas eu la simplicité naïve et enfantine de confondre
un messager, un ambassadeur céleste avec le Souverain
éternel de l'univers. Il nous semble ([u'il faudrait louer
la haute sagesse des disciples de Bouddha de n'avoir pas
DÉLIVRANCE FINALE OU ESCHATOLOGIE 251
voulu mettre au même rang un simple envoyé céleste,
quelque pur, quelque parfait qu'il ait été durant sa car-
rière terrestre, et l'Eternel, devant le trône duquel les Sé-
raphins et les Archanges n'osent paraître qu'enveloppés
d'un voile épais. Il est évident que M. Barthélémy Saint-
Hilaire n'a pas voulu donner une appréciation juste et im-
partiale du bouddhisme ; il déclare lui-même, d'une ma-
nière nette et précise (pag. 1 , introduction), qu'en publiant
ce livre sur le bouddhisme, il n'a qnune intention : c'est
de rehausse^' par une comparaison frappante la grandeur
et la vérité bienfaisantes de nos croyances spiritualistes.
— Malheureusement, M. Barthélémy Saint-Hilaire se
trompe d'une manière non moins frappante, en soute-
nant que nos croyances sont plus spiritualistes que la
doctrine de Bouddha. Notre civilisation purement maté-
rielle ne cesse de faire des progrès matériels parmi
nous, grâce au matérialisme moderne qui a rejeté comme
une vieillerie les idées spiritualistes du Christianisme
primitif, du Catholicisme romain, du moyen-âge et de la
philosophie sublime de Pythagore, de Socrate, de Pla-
ton et de l'école d'Alexandrie qui ont certes plus de
rapports avec Bouddha, qu'avec nos pseudo- philoso-
phes, tels que Cousin^ etc., quoi que dise M. Barthélémy
Saint-Hilaire de cette philosophie moderne admirable.
Le Bouddhisme, de son côté, a le tort grave de don-
ner dans un excès opposé. Cette doctrine empreinte
d'un spiritualisme trop exclusif, excessif et surtout trop
abstrait, détourne trop les regards des peuples qui la
professent de cette terre qu'ils croient une vallée de
misères, d'où il faut sortir à tout prix, pour parvenir à
l'état contemplatif d'un pur Esprit, grâce à l'extase. De
là le dédain, le mépris des travaux terrestres, de là pres-
que l'impossibilité de progresser au point de vue maté-
^52 CHAPITRE XXIV.
riel. Le bouddhiste constamment préoccupé de l'autre
vie, ayant une soif ardente de Fimmortalité de l'âme,
néglige absolument la vie terrestre, tandis que le pré-
tendu chrétien de nos jours ne pense qu'à cette vie-ci,
comme s'il ne devait jamais quitter cette terre. De là les
progrés matériels de l'Europe.
L'ouvrage savant de M. Barthélémy Saint-Hilaire sur
le Bouddha et sa religion, mérite une réfutation sérieuse
de la part de ceux qui connaissent le spiritualisme et la
philosophie mystique des doctrines de l'Inde. Dans mon
livre : De la réalité des Esprits et de leur écriture directe
(chez Frank, 1857), j'ai déjà démontré, surtout dans les
chapitres 15, 19, 20, ^24 et 25, qu'il est aussi injuste
d'adresser à la plupart des anciennes écoles des Indiens
le reproche d'un théopantisme final et absolu qu'à saint
Paul, (l^^ épitre aux Corinth., XY, 28, etc.)
Voici ce fameux verset, qui a donné lieu à tant de dis-
cussions et de controverses : « Après que toutes choses
» lui auront été assujetties, alors aussi le Fils lui-même
» sera assujetti à celui qui lui a assujetti toutes choses,
» afin que Dieu soit tout en tous. ■» Saint Paul ne parle
ici que de la fin de la christociatie et de l'absorption du
règne du Fils dans la Providence divine et universelle de
l'Eternel lui-même. L'expression : « Dieu est tout en
tous, » n'est nullement une pensée panthéiste; elle ne
veut pas dire l'absorption ou l'extinction finale de tous
les êtres individuels dans la Divinité. Or, pour parvenir
à la perfection morale et intellectuelle, c'est-à-dire à
l'union morale et intellectuelle avec Dieu, il ne faut pas
anéantir F individualité, mais régoïsme, qui ne veut
ni offrir son âme en sacrifice moral à Dieu, ni voir Vante
sup7'ême dans tous les êtres, ni tous les êtres dans l'âme
suprême, suivant les lois de Manou. (Livre XII, § 91.)
DELIVRANCE FINALE OU ESCHATOLOGIE. 253
Les lois de Manon, bien qu'elles soutiennent que
rame s'identifie avec l'Etre suprême, parlent plutôt
d\me union morale que d une absorption complète ou
d'une extinction de l'individualité.
Le douzième livre des lois de Manou (§91) dit que
celui qui offre son âme en sacrifice , s'identifie avec
TLtre qui brille de son propre éclat. Il est ici question
d'un Saint ou d'un Yogui, qui parvient à une délivrance
restreinte déjà durant cette vie, en s'identifiant avec
l'Être suprême. Selon Bràbma-Soutra (III, chap. 2, § 1-4)
l'unification ou l'émancipation finale n'est pas une
absorption ou une discontinuation de Vindixndualité,
mais une apathie morale, une résignation, à laquelle les
saints et les Yogïds aspirent déjà durant leur vie terres-
tre. Djaimini, en disant que l'âme s'identifie finalement
avec Bràhma, semble parler également d'une union mo-
rale et intellectuelle. Il soutient que lame, en quittant
même le germe subtil de sa forme corporelle, est revêtue
d'attributs divins et d' autres facidtés transcendantes, 7nais
les Soutras prétendent qu'elle n'atteint jamais à la posses-
sion absolue de toutes les facultés divines.
L'Ame ne devient, aux yeux de l'école orthodoxe,
qu'une peiisée pure. {PdLiiihiQrj Essai sur la jMlosophic
des Hindous, d'après Colebrooke, p. 140, etc.)
Suivant les anciens penseurs de l'Inde, l'identification
finale avec l'Etre suprême n'est donc qu'une union mo-
rcde, comme, selon saint Jean (X, 30-36 et XVII, 21-23),
celle du Fils et du Père éternel. On sait que, dans ces
deux chapitres de saint Jean, il n'est nullement question
d'une identité de l'être, ou d'une unité essentielle , mais
seulement d'une union morcde et représentative. Depuis
le concile de Nicée, beaucoup de théologiens, prétendus
orthodoxes, sont tombés dans une erreur rp^ossière et anti-
254 CHAPITRE XXIV.
biblique j en soutenant Videntité de l'être et de l'essence du
Fils et du Père éternel. De là le trithéisme^ ou la Trinité
des trois prétendues personnes égalitaires de la Divinité,
cette violation odieuse du Décalogue. (Exode XX, 3.)
Le bouddhisme, dont l'apparition marque l'ère de la dé-
cadence de lathéosopliieprofonde et mystique aux Indes,
semble mériter au premier abord plus ce reproche, au
lieu de faire que la loi morale découle de l'ontologie
(chap. I, page 16); néanmoins il est absurde de soutenir
que le bouddhisme est une doctrine matérialiste, athée,
qui conduit au nihilisme et au néant; c'est au contraire
l'ontologie qui découle de la loi morale, selon cette doc-
trine. La théosophie et la doctrine religieuse de Bouddha
n'est qu'un pâle reflet de l'ancienne orthodoxie védan-
tine, mais la haute importance du Bouddhisme consiste
surtout dans la réforme morale et sociale qu'il a opérée
parmi les peuples qui ont adopté cette doctrine; on
pourrait sous ce rapport comparer cette doctrine à la ré-
forme opérée depuis le seizième siècle dans l'église ro-
maine par le protestantisme. De même que le protestan-
tisme, le bouddhisme a aboli la hiérarchie des castes,
le régime odieux du clergé, l'esclavage provenant du
pouvoir spirituel. Bouddha a proclamé la liberté de
conscience et la tolérance religieuse, et l'égalité sociale
et civile ; malheureusement la préoccupation exclusive
de l'extase, de l'autre vie, grâce à la métempsycose et à
la nature contemplative des peuples d'Orient, a empêché
la doctrine de Bouddha de porter les mêmes fruits que
celle de nos réformateurs depuis le seizième siècle.
Quant à la vie et à la personne du Bouddha, il faut
rendre cette justice à M. Barthélémy Saint-Hilaire, que
tout catholique qu'il est, il n'hésite pas à ajouter que,
sauf le Christ tout seul, il n'est point, parmi les fonda-
DÉLIVRANCE FINALE OU ESCHATOLOGIE. 255
teurs de la religion, de figure plus pure ni plus touchante
que celle de Bouddha ; il est le modèle achevé de toutes
les vertus qu'il prêche ; il abandonne à vingt-neuf ans
la cour du roi son père pour se faire religieux et men-
diant; il prépare silencieusement sa doctrine par six
années de retraite et de méditation ; il la propage par
la seule puissance de la parole et de la persuasion,
pendant plus d'un demi-siècle ; et quand il meurt entre
les bras de ses condisciples, c'est avec la sérénité d'un
sage qui a [pratiqué le bien toute sa vie et qui est assuré
d'avoir trouvé le vrai chemin de l'immortalité.
Selon Bouddha, le monde étant composé et périssable,
il n'y a qu'un seul moyen de sauver les êtres vivants ; en
les retirant de l'Océan de la création, il faut les établir
daiis la terre de la patience. (Nirvana.)
Bouddha dit : « Après avoir trouvé la loi qui doit
)) sauver le monde, après avoir atteint l'intelligence su-
» prême (Bodlii), je rassemblerai les êtres vivants;
» je leur montrerai la porte la plus sûre de Vimmortalité.
» Oui, je suis arrivé à voir clairement l'immortalité et la
» voie qui conduit à l'immortalité. Venez, que je vous
» enseigne la loi : Hors des pensées 7iées du trouble des
» sens, je vous établwai dans le repos; » c'est-à-dire dans
le calme de l'extase contemplative, dans l'abstraction
mentale, dans l'apathie parfaite, ce bonheur suprême et
nécessaire, pour élargir d'une manière infinie les facul-
tés humaines.
Voilà le Nirvana selon le Bouddha lui-même [Réalité
des Esprits, de 1857, chap. XXIV). Bouddha ne veut
donc nullement détruire l'existence purement spirituelle
et intellectuelle de l'homme ; mais il aspire à extirper
du cœur de l'homme l'égoïsme, l'orgueil et tous les dé-
sirs terrestres, pour le transformer en pur esprit, capa-
256 CHAPITRE XXIY.
ble d'entrer dans le pays de la patience, de la ré-
signation en la volonté divine et du repos éternel. Le
Nirvana, c'est le ciel, le séjour céleste dans le Toushita^
d'où Bouddha est descendu selon la légende, pour
enseigner la loi et pour sauver les hommes. Selon
Barthélémy Saint-Hilaire (page 60, 1" partie, chap. 2,
Légende de Bouddha) l'existence d'un Dieu suprême est
formellement reconnue; rêtre existant ^mr lui-même est le
premier besoin du monde, et celui qui lui rend hommage
obtient le ciel et le Nirvana. Bouddha croit que les bons
esprits seuls instruisent l'homme honteux de sa pré-
somption. Les sages Rischis instruisent selon le Lotus
de la bonne loi, l'homme ignorant, incapable de distin-
guer les pensées de ses semblables, pourvu qu'il re-
nonce à son orgueil et qu'il soit honteux de sa présomp-
tion et de son ignorance.. L'homme a été engendré et il
s'est développé dans le sein de sa mère, et il ne se rap-
pelle rien de tout cela. Les Rischis seuls, dans le com-
merce des bons esprits avec l'homme, peuvent lui don-
ner les yeux de l'esprit. (Barthélémy, page 6 (S.)
Les miracles^ lors de la descente de Bouddha du Tou-
shita dans le sein de sa mère terrestre, ont beaucoup de
rapports avec les miracles opérés lors de la naissance de
Jésus-Christ. (Barthélémy Saint-Hilaire, pag. S4.)
Selon le Lalitavistâra, huit signes précurseurs annon-
cent sa venue dans la demeure de Couddhodana. Le pa-
lais se nettoyé de lui-même ; tous les oiseaux de l'Hima-
vat y accourent, témoignant leur allégresse par leurs
chants; les jardins se couvrent de fleurs; les étangs se
remplissent de lotus ; les mets de toute espèce, étalés sur
les tables du festin., paraissent toujours entiers, cpioiqu'on
les emploie en abondance ; les instruments de musique
rendent d'enr-mèmes^ et sans qu'on les touche^ des sons
DELIVRANCE FINALE OU ESCHATOLOGIE. 257
mélodieux (deux genres de miracles obtenus également
par nous spiritualistes modernes, en France et en Amé-
rique) ; les écrins de pierres précieuses s'ouvrent spon-
tanément pour montrer leurs trésors ; enfin le palais est
illuminé d'une splendeur surnaturelle qui efface celle du
soleil et de la lune.
Les miracles qui ont eu lieu durant l'enfance de Boud-
dha ont des rapports encore plus frappants avec les mi-
racles opérés, par l'ordre de choses surnaturel, pendant
l'enfance du Christ, ce qui contîrme de nouveau nos
idées, exprimées dans notre édition delà Réalité des Es-
prits en 18o7, concernant l'origine surnaturelle de toutes
les traditions religieuses.
L'enfant Bouddha fut présenté solennellement par son
père au temple des dieux ; la légende ajoute que, à peine
fut-il entré dans le temple, que tout ce qu'il y ayait d'i-
mages inanimées des dieux, y compris Indra et Brâhma,
se levèrent de leurs places, pour aller saluer ses pieds
vénérables. Puis tous ces dieux, montrant leurs propres
images, prononcèrent ces stances, dont nous citons les
derniers passages si remarquables, concernant la Divi-
nité, cause et base éternelle de l'univers: « L'êt?'e exis-
tant pa?' hii-même est le premier besoin du monde; celui
qui luirend hommage obtient le ciel et le Nirvana. »
On connaît la statue parlante de Memnon, que j'ai
citée dans le cinquième chapitre de ce livre ; on sait que
nous, spiritualistes modernes, avons obtenu à plusieurs
reprises le mouvement sans contact des tables et des sta-
tues et même des sons et des mots nettement prononcés
(chose étrange, comme par le trou d'une bouteille et un
peu creux). M. Barthélémy Saint-Hilaire, plongé dans le
grossier matérialisme de la philosophie, selon lui si ad-
mirable des temps modernes, tout en rendant compte
258 CHAPITRE XXIV.
de ces phénomènes merveilleux, les traite de folies ab-
surdes ! 0 temporel ! O mores ! Bouddha subit comme le
Christ les attaques des démons et sort comme lui vain-
queur de cette lutte infernale. Les lances, les piques, les
montagnes même que Paphjan (chef des démons) lui
lance, se changent en fleurs et restent en guirlandes au-
dessus de sa tête. (Barth., pag. 63, etc.)
Papiyan^ voyant que la violence est vaine, a recours
à un autre moyen ; il appelle ses filles, les belles Apsarâs
(nymphes), et il les envoie tenter le réformateur Bouddha,
en lui montrant les trente-deux espèces de magies de
femmes. Elles chantent et dansent devant lui ; elles dé-
ploient tous leurs charmes et toutes leurs séductions; elles
lui adressent les provocations les plus insinuantes. Mais
leurs caresses sont inutiles, comme l'ont été les assauts
de leurs frères ; et toutes honteuses d'elles-mêmes, elles
en sont réduites à louer dans leurs chants, celui qu'elles
n'ont pu vaincre et faire succomber. Cette seconde dé-
faite rend Papîyan tout confus ; toutefois le démon ne
se rend pas, il essaye un dernier assaut, en réunissant
de nouveau toutes ses forces : « Je suis le Seigneur du
désir,)) dit-il au réformateur; «je suis le maître du
monde entier ; les dieux (Devas ou génies spirituels),
les hommes et les bêtes, assujettis par moi, sont tous
tombés en mon pouvoir. Comme eux, venu dans mon
domaine, lève-toi et parle comme eux. » Le réforma-
teur lui répond : a. Si tu es le seigneur du désir, tu ne
l'es pas de la lumière. Regarde-moi : Je suis bien le
seigneur de la Loi; impuissant que tu es, c'est à ta vue
que j'obtiendrai l'intelligence suprême. » Paphjan déchu
de sa splendeur, pâle, décoloré, se retire à l'écart la
tête baissée ; il pousse des gémissements et se dit dans
son désespoir : « Mo?i empire est passé. )>
DÉLIVRANCE FINALE OU ESCHATOLOGIE. 259
Après ce triomphe décisif, le réformateur arrive à
l'intelligence suprême, à la Bodhi; il devient Bouddha
parfaitement accompli^ et va faire tourner la roue de
la loi à Bénares. Chose étrange, M. Barthélémy Saint-
Hilaire, à qui nous devons ces détails intéressants, les
traite de fantasmagorie extravagante, bonne à faire dou-
ter des faits historiques et vrais qu'elle accompagne et
qu'elle obscurcit. En vérité, il semble que M. Barthé-
lémy Saint-Hilaire n'ait jamais lu l'histoire de la tenta-
tion du Christ qui a tant de rapports avec celle du
Bouddha.
Le tableau de la cour et du grand conseil de Papîyan,
selon la légende du Bouddha, a beaucoup de rapports
avec la description de la cour céleste que le voyant Mi-
ellée a vue. (I, Rois, XXII, 19-22.)
Pajnyan, épouvanté de la splendeur subite du réfor-
mateur, convoque aussitôt ses serviteurs et toutes ses
armées. Son empire est menacé; il veut engager le com-
bat. Mais d'abord, il prend les conseils de ses fils, dont
les uns l'engagent à céder et à s'épargner une défaite
certaine ; et dont les autres le poussent à la lutte où la
victoire leur paraît assurée. Les deux partis, l'un noir,
l'autre blanc, parlent tour à tour ; et les mille fils du
démon, ceux-ci à sa droite, ceux-là à sa gauche, opinent
successivement et en sens contraire. Quand le conseil est
fini, Papîyan se décide à la lutte.
Concluons en quelques mots : il résulte de l'étude ap-
profondie et impartiale des légendes bouddhiques que le
bouddhisme n'est nullement une doctrine matérialiste et
athée conduisant au nihilisme et tendant vers le néant.
Les conclusions de M. Barthélémy Saint-Hilaire sont
donc aussi erronées qu'illogiques ; en remontant vers la
sphère élevée de la philosophie de l'histoire, notre criti-
260 CHAPITRE XXIV.
que sera encore plus sévère ; au point de vue de cette
haute science, M. Barthélémy Saint-llilaire a commis un
crime de lèse-humanité, en niant le grand courant iden-
tique de la moralité humaine ; l'unité de la foi du genre
humain sur Dieu et sur l'immortalité de l'âme. Chose
étrange, l'ouvrage de M. Barthélémy Saint-Hilaire four-
mille de contradictions ; il prétend que le bouddhisme
admet l'éternité des êtres (pag. 12S-127), mais que cette
doctrine ne croit pas à l'immortalité de l'âme. Ce savant
ne conçoit nullement l'idée sublime de l'éternité des
âmes et de leur préexistence que presque toutes les
écoles de l'Inde admettent, l'orthodoxe Yédantin aussi
bien que le dualiste de Kapyla et de Gotama, etc., etc.
L'idée qu'on existe longtemps auparavant de naître
semble bizarre à notre savant ; la naissance n'est qu'un
effet de l'existence qui l'a précédée ; voilà ce qui boule-
verse la raison de M. Barthélémy Saint-llilaire.
En effet, si Bouddha et les deux cents millions d'adeptes
de sa doctrine étaient des athées et des matérialistes, ils
ne mériteraient pas d'occuper une place dans l'histoire
de l'humanité ; heureusement, pour le genre humain, il
n'en est pas ainsi. La plupart des savants, en Allemagne,
tels que l'illustre Dunker (tome II, pag. 190 de V Histoire
de l'antiquité) et le célèbre chevalier de Bunsen dans son
livre intitulé : /)^e^^ dam l'histoire [Gott in der Geschichte,
tome II, pag. 152, 155, 172, etc.), combattent les con-
clusions erronées de Burnouf et de ses successeurs, con-
cernant le prétendu matérialisme et le nihilisme de la
doctrine de Boucklha.
En effet, le terme Parattha^ que nous traduisons gé-
néralement par yiimnortalitéy veut dire dans les livres
et dans les légendes bouddhiques la vie éternelle, perma-
nente, laquelle ne cesse jamais. Le JSirvâna n'est nulle-
DELIVRANCE FINALE OU ESCHATOLOGIE. 261
ment l'extinction de l'esprit ou de l'àme, mais Vanéan-
tissement de régoïsmc, la délivrance de l'àme immortelle
du joug des éléments matériels, qui l'entravent dans son
vol sublime vers le séjour de l'éternelle félicité.
Quant au reproche d'athéisme, il serait aussi absurde
de l'adresser à Bouddha, qui croyait aux dieux des Yé-
das qu'à Socrate, qui selon Platon répondit à ses ca-
lomniateurs : « Serait-ce possible cV admettre les démons,
c'est-à-dire les génies du monde divin et surnaturel, sans
croire à Dieu ? »
Le séjour des âmes qui sont parvenues à la délivrance
finale et à la perfection de la divine connaissance, a lieu
selon Djaimini chez Brâhma, mais suivant les commen-
tateurs des Soutras et la secte de Djina (les gymnoso-
phistes) qui soutiennent que Bràhma n'est pas l'Etre
suprême, Aloka-Kasa est le lieu où demeurent les âmes
qui sont délivrées d'une longue captivité pour n'y ren-
trer jamais.
Aloka-Kasa est au-dessus de tous les mondes ou locas,
y compris Brâhma-Loka. (Pauthier, p. 150, etc., etc.)
La libération [Moukti ou Mokcha)^ outre son sens pro-
pre qui est celui de la délivrance finale au moyen de la
parfaite connaissance de Bràhma et l'union conséquente
avec Dieu après la mort, est employée dans une accep-
tion secondaire pour ce qui conduit l'àme après la mort
aux lokas dosâmes bienheureuses, tels que Brâhma-Loka
Agni-loka, Indra-loka, etc., etc., mais où l'âme cependant
ne demeure pas dépourvue d'une forme corporelle sub-
tile ; enfin on dit d'un Yogni extatique, quil parvient à
une libération restreinte et relative même durant sa vie
terrestre. (Bràhma-Soutra, IV, 4, § 7.)
Il y a donc ^ro^5 degrés de délivrance; Vun absolu-
ment immatériel, la délivrance finale par l'union avec
262 CHAPITRE XXIV.
Dieu, r autre moins jmrfait commence à la mort d'un
homme de bien, et le troisième degré de libération a lieu
dans la vie d'un Yogui extatique. La délivrance la plus
parfaite, la plus complète, est la délivrance immatérielle
et incorporelle. (Vidihâ Moukti.)
Dans le deuxième degré, l'âme n'est pas encore dé-
pourvue d'une forme corporelle subtile. La délivrance
la moins parfaite appartient à un Yogui. Ces trois degrés
de libération correspondent aux trois degrés de perfec-
tion intellectuelle et morale, à mesure que l'âme se dé-
gage en partie ou tout à fait de la matière dans laquelle
il faut encore ranger le corps éthéré et les éléments sub-
tils. (Sankliya-Karika, art. 20.)
Quant aux moyens d'obtenir la délivrance finale et
complète des naissances mortelles, il n'y en a que la
connaissance (c'est-à-dire la perception ou l'intuition in-
tellectuelle) de l'univers^ comme le seul Être unique, et
V expiation des péchés par des austérités rigides, qui puis-
sent procurer aux hommes la béatitude, selon Sankara-
Atcharya. (Âtma-Bodha, § 2.)
Les articles 104 et 125 du douzième livre des lois de
Manou disent, que l'homme, qui reconnaît dans sa propre
âme, l'Anne suprême prése?ite dans toutes les créatures, et
qui se montre le même à l'égard de tous, obtient le sort
le plus heureux, celui d'être à la fin uni avec Dieu ou
absorbé dans Brâhma*
Suivant le paragraphe 90 du douzième livre des lois
de Manou, l'homme qui accomplit fréquemment des
actes religieux intéressés, parvient au rang des Devas
(dieux secondaires), mais celui qui accomplit souvent
des œuvres pieuses, désintéressées, se dépouille pour tou-
jours des cinq éléments subtils et obtient la délivrance
des Mens du corps.
DÉLIVRANCE FINALE OU ESCHATOLOGIE. 263
Les aiiciens Perses admettent également la doctrine de
la délivrance finale ou plutôt de la réhabilitation de tous
les Esprits. Le fameux pont Tchinevad sera abaissé, se-
lon les traditions sacrées des Perses, à la résurrection
générale et au rétablissement de l'état primordial. (An-
quetil, III, p. S86, etc., etc.)
Théopompe dit, d'après les Mages, qu'au bout de trois
mille ans le mauvais génie (Aliriman) succombera pour
toujours, et qu'alors les hommes vivront à jamais heureux
dans le ciel. (Plutarque, d'Isis et d'Osiris, Ricard, V,
p. 365.)
Suivant les Perses, l'idée de la résurrection générale
est liée avec la doctrine du rétablissement général de
toutes les choses, ou de la réhabilitation de tous les Es-
prits. Les idées eschatologiques des Perses offrent de l'a-
nalogie avec celles de la Bible. On sait que le quinzième
chapitre de la première épître aux Corinthiens contient
V Eschatologie majestueuse de la Bible^ c'est-à-dire la ré-
habilitation de l'état primordial, la fin de la Christocra-
tie et le rétablissement complet de la Théocratie primitive >
Il en est de même du chapitre III (versets 20 et 21) des
Actes des Apôtres. Voici ces versets : a Quand les temps
)) de rafraîchissement seront venus par la présence du
» Seigneur, et qu'il aura envoyé Jésus-Christ qui vous a
» été auparavant annoncé ; et lequel il faut que le ciel
» contienne, jusqu'au temps du r^étahlissement de toutes
)) les choses cjne Dieu a prononcées par la bouche de tous
» ses saints prophètes, dès \q commencement du monde. »
Daniel (VII, 13, 14 et 22), dit de même : « Yoici le
)) Fils de l'homme, qui venait avec les nuées des cieux ;
» et il vint jusqu'à Y A^icien des jours y qui lui donna le
» règne jusqu'à ce que V Ancien des jours fut venu, et
» que le jugement fut donné aux saints du souverain,
264 CHAPITRE XXIV.
» et que le temps vint auquel les saints obtinssent le
» royaume. »
Esaïe (chapitre LXV, v. 17) dit : « Car voici, je m'en
» vais créer de nouveaux cieux, et une nouvelle terre ;
» et on ne se souviendra plus des choses précédentes,
» et elles ne reviendront plus au cœur. ))
Saint Pierre (II, épitre, chap. 3, v. 7) croit à une ca-
tastrophe finale par l'ardeur du feu, comme Heraclite et
les stoïciens. Il dit, concernant le rétablissement final
(II, épitre III, V. 13) : « Nous attendons, selon sa pro-
» messe, de nouveaux cieux, et une nouvelle terre où la
» justice habite. »
Saint Jean (Apocalypse XXI), fait une description
magnifique de ce nouveau ciel et de cette nouvelle terre
et surtout de la sainte cité, la nouvelle Jérusalem.
Quant à l'état des saints, le même apôtre dit (Apoca-
lypse XXII, /i et 5) : a Et ils verront sa face (la face de
l'Éternel) et son nom sera sur leurs fronts.
» Et il n'y aura plus là de nuit, et il ne sera plus
» besoin de la lumière de la lampe ni du soleil ; car le
» Seigneur-Dieii les éclaire, et ils régneront aux siècles
» des siècles. » (Et Apocalypse, XXII, 2 et 3) : « Toute
» chose maudite ne sera plus, »
\i^ prophète Esaïe (LX, 19 et 20) dit, concernant la
prospérité de Sion : « Tu n'auras plus le soleil pour la
» lumière du jour, et la lueur de la lune ne t'éclairera
» plus; mais l'Éternel te sera pour lumière éternelle, et
)) ton Dieu pour ta gloire. ■»
(( Ton soleil ne se couchera plus, et ta lune ne se reti-
» rera plus ; car l'Eternel te sera pour lumière perpé-
)) tuelle, et les jours de ton deuil seront finis. »
Saint Paul dit (I, Corinth., II, 9): « Ce sont des choses
» que l'œil n'a point vues, que l'oreille n'a point ouïes,
DELIVRANCE FINALE OU ESCHATOLOGIE. 265
» et qui ne sont point montées au cœur de l'homme, les-
)) quelles Dieu a préparées à ceux qui l'aiment. »
Les Israélites et les Chrétiens connaissent aussi le beau
verset 5 du psaume CXXVI : « Ceux qui sèment avec
)) larmes, moissonneront avec chant de triomphe. »
Le jugement suprême n'est pas un jour de colère et
de vengeance, c'est un jour de pardon; la non-éternité des
peines en résulte (Matth., XI, 25 et 26); le riche et le
trou de l'aiguille (Colos., 1, 19 et 20); la réconciliation de
toutes les choses. (Philipp., Il, 10, etc.; Jean XII, 32;
Jean, XVII, 1, 3; Thimothée II, 34; I, Jean, II, 2.)
Les Egyptiens admettent également la doctrine du ré-
tablissement hnal de l'état primordial. Selon leurs tradi-
tions sacrées, les transmigrations aboutissent au séjour
iinal des âmes bienheureuses, auprès de Dieu. (Clemens
Alex., Strom., lib. YI, cap. 2.)
Les Grecs et les Romains croient aussi à une transfor-
mation finale du monde visible. (Comm. Sibyll., lib. II
et III, op. Er. Schemid. Or. 3, de Sibyll; Ovid., Méta-
morpli. I, fab. 7.)
Suivant Heraclite^ le feu est le principe, et la fin de
tout (Plutarque, de Placit. philosoph., lib. I, cap. 3);
toutes les substances sont sorties de cet élément, et tout
doit se résoudre en lui. Les stoïciens croyaient aussi à la
destruction du monde visible par le feu, et à un rétablis-
sement de l'ordre de choses primordial. (Plutarque, adv. ,
Stoïc, 17.)
L'école de Pythagore (Pindare, Od. II), et Platon (Ti-
inée, 42, 90, etc.), croient que l'âme parvient finalement
au séjour céleste et éternel, après avoir expié dans les
corps terrestres, ses péchés. Platon fait une description
magnifique des demeures des âmes délivrées du joug des
passions. Ces âmes saintes s'élèvent jusqu'aux régions
20
266
CHAPITRE XXV.
sidériques, et parviennent à mie vie purement spiri-
tuelle auprès de Dieu, après avoir acquis la connais-
sance parfaite de la vérité (Phsedon, 108; Timée, 42).
Pindare dit que les âmes des hommes pieux habitent
dans le ciel et chantent dans des hymnes le grand
Dieu. (Olymp. I, 109-123; Olymp. II, 56.)
Euripide dit de même (Alcest., 943, Troad., 608, 643)
que l'âme bienheureuse va au ciel. Dans ce monde invi-
sible, elle est délivrée des maux de cette vie ; transpor-
tée parmi les dieux immortels, placée sur un trône d'or,
au milieu (f. 12, p. 177) des sphères constellées; eni-
vrée du nectar qui coule à la table des immortels, l'âme
jouit de la vue perpétuelle de la lumière et chante les
louanges de la Divinité,
CHAPITRE XXV.
Pensées des Esprits.
Après avoir cité les idées de l'antiquité concernant les
rapports de l'âme avec le monde d'outre-tombe, nous
allons encore citer quelques pensées de ces Esprits, qui
sont en rapport avec l'auteur et sa sœur ;
I.
La révélation de la Providence est universelle. Il n'y
a pas de peuple choisi. Ce que tu as donné à l'un de tes
enfants, ne le donneras-tu pas à tous?
PENSÉES DES ESPRITS. 267
II.
0 homme faible et de peu de sens! ce que tu révères
dans une nation ; tu l'abhorres dans l'autre, ce que tu
adores dans la ville de Salem, tu le repousses dans la val-
lée de rida.
m.
Les Anges de la sainte plaine de Mamré se transfor-
ment en dieux sur les rives bénies de l'Eurotas.
IV.
La Providence est la même partout, et ses rayons ne
le sont-ils pas ?
V.
Tu détournes ton regard du majestueux Olympe et
des hauteurs mystérieuses du Parnasse, ne voulant voir
Dieu que par un ^eul miroir et le contempler dans un
seul reflet.
VI.
Le soleil, qui a doré les flots du Jourdain, a faitéclore
en même temps la rose cachée aux bocages voluptueux
de Samos, la patrie du grand Pythagore.
VU.
L'intolérance n'est qu'un effet conforme aux mauvais
esprits. Hélas! la véritable tolérance ne régnera que
dans le royaume des cieux.
268 CHAPITRE XXV.
VIIL
La démonophobie et la démonolâtrie sont les armes de
Satan, la verge de fer qu'il tient suspendue depuis des
siècles sur l'Eglise et les dévots.
IX.
La démonophobie aveugle, qui croit même aux guéri-
sons démoniaques, déti'uit les relations avec le monde
surnaturel et rati'ermit de plus en plus le pouvoir du
matérialisme et du scepticisme, ce règne de Satan par
excellence.
X.
Selon les docteurs prétendus orthodoxes^ le démon est
le souverain maître de l'univers, tandis que le bon Dieu
est relégué comme un vieux saint suranné et impotent
dans une niche de l'univers, à Rome et en Palestine.
XI.
Lorsque le Christ a remis à saint Pierre les clefs du
ciel et de la terre, celui-ci n'avait pas encore reçu le
rayon béni du Saint-Esprit ; mais ayant reçu plus tard
la mission de paitre les brebis du Seigneur, il fut en-
flammé par le brasier de Vamour céleste. L'Église actuelle
a gardé les clefs^ mais elle a perdu la flamme céleste,
étant incapable de nourrir ses brebis, qui sont dévorées
par des loups.
XIL
En perdant l'amour de Dieu, on perd l'amour du bien,
PENSÉES DES ESPRITS. 269
la foi flans le bien et jusqu'à l'espérance d'une vie éter-
nelle.
XIII.
L'amour de Dieu est la flamme céleste qui éclaire tout
homme venant au monde.
XIV.
L'amour est l'étincelle du feu céleste, un dernier reflet
de l'autre monde.
XV.
L'exaltation de l'amour du bien est le feu sacré de
l'esprit.
XVI.
Si l'amour règne dans le cœur d'un homme noble, il
y produira la force pour toute action généreuse.
XVII.
Deux cœurs bien unis sont semblables à une fleur
doublement éclose sur la même tige.
XVIII.
L'alliance de deux cœurs généreux est un diamant
échappé à la couronne de Dieu.
XIX.
L'être de Dieu est amour; comment, A homme, peux-
tu le définir?
270 CHAPITRE XXV.
XX.
Pour comprendre le secret d'un amour parfait, il faut
purifier le cœur du vice, selon les avertissements des
génies célestes.
XXL
Amour du cœur, noble amitié des hommes, tu étais
le comble des dons généreux de la nature ! Celui qui
t'éprouvait voyait la lumière resplendissante des Anges.
XXII.
L'amour est le trait d'union des âmes d'élite; il forme
le pont qui nous fait franchir le Styx»
XXIII.
Pour être sans tache, il faut savoir aimer de véritable
amour.
XXIV.
Le véritable amour ne peut exister sans la pureté du
cœur.
XX Y.
La pureté est le vêtement des Anges.
XXYI.
La pureté et l'humilité doivent être le diadème qîiii
orne le front d'une femme.
XXYH.
L'innocence est le lustre de l'autre monde qui orne le
PENSEES DES ESPRITS. 271
front pur de l'enfant, mais la poussière des années
l'efface.
^ XXVIII.
L'humilité est la couronne immortelle que Dieu n'ac-
corde qu'aux cœurs qu'il a su attirer à lui.
XXIX.
L'humilité est la première vertu chrétienne, mais cette
vertu n'exclut point une certaine fermeté pleine de di-
gnité, surtout dans les rapports avec les gens du monde.
XXX.
Que l'humilité soit le miel qui enveloppe l'aiguillon
de tes paroles !
XXXI.
Le symhole de l'humilité est le muguet qui, tout en se
cachant entre deux grandes feuilles, répand dans l'air
les parfums les plus doux et les plus suaves. Il en est de
même du chrétien, qui, tout en restant humhle, doit
remplir le monde de ses bonnes œuvres.
XXXII.
L'humilité est la base de la véritable grandeur d'âme;
les grandes choses se sont accomplies par elle et les pe-
tites par l'orgueil.
XXXIII.
Le vertige de l'orgueil tourne la sagesse en folie.
27^ .CHAPITRE XXV.
XXXIV.
La llatterie gâte de son venin le cœur du plus juste
qui marche dans l'éclat de la pourpre.
XXXY.
On s'efforce d'orner les couronnes de faux bijoux, sans
penser qu'il n'y en a qu'un seul véritable pour un mo-
narque, qui est la justice.
XXXYI.
L'ambition est le vice qui fait souffrir le plus dans
l'autre monde, parce que là il n'y a plus de trônes ni de
portefeuilles ministériels à conquérir. Il n'y a là-bas ni
prince, ni roi, ni puissant, ni impuissant, mais tous sont
des mendiants de Dieu,
XXXVII.
Le cœur le plus pur porte encore la rouille de l'ariibi-
tion et de l'égoïsme.
XXXVIII.
Dans le courant des siècles, la justice a changé plus
souvent que le vêtement ; la folie est dorée et l'injustice
couronnée.
XXXIX.
Un noble cœur ne s'humilie jamais devant celui qui a
opprimé l'indépendance et la liberté de sa patrie.
XL.
Le désintéressement est le sceau de la noblesse du
cœur.
PENSÉES DES ESPRITS 273
XLI.
La franchise est la voie du juste, mais souvent elle l'a-
mène aux bords du Styx, en lui attirant la disgrâce des
Grands de ce monde
XLTI.
La perfidie est le sceau du monde.
XLIIL
Le méchant est toujours sûr des faveurs du monde.
XLIV.
Le bonheur relâche le frein de la force.
XLY.
Les adversités fortifient un noble cœur.
XLVL
La mort du juste est préférable à la vie du méchant.
XLYIL
L'homme qui diffère toujours à faire le lûen est
comme le marais du désert.
XLVIIL
La fermeté du cœur ressemble h la mer dans le calme
d'une soirée d'été.
XLIX.
La faiblesse du cœur est la pnnition des lâches.
274 CHAPITRE XXV r
L.
La sécheresse du cœur est le plus grand mal.
U.
La haine ne prend racine que dans les cœurs étroits,
et la colère ne trouve son aiguillon que dans les petits
esprits.
LU.
La colère de l'homme est comme la rivière qui dé-
borde.
Lin.
Le cœur de l'homme est un abîme de folie.
LIV.
La plus grande folie du cœur est la crainte de revivre
dans le monde des Esprits.
LV.
L'insensé s'occupe des choses du néant.
LYL
L'homme de paille reste toujours à la hauteur (ki
fouet.
LYIL
L'esclavage do l'esprit est le sceau de l'infamie.
PENSÉES DES ESPRITS. .275
LVIII.
La discorde, cette corne du diable, est le triste fruit
de l'égoïsme et de l'avarice.
LIX.
L'avarice est le nœud gordien du diable.
LX.
La loyauté doit être la base d'un homme vertueux,
elle est la souche de tout bien.
LXL
La délicatesse exquise porte dans son sein les fleurs
de la générosité.
LXIL
La douceur n'est que le fruit délicieux d'un cœur
gouverné par les dieux.
Lxm.
La force du cœur est une vertu qui provient des
Anges.
LXIV.
0 justice, vérité, charité ! manteau royal du divin
maître ! que vous êtes difficiles à vous incarner dans
l'humanité !
LXV.
La justice est le casque du sage.
276 THAPITRE XXV.
LXYI.
La rharité est le sceau de rimmortalité.
LXYII.
Le véritable dévouement est un trésor inépuisable.
LXVIIL
La vérité est le langage des Anges.
LXIX.
Le brouillard des sens enveloppe si bien les hommes,
qu'ils ne savent guère distinguer l'hypocrisie delà vérité .
LXX.
La justice est la première source de la sagesse.
LXXL
La recherche de la vérité est la première condition de
la sagesse.
LXXIL
La modération est la règle du sage.
LXXIIL
Le miel que les abeilles de l'Hymettus travaillent n'est
pas plus délicieux que la parole du sage.
LXXIV.
La sagesse de l'homme passe comme l'éclair devant le
regard de l'Eternel.
PEI^SÉES DES ESPRITS. 277
LXXV.
L'éternité est le soleil suprême qui attire tout cœur
bien né.
LXXYl.
Le stoïcien savait fuir le monde, mais le disciple de
Pytliagore savait le souffrir; l'un avait cueilli le fruit de
la sagesse pendant que l'autre jouait avec la Heur,
LXXYIL
Regardez, ô hommes ! l'aigle s'élevant dans les airs ;
il tend vers les hauteurs de la sagesse, laissant derrière
lui les abimes de la folie. Le sage lui ressemble, si su
tète ne tourne point vers la terre.
LXXYIIL
Celui à qui l'abîme est découvert, et qui étend l'ai-
guillon sur le vide, sait remplir de grâces les profondeurs
du cœur de l'homme.
LXXLX.
Le courage est la cuirasse du sage.
LXXX.
La justice et l'amour sont les armes de Dieu.
LXXXL
Le véritable sacrilice ne doit se rapporter qu'à Dieu.
278 CHAPITRE XXV.
LXXXII.
La crainte de l'Eternel est la base de toute action gé-
néreuse .
LXXXIII.
La dignité est le sceau de la noblesse du cœur.
LXXXIV.
La jeunesse du vieillard est le fruit de la sagesse.
LXXXY.
Les scènes de la vie se passent comme l'ombre qui
fuit le soleil.
LXXXVL
Les plaisirs terrestres ne renferment que des douleurs
et des regrets. Il n'y a que la vie d'outre-tombe qui nous
apporte des joies célestes; car tout ce qui est pure-
ment spirituel est éternel.
LXXXVIL
Nous avons reçu la vie en larmes , mais nous la
rendons dans la joie; lorsque la terre nous voit pour la
première fois, son contact sinistre produit un cri, et
quand elle nous lâche, c'est encore un cri, mais un cri
de joie*
LXXXVIIL
Les maux poursuivent l'homme ici-bas dès le berceau
jusqu'à la tombe.
PENSÉES DES ESPRITS. 279
LXXXIX.
Après la mort, les maux cessent, mais dans l'autre vie
le mal commence pour Tliomme sans intelligence.
XC.
Le sage tend son bras au delà du Styx ; le fou ne con-
sidère que le vêtement grossier qui tombe dans la
barque de Caron.
XCI.
La paix est le sceau que TAnge d'outre- tombe met
sur le front des élus.
XCIl.
La royauté du cœur est le don du génie.
XGIII.
Un rayon d'espérance luit encore dans l'enfer, grâce
à l'amour infini de Dieu.
XCIV.
La miséricorde est la balance de Dieu*
XCY.
Les ruisseaux de la grâce divine ne tarissent pas
d'une éternité à l'autre.
XCVL
La grâce, c'est l'initiative de Dieu dans l'œuvre du
salut*
280 CHAPITRE XXV.
XGVII.
*
Le don le plus parfait de Dieu, c'est le Saint-Esprit.
Ceux qui entendent cet appel du Père éternel sont ses
enfants.
XCYlll.
Cette initiative primitive de Dieu, cet appel du Père
ou le Saint-Esprit, renferment tous les dons spirituels.
XCIX.
La grâce de Dieu est j^ratuite, mais elle doit être assi-
milée par riiomme, afin de lui donner accès dans son
être.
C.
La charité est le suprême don de l'Ange de l'alliance.
Notre Seigneur bien-aimé ; elle est forte comme la mort,
et plus forte que les remparts de l'enfer.
CL
Toutes choses sont possibles au croyant, et rien n'est
impossible à celui qui croit en la vertu du saint nom du
Christ.
CIL
Si toutefois quelque chose vous semble impossible,
pensez que la bouche qui n'a jamais menti a prononcé
ces paroles de vérité : Ce qui est impossible aux hom-
mes, est possible en Dieu et par lui.
PENSÉES DES ESPRITS. 281
cm.
La prière est la pointe de l'épée qui perce même le
cœur de Dieu.
CIV.
C'est la prière fervente seule qui puisse tléchir le cœur
de Dieu.
CY.
La prière est le grand véhicule du monde spirituel et
surnaturel.
CVL
La prière est la pierre de touche de Thomme d'esprit.
CYIL
. La vaillance dans la prière est la plus belle vertu de
la foi en Jésus -Christ, que TEsprit-Saint du Père Eternel,
ce consolateur permanent, puisse vous donner.
cvm.
Dieu lui-même a mis le sceau de sa grâce sur le front
des Mciyes^ ces représentants de la Reine des sciences^ en
leur révélant le premier la naissance de l'Enfant conçu
par la vertu de son Saint-Esprit.
CIX.
Le spiritualisme est la seule science qui vaut encore
quelque chose dans l'autre vie, qui est la vie véritable.
21
282 CHAPITRE XXV
GX.
L'essence du spiritualisme consiste clans la conviction
intime que le monde surnaturel des causes invisibles,
dont l'âme de l'homme fait partie, a des rapports in-
times et continuels avec le monde matériel des effets
visibles, grâce au gouvernement universel de la Pro-
vidence.
CXI.
Les miracles, loin de déroger aux lois de la nature, ne
sont qu'une condition nécessaire de l'organisation de
l'univers.
CXIL
Les miracles ne manifestent que la puissance de l'Es-
prit sur la matière, en suspendant jusqu'à une certaine
limite les effets de ses forces inertes.
cxin,
L'univers est un livre immense, dans lequel les Séra-
phins les plus élevés n'ont pas encore lu*
CXIV,
La seule science digne de ce nom ne fait qu'admirer là
grandeur de Dieu dans les lois de la nature.
cxv.
La science des anciens était une œuvre complète :
elle embrassait aussi bien les causes ({ue les effets; elle
PENSÉES DES ESPRITS. 283
était la science des rapports du monde des Esprits et du
monde des corps, tandis que nos Académies l'ont réduite
à une partie mesquine et étroite, à la matière seule,
GXYI.
Les savants modernes ont rejeté du sanctuaire des
sciences le plus beau fleuron, l'étude de l'âme et du
monde des causes surnaturelles et invisibles.
GXYII.
Le mérite de nos esprits forts consiste à ne rien savoir
et à douter de tout, de Dieu, du bonheur présent et de la
vie future,
cxvm.
Nos savants ne s'aperçoivent pas que lesprit vraiment
fort ne reste pas dans la petite sphère des choses sensi-
bles, mais qu'il se porte dans la région des êtres imma-
tériels pour étudier dans cette région, nullement imayi-
nuire et très subsistante^ la nature et le pouvoir de ceux
qui l'habitent.
CXIX.
Le matérialisme règne aujourd'hui en souverain ab-
solu sur la terre ; on se fait un devoir de douter de ce
qui n'est point matériel ni susceptible d'être analysé par
la ehimie.
GXX.
L'incrédulité a jeté de nos jours des racines beaucoup
284 CHAPITRE XXV.
plus profondes que dans l'antiquité. L'ère corrompue
des Césars de Rome même ne perdit jamais la foi reli-
gieuse à ce degré.
CXXI.
Les protestants n'acceptent plus les miracles; quant
aux catholiques, dont la doctrine est pure, ils ne la pra-
tiquent guère. C'est pour cette raison que le miracle du
diacre Paris a eu lieu, pour leur prouver que les cadavres
sans vie peuvent opérer plus qu'eux.
CXXIL
C'est un fait constaté par l'histoire de l'humanité, que
la grande plaie de l'antiquité consistait dans la tendance
iiu polythéis7ne, tandis que, de nos jours, l'humanité est
tombée dans l'excès du matérialisme,
CXXIIL
Depuis que la sagesse a déserté le monde, les fous ai-
ment à la couvrir du voile de la poésie. Le divin Platon
lui-même, hélas î passe de nos jours pour un poète rem-
pli d'illusions.
CXXIV.
Le magnétisme est Y aurore de la science, mais le spi-
ritualisme en est le soleil levant.
cxxv.
Le spiritualisme moderne n'est qu'un écho bien affai-
bli de la mélodie suave des joyeuses phalanges d'Anges
qui s'apprêtent à chanter le réveil de Thumanité.
PENSÉES DES ESPRITS. 285
CXXYI.
La foi à l'immortalité est l'aurore d'outce-tombe qui
reluit dans ce bas monde- ci.
CXXVII.
L'espérance nous amène au seuil de l'éternité.
CXXVIIL
L'espérance, cette flamme céleste, est la vue déjà de
la vie éternelle en toi, Dieu puissant et magnifique !
CXXIX.
Les manifestations surnaturelles des Esprits déchi-
rent le voile entre la mort et la vie.
cxxx.
La prison du corps est la plus pénible pour un cœur
généreux tendant à l'immortalité.
CXXXL
Le désir ardent de déchirer le voile qui nous cache la
Divinité est l'échelle avec laquelle on monte au ciel.
CXXXIL
La mort est toujours le suprême calice de l'homme,
mais il est adouci par celui qui l'a goûté au Calvaire.
286 CHAPITRE XXV.
cxxxm.
La profonde conviction de rimmortalité seule peut
provoquer une mort sublime.
CXXXIY,
La mort n'est plus un mystère; rien ne meurt, tout
existe et ne fait que se transformer, Dieii est le Dieu
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu des vivants et
non le Dieu des morts !
cxxxv.
La mort est la lame d'épée de l'Ange qui garde le
chemin de l'arbre de vie ; mais déjà l'amour de Dieu en
a amolli la pointe.
CXXXYL
Au moment de la mort, tout est réduit à néant, même
la science ; il ne nous reste que ce que nous avons fait
pour Dieu, et c^est si peu, même dans la meilleure vie !
cxxxvn.
Dans l'agonie de la mort, l'homme, au lieu de perdre
sa connaissance, n'a que trop de connaissance, c'est-
à-dire il a la double connaissance des choses terrestres et
invisibles.
CXXXVIIL
Quand les ténèbres de la mort couvrent les yeux du
juste d'ini sommeil paisible, l'Ange gardien de ses
PENSEE DES ESPRITS. 287
jours d'autrefois lui ouvre, par la permission de la Pro-
vidence, l'entrée dans les Iles des Bienheureux, nageant
éternellement dans le lac du nectar des immortels, où,
délivré des soucis cuisants, le juste coule une vie facile
et brillante de vertu dans des climats de chaudes ha-
leines.
CXXXIX.
La mort, c'est l'entrée dans une autre et meilleure vie
dont V aurore céleste illumine souvent le visage du mou-
rant.
CXL.
Le passage par la vallée de la Géhenne est un mo-
ment bien pénible pour l'homme ; il n'y a que la miséri-
corde de Dieu qui puisse le raccourcir.
CXLL
Eternité ! on ne te comprend que si l'on est entré par
ta porte sublime I
CXLIL
La mort, au lieu de rétrécir le cœur, l'élargit et le
dilate.
CXLIIL
Le désir plus ou moins vif est le chemin de fer des
Esprits qui les emporte par la pensée chez des êtres ché-
ris, car la pensée d'un Esprit, cest lui-même.
CXLIY.
Si les hommes évoquent les Esprits, le désir de leur
288 CHAPITRE XXV.
plaire les attire vers les mortels, la complaisance étant
un devoir que Dieu lui-même a commandé. La nécro-
mancie ou l'évocation des Esprits est donc une chose
permise.
CXLV.
Dans le monde des Esprits, rétat l'emporte sur le lieu,
les Esprits n'étant pas enchaînés à un lieu comme les
hommes.
GXLYI.
Les Esprits mènent une existence où le temps s'écoule
dans l'éternité et l'espace est renfermé dans l'infini,
comme la goutte de rosée se perd dans l'Océan.
CXLYIL
Les Esprits ne connaissant pas les distances, peuvent
apercevoir un grand nombre d'états lieureux dans les
différents univers, comme l'homme riche, dans le Nou-
veau-Testament, a pu voir Lazare dans le sein d'Abra-
ham, et comme déjà ici-bas la voyante ou la somnambule
lucide voit à distance.
CXLYIIL
L'état ne dépend pas du lieu dans le monde des Es-
prits comme chez les hommes; mais l'état, grâce à la
pensée, s'étend jusqu'à l'ubiquité plus ou moins par-
faite.
CXLIX.
Chez les Esprits qui habitent un monde qui n'est pas
un lieu mais un état, une condition, il y a identité de la
PENSÉES DES ESPRITS. ' 289
pensée et de l'être, le temps et l'espace étant anéantis et
absorbés dans l'éternité infinie pour l'ame dégagée de la
matière.
CL.
L'Ange de l'alliance, en parcourant les cieux et les
enfers, y a captivé tout ce qu'il y avait de noble dans les
sphères de l'univers. Il a essuyé les larmes et il a
répandu la joie parfaite.
CLL
Grâce à la sympathie, cette attraction morale, un es-
prit plus parfait attire un autre moins parfait vers lui en
faisant progresser ce dernier plus vite dans la voie de la
perfection.
CLIL
Le séjour rayonnant de bonheur que la grâce de Dieu
a conquis aux Esprits bienheureux ne leur fait du plai-
sir qu'en pensant que tous ceux qui seront sauvés par
cette puissance et cette bonté inouïe en hériteront.
CLIIL
L'état paradisiaque ne sera révélé qu'à ceux qui se-
ront revêtus un jour de la robe du Juste que le Seigneur
nous a conquise sur le Golgotha.
CLIV.
La véritable liberté de cœur ne consiste que dans
l'obéissance envers la Providence et ses ministres, les
290 CHAPITRE XXV.
Anges et les Génies, appelés les dieux, selon toutes les
révélations religieuses, y compris la Bible.
CLY.
Le monde ne peut être libre que sous la direction des
Anges.
CLYI.
Le pivot des pensées des Séraphins, c'est le salut des
êtres terrestres.
CLYIL
Le meilleur conseil que les Esprits puissent donner
aux hommes, c'est d'élever leur cœur de la terre au
ciel.
cLvm.
Où l'immortalité commence, le doute cesse; l'âme en-
chantée de voir briser ses chaînes, s'étonne, s'émer-
veille, et tombe aux pieds de la Divinité.
CLIX.
Voir la face de l'Eternel, c'est la vie contemplative en
sa présence.
CLX.
L'Esprit sort de la main de Dieu, mais l'âme est déjà
e commencement du brouillard de la terre.
CLXL
L'âme étant fatiguée par les vicissitudes de son voyage
PENSÉES DES ESPRITS. 291
temporel, aspire à devenir E.y)nt, car avant la mort elle
n'est que Corps-Esprit.
CLXII.
L'âme se sépare, grâce à la mort, avec joie, du corps
qu'elle a été obligée d'animer.
CLXIII.
Le germe des esprits réside dans la Divinité, dont la
volonté le détache de son essence ; ce germe, une fois
séparé, acquiert une individualité indépendante, laquelle
ne dépérit plus, Dieu ne pouvant et ne voulant pas
défaire ce qu'il a fait.
CLXIV.
L'esprit, c'est-à-dire la lumière, une fois donnée au
commencement du monde, ne fait que se transformer par
une infinité de différents habillements qui ne sont qu'au-
tant de moyens de proqrès à Vinfini.
GLXY.
Les Esprits ne sont que des formes multiples et indi-
vidualisées d'un seul grand Esprit.
CLXVI.
Comme l'embryon dans la matrice, ainsi a reposé au
commencement l'Esprit de l'homme au sein de la Divi-
nité. .
GLXVIL
îJiimtf' de l'Esprit provient de ce que toutes les intel-
292 CHAPITRE XXV.
ligences conçoivent par la seule et unique intelligence
de Dieu.
CLXVIII.
Il n'y a qu'un seul qui est l'Alpha et l'Oméga, et le
commencement et la fin touchent à l'Être universel .
CONCLUSIONS. 293
CONCLUSIONS.
Il semble que notre tâche soit remplie; nous avons
prouvé dans la \)Yemihre partie de ce \o\uuie,[a Réalité du
monde surnaturel des Esprits, par la voie expérimentale,
c'est-à-dire par un grand nombre d'expériences répé-
tées, de récriture directe des Esprits, en présence de cinq
cents témoins sains d^ esprit et de corpus. Néanmoins nous
ne nous sommes pas contentés de la démonstration ex-
périmentale, bien qu'un fait soit plus brutalement con-
cluant que toutes les théories et tous les raisonnements.
C'est pourquoi nous avons eu recours, dans la seconde
partie de ce volume, à r opinion de quarante siècles, dont le
témoignage presque unanime confirme également la réa-
lité d'un monde invisible de purs Esprits, d'oii émanent les
révélations religieuses et les enseignements moraux. Cette
ébauche a donc jeté les premiers fondements de la grande
science du Spiritualisme ou de la Pneumatologie positive.
Si nous ne nous faisons pas illusion, l'heure de la défaite
délinitive du matérialiame et du scepticisme rationaliste
de nos prétendus savants modernes, va bientôt sonner. Dé-
sormais il faudra rayer un siècle tout entier de ténèbres
sur toute la création invisible. Tous les livres, écrits du-
rant ce laps de temps, sur le véritable sens de l'antiquité,
sur les oracles et sur les inspirations des grands hom-
294 CONCLUSIONS.
mes de Fliistoire vont devenir illisibles, car ils partent
tous d'une base fausse, l'absence de ce merveilleux dont
nous venons de démontrer la réalité. La haute autorité de
la Bible sera plus que jamais raffermie , non-seulement au
point de vue religieux et moral, mais encore au jjoiîit de
vue scientifique. Désormais nul n'osera contester que la
Bible ne soit le seul livre qui satisfait à tous nos besoins
religieux, moraux et intellectuels.
Il en est de même, bien qu'à un moindre degré, des
anciennes traditions sacrées de l'Inde, de la Chine, de
l'Egypte, de la Grèce et de Rome, car toutes partent du
principe de la Bévélation et de la Théophanie, L'étude des
poètes de l'antiquité va surtout acquérir une haute im-
portance, la plupart des poètes reflétant mieux les an-
ciennes traditions sacrées des temps primitifs que les
philosophes. Néanmoins, la haute renom?née de Pytha-
gore^ de Platon, du systèine dualiste de Sayikhya, de Go-
tama, de Sankara, etc., etc., va grandir encore.
Le triomphe prochain du spiritualismet devrai donc
remplir de joie les cœurs de tous les hommes religieux ;
mais, malheureusement, il n'en est pas de même. Nos
prétendus chrétiens orthodoxes, aveuglés par la Démo-
nophobie, regrettent la défaite du Matérialisme, de cet
adversaire acharné de toutes les religions. En vérité, on
ne saurait s'imaginer cette démence du parti orthodoxe.
M. de Mirville,le représentant le plus érudit de la démo-
nophobie moderne, s'écrie, le cœur navré, dans sa Pneu-
matologie, qui n'est qu'une démonologie (des Esprits et
de leurs manifestations fluidiques, pag; 447) :
« Le matérialisme est vaincu : ynais à quel prix peut-
ii être? » M. de Mirville traite même le spiritualisme
américain de fléau (des Esprits, etc., p. 444) ; il redouté
te retour des dieux du paganisme! ! ! (Par le moyen du
CONCLUSIONS. 295
spiritualisme inodenie.) Cet auteur ne soupçonne pas que
la 2^ laie morale de notre société consiste dans le penchant
au matérialisme, et nullement dans les tendances poly-
théistes. Certes, s'il y a de nos jours quelques velléités
polythéistes, on ne les rencontre que dans I'Eglise ro-
maine, qui, naguère, vient de proclamer Marie (Mère de
Dieu ! ! et Reine du ciel !) Déesse! ! !...
On sait que la doctrine de la Trinité, ce trithéisme des
trois prétoidites personnes de la Divinité, ainsi que le culte
des saints et des saintes, canonisés par la cour de Rome,
renferme également des germes polythéistes. En effet, le
parti prêtre et orthodoxe démontre d'une manière évidente
son incapacité radicale de guérir les maux moraux de
notre société, puisqu'il ne sait pas même où est le siège
du mal de nos jours? Les prêtres, aveuglés par la démo^
nophobicy ne voient pas oii est le danger. Que penser de
médecins, si dépourvus du coup d'œil diagnostique?
On sait que le Christ lui-même a dit, dans le fameux
discours sur la montagne, que le sel qui perd sa saveur
ne vaut plus rien, |qu'à être jeté dehors et foulé des
hommes. (Saint Mathieu, chap.V, v. 13.)
Il ne faut donc pas s'étonner que le clergé orthodoxe
de tous les cultes chrétiens ait perdu le sceptre de la
science, qu'il ait laissé mettre en lambeaux le saint dra-
peau du Christ, par les savants sceptiques et matéria-
listes de notre siècle. Aujourd'hui, au lieu de tendre la
main aux spiritualistes modernes, pour terrasser le scep-
ticisme et le matérialisme de nos prétendus savants, les
prêtres et les pasteurs repoussent encore ce secours
inattendu que le ciel leur envoie. Ces dignes succes-
seurs des anciens Pharisiens vont jusqu'à regretter la
chute prochaine de ce matérialisme hideux qui a dé-
truit la haute autorité de la Bible, en bafouant sans cesse
296 CONCLUSIONS.
depuis une centaine d'années le divin Martyr du Cal-
vaire, cet Archange de la face de l'Eternel lui-même I...
Quant à nous, spiritual istes, tout en regrettant cet
aveuglement insensé du parti orthodoxe de toutes les
sectes chrétiennes, nous nous réjouissons de la chute du
matérialisme, ce règne de Satan par excellence !
Nous sommes intimement convaincus que le triomphe
linal du spiritualisme entraînera avec lui le rétablisse-
ment complet de l'autorité de la Sainte-Écriture, cette
parole de Dieu qui renferme la plus haute sagesse ré-
vélée aux hommes par la disposition des Anges de l'É-
ternel; nous remercions donc Dieu d'avoir daigné con-
fier à l'humanité un excellent moyen de combattre le
génie du mal^ en entonnant l'hymne sublime de Jésus
Sirach (Ecclésiastique, XXXYI, 1,2,6, 7, 9, 10, 16, 17,
18, 19) :
1 . (( 0 Seigneur ! Dieu de toutes choses, aie pitié de
» nous, et nous regarde! »
2. « Et répands ta terreur sur toutes les nations qui ne
» t'honorent point, afin qu'elles connaissent qu'il n'y a
» point d'autre Dieu que toi, et qu'elles racontent tes
» œuvres magnifiques ! »
6. « Renouvelle les 'prodiges, et change les miracles. »
7. (( Montre la gloire de ta main et ton bras droit, afin
)) qu'ils publient tes faits merveilleux. ))
9. (( Détruis l'adversaire, et mets en pièces l'ennemi. »
10. (( Hâte le temps, et souviens-toi de ton serment,
)) afin qu'on raconte tes merveilles î »
16. « Remplis Sion, afin qu'elle magnifie tes oracles;
» remplis ton peuple de ta gloire. »
17. « Rends témoignage à ceux qui ont été ton héri-
» tage dès le commencement, et suscite des prophètes
» en ton nom. »
CONCLUSIONS. 297
18. c< Donne la récompense à ceux qui s'attendent à
» toi, et fais qu'on ajoute foi à tes prophètes. »
19. «Ecoute, Seigneur, les prières de tes serviteurs,
» et conduis-nous dans la voie de justice, et tous les ha-
» tants de la terre connaîtront que le Seigneur est le Dieu
» éter^iel. »
n
298 UNE APPARITION.
UNE APPARITION
AU MOIS DE MARS 1854
Nous avons promis, page xvi, en parlant du livre re-
marquable de M. Dale Owen, intitulé : Footfalls on the
hoimdanj of another ivorld, de donner la traduction de
l'apparition que l'auteur de cette Pneumatologie a eue au
mois de mars 1854, et que M. Daie Owen a recueillie de
sa bouche même, à la date du 11 mai 1859.
a En mars 1854, le baron de Guldenstubbé demeurait
seul à Paris dans un appartement du premier, 23, rue
Saint-Lazare. Le 16 de ce mois, il revenait après mi-
nuit d^un grand bal du faubourg Saint-Honoré chez
M. de Tourgueneti' (Nicolas) ; il voulait se retirer de
suite dans sa chambre à coucher, mais étant encore trop
agité, il alluma sa bougie et se mit à lire au lit; mais
bientôt son attention était distraite de la lecture par une
secousse électrique, qui peu à peu se répétait huit ou
dix fois ; cette sensation étrange éloignait toute dispo-
sition au sommeil : il se levait, s'enveloppait d'une robe
de chambre chaude, et allait au salon à côté pour y ral-
lumer son feu. Rentrant peu après dans sa chambre à
coucher, sans lumière, pour chercher son mouchoir, il
observa, au rayon de la lumière provenant par la porte
ouverte du salon, juste devant la chemiaée sans feu de
UNE APPARITION. 299
la chambre à coucher située vis-à-vis de la porte d'en-
trée, quelque chose comme une colonne vaporeuse de
couleur grisâtre , un peu lumineuse. Son attention se fixa
un moment sur cette étrange colonne, mais pensant que
c'était un retlet des réverbères de la grande cour, il ne
s'y arrêta point et retourna au salon.
» Quelque temps après, comme le feu n'allait pas trop
bien dans la cheminée du salon, il rentra dans la cham-
bre à coucher, pour y chercher du fagot. Cette fois-ci,
l'apparition devant la cheminée de la chambre à cou-
cher lixa son attention. La colonne s'était agrandie et
s'élevait jusqu'au plafond qui avait 12 pieds de hauteur.
Sa couleur, de grise était devenue bleue, de ce bleu à^al-
cool en feu^ et plus éclatante qu'auparavant. Au moment
où le baron la regardait avec surprise, elle augmentait
d'éclat et graduellement prenait la figure d'un homme.
Les contours étaient d'abord vagues^ et la couleur bleue,
comme la colonne, seulement d'une teinte plus sombre.
Le baron prenait toute l'apparition j)Our une hallucina-
tion, mais continuait de l'examiner avec attention dans
une distance d'à peu près treize à quatorze pas. Peu à
peu les lignes extérieures de cette figure deviennent plus
accusées, les traits se forment et le tout prend la cou-
leur de la chair humaine et enfin de nos vêtements. En
définitive, l'intérieur de la colonne présente la figure
d'un oieillard de grande taille^ ayant le teint frais, les
yeux bleus, les cheveux blancs comme neige ^ ainsi que les
favoris ; mais sans barbe ou moustache, et d'une tenue
assez soignée, portant cravate blanche et gilet blanc,
un col de chemise roide et haut et un long habit noir,
ouvert et rejeté sur la face des épaules, comme le font
les personnes corpulentes qui ont trop chaud, et parais-
sant s'appuyer sur une forte carme blanche. Quelques
300 UNE APPARITION.
minutes après, la figure sortit de la colonne et s'avaiiçii,
paraissant flotter lentement au travers de la chambre
jusqu'à trois pieds du point où se tenait le baron étonné;
là elle s'arrêta, présentant sa main en manière de saluta-
tion et s'inclina légèrement. Le premier mouvement du
baron fut de tirer le cordon delà sonnette. Le sujet était
si parfaitement accusé, si naturellement matériel, qu'il
pouvait à peine se défendre de la pensée qu'un étran-
ger s'était introduit chez lui, car ses traits lui étaient
tout à fait inconus ; mais l'âge et les manières amicales
du visiteur arrêtèrent sa main. De l'autre monde ou de
ce monde-ci, il n'y avait rien d'ennemi ou de formidable
dans cette apparition-là.
)) Un peu de temps après, la figure alla vers le lit, en
face de la cheminée, à droite de la porte d'entrée^ puis à
gauche, retourna à la cheminée, où elle avait d'abord
apparu, puis elle s'avança une seconde fois vers le
baron et répéta ces mouvements huit ou dix fois. Le
baron n'entendit ni son, ni voix, ni bruit de pas. La
dernière fois, l'Esprit retourna vers la cheminée, et,
faisant face au baron, il demeura stationnaire. Peu à
peu les contours s'affaiblirent, et, au fur et à mesure que
la figure perdait de son aspect, la colonne se refaisait
comme auparavant, formant comme un cadre autour
d'elle. Mais cependant, à l'heure qu'il était, en se refai-
sant la colonne était beaucoup plus lumineuse, qu'au-
paravant, et, l'éclat qu'elle répandait, permettait au
baron de lire dans une Bible, d'impression perle-am-
glaise, qui se trouvait sur sa table de toilette, deux ou
trois versets. Peu à peu la figure s'éteignit, s'élevant
par intervalles comme une lampe qui finit.
» Cette apparition, colonne et ligure, a duré environ
dix minutes, de sorte que le témoin oculaire de cette
UNE APPARITION. 301
étrange apparition avait le temps nécessaire de la bien
examiner. Quand elle retourna à la cheminée, le baron
pouvait très facilement en distinguer le dos. Il ne s'en
effraya point, à la recherche qu'il était, de savoir si c'é-
tait une hallucination ou une réalité objective. A deux
ou trois reprises dans sa vie, il avait eu des apparitions,
moins distinctes, il est vrai, et de personnes qu'il avait
connues durant leur vie terrestre, de sorte qu'il avait
cru que la cause en était l'imagination ou une impres-
sion produite par l'état de son système nerveux. Médi-
tant sur ces matières occultes, il allait au lit, et quelques
temps après, s'endormait profondément. Mais dans un
songe, la nnème figure se présentait à lui, dans les mêmes
vêtements ; elle lui apparut, assise auprès de son lit, lui
disant (comme en réponse à ses méditations de la veille) :
(( Jusqu'à présent, vous n'avez pas cru à la réalité des
» apparitions, que vous considériez seulement comme
» reflets de mémoire. Maintenant, puisque vous avez vu
» un étranger, vous ne pouvez pas voir en cela une re-
)) production de vos souvenirs. » Le baron, en songe,
approuva ce raisonnement ; mais le fantôme ne lui donna
aucune satisfaction à l'égard de son nom ou de ce qu il
avait été dans cette vie-ci.
» Le lendemain, rencontrant la femme du concierge,
M""' Mathieu, qui avait l'habitude de faire ses chambres,
il lui demanda qui, avant lui, avait occupé son apparte-
ment, ajoutant que la raison qui le portait à faire cette
question était une apparition qu'il avait eue dans sa
chambre à coucher, la nuit passée. D'abord, cette femme
paraissait très effrayée et n'avait nulle envie de lui com-
muniquer quelque chose à ce sujet; mais lorsque le
baron la pressait et l'assurait que ce ne serait jamais une
raison pour lui, en homme éclairé, de changer d'appar-
302 UNE APPARITION.
tement, ellê^ lui communiquait, eu hésitant, qu'un cer-
tain M. Caron y avait demeuré et y était mort il y avait
environ deux ans, et (|u'il avait autrefois été maire dans
une localité de la Champagne; il avait habité cet appar-
tement, en qualité de père de la propriétaire, lorsqu'un
coup d'apoplexie avait mis fin à sa vie à peu près à l'âge
de soixante et quelques années, dans un couloir du
même appartement, qui se trouvait entre la chambre à
coucher et la cuisine. On l'avait transporté presque sans
vie à la chambre à coucher, où il était mort dans son
lit, qui occupait la même place que celui du baron.
)) La description par cette femme, non-seulement de
Taspect personnel de ce mojisieur, mais encore de son
costume, correspondait de la manière la plus exacte à
tout ce qu'avait vu le baron : gilet hianc, cravate hlanche,
long frac noir qu'il portait habituellement, stature 6^?/-
dessus de la moyenne, obèse, yeux bleus, cheveux et fa-
voris blancs, ne portant ni barbe ni moustache. Le col
de chemise était ?m(le et droit; de plus, l'habitude de
renverser le devant de son habit sur la face de ses
épaules et une grosse canne blanche. M"^ Mathieu lînit
par avouer que le baron n'était pas le seul qui avait vu
l'apparition de M. Caron. Une fois, une domestique
l'avait vue dans l'escalier. A elle-même, il avait apparu
plusieurs fois : une fois à Fentrée du salon, une autre
fois dans le couloir dont nous avons parlé ci-dessus, et
diverses fois dans la chambre à coucher. Elle dit aussi
au baron, qui l'avait probablement remarqué, qu'elle
avait pris l'habitude de faire ses chambres quand il y
était, au lieu de les faire quand il était sorti, et que,
dans la crainte de le déranger, elle avait plusieurs fois
voulu s'excuser là-dessus, mais qu'elle n'avait su c{ue
dire; la véritable raison de son habitude étant rie ne pas
UNE APPARITION. 303
rester seule dans l'appartement, de peur de rencontrer
le vieux monsieur, à ce qu'elle s'exprimait naïvement.
» M™° ..., la fille de M. Caron, prit le parti de faire dire
des messes pour son père, et il fut dit que, depuis, on
ne vit pins d'apparitions dans ces appartements. »
304 EXPLICATION DES ÉCRITURES DIRECTES,
EXPLICATION
DBS
ECRITURES DIRECTES
I. — Lettre d'outre-tombe d'un ami de V auteur, que
plusieurs personnes ont reconnu à son écriture. Cette
épître a été tracée en français, le l*'' février 1857 (envi-
ron deux ans après la mort du défunt), dans le logement
de l'auteur.
II. — Figure qui a été tracée au Louvre, dans le
Musée égyptien, en présence de plusieurs témoins, dans
la chapelle funéraire dite de Cléopâtre, 4 septembre 1862.
in. — Lettre amicale d'une parente de V auteur, morte
en 1843. Cette épitre, en allemand, a été tracée le
20 février 18o7, dans le logement de Fauteur. Plusieurs
connaissances de la défunte ont reconnu son écriture,
tracée avec de l'encre bleue.
lY. — Première écriture en français, soussignée par
un Esprit que l'auteur a connu durant sa vie terrestre.
Les mots : Je confesse Jésus en chair, sont une réponse
adressée par l'Esprit au doute du comte d'Ourches. Ce
phénomène merveilleux a eu lieu, en présence dudit
comte d'Ourches, le 16 août 1856, à onze heures du soir,
dans le logement de l'auteur.
V. — Figure magique, tracée le 14 août 1856, dans
EXPLICATION DES ÉCRITURES DIRECTES. 305
le logement de l'auteur. Cette figure a opéré plusieurs
guérisons merveilleuses et instantanées.
VI. — Écriture en latin, style lapidaire, obtenue le
26 août 1856 au Louvre, en présence du comte d'Our-
ch.es, près de la statue d'Auguste, à l'angle de la croisée
de la salle des Empereurs romains.
YTI. — Hiéroglyphe d'Egypte, tracé en présence du
comte d'Ourches, le 30 août 1856, près du sarcophage
de Ramsès III, dans la salle Egyptienne du Louvre.
YIII. — Première écriture en latin lapidaire, obtenue
en présence du comte d'Ourches, au Louvre, près de la
statue de Germanicus, le 26 août I806.
IX. — Écriture en latin lapidaire, tracée le 28 août
au Louvre, près de la statue de Jules César, en présence
du comte d*Ourches et de plusieurs autres témoins.
X. — Écriture en latin lapidaire près de la statue in-
connue, dans la salle des Empereurs romains, en pré-
sence du comte d'Ourches et du général de Brewern, le
4 septembre 1856.
XL — Première écriture en anglais avec les initiales
de Marie-Stuart, tracée en présence du comte d'Ourches
et de plusieurs témoins importants de l'ambassade de
Prusse, le 9 septembre, près de la colonne de Fran-
çois II à Saint-Denis.
XII. — Initiales du nom dun ami défunt de l'auteur,
tracées sur sa tombe au cimetière Montmartre, le 14 sep-
tembre 1856, en présence de plusieurs témoins.
Xin. — Ecriture en langue esthonienne, tracée par un
Esprit, que l'auteur a connu durant sa vie terrestre, le
i 2 septembre 1856, dans le logement de l'auteur, 74, rue
du Chemin de Versailles.
XIV. — Ecriture remarquable, signée par Abélard,
obtenue par l'auteur sur la tombe de cet homme illustre
306 EXPLICATION DES ÉCRITURES DIRECTES.
au Père-Lachaise, sur la recommandation [directemen
écrite) d'un Esprit sympathique, le 20 janvier 1857.
XV. — Ecriture allemande en vers, signée par le par-
rain de Fauteur. Cette épître a été tracée le 14 janvier
1857 dans le logement de l'auteur. La parfaite ressem-
blance de la main du défunt a été non-seulement consta-
tée par tous les parents de l'auteur et de son oncle, ledit
parrain, mais encore par le tribunal civil de Fîle d'Oesel,
lors du voyage de l'auteur et de sa sœur en Russie, au
printemps 1858.
XYI. — Ecriture grecque, tracée en présence de M. le
professeur Georgii, de Londres, disciple de l'illustre
Lincj, du comte d'Ourches et du baron de Voigts-Rlietz,
le 4 octobre 1856, dans le logement de l'auteur, pour
prouver à tous que la mort est vaincue, et qu'il ne faut
plus en avoir peur. T/original de cette écriture a guéri
instantanément l'auteur d'une lièvre typhoïde dans l'an-
née suivante, au printemps 1857.
XV IL —Ecriture de la sœur Louise de la Miséricorde
[La Vallière)^ tracée en présence du colonel de Kollmann,
le 29 décembre 1856, dans l'église du Val-de-Grâce.
Nous rappelons à nos lecteurs le songe remarquable que
Louise de La Vallière avait eu dans ce cloître même,
avant d'entrer comme dame d'honneur à la suite de la
princesse Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, et
dont Bossuet parle. (Voyez la vie de madame de La Val-
lière à la tête du sermon que prononça Bossuet pour sa
profession.)
XVITL — Ecriture en français, tracée le 10 mars
1857, dans le jardin du petit Trianon,près de la laiterie.
L'identité de l'écriture a été constatée par M. Lacor-
daire, d'après les lettres de cette malheureuse reine qui
se trouvent encore dans les archives des Gobelinsjx Paris.
EXPLICATION DES ÉCRITURES DIRECTES. 307
XIX. — Ecriture grecque, obtenue eu présence du
général baron de Brewern, le 26 décembre 1856, dans
le logement de l'auteur.
XX. — Figure tracée dans une ramette de papier,
toute neuve et cachetée encore par le marchand, eh un
mot, dans un cahier tel qu'il sort de la boutique, dans
le logement de l'auteur, le 24 décembre 1856. M. le gé-
néral baron de Brewern y assista en qualité de témoin
oculaire. M. le comte d'Ourches et le marquis duPlanty,
également invités à y assister, manquèrent. On les
attendit jusqu'à minuit, mais à peu près vers cette
lieure, les meubles commençant à craquer partout, le
médium se mit au piano et ordonna de poser, sur un
petit guéridon, une ramette de papier à lettres, toute
neuve, enveloppée d'un papier jaune et cachetée par le
marchand, que le général de Brewern avait apportée.
Au bout d'un quart d'heure, le médium cesse de jouer et
prie M. le général de Brewern d'ouvrir la ramette; on y
trouve plusieurs figures^ entre autres celle-ci, ainsi
qu'une écriture grecque, signée par Platon, une écri-
ture latine signée par Ciceron, et une écriture anglaise,
signée par Spencer,
XXI. — Figure tracée et signée par saint Louis, près
des statues de sa famille, dans le caveau de la cathé-
drale de Saint-Denis, le 8 novembre 1856, en présence
du général baron de Brewern et plusieurs autres témoins
importants.
XXII. — Ecriture allemande, tracée par un Esprit
(jue l'auteur, ainsi que plusieurs amis et parents du dé-
funt, ont reconnue à sa main, bien que la signature
manque. Ce phénomène a eu lieu le 28 décembre 1856,
dans le logement de l'auteur.
XXIII. — Nom français tracé près du catafalque de
308 EXPLICATION DES ÉCRITURES DIRECTES.
Louis XVIU dans la cathédrale de Saint-Denis, en pré-
sence du général [de Brewern, le jour de la Toussaint
1856.
XXI Y. — Écriture grecque^ tracée en présence du
comte d'Ourches et M. Ravené Senior, le 29 octobre
1857.
XXV. — Figure tracée en présence du général baron
de Brewern qui voit les différentes lignes se former sur
la feuille de papier, placée sur le bureau de l'auteur,
74, rue du Chemin de Versailles, le 15 novembre 1856.
XXVI. '— Ecriture pm langue 7'usse, tracée en présence
du général baron de Brewern, du prince Shakowskoi et
de plusieurs témoins de V ambassade russe, le 20 novem-
bre 1857, dans le logement de l'auteur.
XXVII. — Ecriture française et figure étrange, tracées
de l'autre côté du papier par rEsprlt du fameux diacre
Paris, derrière le maître-autel de l'Eglise Saint-Médard,
où jadis son corps a reposé, avant la défense de :
{( Par le roi à Dieu,
» D'opérer des miracles en ce lieu. »
Cet esprit frappe d'abord des coups sourds sous les
dalles de la chapelle, derrière le maître-autel, en pré-
sence de M. le colonel de Kollmann^ qui retire lui-même
le papier y posé devant ses yeux par l'auteur, le 2 no-
vembre 1856.
XXVTII. — Écriture grecque, signée par le célèbre
Platon et tracée dans la même ramette cachetée du gé-
néral de Brewern que la figure XX;, le 24 décembre 1856.
Les expériences de cette journée mémorable ont été
couronnées du succès le plus complet.
Dans le papier signé par l'esprit de Platon, il y a une
ligure qui représente une croix ayant à son sommet un
EXPLICATION DES ECRITURES DIRECTES. 309
alpha (a) et à sa base un oméga (w). Cette croix et ces
deux lettres semblent indiquer le commencement et la
fin de toutes choses. Les deux ^ttt signifient la foi et
1 esprit [nioziç^ ttucû^k). En haut il y a (avà^/j tou Biav) \ L'a-
mour de Dieu. Le terme (û î>à6->3ç) veut dire : ô mon ami.
XXIX. — Dessin d'un trépied pythique sig?ié E.^imts
de la petite statue d'Euripide, au Louvre, en présence du
comte d'Ourches, du prince Shakowskoi et plusieurs
autres témoins, le 4 novembre 1857.
XXX. — Figure tracée en présence du général baron
de Brewern, à la suite de l'évocation du fameux prince
Qi prêtre Hohenlohe, le 6 novembre 1856, dans le loge-
ment de l'auteur. Les lettres grecques ajoutées à la
figure paraissent indiquer que la mort (eàuaToç) est vain-
cue par la foi (m<7Ttç) en l'esprit (ffusu^a) de celui qui est
l'alpha et l'oméga (le commencement et la fin).
I
TABLE SOMMAIRE.
PREMIÈRE PARTIE
Page*
DÉDICACE...... , VII
f NTRODUCTION XIII
Chapitre I. — Spiritualisme de l'aiitiquité 1
— 11. — Le spiritualisme depuis l'avènement du Christ.. 28
— 111. — L'écriture directe du Décalogue par l'Éternel, ou
la révélation directe de la loi la plus sainte et
la plus sublime sur le Sinaï, que le Christ lui-
même n'est pas venu abolir, mais accomplir.. 48
— IV. — Écriture mystérieuse lors du grand festin du roi
Belsatsar SS
— V. — Statue parlante de Memnon 57
— VI. — Des lieux hantés et fatidiques 60
— VII. — Phénomènes de l'écriture directe des Esprits ,
constatés eu présence de témoins, depuis le
mois d'août 1856, jusqu'au 30 novembre 1872. . 77
DEUXIÈME PARTIE
Sources du Spiritualisme de l'antiquité lod
Chapitre VIII. — Remarques générales concernant les traditions
sacrées de l'antiquité 101
— IX. — Hiérarchie céleste suivant les traditions chi-
noises 111
— X. — Armée des cieux suivant les traditions in-
diennes..... 121
— XI. — Hiérarchie céleste selon les anciens Perses 127
— XII. — Les êtres invisibles selon les penseurs grecs.. 129
SVZ TABLE SOMMAIRE.
Paget
Chapitre XIll. — Culte des Pitris ou des mânes des ancêtres... 149
— XIV. — Tutelle des Esprits (Anges gardiens), selon les
traditions sacrées de la Chine 154
— XV. — L'inspiration et les Médiums 163
— XVI. — L'Extase chez les Indiens 174
— XVil. — L'Extase mystique chez les Chinois et chez les
Perses 179
— XVin. — De l'âme humaine 184
— XIX. — Immortalité, éternité et préexistence de l'âme. 186
— XX. — Corps éthér<i, 2Ô2
— XXI. — Corps terrestre 211
— XXII. — De la mort 226
— XXIII. — De l'état des âmes après la mort 224
— XXIV. — Délivrancs finale ou eschatologie 247
— XXV. — Pensées des Esprits 266
Conclusions 293
Une apparition 298
Explication des écritures directes 304
FIN.
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